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5447Draconian : Sovran

posted by alonewithl on novembre 7th, 2015

Draconian : SovranEn 2011, une voix magnifique s’en est en aller. Lisa Johansson, figure de proue du vaisseau « Draconian » qui parcourt nos songes, nos rêveries les plus sombres, nos cafards, a préféré raccrocher contre toute attente. Elle incarnait l’une des plus belles formations de doom gothique depuis la démo « Frozen Features » de 2002, soit les débuts de la belle envolée de « Draconian ». Le choix était porté à son jeune fils, à sa vie de famille, ne trouvant pas de solution raisonnable à l’addition de sa carrière artistique et son rôle de jeune mère. Un gros coup était donc porté au combo suédois, qui a pris la courageuse décision de poursuivre et de faire confiance à une plus jeune dame, pratiquement une inconnue, du fin fond du monde. La sud-africaine Heike Langhans prend contact avec le guitariste Daniel Arvidsson, puis avec Anders Jacobsson pour passer des auditions en Suède. L’audace fut payante. Heike fut admise. C’est à la lumière du sixième long volume de « Draconian » que nous consentirons à la venue de cette jeune femme. C’est à l’ombre d’une rose que s’épanouira « Sovran ».

Suite à l’ouvrage « A Rose for the Apocalypse », la tâche paraissait insurmontable, qui plus est avec une nouvelle chanteuse ayant encore peu de bagage. Le titre d’ouverture « Heavy Lies the Crown » pose immédiatement le couvert et nous fait pressentir un forfait inédit pour la formation. Le titre prend tout d’abord les airs d’un « Candlemass » menaçant. On reconnait entre mille ces riffs implacables et profonds. Cette marche macabre est atténuée par cette brise d’air fraîche correspondant à la voix de Heike. Jamais « Draconian » n’avait adopté autant de fermeté, ni autant représenté le crépuscule. On chercherait à nous coller des frissons, à nous terrifier. Ce n’est plus le simple désespoir avec qui on fréquente, c’est aussi la mort, et l’angoisse qui l’entoure. L’entame de « Pale Tortured Blue », singularisé par sa symphonie environnante, a effet de vous glacer le sang. Le refuge se trouve paradoxalement dans des tréfonds torturés dans un rythme funèbre, dans des notes pleine de mélancolie. Il y a pourtant l’espoir, des airs vifs qui émergent en milieu de piste, impulsés par le duo de chants. Il reviendra une seconde fois en fin. Mais que pouvez-vous espérer d’un duo entre la colère et l’amertume ?

On situera plus tard l’illustre influence de « Candlemass » pour le titre « No Lonelier Star », lenteur du rythme aidant. C’est vrai qu’ici le son est particulièrement plombé. Anders exerce un formidable ascendant sur sa compère, intervenant même seul avec son growl sur une bonne première moitié du morceau. L’intervention de Heike ne lutte pas pour autant contre l’ambiance fortement morose de l’endroit. C’est le désole dans toute sa splendeur. « The Marriage of Attaris » s’impose comme une surenchère du malheur. Le pas est d’abord très lent, chaque intervention pèse et imprègne durement la piste. II s’agit du morceau le plus funèbre de l’album, il y a bien quelques passages plus élancés et déterminés emmenés par le chant growlé d’Anders. Il se confronte là indirectement, de manière éloignée au chant douceâtre et affligé de Heike Langhans. Celle-ci se révèle admirable sur « Dusk Mariner », titre baignant dans une sérénité étrange, comme si nous n’étions plus là dans le réel. Encore confrontée à la rude voix de l’autre chanteur et le ton orageux qu’il provoque, elle est impassible, magnifique, tel un spectre d’une grande beauté. N’ignorant pas la mort, étant soit même la mort incarnée

Elle s’accaparera de « Rivers Between Us » avec son ami Daniel Änghede, son compère de son autre formation drone ambient « Ison ». Une narration y interprète certains petits extraits des écrits d’Alan Wats, tout cela dans une musique éthérée, légèrement progressive faisant tout bonnement songer au britannique « Touchstone », en grande partie aussi grâce à son duo de chants clairs. La femme est une grande admiratrice des étoiles, de l’espace. « Stellar Tombs » semblerait n’avoir été écrit que pour elle. Il y est dans son élément, en dominante céleste. Là, la musique se montre plus redoutable, affichant des sonorités dures et tranchantes. Jusqu’au pré-refrain et au refrain, où tout s’envole, prenant à la fois les airs et les hauteurs. Le refrain de « Dishearten » est lui aussi saisissant de grâce, bien que la part belle soit accordé cette fois plus à Anders. Le personnage parait naviguer, perturbé, sur ses gardes dans un monde dévasté. Piano et violons sont à l’exercice, bien que ceux-là font preuve d’une relative discrétion. Nous percevons également des fredonnements de violon sur « The Wretched Tide ». Le titre manie le classicisme pour « Draconian ». C’en est le moins interpellant du volume malgré la délicieuse voix meurtrie de Heike et la nervosité environnante palpable.

Les plus belles offensives, les plus belles victoires, sont celles les plus inattendues. La surprise prévaut tout le long de l’écoute de l’album, alors que « Draconian » ne s’en tient pas à un unique forfait et a déjà signer de très belles pièces, en particulier l’œuvre précédente qui a fait de nombreux conquis. Une lune a éclipsé un soleil. On découvre avec « Sovran » une nouvelle chanteuse, très différente de Lisa, par ailleurs moins lyrique, jouant beaucoup plus sur les sensations, les émotions, s’accaparant sans la moindre difficulté des domaines hostiles faisant le paysage de l’œuvre. Curieusement, comme pour créer un parfait contraste, une opposition destructrice, mêler la rage et l’abandon pour hâter la venue du libérateur des âmes, les autres membres de la formation ont durci le ton, se sont ravisés sur une musique plus ferme qu’accoutumé. Tout est triste, tout est mourant ou mort. L’ombre l’a emporté, a tout emporté. L’œil ne voit rien ne veut plus voir. L’oreille entend « Draconian » clamer sa souveraineté dans le doom gothique. Elle l’entend encore et veut encore entendre.

16/20

 

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