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6283Muggnagar : Bauta

posted by alonewithl on février 21st, 2017

Muggnagar : BautaLe fait maison n’est pas toujours un gage de qualité. J’imagine que rares sont ceux qui connaissent le projet black atmosphérique à tendance folklorique de Count Darcon “Muggnagar“. Le claviériste est peut-être connu notamment pour avoir été membre de la formation norvégienne de black symphonique “Diabolical Breed“, qui a jouit d’une petite notoriété malgré une existence éphémère au début des années 2000. “Muggnagar” offre à ce jour son troisième ouvrage, intitulé “Bauta“, en référence aux monolithes visibles en Scandinavie et datant de plusieurs centaines d’années avant notre ère, d’ailleurs représenté sur la pochette même de l’album. Les deux parutions qui l’ont précédé n’ont pas brillé par leur pertinence. Et c’est peur de le dire. Ce qui explique sans doute encore la confidentialité de ce projet dont la première oeuvre est sorti officiellement en 2009 tout de même. “Bauta” révèle un léger progrès à comparaison des deux autres. Mais, il s’agit bien de ma part d’un propos trop optimiste à la découverte de l’univers de “Muggnagar” et de ce disque. C’est tout simplement digne d’être rapidement oublié.

Des sons couinants, on va en entendre, et on a du mal à s’imaginer que Count Darcon est un véritable claviériste. L’introduction “Portene Aabnes” se découvre à travers des sons d’orgue malveillants et ce qui semble être un semblant d’accordéon, bien sûr produit par l’intermédiaire du synthé. C’est ce qui va accrédité une grande part de l’aspect folklorique de l’album. Et ce n’est franchement pas le pire à relever de l’album. On passe directement au premier véritable morceau “Muggnagard” qui compile tout ce que l’on aura à reprocher à l’opus; à savoir un black atmosphérique très sale, au chant lointain, désordonné, et enregistré avec les moyens du bord. Les riffs de guitare sont purement catastrophiques, à croire que son compère Zrap Wictor ne sait tout bonnement pas en jouer. En revanche le bassiste s’en tire beaucoup mieux. C’est d’ailleurs presque le seul instrument potable.

On outrepasse les limites de l’acceptable avec le cacophonique “Paa Korset Henger Det ein Gubbe”, d’abord tapageur, pour ensuite s’animer par atermoiements. Ce n’est guère mieux quand “Muggnagar” tend à conserver un rythme constant, notamment sur le distant et poreux “Av Odins Aett”, où le mélange claviers/voix est ici insupportable. On cultive aussi une rythmique par à-coups avec un dissonant mais assez intimidant “Alt er Svart”, ou encore de manière plus lente et compressée avec “Heaven Has Burned”. L’auditeur aura sans doute la mauvaise surprise de retrouver quelques airs puisés à “Empyrium” à travers un mal branlé “Transilvanian Darkness”, qui en plus termine dans une espèce de barbotement sonore inconsidéré. Nous pouvons déplorer la chose et considérer le projet comme nul et non avenu, néanmoins il est incontestable qu’il y a de la recherche et des compositions élaborées.

Les reprises en fin d’ouvrage en revanche vont moins servir cette vision, bien que l’on sait que Count Darcon a toujours consacré à chaque fois un ou deux titre(s) populaires issus de la scène scandinave. Il y a eu une reprise d’Alexander Rybak, vainqueur à l’Eurovision en 2009, une de “Gorgoroth” et de “Seigmen” (rock alternatif) sur l’album “Skyggesiden“. Là, “Muggnagar” considère des artistes de la mouvance rock/new wave avec la reprise de “Lønsj i Det Grønne” des icônes en Norvège “DumDum Boys”, et avec celle de “Living in America” (traduite ici “Driter i Amerika”) de la formation suédoise d’indie rock “The Sounds”, elle moins réputée. Dans les deux cas, c’est inacceptable tellement c’est brouillon. On pourrait croire à une parodie malintentionnée du black metal. Alors que “Muggnagar” a su montrer quelques qualités dans le gras et caverneux “Dauden” ou encore dans les airs cristallins et le côté entreprenant de “War of Trolls”, mais mieux encore avec l’épique “Lords of the North”. Peut-être un des titres les moins miteux de l’ensemble.

En poussant le vice et le masochisme à découvrir les premiers ouvrages, rappelant furtivement les tous débuts ambient de sieur Munruthel, quand cela s’appelait encore “Silentium“, la fragilité de “Bauta” est cependant à relativiser. C’est même un progrès compte tenu de la richesse proposée. Toutefois, on est encore loin de proposer une musique accessible et acceptable. Tout couine et grince, le guitariste est à pendre, l’enregistrement n’a pu être fait qu’avec un appareil photo. Et pire que tout, on tombe dans la digression et l’offense avec des reprises imbuvables, qui n’ont en plus foutrement rien à voir de près ou de loin avec le dit projet ou avec les thématiques proposées. Count Darcon n’est pas le premier ni le dernier à s’évertuer dans ce style de black ambient/atmosphérique. D’ailleurs il en existe à foison tentant de s’assimiler à du “Summoning“. Il faudra plus que de légers progrès pour écouler des caisses de ses ouvrages ou au moins marquer les esprits de sa présence sur un circuit, encore une fois, blindé. A la différence des monolithes consacrés, ce vilain tas ne laissera donc aucune trace dans le paysage.

09/20

 

 

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