Quel remarquable opus que ce “In A Reverie” pour le début de carrière de nos chers italiens !
“Dans une rêverie”…un nom qui dit tout de ce que nous présentera l’album:la réflexion sur le songe impossible comme l’inébranlable cauchemar, la fatalité, l’amour, la déchéance…un gothic metal fort bien réalisé alors qu’en 1999, année de sa sortie, le groupe était encore trés peu connu et subissait déjà des problèmes internes à sa naissance (comme After Forever et autres).
Malgré tout, il faut savoir que Lacuna Coil a pris des risques sur “In A Reverie“: en effet, tant sur le plan musical que structurel voire même parolier, le tout se révèle fort simple.Rien de bien recherché ni de bien compliqué, toutes les chansons utilisent rigoureusement la même structure et les mêmes instruments et pourtant…ça marche.Jackpot.L’album est trés bien reçu, Lacuna rentre dans la cours des grands.
S’il y a bien une chose à savoir sur Lacuna avant de débuter, c’est bien sûr la structure même des chansons: début instrumental + couplet (+ pré-refrain) + refrain + couplet (trés similaire de celui du départ) + refrain + refrain +…(couplets comme refrains sont assez courts).Aprés c’est évident, on aime ou on n’aime pas!
Revenons à l’album: celui-ci débute par le solide “Circle”, instrumental de départ parfait, refrains avec la voix de Cristina doublée par les échos d’Andrea…qui se répètent indéfiniment, tels les cercles de nos regrets et remords qui nous hantent jusqu’à la délivrance.Rien à dire ici à part “trés bien”.
“Stately Lover” se fait plus inégal au niveau du rythme, on démarre à la guitare acoustique, il y a un pré-refrain, puis un refrain plein de désespoir, où voix féminine déchirée et grunts de fond s’accompagnent.Du désespoir oui, le désespoir de l’amour lointain et impossible.
“Honeymoon Suite” continue sur le thème de l’amour, mais un amour cette fois-ci brisé.Plus agréable par son rythme, les guitares travaillent plus qu’avant.Pleine de dégoût de l’autre et d’ironie, c’est une dispute amoureuse qui avec Lacuna prend une tournure poétique…
Revenons dans le tragique avec “My Wings“: le temps implacable, l’inébranlable destin…elle ressemble à un “Circle” plus mouvementé.La batterie fait vraiment un travail de pro.
“To Myself I Turned” est certainement la plus étrange et la plus calme de l’album.C’est une mélodie sur la vie parallèle, la réincarnation.”Sommes-nous vraiment le reflet du miroir?” serait la question posée par cette trés intéressante chanson.
“Cold” est la première chanson de Lacuna que j’ai écouté.Cette guitare merveilleuse, un duo du refrain parfait (un des meilleurs de l’album).Ce même duo qui exprime toute la douleur du froid, son étreinte mortelle sur notre peau comme dans nos coeurs fragiles…qui gèlent…puis se brisent.
On approche de la fin avec “Reverie”, assez réussie bien qu’à la structure musicale différente des autres.La passion flétrissante pousse à la rêverie mélancolique, la rêverie mélancolique pousse au désespoir profond, le désespoir profond pousse à mettre fin à ses jours et à mourir dans son songe inachevé…tout est dit ici.L’alternance des voix de Cristina et Andrea fonctionne mais les transitions sont plutôt manquées entre les différentes étapes de la piste elle-même.
Pour “Veins of Glass”, c’est plutôt inégal, les couplets sont intéressants mais les refrains rendent mal l’impression que veut donner la chanson.Les guitares manquent cette fois-ci de présence (ah bon c’était voulu?) bien que les voix restent performantes, dommage.Pourtant, ces morceaux de verre dans les veines, cette souffrance perfide et durable, ces fantômes à l’intérieur de soi…tout cela ne valait-il pas mieux?
On termine le tout avec “Falling Again“, “suite” si l’on peut dire de “Falling” dans leur démo (et actuellement dans l’éponyme EP du groupe au prix exorbitant).Là-aussi, la guitare fataliste au possible fait de belles choses et le refrain déchiré clos parfaitement l’album.La rêverie est terminée, et malgré tout, je suis encore tombé dans l’ abysse de cet impossible songe…
Un petit tour par la jaquette maintenant.
