chroniques et interviews metal

6048Arkona : Vozrozdhenie (Re-Recorded)

posted by alonewithl on novembre 27th, 2016

Après l’écoulement des années, les premiers jets font souvent l’objet de réserves, voire d’une sérieuse critique de la part du groupe lui-même. Il voudrait y voir des erreurs de jeunesse, un manque de maturité, dus aussi aux manques de moyens matériels. Il est vrai que les débuts peuvent être marqués par un certain amateurisme et l’utilisation d’un matériel un peu trop cheap. Mais le manque de moyens ou encore le manque d’expérience ne sont plus des gages suffisants quand il est question de porter atteinte à des chefs-d’oeuvre ou aux disques ayant établi la notabilité du groupe. ” Vozrozdhenie” de la formation folk pagan russe “Arkona” est de ceux-là, bien qu’étant arrivé tardivement dans le circuit de l’Europe occidentale. Le disque aux sonorités quelques peu artisanales se distinguait par une forte proportion black atmosphérique, des influences “Alkonost” et “Nokturnal Mortum” assez distinctives, bâtissant un édifice froid et raffiné. A partir de ce forfait “Arkona” prendra ses marques, innovant presque à chaque fois sans jamais se corrompre. La nouvelle d’un réenregistrement de ” Vozrozdhenie” nous paraissait autant incroyable qu’infondé. Pourtant, celle-ci pouvait se comprendre par le fait de figurer comme l’oeuvre la moins personnelle d’”Arkona“. La manœuvre est extrêmement risquée et va desservir la formation russe qui n’avait pourtant pas fauté depuis sa création.

On va le voir, le réenregistrement comporte du positif et du négatif. Toutefois, la balance penche plus d’un côté que de l’autre. Prenons “Kolyada”, une vraie flûte a pris la place des claviers, la qualité sonore est plus élevée, le son parait plus étoffé, mais fait perdre toute dimension atmosphérique. Cela a pour effet de gommer l’influence prégnante d’”Alkonost” à cet endroit comme sur “Pod Mechami” d’ailleurs, morceau caractéristique de la musique du groupe du Tatarstan. La version originale de “Pod Mechami” était frénétique, presque anxiogène. Le conventionnel a ici tué l’idéal. Le constat est sans appel, une majorité de titres se révèle lissés, neutres, comme c’est ostensible avec le morceau éponyme ou encore “Brate Slavyane” dont le côté mystique a fui. Le chant de Masha se montre beaucoup moins rageur et possédé, “Po Zverinym Tropam” ou encore “Chornyye Vorony” en perdent par effet de leur substance et de leur puissance.

La casse est moindre concernant “Maslenitsa”, même si le chant parait moins habité nous avons le contrepoids d’une guitare plus en avant. De même le lissage du son a pour effet d’effacer les grésillements de “K Domu Svaroga”. Le contenu de “Rus”, l’un des morceaux les plus connus de la formation, parait même plus limpide que l’original. Cependant, point de chant d’oiseau. Il est à remarquer que les différentes sonorités naturelles servant d’entames aux différents morceaux sont purement absents. Nous n’entendrons pas la mer battre, ni la pluie sur “Zov Predkov”, ni ce chant chuchoté qui dessinait ses contours énigmatiques. Il y a quelques heureuses surprises cependant, à commencer par “Zalozhnyy” au jeu plus simplifié et encore et surtout “Solntsevorot” complètement transformé, dont le rendu parait moins artificiel que sur la version de 2004. L’utilisation d’une vraie flûte y joue pour beaucoup.

A l’évidence, un réenregistrement de “Vozrozdhenie” pouvait se comprendre pour différentes raisons, mais a été semble t-il une mauvaise idée. Masha Scream, malgré des moyens plus modestes à l’époque, proliférait d’idées et de maîtrise. Sur cette version de 2016 de “Vozrozdhenie” la musique y est sans relief, débarrassée de plein d’artifices, comme une vaste plaine, lisse. A vouloir se réapproprier l’ouvrage, au sens où celui-ci paraissait sujet à différentes influences du metal slave, la part atmosphérique et tout ce qui faisait la singularité et le charme de ces compositions se sont évaporés sans vraiment qu’il y ait de gagne au change, à quelques exceptions près. “Arkona” faute véritablement pour la première fois dans sa carrière dans une tentative malencontreuse et presque inutile pour son public. Le réenregistrement est généralement un exercice casse-gueule, que l’on utilise parfois dans le but d’écouler du stock à peu de frais. Mais que voulez-vous, ça marche.

13/20

 

 

You must be logged in to post a comment.