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5636Furor Gallico : Songs from the Earth

posted by alonewithl on janvier 31st, 2016

Furor Gallico : Songs from the EarthLe succès de leur premier long volume a été tel que « Furor Gallico » s’est vu immédiatement propulser aux côtés des plus grandes formations folk/pagan. Il leur a été proposé l’ouverture d’« Eluveitie ». On les a vu aussi aux côtés d’« Arkona » et de « Moonsorrow » devant plusieurs milliers de personnes. Bref, la troupe italienne a rapidement gagné en notoriété. C’est néanmoins à proximité de la parution de l’album éponyme qu’un nouveau changement de line-up s’opère. On voit ainsi partir le bassiste Mac, remplacé par le jeune Fabio Gatto, mais aussi le multi instrumentiste folklorique Maurizio Cardullo, qui a lui préféré rejoindre le concurrent national « Folkstone ». Le poste vacant sera occupé par Paolo Cattaneo. Approximativement deux années après, peu avant les sessions d’enregistrement d’un second ouvrage, est annoncé le départ de Simone Sgarella. Mirko Fustinoni lui succèdera les fûts, mais c’est le batteur Federico Paulovich du groupe « Destrage » qui participera à la création du nouvel effort de « Furor Gallico », intitulé « Songs from the Earth ». L’ouvrage enregistré au studio Metropolis de Milan témoigne d’une quête de personnalité. Pour conforter sa stature, « Furor Gallico » cherche à aller au-delà de ses premières sources, quitte à s’aventurer bien loin. L’arbre étend ses racines en profondeur et en surface.

On se remettra de leurs influences persistantes lors du premier album dès l’aperçu du titre éponyme qui ouvre l’ouvrage successeur. Des douces mélodies celto-irlandaises de l’entame, nous passons ensuite à un feu nourri. Nous retrouvons l’alternance des voix habituelles. Cependant, celui qui a découvert « Furor Gallico » dès la parution éponyme datant de 2010, confira que l’ensemble a gagné en maîtrise, que la musique sonne davantage professionnel. Le titre quelque peu timoré, prendra de l’envergure sur le break, jouant alors des chœurs et du chant déchirant de Pagan. Comme avec ce premier morceau, « To the End » débute par des mélodies très chatoyantes, effet trompeur cachant une suite beaucoup plus robuste. Tellement robuste sur cet extrait, qu’on dispose carrément d’un mélange death mélo/metalcore sur les passages les plus intenses. Bien entendu, cela ne fonctionne que par atermoiements. Ces passages forts alternent avec d’autres beaucoup plus apaisés et à chant féminin. On pourra aussi rapprocher « To the End » au morceau « The Wild Jig Of Beltaine », pas si différent dans sa structure, mais ne produisant peut-être pas un aussi grand écart dans le changement de rythme et d’humeur. On se rapproche plus là de « Eluveitie ». Un « Eluveitie » en réussite, pris dans une dimension champêtre.

Ah ! Les prairies fleuries, les grands espaces ! Tout l’univers campagnard est reflété comme une imagerie d’Epinal à travers « Eremita ». Les instruments folkloriques sont ici grandement mis à contribution. Flûte, violon, harpe ont le droit à une longue manifestation, juste avant de se faire rattraper par un pagan plus sec. Ce qui ne met pas un terme à leur discours. « Eremita » se montre relativement serein, même s’il s’illustre par quelques petits instants moroses, à l’image de son magnifique break au piano et à la harpe en tiers-fin de piste, et de l’énorme frénésie qui le suit. Question énergie « Furor Gallico » n’est pas en reste. Il se révèle très souvent tempéré assez mesuré, mais parfois le rythme y est un peu plus relevé. « La Notte Dei Cento Fuochi » caracole, parfois momentanément ralentit, voire s’arrête si on fait part du seul break, éloquent pour ses chuchotements. C’est un morceau vivant, observant plusieurs dynamiques. On y décèle d’ailleurs la présence de la cornemuse, comme sur le martial « Nemains Battle ». Extrait, lui, quelque peu mystique, à la rythmique par à-coups, s’illustrant par une superbe échappée instrumentale en seconde partie de morceau.

Le disque est une étendue de découvertes. Une corne de providence. Le groupe a été visiblement obnubilé par une volonté d’établir de nouveaux codes, de s’inféoder à ses influences premières, quitte parfois à en trouver d’autres. Le fou et joyeux « Folletto Squass » est un pur héritage de « Finntroll » période « Nattfödd ». Il ne faut, par contre, pas tenir trop compte des prises jazzy en son coprs, ni même du chant en italien pour établir une telle correspondance. Je suis sûr que certains s’en réjouiront par ailleurs. Cela change de tout au tout, en tout cas, avec le très moderne « Storm over the Mountain », titre saisissant proposant ni plus ni moins qu’un groove metal parfois teinté de core. La part folk est présente, mais de manière particulièrement discrète. Avec cet environnement et pareille ambivalence, on se demande si « Furor Gallico » n’a pas tout simplement coupé les ponts avec le précédent album. Il n’y a pourtant point de rupture concrète. « Diluvio » ne rappellerait-il pas « La Caccia Morta » ? Néanmoins, plus le moindre growl à titre de comparaison, juste le chant clair en italien. Nous avons là un bon rock transalpin, une power ballade tout ce qu’il y a de plus solennelle et attachante.

Si le premier ouvrage des milanais a privilégié de fortune, plus que de véritable cœur, on pourrait difficilement reprocher au suivant de ne jouer que sur la simple chance. Il est vrai que la haute stature que l’on confiait déjà à « Furor Gallico », était quelque peu précipitée. On le projetait déjà à des hauteurs qu’aucun groupe de folk metal italien n’avait eu avant lui, peut-être excepté « Elvenking ». La suite confirme néanmoins que l’on a eu fortement raison de croire à cet espoir. « Furor Gallico », probablement conscient de l’enjeu, s’est professionnalisé et a enrichi son jeu et ses compositions à grande vitesse. Pour la grande richesse, les curiosités qu’offre son contenu, « Songs from the Earth » mérite amplement de figurer parmi les meilleurs efforts folk/pagan de l’année 2015. La troupe a su se dépasser du statut de suiveur Eluveitien qui le collait à la peau et pu affirmer une authentique personnalité au grand jour. L’arbre a, pour ainsi dire, poussé et s’est développé par forte croissance. Il est arrivé en peu de temps à mettre sous son ombrage des arbustes plus vieux que lui. Des promeneurs viendront à leur tour s’y reposer au pied et y recueillir les fruits.

16/20

Clip Officiel:
. Songs from the Earth
Songs from the Earth

 

 

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