Le premier type de jaquette que l’on peut avoir c’est “la vieille”,celle présentée par SoM, où l’on voit un homme et une femme dans un jardin merveilleux, tels Adam et Eve, résolument séparés (parfaite illustration de “Honeymoon Suite“) mais on remarque quand même cette femme qui essaye d’attirer son homme.(à vous d’interpréter, j’aime jouer les profs de français).Eh oui,c’est une rêverie dans une autre.La deuxième, c’est “la plus récente”, avec un désert et un palmier décharné en son milieu.Le désert représente certainement l’étendue de l’esprit humain et le palmier pourrait être assimilé aux cendres de l’oasis parfaite, soit du repos et du refuge qu’offre le rêve.Un rêve bien synthétique car on voit au fond les murs de l’esprit et un vaste trou qui montre que tout s’écroule et se détruit…la déchéance de la conscience humaine.
Comme je l’ai dit au début, les paroles (toutes en anglais ici) son assez simples mais en disent plus que ce que vous verrez sur le livret.
Bon album donc que ce “In A Reverie“, les voix de Cristina et Andrea s’accordent sans problème, les guitares sont trés expressives (bien qu’un peu fragiles par moments), les basses assez sûres d’elles et la batterie sans failles.
J’ai été agréablement surpris par cet album:ces musiques me rappellent d’excellents souvenirs et je les écoute toujours avec beaucoup d’enthousiasme.
“Midwinter Tears“…un EP-compilation malheureusement méconnu, ce qui est dommage car il est (comme d’habitude) trés bien réalisé.Composé de quelques titres cultes tels “Midwinter Tears” (mais ça semblait évident…) , “Angina” ou “Opus Relinque”,de trois “Faces B” et du live du “Widow’s Tour“.
Pour ce qui est des chansons déjà connues, je serai assez bref…Le remake de “Midwinter Tears” est trés bon, en effet, la chant de Morten Veland est plus clair et lui donne plus de présence,au niveau orchestral également le piano est davantage mis en évidence cette fois-ci et quelques passages ont été allongés ou légèrement modifiés au niveau structurel.
Pareil pour “Pale Enchantress”, toujours aussi magnifique.
Néanmoins, le “radio edit” de “Opus Relinque” déçoit, la chanson a été modifiée voire complètement trafiquée et tout le charme de celle-ci s’en est allé…
“Angina” en revanche est meilleur que l’original dans son remake, plus sombre et puissant qu’avant.
Passons maintenant aux quelques Faces B proposées ici..
Tout d’abord, “Sirene”, un acoustique à la guitare et au violon hypnotique et prenant tel le chant des fatales beautés des mers.Si vous tendez bien l’oreille, vous entendrez presque leurs voix cristallines se détacher de leur mélodieuse musique…tout ceci renforcé par une atmosphère calme au début qui devient inquiétante et froide vers la fin (merci le violon!).Les marins imprudents se sont laisser prendre au piège…
Tout à la fin, “Saturnine”, inquiétant autant par la voix démoniaque de fond que par ses effets musicaux (bruits d’horloge, “fumée?”,…) s’avère remarquable par ses effets musicaux.
Mais la chanson sur laquelle je veux insister est “Cease To Exist”.Cette chanson superbe où l’on retrouve toute la grandeur et la beauté de ce groupe.Où les voix féminines comme masculines, Vibeke comme Morten, les basses et batteries…donnent tout ce qu’ils ont de mieux pour faire de cela un chef d’oeuvre.En quelques minutes, cette chanson m’a transporté si loin que je ne savais plus si je me trouvais en ce monde ou dans l’au-delà…dans un éden flétri où la grâce repose sous les dalles d’un cloître blanc.
Pour ce qui est du “Widow’s Tour“, le DVD est correctement réalisé,le “live” de quelques chansons, un backstage intéressant sur le thème de “Wasteland’s Caress” et le clip d’”Evenfall” composent celui-ci.Pendant les live, on remarquera notamment les deux jeunes qui bougent leur tête tout le temps au premier rang de la salle!
Les live sont à voir bien qu’ils n’apporteront pas davantage que “Widow’s Weeds”, cependant, le live de “My Lost Lenore” est différent de l’original et même fort sympathique.
Le clip d’”Evenfall” est admirable, il est néanmoins dommage que toute la chanson n’ait pas été reprise.
Un livre d’images donc…qui nous montre combien ce groupe est talentueux.
