chroniques et interviews metal

5389The Bottle Doom Lazy Band : Lost N’ Drunk

posted by alonewithl on octobre 26th, 2015

The Bottle Doom Lazy Band : Lost N' DrunkQuoi de plus improbable qu’un groupe improbable. On parle souvent de ces concerts aléatoires nappés d’ivresse quand il est question de « The Bottle Doom Lazy Band ». La formation poitevine mise en bouteille par Ben depuis près de 10 ans a acquis une sérieuse réputation, entre les concerts alcoolisés et un doom metal particulièrement enivrant, qui a non seulement du caractère, mais aussi une forte personnalité. Sollicitée de toutes parts la troupe s’est enfin décidée à produire leur troisième album, soit sept ans après « Blood for the Bloodking ». Pour ainsi dire, il n’était pas trop tôt. C’est dans un studio réputé pour les enregistrements old-school, Le Caveau, que « The Bottle Doom Lazy Band » s’emploie à produire une œuvre directe et sans compromis. Ils ont en plus au sein de leur bande, Pierre, un nouveau gratteux particulièrement doué et grand amateur de stoner. Ce dernier, en plus d’incorporer un nouveau souffle, aura un rôle essentiel dans la musique de l’ouvrage. Jamais, en effet, un disque de « The Bottle Doom Lazy Band » n’avait autant titillé avec le stoner, bien qu’il n’ait en rien renié ses origines. Comme le bon vin « Lost N’ Drunk » vous fera oublier tous vos soucis, tant qu’il ne vous fera pas plonger dans des cauchemars éthyliques.

On se souvient à travers « The Beast Must Die » et « Blood for the Bloodking » d’un doom metal écrasé et écrasant, pas particulièrement de ceux qui se laissent apprivoiser. On redécouvre sur « Smiling Tomb » ce « T.B.D.L.B » des origines, à la croisée entre un « Electric Wizard » et un « Candlemass », un équilibre entre la noble crasse de l’un et la froide profondeur de l’autre. Seulement, le chant de Ben vient jouer les troubles fêtes, tel un homme ivre se foutant de cet univers de mort et de ténèbres. Pourtant, on y retient une âme en perdition, qui luttera par la suite de manière pressante contre le trépas éminent, jusqu’à l’accepter en toute fin. C’est à travers ce titre que l’on découvre les solos saisissants de la lead guitare. Celui du titre éponyme est celui le plus marquant de l’album. Au milieu des grésillements et des riffs implacables par à-coups, s’illustre un stoner bien viril et assez spectaculaire. Un véritable plus dynamisant la piste dans sa seconde partie. « Too Old » entretient de même cette dynamique stoner, et cela par des riffs palpitants jusqu’à devenir insistants, emportés, tapageurs, pris dans un élan brusque.

Parmi les morceaux attachants de l’album s’impose véritablement le long et solennel « Welcome to the Nearest Grave ». C’est le seul titre de la galette où on y entend la cornemuse. D’ailleurs ce n’est pas une première chez eux. La cornemuse de Fëarann (« Manzer », « Valuatir ») avait déjà fait sensation notamment sur « Muddy Love Blues » issu du premier album « The Beast Must Die ». Cette complicité est donc ancienne et semble se perdurer pour un titre tout bonnement fascinant. Il n’y a pas que sur celui-là où la mélancolie est aussi pesante. « Practice a Last Rite » est un comble à la détresse, à la désolation. L’ambiance putride, les sonorités corrosives conçoivent un monde hostile, qui ne fait nulle place à l’humain. Cet humain symbolisé par la voix confuse et désolée de Ben. Etonnant d’ailleurs de s’imaginer dans un vieux film catastrophe des années 50-60. Quelque chose de plus subtil que le très classique « Endless Crusade » marqué par ses riffs froids et impassibles, par le chant d’un Ben devenu prophète du malheur, accompagnateur d’une longue dérive dans l’obscurité, dans l’ivresse non-joyeuse.

L’enregistrement de cet album était il y a quelques mois encore inespéré. C’est parti d’un simple coup de tête, comme commencerait une aventure découverte au coin d’une rue. Le disque n’est pas pour autant ce que l’on pourrait appeler un travail fait à la sauvette. Celui-ci s’est fait en pleine possession de moyens, de manière réfléchie. Le résultat est plus subtil qu’attendu. Bien entendu, on redécouvre « The Bottle Doom Lazy Band » comme on le connaissait déjà auparavant à travers ses précédents albums et splits. Néanmoins, l’auditeur décèlera un petit changement, une musique aux multiples facettes, un chant étrange, sorte de Bacchus fantomatique venu maudire les vivants. « Lost N’ Drunk » est en soit tout un programme. Il suffit juste de croire en son titre. C’est juste un cauchemar qui commence dès la vision de sa pochette repoussante. Rien de tout cela n’est réel. C’est absurde, c’est irréel. Il n’y a plus pieds. Me voilà pris de vertiges. J’ai le tournis. Le monde se dérobe. Demain, promis, j’arrête !

14/20

 

 

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