chroniques et interviews metal

5486Lucifer : Lucifer I

posted by alonewithl on décembre 16th, 2015

Lucifer : Lucifer IVoyons, voyons ! Que me raconte ce grimoire pour faire un super groupe de doom metal. « Premièrement, prenez une chanteuse charismatique. » Je vais prendre pour cela la belle, la plantureuse chanteuse allemande Johanna Sadonis, qui s’est juste libérée en 2014 de la formation « The Oath », qu’elle emmenait avec sa commère la guitariste Linnéa Olsson. Ensuite ? « Prenez un guitariste renommé, une grande figure du doom metal. » J’ai dans l’idée de mettre l’ex-guitariste de « Cathedral », Gary Jennings. Il sera avec Johanna dans la composition. « Prenez une connaissance en devenir de la chanteuse. » Là, c’est facile, l’ancien batteur live de « The Oath », Andy Prestridge, qui a suivi Johanna dans sa rupture avec la suédoise Linnéa Olsson, et qui figure actuellement chez l’illustre « Angel Witch ». « Pour finir prenez un inconnu. » Bof ! On va dire à la basse le berlinois Dino Gollnick, que Johanna semble déjà connaître. Mélangez la pâte que vous nommerez « Lucifer », laissez mijoter le tout à la pleine lune durant une année, puis former une première galette. Avec une pareille préparation, nous pouvons imaginer qu’il s’agit là d’une formule secrète d’immortalité. Les formules, les grimoires. Tout cela n’est que sorcellerie et rapports au démon. Les moins enclins à la crédulité rejetteront toute forme de magie. Pourtant, ils croient aussi que certaines femmes et certaines œuvres d’art, attirant le vice et les convoitises, ne peuvent être façonnés que de la main d’un être surnaturel, malin, immoral. On touche pourtant là à une de ses manifestations. Gloire à toi Lucifer !

Le premier album emmené donc par sieur Gaz et la cruelle blonde Johanna Sadonis, est très sobrement intitulé « I », laissant donc présager naturellement une suite. A croire que les auteurs ont bien l’intention de s’aventurer dans ce projet et bénéficient d’une bien meilleure entente qu’entre les deux dames de « The Oath » qui n’ont produit qu’un unique album avant de spliter. On devine même un album de facture supérieure à celui fait avec les deux ex-amies à l’écoute du premier morceau « Abracadabra », percutant et déterminé. Nous avons là un heavy rock qui a passé un pacte avec les ténèbres. Une forme de mécanique solide et bien huilée, parfois relevée par une influence « Black Sabbath », et maintenant une constance rythmique, qui est néanmoins perturbé lors du refrain par un jeu de guitares plus marquant et incisif. Johanna, de son côté nous envoute littéralement par son chant. Cela prend un aspect plus tiède et d’accessibilité totale sur « Izrael », morceau feutré, charmant, mais aussi remarquable de richesse, renfermant un certain parfum de mystère. Le titre en question a fait l’objet d’un clip assurément délectable sur le plan visuel, il s’illustre pourtant marginal pour représenter l’album. Tout comme le très abordable « A Grave for Each One of Us », où Johanna laisse son chant chaleureux s’exprimer d’une manière aussi douçâtre que possible. Après un arpège froid et délicat, il y avait toutefois un rythme très motorisé pour l’accompagner, mais il n’arrivera pas à estomper la douceur produite par l’intervention immaculée de Johanna.

Mais ne nous égarons pas, chers fidèles, « Lucifer » n’est point « Ghost », et la formation germano-britannique nous rappelle très vite ses racines 70s et proprement doom sur le reste de l’album, à savoir sa majorité. Ne prenez pas trop attention au chant de sirène sur « White Mountain », il renferme un piège imparable. Après une charmante entame paresseuse et relaxante, les crocs acérés de la guitare viennent nous attaquer furieusement par des riffs assassins. La nervosité est latente, l’extrait se révèle pourtant subtil. Un véritable chaos contrôlé par des mains de maîtres. On devine sur « Purple Pyramid » l’ombrage de « Blood Ceremony », aussi bien dans le chant que sur sa part musical, se conformant curieusement et brièvement à un doom metal d’origine nord-américaine. II est plus que probable par contre que l’éponyme de « Black Sabbath » est joué dans la facture du morceau « Sabbath ». Un bruit de cloche, puis un doom metal lourd, lent, sombre, dans le classicisme du genre. Le chant ici se montre éploré, désemparé, célébrant un événement funeste. « Morning Star » serait une forme de redite, les ondulations du chant nous emmenant voyager outre-tombe, sauf en ce qui concerne la seconde partie dominée par la subite frénésie des instruments. On retient également la cruauté propre au doom sur une bonne première moitié de « Total Eclipse ». Disons là que c’est la partie centrale gagnée par l’obscurité de l’éclipse. Car il y a un halo lumineux que l’on retrouve en seconde partie, à travers un doom stoner décomplexé, psychédélique et aux accents 70s. Le monument parait sobre, massif au premier coup d’œil, il dévoile à la découverte toute sa complexité et de véritables joyaux.

L’ange de lumière aussitôt apparu, il a vaincu. Charles Baudelaire n’avait-il pas loué cent-milles vertus à celui qu’il a nommé « le plus beau des anges ». Effectivement, nous avons un bien bel ange en la personne de Johanna Sadonis, qui nous réalise une prestation hors du commun un an tout juste après le split de « The Oath ». Une rupture qui l’a personnellement touché, enragé, et qui l’a permis de jouer avec l’occultisme et de nous produire un album de très haut niveau aidé par l’excellent Gary Jennings, qui lui s’est déjà remarqué après une autre séparation, celle de « Cathedral », en créant « Death Penalty », autre groupe de doom à chanteuse. Dieu merci, le doom metal à chant féminin se porte formidablement bien. Vous entendrez sans doute encore parler de « Lucifer », cet ange de délice, au charme doux, presque sensuel, ébloui par sa lumière, mais qui nous emmène surement dans un jardin sans soleil, dans les cavités noires des enfers. « Lumière vous est donnée pour le bien et pour le mal, et le libre vouloir qui, s’il souffre d’abord, dans les premiers combats avec le ciel, gagne toujours plus tard, si on le nourrit bien. » (Dante, La Divine Comédie)

16/20

Clip Officiel:
. Izrael
Izrael

 

 

You must be logged in to post a comment.