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6242Sumerlands : Sumerlands

posted by alonewithl on février 1st, 2017

Sumerlands : SumerlandsTout monument est bâti à plusieurs. Tout grand projet commence à partir d’une rencontre. Pour le projet américain de heavy metal old school “Sumerlands“, ce fut une rencontre décisive entre Arthur Rizk et Jason Tarpey (actuels membres de l’autre projet heavy “Eternal Champion“) avec l’unique chanteur Phil Swanson, lorsque ceux-ci ont pu participer à une section live de “Hour Of 13“. Le courant passe très bien entre les trois hommes et l’idée d’un projet musical ensemble est en train de germer. Du moins c’est davantage Arthur Rizk, devenu depuis un producteur reconnu dans le metal extrême, qui prendra l’initiative de ce que va devenir “Sumerlands“, né officiellement en 2013, année du départ de Phil Swanson de “Hour Of 13“, mais restant néanmoins dans une myriade d’autres groupes essentiellement marqués dans un registre heavy doom. Jason Tarpey ne participera pas au combo, mais viendra s’y associer d’autres amis d’Arthur, notamment des membres de sa formation crossover “War Hungry“, ainsi que le batteur Justin DeTore (multi-instrumentiste à divers projets dont le plus connu est “Magic Circle“) pour lequel Arthur avait travaillé en qualité de producteur. Cet ensemble de “potes” va rapidement se lancer dans l’enregistrement d’une démo. Cette phase va définitivement convaincre Arthur Rizk, complètement capté par la voix de son mentor Phil Swanson, de poursuivre plus sérieusement encore l’aventure. C’est ainsi qu’une signature chez le grand label Relapse Records et la préparation d’un premier album éponyme va rapidement voir le jour. S’en suivra une formidable leçon, à tous les groupes de la vague de heavy revival en premier, et à tous ceux ayant eu un jour l’orgueil de créer des arts anciens qu’ils ne savent point maîtriser. “Sumerlands” nous ramène loin en arrière, au début des années 80, lorsque sortait un certain “Blizzard of Ozz“.

Comment ne pas évoquer Ozzy Osbourne ou encore l’illustre guitariste Randy Rhoads à l’écoute de “Seventh Seal”. Le jeu est parfaitement élancé, entêtant. On constate dès lors un formidable exercice dans le mixage et la production pour faire ressortir en volume les guitares, augmentant ainsi le caractère impressionnant de leur technique et de leur jeu musclé. C’est en plus magnifié par la voix enivrante de Phil Swanson. Le rythme est parfois soutenu, c’est même effréné sur “Blind”, et Phil parvient à suivre le mouvement. On approche da salves mitraillées à travers “Timelash”, c’est alors que l’on se confond le plus avec le début de carrière solo d’Ozzy, surtout que la mise en écho de la voix de sieur Swanson a pour conséquence une certaine confusion avec celle du leader britannique. Cela est d’ailleurs tout aussi confondant à l’écoute de “The Guardian”, dans un style emprunt de nonchalance. Le titre est d’autant plus saisissant qu’il propose un superbe et apaisant solo de guitare en fin de piste.

On passe d’un heavy metal volumineux et entreprenant à un heavy doomesque tout d’abord avec “Spiral Infinite”. Sujet que maîtrise bien entendu Phil Swanson, et cela malgré le ton intimidant et la rythmique implacable. C’est même prodigieux en tension et dans l’impact produit. On relève toutefois un break hypnotique, qui devra rapidement céder la place à la mécanique en chauffe qui l’avait précédé. “Lost My Mind” s’aventure également dans un style proche du heavy doom, notamment si on en juge à ses à-coups puissants et larvés. Nus pourrions nous risquer à considérer l’exercice comme un mix entre “Black Sabbath” et “Cirith Ungol“. On passe à bien plus aérien et tempéré avec “Haunted Forever”. Le chant est étonnement en retrait, bien que très actif. S’il s’agit là d’un extrait sous une nappe de brume. Que peut-on dire alors du très déroutant morceau éponyme qui clôture ce volume? “Sumerlands” pratique à cet endroit un ambient atmosphérique, et ne remplit cet ensemble vaporeux que de douces palpitations, de mélodies lointaines qui s’estompent comme par magie. Un mirage, en quelque sorte.

Quelle belle pièce que voila. “Sumerlands” visait au départ à devenir une sorte de restitution du heavy à l’ancienne portée par des visionnaires comme “Manilla Road” ou “Cirith Ungol“. Ils n’avaient nullement planifié de dresser un pont entre ces groupes de légende et Ozzy Osbourne. C’est chose faite désormais à travers leurs compositions et ce premier album assez inédit dans son genre, surtout avec l’un des chanteurs les plus sous-estimés de son temps. Mieux que de traduire une époque, elle est surélevée. On s’approche sans conteste du meilleur de ce que les géants du heavy ont pu offrir, bien que “Sumerlands” privilégie plus la technique que la bande FM. Pas forcément de refrains à scander, donc. Ce disque a beau être fabuleux dans sa musique et dans son chant, il faut toutefois se montrer prudent quant à la suite du projet. Les membres de “Sumerlands” compte plusieurs à-côté en réussite (“Eternal Champion“, “Vestal Claret“, “Magic Circle“). Et bien chanceux sera celui qui devine lesquels de ces projets seront avantagés à l’avenir. Comme on le sait, toutes les rencontres sont bonnes pour bâtir des édifices. Mais malgré la beauté et la hauteur, les rencontres et les bâtisses ne durent pas éternellement. Prions que “Sumerlands” soit autre chose qu’une délicieuse apparition. Continuez à donner vie à ce miracle.

16/20

 

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