La jaquette est traditionnelle: les anges de pierre aux yeux affadis par les larmes…un peu léger certes, mais le livret à l’intérieur compense tout à fait ^^
Un travail de grande qualité de la part de Tristania donc…comme d’habitude.
(Remarque: Chronique valable également pour “Midwintertears” et “Angina” (singles), “Midwintertears-Angina“(EP) et le DVD du “Widow’sTour”)
Ah le dernier Beseech…il est vrai qu’après le léger et quelque peu décevant “Drama“, on attendait un opus aussi éclatant que “Souls Highway” de la part du groupe suédois.
Et ce souhait a été exaucé, on obtient alors ce très intéressant “Sunless Days“, au caractère aussi sombre que mélancolique, où l’on retrouve la voix pure de Lotta, les tristes vocalises d’Errik et le reste de la bande bien entendu.Le principal changement réside en le fait que le piano, des basses de fond,de la guitare acoustique et des effets électroniques sont mis en valeur sur l’ensemble de l’album.
Et cet album commence d’ailleurs avec sa chanson phare: “Innerlane”, où l’on voit d’entrée de jeu ce que l’album va nous apporter et qui montre bien le “tournant” musical du groupe, déjà quelque peu intronisé par “Drama“.Cette très intéressante chanson dispose d’effets électroniques fort bien choisis tels: la respiration saccadée d’un homme qui fuit, le tonnerre grondant au-dessus de lui…sous une voix masculine fataliste qui paraît pourtant sereine.Assez fameuse donc, mais ce n’est pas ma préférée…contrairement au superbe “The Outpost” qui suit.Aussi noire que pleine d’espérance, les divines notes de piano de cette chanson tombent telles les gouttes de pluie sur l’avant-poste de guerre où un homme affronte son destin;loin de tout.
“A Bittersweet Tragedy” se tient dans un optique tout à fait similaire, et les basses en bruit de fond rendent toujours cette atmopshère si complexe à expliquer qui est propre à l’album.
Le solide “Everytime I Die” fait suite à cela, proposant cette fois un chant plus aggressif et une atmosphère plus neutre…dommage.
Ensuite, la tension redescend avec “Devil’s Plaything”: sinistre anecdote sur l’amour où la guitare acoustique hypnotise quelque peu celui qui écoute par son étrange mélodie.
Puis vient après un véritable coup de coeur: “Lost”.Un titre bien peu original me direz-vous, mais ce solo au piano de Lotta est tout simplement magnifique (et je m’y connais en solos).Aaaaah…Ce mélancolique chef d’oeuvre où l’on pourrait presque voir une jeune fille étendue sous la pluie, “perdue dans l’obscurité de son âme” (je cite) fait presque pleurer…
“Last Obsession” dispose d’un rythme nettement plus rapide car basses, batterie et voix masculine reviennent…le tout se révèle meilleur que “Everytime I Die” mais sans plus.
Pas de commentaire spécial à faire sur “Emotional Decay” (la pourriture émotionnelle) thème très intéressant exploité bizarrement avec une dominante masculine alors qu’on attendait plutôt des lamentations de la part de Lotta…mais bon c’est Beseech!
Vient ensuite “Restless Dreams”, le thème des rêves impossibles exploité ici est très bon mais le rendu avec des basses de fond, typique de l’album, ne convient pas tout à fait…Lotta reste toujours aussi performante.
L’opus se termine enfin avec un drôle d’Outro: “The Reversed Mind”, morceau instrumental bref où il faut entendre la détresse d’un esprit perdu dans sa propre folie.
Je ne pourrai pas vous chroniquer les deux titres restants: c’est-à-dire le remake de “Manmade Dreams” et la “Emotional Version” (??) de “Lost” [bouhou!] car mon édition de CD ne comprend pas ces titres…allez savoir pourquoi!
La jaquette quant à elle nous présente un cercle de menhirs noué par la brume où il pleut incessamment…assez étrange je l’avoue mais l’on comprend tout à fait cette idée donnée par le titre.
Les paroles sont, comme vous l’avez compris, très réussies.(notamment sur “Lost”)
“Sunless Days” sera donc le triste final d’un groupe que j’aimais beaucoup par sa propre passion musicale et son originalité.C’est un bon album, équilibré, où une atmosphère d’irréversible fatalité et de noirceur est rendue à l’ombre des nuages noirs…dans des jours sans soleil.
Beseech Aeternam