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6344Blackened Corvus : Nevermore

posted by alonewithl on avril 23rd, 2017

Blackened Corvus : NevermoreEn recherchant des informations à propos des groupes musicaux, il arrive fréquemment de relever la phrase “musiciens d’univers musicaux bien différents” à propos des membres de la formation. On y passe quasiment à chaque fois. Il est en fait assez rare de trouver une bande ayant des passions communes. D’ordinaire, un ou deux membre(s) lancent le truc et cherchent des musiciens pas trop mauvais dans les environs qui veuillent faire un peu de route avec eux, voire pourquoi pas d’intégrer le combo. On ne se fie pas trop alors aux influences de chacun, au mieux il arrivera qu’elles complètent la formule. Fondé en 2012, “Blackened Corvus” est un groupe basé à Vendôme, mais dont les cinq membres sont issus des quatre coins de la région Centre. Et comme vous l’aurez compris, issus d’horizons musicaux différents. Tellement différents semble t-il que cela a pour conséquence de restituer communément une musique originale, quelque peu inclassable, souvent et très étonnement comparé à “Apocalyptica“, mais à tort. On reconnait là ceux dont le simple apport du violon perturbe au point de le confondre avec un groupe qui ne joue en grande partie qu’en instrumental et qu’avec des violoncelles. “Blackened Corvus” compose un premier titre fin 2012, réalise un EP éponyme autoproduit en début d’année 2014, puis s’attaque à un premier album intitulé “Nevermore” paraissant en fin 2016. Une chose est sûre c’est dans son originalité justement que l’on en tire ses points forts et ses faiblesses.

J’avoue une certaine déception d’entrée sur “Road Rage”, à entendre des crissements mêlés à un heavy metal dans un registre “moderne”, héritant même d’un très léger soupçon thrashisant dans ses riffs. Le rythme haché contraste avec l’habilité du violon, qui se révèle aussi particulièrement fluet. Le chant principal en revanche laisse de marbre, semblant quelque peu en difficulté pour restituer un anglais fluide. “Behind the Mirror” produit des riffs plus étriqués et rugueux encore, par à coups et saccades, avec l’idée intéressante de rendre la chose stressante et alarmiste, se mariant mieux avec un chant scandé. Même si le morceau s’avère un peu redondant, on apprécie toutefois la souplesse du refrain. La rudesse et le stress sont également de mise à travers le morceau “War Machine”, mettant bien en évidence la batterie et des riffs saccadés pour restituer un penchant industriel et mécanique. Cette brusque mise sous tension offre cependant peu d’alternances dans le rythme et dans sa musique.

“Upon Your Mind” oppose lui aussi une grande raideur, un soupçon de démence. Le refrain sert néanmoins de refuge idyllique et plus agrémenté, par la douceur de ses chants et aussi une certaine grandiloquence palpable en fond sonore. Cette pression et ces riffs raides, qui représentent le gros de la musique de “Blackened Corvus“, en plus des incursions mélodieuses de violon. On en trouve encore une parfaite illustration avec le palpitant “Alone in the Dark”. A prime abord, lourd et plombé, mais se distinguant par une articulation complexe par la suite, et même dans une tournure qui pourrait nous paraître progressive. L’entame quelque peu funky de “Selfish” s’avère aussi interloquente. S’en suit un heavy rudement bien charpenté, éloquent, malheureusement mal agencé avec les coupures de couplets qui cassent de manière trop tranchée le rythme. On est dans le mi-figue, m-raisin malgré des compositions innovantes et diversifiées.

Dans cette diversité heureuse on retiendra le morceau “Payback”, très nonchalant, par à coups et mélangeant curieusement anglais et allemand. ll faut avouer que le chanteur s’en tire beaucoup mieux avec la langue de Goethe. On notera quelques incursions à la Hansi Kürsch (“Blind Guardian“) dans le chant principal, notamment à travers le titre “This Place”, aussi saisissant par ses prises orientalistes. La formation révèle d’autres influences marquantes sur “Surrounded by Death”, celle d’un “Iron Maiden” post-”Virtual XI“et celle d’un “Metallica” période “Load“, entremêlés. Plus souple et relaxant encore, “Blackened Corvus” se lance dans des airs médiévaux à l’aide d’instruments traditionnels sur “Magical Rebirth”. Du moins plus le temps de l’entame. Le groupe apporte par la suite son heavy rugueux et de la pesanteur dans le son et dans l’ambiance. Pour trouver une piste purement apaisante, il faut s’arrêter sur “Time” à la mélancolie tempérée et à la musique éthérée où on note la présence d’un violon plus grave.

Nevermore” est un premier album varié, à cheval entre tradition et modernité, exploitant un heavy metal encaissé aux sonorités modernes, mais qui s’agrémente de passages de violon. L’ensemble est riche, et bien chanceux est celui qui arrive à cataloguer le combo “Blackened Corvus“. Cette originalité artistique offre des possibilités positives et d’autres négatives. Cela se traduit par une vraie personnalité, une vraie réflexion dans le cheminement musical, mais qui serait encore à peaufiner. Le chant notamment, ne prend pas toutes ses aises, à quelques références près. Les compositions bien qu’agrémentées et fluctuantes, donnent quelques aperçus maladroits. Les riffs rudes et encaissés à l’allemande permettent d’illustrer la puissance, mais sont souvent sujets à la redondance musicale. Malgré, ces quelques réserves que l’on dénote souvent à propos des premiers ouvrages, l’album donne globalement une impression positive. Il sera très intéressant de suivre l’évolution de ce groupe encore en ébullition, de voir notamment si c’est son penchant heavy metal thrashisant ou son folk metal à peine dissimulé qui triompheront, ou s’ils parviendront à concilier deux forces qui se tiraillent.

13/20

 

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