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5475Zgard : Totem

posted by alonewithl on décembre 1st, 2015

Zgard : TotemLe projet de Yaromisl, « Zgard », a prospéré depuis quelques années. Mais dans la difficulté, toujours réduit à un statut modeste, cantonné dans un style très emprunté à « Nokturnal Mortum », son digne compatriote. De sa création en 2010 à l’année 2015, on compte 5 albums, soit une moyenne d’un long volume par an. « Contemplation », l’avant dernier en date, n’a pas fait du tout parler de lui. Il s’agit pourtant d’une œuvre notable dans la discographie de « Zgard », fidèle aux ascendants atmosphériques que l’on entend particulièrement sur cette fameuse scène black folk pagan ukrainienne. On songe là à des groupes comme « Astrofaes » ou encore à « Munruthel ». Pour le dernier né à ce jour, « Totem », de nouveau chez Svarga Music qui édite les nationaux « Munruthel » et « Khors », on aurait adouci la teneur atmosphérique, au profit d’un black folk plus affirmé, comme c’était le cas du premier ouvrage de « Zgard », « Spirit of Carpathian Sunset ». En recherche de spiritualité la formation ouest-ukrainienne décide de s’égarer une nouvelle fois du côté de la forêt.

Dès l’introduction, les ukrainiens nous basculent en terre tribale. Nous voilà au coin du feu à écouter des chœurs shamaniques, des airs intimidants tout autour comme si nous étions pris d’une méchante fièvre qui referait ressurgir nos cauchemars les plus enfouis. On retrouve par la suite le black atmo percutant habituel de « Zgard », ces envolées célestes ce chant strident typique de la formation « Nokturnal Mortum », sur le morceau « Land of Legends ». Rien de proprement original, même si le black atmosphérique ukrainien est toujours aussi délectable. On y retrouve cependant un peu de flûte, passant une sorte de raccourci en virant parfois du côté de « Kroda ». Ce n’est pas non plus une découverte pour ce projet. On avait dit pourtant qu’il y avait un pendant plus folklorique de l’ouvrage. Et bien, il sera perceptible avec le titre éponyme « Totem », superbe cavalcade, mettant en danse flûte et guimbarde, avant de reprendre un peu plus d’ascension atmosphérique, sans que celui-là ne parvienne à dominer. Le ton est un peu réservé, les chœurs un peu bouffi, la rythmique souffre de quelques longueurs. On assiste même à un changement brut à 5.30 minutes nous faisant croire au passage à une autre piste, passant alors à un black pagan teinté de notes cristallines et de la douceur de la flûte. Passage très appréciable, qui tempère la moyenne performance du morceau au préalable.

On retrouve également la froideur et l’ambiance naturelle de « Spirit of Carpathian Sunset » à travers « Sorrow », titre très inspiré par « Nokturnal Mortum ». Seulement, le ton y est implacable, les airs éthérés. L’apaisement prévaut dans la cruauté. Autre fort courant d’air frais, « The North » offre pourtant une entame tournée vers le lointain « Einherjer ». Une influence peu courante pour une formation ukrainienne. S’en suit un black pagan implacable et massif, des accélérations intempestives, une forte montée d’adrénaline, la solidité de la glace, la violence d’un froid hivernal. Cela aurait pu être un écho au virulent et guerrier « Descendants of the Thunder », un bombardement en règle parfois entrecoupé et dilué par de rassurants et virils chœurs slaves. « Dark Lords of the Carpathians » nous éloignerait du monde slave. Nous y cernons des airs froids et intimidants, mais aussi typiques du folklore des pays du sud-est de l’Europe. La flûte instrument de douceur par excellence devient également instrument de menace. L’instant reste néanmoins moins palpitant que l’intense « Forgive Us Nnature », intense de tendresse, pour ses chants féminins, pour son arpège limpide, ce courant d’eau perceptible durant son commencement, intense de violence aussi, prenant parfois ses grands chevaux, dans une charge black pagan qui se transforme en bourrasque et qui balaye tout sur son passage. Probablement la piste la plus riche et la plus intéressante du volume.

« Totem » n’est sans doute pas un album intemporel. Il ne s’inscrira par de ceux les plus marquants. « Zgard » a du mal à se démarquer de ses influences, pertinentes, mais peu profitables à la pérennité du projet. Le jeune arbuste aura du mal à se développer dans l’obscurité des plus grands arbres. On revient là un peu à la source du projet, tempérant ainsi avec la forte proportion de black atmosphérique contenue sur les ouvrages précédents « Totem ». Néanmoins, l’album en question fait son œuvre, l’addition black atmosphérique, pagan et folk fait toujours autant voyager. « Zgard » compense en quantité et en qualité, ce qu’il n’arrive pas à produire en originalité. Le projet n’est peut-être pas voué à grandir, mais il s’établit aujourd’hui comme une valeur sure d’une scène ukrainienne déjà blindée en références du genre. Comme dirait un proverbe ukrainien : « Pour un travail, il faut du temps ; pour un plaisir, il faut une heure. »

14/20

 

 

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