chroniques et interviews metal

5970Heimsgard : Ördrag

posted by alonewithl on août 24th, 2016

Un nom à consonance germanique (“Heimsgard”) ne signifie pas pour autant que l’on a affaire à des allemands ou même à des scandinaves. Néanmoins, en ce qui concerne le pagan metal français des liens sont avérés avec la scène de leur géant et gênant voisin d’Outre-Rhin, pas que dans le pagan metal d’ailleurs. Parent pauvre dans le genre, il faudra se contenter de cette influence prégnante. On saura aussi se contenter du premier volume du projet français de “Heimsgard”, monté par Raido du groupe “Malevolentia”, intitulé “Ördrag”. C’est en toute logique qu’il est édité chez Epictural Production qui publie les ouvrages de “Malevolentia”. Pour autant, l’ouvrage, largement distribué aux médias, est loin d’équivaloir à une révolution de la scène pagan française. Sa relative notoriété doit beaucoup à la méconnaissance de la scène nationale comme du pagan metal tout court. Car, croyez moi, avec “Ördrag” on fait un bon à reculons de 10 années.

L’introduction est un bon indicateur en soit de la portée musicale de l’engin. Les notes féeriques, médiévales sont antédiluviens. Et même si la musique se fait plus pesante à partir du milieu de piste, le côté “fait maison” a de la peine à s’écarter. On rentre dans le vif du sujet avec “For the Love of War”, un pagan germanisant prenant quelques airs finlandais à la “Ensiferum”, pas en soit quelque chose de très novateur, mais faisant prudemment son office en incluant quelques chœurs dans son pagan. Le chant growlé se révèle par contre comme l’un des points faibles de l’ouvrage dès l’apparition de cette chanson. Le pendant germanique être très ostensible à travers le rugueux et irrité “Flavour of Victory”. On assiste là à un cortège de riffs compressés, rappelant quelque part le “Wolfchant” des débuts. Un peu comme le guilleret mais défraîchi “In the Shadow of the Great Men”, particulièrement déconcertant dans la qualité de ses sons rutilants. C’est correctement mené, avec une utilisation à propos des claviers, mais l’aspect répétitif et surtout l’aspect “bontempi” peuvent s’avérer dérangeants pour une réalisation actuelle.

Si l’influence du pagan germanique est prégnante celle de la référence finlandaise qu’est “Ensiferum” l’est tout autant. “Immortal” est un extrait représentatif. Celui-là est encore un témoignage flagrant de la manière très artisanal dont l’ouvre a été produite. Les sonorités claviers ne sont pas de première fraîcheur et les sons “batterie” sont assez plats dans l’ensemble. Ce titre long s’en sort mieux dans l’articulation des mélodies et des chœurs, cette fois pertinents. La pause en milieu de piste est également un bon choix. “Heimsgard” exprime son influence “Ensiferum” avec plus d’entrain et de réussite à travers “Nothung”. Même si on se replonge encore une fois sur d’anciens ouvrages, il faut saluer ce dynamisme et un chant plus accrocheur. Cependant, il est loin malgré ses qualités indéniables d’arriver à la cheville de “Stone Field”, le morceau le plus ambitieux de la galette, et celui qui devrait servir d’ambassadeur au projet et de prototype pour les ouvrages à venir. L’extrait est énergique dans sa majorité, particulièrement élancé, riche, offrant de multiples facettes, et notamment un beau petit solo qui arrive très naturellement juste après le break.

“Through the Eyes of a Wolf” va également attiré l’attention grâce à son rythme soutenu, à sa musique plus aboutie que la majorité de l’ouvrage, et aux efforts vocaux produits. Par sa fougue et sa détermination bien éloigné de “The Unfallen Warrior”, qui est pour le coup très tiède, voire un peu fouillis. Le manque d’inspiration est palpable sur ce morceau qui semble en plus s’étirer artificiellement. Les sonorités épico-médiévales en provenance des claviers sont toujours aussi vieillissants, et même quand l’articulation est plaisante, guillerette comme sur “Wanderer Song”, on ne cesse de songer que le projet a pris beaucoup de retard sur l’évolution du pagan ou semble être nostalgique d’une période encore balbutiante dans la vague du pagan mélodique. L’outro en mode “bontempi” est en soi singulier même si la mélodie est travaillée. Malgré toutes les critiques que l’on peut avoir à l’encontre de cet ouvrage on ne peut dénier ce sens de la mélodie ou aussi ce qui a été produit sur les parties guitare. Peut-être amorcerons nous une critique à ce dernier pour ce qui concerne son égarement et ses sonorités grésillantes sur le joyeux “Wheel of Time”.

Vous l’aurez compris je ne partage pas la ferveur de certains en ce qui concerne “Heimsgard” et son premier album. On pourrait passer outre la forte sensibilité artisanale de la chose si l’effort de 2015 ne ressemblait pas autant sur le plan qualitatif à des efforts produits dans des conditions similaires en 2005. Il manque aux claviers de la profondeur et un côté professionnel que l’on ne perçoit absolument pas ici. Le chant n’adhère pas toujours aux mélodies, qui pour le coup apparaissent à contrario comme un point fort, tout comme les chœurs. Quelques titres se révèlent plus heureux que d’autres, cependant en fin du produit. Un long cheminement est à faire. Il n’est pas recommandé de se contenter de la chose. Les influences très marquantes et incalculablement perçues sur d’autres projets pourraient aussi se révéler des handicaps pour l’avenir. D’ici là le soufflé de la nouveauté pour certains auditeurs aura retombé. A “Heimsgard” de trouver son chemin, même s’il faut pour cela prendre de la corne aux pieds.

12/20

 

 

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