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6326Lunar Shadow : Far From Light

posted by alonewithl on mars 19th, 2017

Lunar Shadow : Far From LightAu cours des années 2000, le heavy metal a connu deux révolutions: une plus connue, que l’on a appelé heavy revival très atypique aux pays nordiques et à l’Amérique du Nord, et un heavy metal plus calme et terre à terre qui s’est développé en parallèle sans grande médiatisation. En pratique, leurs sources proviennent du heavy metal des années 80, mais dans le second cas cité on ne parle plus de tentative d’imitation, mais bien d’une simple influence. En cela, un groupe comme “Atlantean Kodex” ou comme “Silver Machine” en France, se démarquent totalement des écuries de revival en bandanas et pantalons moulants. Plus rares encore sont les formations qui s’emploient à un mix entre les deux mouvements. Les jeunes allemands de “Lunar Shadow” sont de ceux là.

Le combo apparaît en 2014 et sort l’année suivante l’EP “Triumphator” à la couverture et à la thématique trompeuses. On aurait pu croire à priori à un groupe dans la lignée des “Manilla Road” et “Ironsword“. Il n’en est rien. La mélodicité offerte ainsi que le chant juvénile typé revival peuvent décontenancer. ça n’empêche que ce curieux mélange des genres a intéressé le très sérieux label Cruz Del Sur pour un premier album, qui là encore use d’une imagerie confuse. Le lettrage du logo renouvelé comme la pochette font cette fois directement songer à un disque de black mélodique. Pourtant, il n’y a pas eu de véritable changement d’orientation entre-temps.”Lunar Shadow” chercherait donc à nous faire perdre pied, à froisser nos repères. Avec toutes ces nuances, on pourra affirmer que “Far From Light” est un album clair-obscur.

Chaque titre ou presque débute par un petit sample. Sur “Hadrian Carrying Stone” on y entend quelqu’un marcher dans la neige et brasser des pierres. Succède à cela un arpège mélancolique et solitaire. “Lunar Shadow“, nous le remarquons pour les autres, en fait souvent usage. Quelques à coups, puis de nouveau ce frais arpège pour préparer la venue du chant comme le faisait autrefois un certain “White Lion“. Cette rythmique par à coups qui refait régulièrement surface est quelque peu maladroite, mais se trouve bien aidée par quelques mélodies bien senties. Nous remarquerons aussi dès lors le goût des longues parties instrumentales. Les fluctuations rythmiques sont obsessionnelles et permettent de digérer sans problème la durée de certains longs morceaux. C’est autant vrai pour “The Hour of Dying” malgré un rythme parfois concassant et précipité.

“The Hour of Dying” se distingue aussi par sa rugosité, chose que l’on ne cerne pas dans la généralité de l’album. On décèle également la chose à travers “Frozen Goddes” adepte lui des à coups bruts et doté d’une force assez redoutable malgré quelques menues longueurs. On retrouve aussi une certaine fermeté dans le jeu avec “Cimmeria”, seulement au vue du nom du morceau on s’attendait peut-être à entendre se dégager une puissance toute martiale. En fait, les sons encaissés vont se trouver cernées par des mélodies apaisantes, presque cajolantes. Il y a probablement une incidence avec le feu de la forge de l’entame ou celui que l’on entend en fin sous fond d’acoustique. Plus agréable est cependant d’entendre le bruit de la mer sur “Earendil” également marqué par la guitare acoustique, si ce n’est que cette ballade repose sur une ambiance totalement harmonieuse.

Autre ballade, celle de “Gone Astray”. Mélodieuse, délicate et parfaitement accompagnée par le chant, qui fait là paire avec la musique, alors que cela lui est difficile parfois. Cela dit, le morceau se montre un peu trop longuet et étiré. On passe de la clarté aux abysses ombrageuses de “The Kraken”, moins enviable pour ses coups de cymbales et de charleston, que pour son jeu plombé de guitare. Le riffing y est en effet lent et volontairement alourdi, mais lorsque la tension est relâchée, “Lunar Shadow” avance quelques pointes de heavy metal, façon NWOBHM. Ce heavy particulièrement ressassé par les troupes de revival se distingue aussi sur “The That Walk the Night”, intéressant par ses riffs espiègles et sa maîtrise. C’est le morceau qui se rapproche le plus de la vague revival, malgré quelques écarts de production, mais dans un ton beaucoup plus tempéré que ce que nous offre par exemple des “Enforcer” ou “Skull Fist“.

Sans être exceptionnel “Lunar Shadow” est un groupe qui intrigue. On pourrait croire que les imageries et thématiques, autour de Conan notamment, sont mal employées. Mais, les décalages ajoutent tout autant à la curiosité. De même, le groupe a pris le risque de composer des morceaux d’une durée excédant majoritairement les 6 minutes, sans trop de redondance et dans une cadence de croisière. En cela, on peut considérer l’expérience comme réussie. De plus, la musique du combo, mélodique et souvent enclin à l’acoustique, est à peu de chose près un grand écart entre un “Silver Machine” et un “Alpha Tiger“. Donc pas du genre à être ou à devenir trop fréquent, ce qui est également un avantage dans le paysage actuellement bondé et sans trop de relief du heavy metal. Une ouverture éclairée se profile donc pour “Lunar Shadow“.

14/20

 

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