chroniques et interviews metal

5340Avatarium : The Girl with the Raven Mask

posted by alonewithl on octobre 11th, 2015

Avatarium : The Girl with the Raven MaskLeif Edling ne cessera de nous surprendre et d’honorer très efficacement le doom metal depuis les débuts tonitruants de sa célébrissime formation « Candlemass », où il figure comme tête pensante et pilier incontournable. Depuis peu, on parle beaucoup de lui pour son autre projet « Avatarium », qui est une sorte de nouveau visage de « Candlemass », plus poétique et barré celui-là. Un album éponyme est sorti, juste ravissant, ne bouleversant pourtant pas les codes établis par Leif Edling ni sa façon de faire, où l’élément novateur se présente dans le tendre chant féminin de la douce Jennie-Ann Smith. S’en suit un second album. Moment de vérité pour ce projet à la fois atypique et prévisible. On sait à l’avance qu’il y aura un fort ersatz de « Candlemass » dans sa musique. L’auditeur craint alors l’effet de répétition, qui mettrait fin du même coup à la magie opérée sur le premier volume. Que nenni ! S’il y a bien une redite du premier album et un fort substrat de la musique jusqu’alors composée par Leif, l’effet est autant inattendu que terrible. « The Girl with the Raven Mask » n’est rien d’autre que la femme de vos rêves.

C’est un rêve qui commence et qui va se prolonger dès lors que l’on met l’album sous lecture. Nous commençons par un titre éponyme qui a le vent en poupe.  Nerveux, emporté, exalté. Avec la recette des derniers « Candlemass », aux riffs implacables, mais dans une approche éloignée de ce que l’on connaissait du premier album d’ « Avatarium ». On assiste à la transformation de sa chanteuse. Elle qui paraissait si fragile, si raffinée, fait littéralement sa rébellion. Ce qui plaira sans nulle doute aux quelques détracteurs de la forme poétique et voluptueuse que pouvait revêtir alors « Avatarium ». Cela nous familiarise beaucoup plus avec le « Candlemass » de Robert Lowe, sinon que nous avons ici un chant féminin ultra-performant associé à un jeu de guitare survolté. Ce gain de dynamisme créera une surprise encore plus grande à l’écoute du titre sidérant « Run Killer Run » que l’on croirait tiré du meilleur de « Dio » pour ce qui est des couplets, avant de revenir à un « Candlemass » glacial plus classique, mais toujours aussi génial sur le refrain. Il y a même une dose de rock n’ roll là-dessous. Mais, qu’est ce qu’ils ont bouffé ?

Cependant, bien devant ces deux titres magistraux, s’imposera avec plus de finesse et de grâce le merveilleux « Pearls and Coffins ». On s’approche plus là du « Avatarium » que l’on avait connu avec le premier album, avec une Jennie-Ann Smith tout en légèreté et en douceur. Le titre est d’abord hésitant, distant, mais dès la réelle mise en route, il devient tout bonnement insurmontable. Le refrain vous prend aux tripes et on suit sans cligner des yeux le péril des orgues, les superbes passages instrumentaux. « The January Sea » est également très en phase avec l’opus de 2013. On retrouve une grande fermeté rythmique, le chant à l’inverse tendre, se laissant effeuiller. Cela va vite muter, et se rapprocher des dernières expériences massives de « Candlemass » avec un couplet d’une solidité impénétrable et un refrain langoureux, d’ailleurs très proche des tonalités de Robert Lowe. Les claviers y dressent momentanément et pour le refrain des airs fantomatiques, qui seront légion sur le très intimidant « Ghostlight ». Celui-là s’illustre indomptable, vaporeux, étrange. Tantôt fuyant, tantôt en impact avec l’auditeur. Il fait preuve d’une remarquable adresse. On y retient aussi un solo en milieu de piste des plus fascinants.

Il faut donc se fier aux différents titres. Quand il est mention de « Ghostlight », il faut s’attendre à voir émerger un fantôme, de même que si on mentionne un morceau intitulé « Hypnotized », il faut s’attendre à une véritable séance d’hypnose. Les sonorités sont volontiers décalées, on se sent basculer dans un milieu inconnu, le rythme par-à-coups renforce la part hypnotique. Dès l’apparition du chant, nous nous retrouvons sous de meilleures mains, cajolées. Le chant extrêmement délicat que prend alors curieusement Jennie-Ann n’est pas sans rappeler celui de Kim Saviour de « TouchStone ». Mais cela prendra ensuite son envol vers un univers plus hostile, plus ténébreux. L’extrait figurera parmi les morceaux les plus doux du volume, aux côtés du bluesy « Iron Mule ». Un blues rock limpide avec quelques accents Pink Floydiens. Cette brise légère blues semble perdurer sur « The Master Thief », seulement les airs paraissent énigmatiques et paresseux. Quelques fois, comme pour nous surprendre au milieu de cette mer calme, s’opposent des riffs ténébreux en refrain. Ainsi, sur « Avatarium », qui veut faire l’ange fait la bête.

Suite à un album éponyme surprenant, qui ne semblait à priori n’être seulement là qu’en simple projet de refuge pour Leif Edling, on est soufflé par un second effort bien plus audacieux qu’il ne laissait escompter. Nous retrouvons certes des ingrédients du premier né et donc aussi naturellement de « Candlemass », mais les différents titres nous jouent la carte de la diversité des registres. Cette diversité des scènes l’emporte aussi sur le chant de Jennie-Ann Smith, monstrueux quel que soit les phases où elle évolue. On la découvre renversante sur une musique plus étincelante, où le rythme part vers des contrées éloignées du seul doom. Que serait « Candlemass » ou « Avatarium » sans la composition si personnelle et si redoutable de Leif Edling ? Que serait cet album sans Jennie-Ann Smith ? La chanteuse a véritablement pris les devants et s’affiche d’égal à égal avec le grand maître du doom metal sur ce pur chef d’œuvre. Ainsi « The Girl with the Raven Mask », c’est avant tout l’histoire d’une belle femme.

17/20

à T & K.

 

 

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