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5673Thornbridge : What Will Prevail

posted by alonewithl on février 8th, 2016

Thornbridge : What Will PrevailLe heavy/power allemand peine dangereusement à se renouveler. Certes, il y a toujours moyen de compter sur les grandes formations du genre, tels « Gamma Ray », « Primal Fear » ou même « Helloween ». Mais tout ça remonte, et les membres de ces formations ne sont plus tous jeunes. On a eu quelques nouvelles apparitions, aux qualités parfois très modestes, cependant. Quelques vieilleries que l’on aurait cru disparus ont même refait surface pour un résultat allant du simple correct au très fluctuant. Dans le cas de « Thornbridge », c’est un petit nouveau lancé en 2008, par les guitaristes Patrick Rogalski et Jörg Naneder, tous deux anciens membres de « Nightshade », projet de jeunesse datant de la fin des années 90 et n’ayant réalisé que deux démos. « Thornbridge » se concrétisera véritablement à l’arrivée d’un bassiste et d’un batteur en 2012. Un line-up complété qui leur permettra de se lancer dans la création d’une première démo. Très vite, la démarche porte ses fruits, et le groupe enchaîne les concerts à travers toute l’Allemagne. Il partage durant cette période la scène avec « Orden Ogan », « Sinbreed », « MessengeR », « Gun Barrel », une part du nouveau gratin heavy/power allemand. Cette petite notoriété leur permet de décrocher une signature chez le label Massacre Records pour un premier album intitulé « What Will Prevail ». En fait, un album sans grand panache, noyé par les références nationales, que l’on sait déjà puisées aux limites du supportable.

L’introduction de l’ouvrage n’est rien de plus qu’une entrée orchestrale épique à grands coups de cuivres. Pas vraiment de celles qui présagent une suite grandiloquente, plutôt celles provenant de formations moyennes folk comme power. C’est donc sans grande surprise que se découvre « Blow Up the Gates of Hell », un heavy mélodique assez joyeux, sorte de compromis entre « Freedom Call » et « Gamma Ray », plus attachant pour son refrain revigorant que pour le rythme poussif produit par sa batterie. Nous avons également un refrain très enthousiaste sur « Coachman’s Curse », lui aussi piochant dans les mélodies fantastiques de « Freedom Call », bien que plus pesant, à moindre coût, et usant d’une rythmique proche de la cavalcade sur ses couplets. C’est davantage au profit de « Gamma Ray » (mais sur un registre mid tempo et de face B) que la balance penche sur « Eternal Life ». Les riffs y sont un peu plus nerveux, le contenu s’oriente plus encore dans du heavy/power, et même le chant principal prête quelques confusions avec celui de Kai Hansen, rendu confus par la multitude d’interventions. Cela dit, sur la seconde partie de piste, on perçoit un passage plus tendu et bref, faisant lui songer à « Judas Priest ». Rien de clairement fascinant pour autant.

L’auditeur se satisfera néanmoins de « Tower of Lies », étincelant et épique au commencement, lancé par à-coups. Le titre s’illustre assez riche, proposant diverses coupures, parfois trop sèches et dommageables. On y cerne l’influence de « Freedom Call », celle de « MessengeR » dans son refrain envoutant, mais aussi quelques riffs hérités du jeu de « Helloween ». On aura l’occasion de faire un détour chez « Blind Guardian » par l’intermédiaire d’« Under the Ice », titre énergique dans son heavy speed, pas très saillant d’originalité, plus pertinent dans son refrain simple mais porteur. Tout ça sent la vilaine repompe. « Galley of Horror » ne fait pas non plus exception. Le morceau, au rythme syncopé et terriblement poussif sur les couplets, se détache très nettement sur la belle envolée du refrain. Il y aurait aussi une dimension martiale à travers la lourde entame de « Neverwinter Nights », développant ensuite un heavy sec à la « Primal Fear », trop répétitif et se déclinant sans la moindre subtilité. Dans une même teneur, le titre éponyme s’était déjà préalablement remarqué pour son rythme compressé et sa redondance abusive. « The Dragon’s Rebirth » s’impose mieux à titre de comparaison, dans ce style heavy speed, qui une nouvelle fois fera songer à « Primal Fear ». Une brutalité que n’explore par contre nullement l’interlude « Symphony of the Battlefield », proposant à la place une narration épique pris dans un élan symphonique, qui laisse imaginer à un mix entre « Rebellion » et « Manowar ». Pour le coup, ils auraient cherché un peu plus loin.

Ce nouveau groupe n’explore malheureusement rien de nouveau. C’est presque une reconstitution d’anciennes formations, mais sans le talent de composition des valeurs originales. « Thornbridge » restitue un heavy/power cerné par les influences nationales au point de ne faire tout au long de l’album que de la pâle copie, un résumé vulgarisé de toute la scène allemande du genre. Et comme (trop) nombreuses sont les formations à se prêter à ce genre d’exercice, l’œuvre perd en conséquence de sa pertinence et de son utilité. De ce « What Will Prevail » nous ne voudrions retenir que la production signée par le chanteur et multi-instrumentiste d’« Orden Ogan », Sebastian Levermann. Les membres de « Thornbridge » ont encore beaucoup de travail sur la planche pour intéresser encore ceux qui ne sont pas gavés par un power metal allemand à l’avenir des plus hypothétiques. Le groupe est donc pris la corde au cou et risque d’être emporté par les eaux de l’oubli en cas d’obstination.

12/20

 

 

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