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5519Saxorior : Saksen

posted by alonewithl on décembre 25th, 2015

Saxorior : SaksenPeut-être n’avez-vous encore jamais entendu tout bonnement parler de « Saxorior ». N’ayez aucune honte, nous sommes nombreux dans le lot. Il est très étrange de constater que ce groupe teuton fondé en 1994 par son duo de guitaristes, Kai-Uwe Schneider et Matthias Eschrich, ait poursuivi une carrière dans un quasi-total anonymat, et cela en comptant les sept albums qui figurent actuellement dans leur discographie. Le groupe est pourtant loin d’être mauvais. « Völkerschlacht », leur avant dernier album paru en 2008, se révèle très appréciable dans un black pagan à dimension mélo-atmosphérique, qui est la signature de nombreuses formations allemandes post 2005. Avant, « Saxorior » exploitait un black mélo atmosphérique beaucoup plus antédiluvien avec plus ou moins de réussite. Leur dernier ouvrage en date, initié depuis 2010 et signé sur un label (Einheit Produktionen), plus conséquent que leur précédent, fin 2014, perpétue l’enseignement qui a profité à « Völkerschlacht ». Toutefois, « Saksen », comme le nom l’indique, s’intéresse encore à l’Histoire allemande, mais nous plonge encore davantage dans le temps. Nous ne sommes plus à l’époque napoléonienne, là on se situe lors des grandes invasions. Avec un meilleur bagage et un label éminent, le vieux « Saxorior » se lance tardivement à la conquête de nouvelles terres.

« Hinreise » joue parfaitement son rôle d’introduction. C’est dans un calme chatoyant que nous entendons le chant des oiseaux, des sons radieux, une guitare hésitante, qui prend au fur et à mesure le pas, qui nous conduit ensuite à des airs plus conquérants de synthés, suivis de redoutables sons cuivrés et d’une narration allemande à la voix grave. On sent immédiatement les marques d’un black pagan mélodieux façon « XIV Dark Centuries », mais le groupe où « Saxorior » semble puisé le plus ses ressources est « Black Messiah ». Nous le devinons d’une part car le chant principal a une curieuse similitude avec celui de Zagan, mais parce que des titres s’illustrent dans la recette adoptée par « Black Messiah » après son « Oath of a Warrior » de 2005. Nous en avons un excellent exemple avec l’entreprenant « Stellinga », usant, après des bruits d’affrontement en entame, d’un black pagan à tendance mélo-atmosphérique si caractéristique. Plus sobrement cette fois concernant « Sax », seulement couvert d’un léger voile atmosphérique.

Le plus gros morceau de l’œuvre, située en plein milieu, résulte aussi de l’attachement du black pagan épique allemand. D’abord froid et triste, « Blutbad von Verden » présente un rythme rude et constant. Cette rugosité ne va à l’encontre de passages radieux procurés par les claviers, ni même d’un break très solennel associé à un peu de narration. On le retient presque comme un classique de l’album. Et à propos de classique, l’auditeur averti décèlera sans trop de difficulté une version toute originale de la « la Sarabande de la Suite n°4 en ré mineur » de Haendel, datant de 1733, à travers « Ruekkehr ». En fait, on croirait proprement une version faite par « Black Messiah ». Le piano y est délectable. Une fois passé l’entame du piano seul, nous y retrouvons cette grande vague de froid propre à la formation de Zagan, une structure, des lignes mélodiques identiques, et surtout le même engouement. Ça a de quoi tromper et surprendre.

Cependant, « Saxorior » n’est pas entièrement fidèle à l’Allemagne d’origine. Même si le titre « Saksen » est très attachée à la terre natale, mais aussi à la marque de fabrique allemande de « Black Messiah » ou de « XIV Dark Centuries », il y aurait un petit quelque chose de Fintrollien là-dessous. Pourtant, le rythme y est impassible, dans le pur héritage germanique. On y sent une influence, légère, mais pas négligeable, du sombre « Finntroll », celui post-« Nattfödd », aussi bien sur ce morceau que sur le sombre et cagneux « Litus Saxonium ». Ce dernier se montre plus réservé, malgré un jeu plus dynamique en seconde partie. Cette part finlandaise, obscure, se confond là avec la rudesse allemande. Elle y serait quasiment camouflée au contraire d’« Irminsul », où la relation avec l’album « Ur Jordens Djup » est ostensible, essentiellement pour les parties claviers. L’extrait est envoutant, malgré une rythmique par à-coups qui aurait pu être incommodante.

Vingt ans après sa naissance, il est étrange de constater que seuls les deux derniers forfaits de « Saxorior » lui permettent d’exister. Du moins très timidement. Nous sommes encore en phase de découverte de ce groupe qui compte pourtant sept albums. Ce retard en revient à des productions de très moyenne qualité, mais aussi à cause d’un manque d’informations et de publicité hors Allemagne. On imagine alors que la signature chez Einheit va leur rendre justice, car même si le groupe puise assez largement chez d’autres, « Black Messiah » étant plus particulièrement visé, et malgré l’ancienneté dans le circuit, « Saxorior » produit avec « Saksen » une pièce intéressante, assurément mélodique, dans la volée de celui qui a précédé. On ne pourra plus dire que l’on ne connait pas « Saxorior ». Et comme on dit couramment, mieux vaut tard que jamais.

14/20

 

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