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6763Saxon : Thunderbolt

posted by alonewithl on mars 21st, 2018

Saxon : ThunderboltTrès étrangement, à la vue d’une photo de Biff Byford ou d’une pochette d’un disque de “Saxon” j’entends dans ma tête la fameuse chanson interprétée par Gene Simmons “God of Thunder”. Un morceau que j’estime énormément et dont j’écoute très volontiers pour quelques moments de bonheur. C’est dire aussi combien “Saxon” m’a fait vibrer autant que “Kiss“, c’est même allé au delà de ce que je pouvais souhaiter. Ce véritable monument britannique a fait ses débuts bien avant ma naissance, et elle a ainsi parcouru ma vie sans trop d’interruptions. Mon cœur serait déchiré d’apprendre son arrêt définitif, comme ce fut le cas pour “Motörhead“récemment. D’ailleurs, il est question du groupe de feu Lemmy concernant la 22ème sortie de “Saxon“. Un hommage, dit-on. Je conviens qu’il s’agisse plus que cela. N’oublions pas aussi que “Motörhead” avait partagé la scène de “Saxon” quand ce dernier publiait son éponyme en 1979, son tout premier album, et que ces deux là sont restés longtemps complices. La presse de l’époque avait d’ailleurs entretenu une sorte d’association entre les “eagles” et les “bömbers”. Un oiseau de chair et un oiseau d’acier, côte à côte. Seulement, le plus costaud des deux a succombé le premier, le survivant plus agile emporte avec lui la mémoire du défunt. “Thunderbolt” renferme l’âme du bombardier et le corps du dieu du tonerre.

Il est dit que le dieu du tonnerre règne sur l’Olympe. Quoi de plus ordinaire que l’ouvrage débute par une introduction baptisée “Olympus Rising”. Quelques soubressauts atmosphériques, des arcs électriques qu’une véritable entrée toute en fanfare. Le ton imposant et martial engage toutefois la chose à une grande solennité. Vient alors très naturellement le titre éponyme “Thunderbolt”conservant cette martialité et s’inscrivant dans des riffs par à coups décisifs. Le résultat est détonnant mais perd immanquablement de sa puissance sur un refrain un peu trop simple. Le duel de guitares entre Paul et Doug dans un registre bien heavy speed est tout bonnement plaisant par contre. De même que de retrouver un Biff de nouveau en très grande forme au chant. L’équipe s’illustre notamment dans le vibrant hommage direct cette fois fait à “Motörhead“, au trio historique qu’ils ont bien connu, à Lemmy, à Philthy, à Fast Eddie, sur “They Played Rock n’ Roll”. Ca n’innove en rien, ca ne veut rien prouver, mais beaucoup apprécierons le rythme soutenu, ainsi que le petit break où on entend gronder la voix du Père Lemmy s’adressant à son public, tout cela juste avant une brusque accélération mélodique.

“Sniper” s’inscrit également dans une course de vitesse malgré un son encaissé, et un peu de redondance aussi. La rage et la rugosité du morceau nous ramène au “Saxon” pêchu des années 90. Et comme il est question de course de vitesse, nouveau avons un titre de tout autre niveau avec “Speed Merchants”, prenant bien aux tripes par ses contours très mécanisés. Quoi de plus normal en vérité quand on rapporte ici un sujet sur les motos. Dans cette frénésie toute huilée, où retentit la voix de Biff et des riffs impitoyables, on écarquille un moment les yeux à l’écoute de ce qui ressemble à un solo emprunté chez “Iron Maiden“. Le pied! Cependant et paradoxalement, l’auditeur risque d’être nettement plus saisi par le tempéré mais excellent morceau “Sons of Odin”. Son entame évolue étrangement d’une manière très similaire à “Holy Diver” de “Dio“. Et ce qui marque véritablement ici c’est le chant de Biff Byford particulièrement fort et saisissant. Le poids des années ne semble aucunement avoir joué. “Saxon” est encore très pimpant pour un groupe dont quatre des cinq membres ont été actifs depuis les années 80.

Et on revient justement à cette glorieuse époque pour “Saxon” et pour le heavy metal à travers “Roadie’s Song” usant de riffs nonchalants et sexy et d’un aspect légèrement rock n’ roll. Ce qui nous ramène quasiment à la musique pratiquée du temps de “Wheels of Steel“. Cela reste en revanche très basique. C’est le reproche que l’on fera très justement à “A Wizard’s Tale”, qui se démène tant bien que mal dans un rythme mécanisé et syncopé. Par contre, le solo réagit très différemment et se révèle assez monstrueux de dextérité. “Predator” se distingue dans un ton pas très différent, avec des guitares assez en retrait et dans l’expectative, face à un double chant, celui de Biff, bien entendu, mais aussi le chant growlé de Johan Hegg (“Amon Amarth“). Avec une architecture moderne cette fois, un très nourri “The Secret of Flight” parvient à produire son effet. C’est un morceau très dynamique, aux multiples contorsions, mais également l’ovni de l’album, à mettre sur le même piédestal que “Nosferatu” dont la dimension symphonique nous ramène à “Call to Arms“, mais avec une bien meilleure qualité de production cette fois. Il est néanmoins très fâcheux que ce morceau un peu quelconque malgré tout ait privilégié d’une deuxième version en fin du volume, privé cette fois de toutes sonorités cuivrées. L’intérêt de la chose est difficilement compréhensible.

Cela fait désormais quelques années que “Saxon” adopte ce que l’on pourrait appeler un rythme de croisière. Ils ont déjà derrière eux une fantastique carrière, des albums cultes et prennent conscience d’être des sortes de dinosaures, des rescapés. Les stars des années 70-80 ont passé le cap fatidique des 60 ans et tombent désormais comme des mouches. “Saxon” est un oiseau rare, un animal ayant eu très tôt vocation à devenir céleste et qui domine encore l’espace dans lequel il vit. On l’avait croisé de nouveau à un point culminant à travers son très intéressant “Sacrifice“. Preuve s’il en est que les anciens peuvent toujours donner la leçon. L’album qui précède “Thunderbolt“, “Battering Ram“, avait dénoté une baisse de régime et un maintien à un niveau de confort pour Biff et sa bande. La même chose pourra être retenue du coup pour “Thunderbolt“, album très acceptable, contenant peut-être un ou deux hits, mais qui démontre que “Saxon” est encore très en forme et qu’ils sont tous bien vivants.

14/20

Clips Officiels:
. Nosferatu……………. . Thunderbolt
Nosferatu….Thunderbolt

 

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