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5371Nomans Land : Last Crusade

posted by alonewithl on octobre 21st, 2015

Nomans Land : Last CrusadeFut un temps on retenait beaucoup le nom de « Nomans Land » quand on avait à proposer des formations de metal russe à tendance pagan. Suite au succès notable de son « Farnord » de 2009, la troupe de St-Petersbourg qui en était pourtant à son quatrième long volume a pourtant rapidement glissé dans l’oubli. Lâché par le label Einheit une cinquième œuvre enregistrée et mixée en Finlande fit son apparition aux alentours de l’année 2013 sans véritable relai. Une signature en 2014 chez le label Massacre Records permet aux russes d’éditer le volume en question, intitulé « Last Crusade », et de prévoir une publication officielle en avril 2015. C’est le dégel. Six ans après leur précédente sortie, « Nomans Land » semble s’être remis en selle suite à quelques difficultés. Seulement l’opus délivré est issu de cette période sensible pour la formation, et parait traduire quelques doutes et frustrations d’alors.

Le groupe se lance pourtant entreprenant, positif dès «Right to Luck », reprenant un peu de l’esprit « Ensiferum ». La musique est cependant graveleuse, légèrement malmené, comme le ferait n’importe quel petit groupe de l’Est s’essayant à du « Ensiferum ». « Nomans Land » a de la bouteille lui, et cela laisserait vraiment à désirer par rapport à son précédent effort mieux charpenté à tous niveaux. Néanmoins, les connaisseurs qui ont déjà pu suivre la formation ne sont pas surpris par l’œuvre présentée. « Nomans Land » ne joue pas dans un style slave. A l’exception de son premier ouvrage éponyme, le groupe s’est largement inspiré du pagan épique en provenance des pays nordiques et d’Allemagne. Il ne faut donc pas s’étonner que son « Victory Horns » par exemple, ressemble à du « XIV Dark Centuries ». Un titre assez entrainant d’ailleurs, bien mené par les guitares, moins du côté du chant, complétement noyé par le flux.

On croit saisir un mélange entre pagan allemand et pagan suédois sur « Dragons », piste assez sérieuse, bénéficiant d’une vraie vitalité et de chœurs prenants, qui rappelleraient parfois l’ancienne légende « Mithotyn ». « Nomans Land » s’est montré ici un peu plus soucieux de la diversité mélodique, de donner une âme, une sensibilité et des variations rythmiques. Ce qui n’est pas le cas d’autres morceaux inclus dans le présent opus. Le massif et rugueux « Sons of the Nord » laisserait pour le coup un souvenir tout à fait périssable. Aussitôt écouté, aussitôt oublié. Hormis les chœurs du refrain légers, les russes se retranchent dans une musique répétitive, étouffée et dangereusement fade. Le résultat n’est pas très éloigné d’ailleurs de celui du titre éponyme. Maladroit, stérile. On y retrouverait les mêmes tares. La rythmique, notamment celle de batterie, y est complètement amorphe.

Les russes, dans ce style rude, très germanisant, s’en tirent juste un peu mieux avec « Strain at the Oars », même si le chant principal figure toujours autant à la traine, et qu’il y règne une certaine confusion. Là encore le refrain plus relâché donnera de l’air à un titre plutôt essoufflé dans son ensemble. Avec un renfort de vigueur, ce pagan typique des formations teutonnes se montre plus efficace et marquant. Tel est le cas de « Warrior’s Path », dont la nervosité, l’entrain, gomment le cafouillis existant entre les différents instruments. Le pagan des autres pays est peut-être meilleur, mais il est parfois peu recommandé de s’approprier une formule qui n’est pas sienne. C’est l’extraordinaire leçon que « Nomans Land » se donne curieusement à lui-même sur « Bereza », dans un pur pagan slave cette fois, et chanté en russe de surcroit. On se situe alors très loin de leurs confrères d’« Oprich » pour un résultat qui lui est supérieur.

Il est bon de retrouver « Nomans Land », de le voir reprendre route, même s’il ne s’aventure que peu trop souvent du côté des steppes arctiques de son pays natal. Il est là, mais il s’est fragilisé depuis. Ce groupe, ne suit plus la courbe ascendante qui avait existé jusqu’à « Farnord ». On pensait que le groupe avait pu digérer son style très emprunté aux formations germaniques et nordiques. « Last Crusade » peut se présenter en cela comme une forme de récession. Pas une chute brutale cependant, juste une légère perte de niveau. Hormis sa composition basique et des rythmes parfois malmenés, il y a une majorité de titres potables, et même entrainants pour quelques cas. L’album datant véritablement de 2013, il n’est pas assurément révélateur de l’état de santé actuelle de « Nomans Land ». Pour que l’équipe revienne en force, il faut attendre que la crise se soit éloignée. Cravache ! Cravache donc ton destrier. Fuis tes craintes, abandonne tes faiblesses. Cours vers l’ennemi, la gloire. Il est inutile de jouer les fantômes tant que l’on n’a pas connu la mort. « Nomans Land » n’est pas encore mort.

13/20

Clip Officiel:
. Strain at the Oars
 Strain at the Oars

 

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