chroniques et interviews metal

6132Arstidir Lifsins : Heljarkviða

posted by alonewithl on janvier 4th, 2017

Arstidir Lifsins : HeljarkviðaTel un navire perdu quelque part dans la Mer du Nord, les tribulations du trio d’”Arstidir Lifsins” se poursuivent en quête d’une terre ferme. La formation, particulièrement aventureuse dans ses compositions avait sorti “Aldafǫðr ok Munka Dróttinn“, un troisième album ayant marqué un tournant froid. Comme si la part léguée par le vocaliste Marcel Dreckmann et par “Helrunar” par son biais, devenait de plus en plus prégnante. La tendance va se confirmer par la suite. On pourrait trouver cela étonnant puisqu””Arstidir Lifsins” est en fait placé sous la houlette de Stefán. C’est notamment lui qui écrit les textes en s’inspirant du patrimoine littéraire et culturel datant de ses ancêtres vikings. C’est lui-même qui a écrit celles de l’EP, “Heljarkviða“, ouvrage qui fait suite donc à “Aldafǫðr ok Munka Dróttinn“, et toujours édité chez le valeureux Ván Records. Et il est question sur deux longues pistes, de batailles, d’une sanglante qui conduira le héros à visiter l’outre-tombe. La musique épouse le récit. Un accomplissement autour de la mort.

Les deux titres cumulés avoisinent une durée supérieure à 41 minutes, ce qui en fait un long Ep et deux morceaux d’une teneur que l’on imagine progressive. En fait les deux pistes s’illustrent perlées de troubles et d’accalmies. C’est l’orage qui domine, l’obscurité et la pluie à grosses gouttes. On peut ressentir ces prévisions météorologiques de manière indirecte, par des intermédiaires, mais aussi de manière directe par le bruit de pluie ou de tonnerre en fond sonore de “Á helvegi” surtout. D’ailleurs ce morceau précisément va se montrer beaucoup plus colérique et lunatique que son successeur “Helgrindr Brotnar”. Des phases fredonnées au violoncelle, des chœurs funèbres, masculins, d’une extrême gravité et solennité, vont être relayés des rythmes éperdus et violents, des blasts étourdissants et des apparitions vocales écorchées.

Ces pics black metal au milieu de lourds flottements de brouillard sont le credo de l’entier Ep, mais “Helgrindr Brotnar” va se distinguer par sa grande humilité, un black metal plus tempéré à son apparition, un volume qui monte, qui prend doucement son ascendant, pour ensuite s’affaisser et se perdre dans l’épaisseur d’un doux, voluptueux et intimidant brouillard. Un monologue, des frottements de violoncelle, puis la fin. On retient en plus sur ce long morceau plombé d’amertume et sensible à mille dangers quelques interludes: l’apparition de la guitare acoustique, des paroles prononcées par une femme, un duel, une confrontation entre les intervenants vocaux, qui n’ont pas été croisés sur le nerveux et changeant “Á helvegi”, étonnement plus adepte de la discipline.

La mort, qui ne profite même pas aux désargentés, est donc célébrée à travers un voyage écrit et musical. Pour cela cet EP est une oeuvre complète et aboutie. Les sonorités opposent équitablement la plus grande froideur à la chaleur la plus étouffante. Des voix matures et raisonnantes à des voix stridentes et éperdues. La résignation à la peur. La volonté de se rendre à celle de se battre. Dans tous les cas la mort au bout. “Arstidir Lifsins” produit là un “Helrunar” de très bonne qualité (plus solide en tout cas que le tout juste très potable “Niederkunfft“, dernier né à ce jour du confrère allemand), étoffé par des chœurs, un peu de violoncelle. On est loin de l’enchantement. Tout en se référant aux anciens, à des populations qui sillonnaient l’espace par la voile et le cheval, toujours un cri de guerre à la bouche et une lame ensanglantée à la main, “Heljarkviða” vous invite à perdre la foi en la vie. Ce “paix à vos âmes” est adressé aux glorieux vikings.

16/20

 

 

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