Emperor : Prometheus - The Discipline of Fire and DemiseEmperor… Un nom simple et a priori banal… Pourtant, c’est bel et bien sous ce pseudonyme, si révélateur, que nous connaissons cette fameuse formation norvégienne qui a marqué l’histoire de la musique en révolutionnant admirablement le Black Metal dans les années 1990. Le groupe avait su étonner de manière très positive avec son légendaire « In the Nightside Eclipse » en 1994, et nous avait aussi subjugués avec son non moins mythique « Anthems to the Welkin at Dusk » en 1997. Un peu plus de deux ans après, soit en 1999, Emperor changeait manifestement de direction en s’orientant davantage vers le Death Metal, en vertu des nouvelles aspirations de Samoth et Trym – respectivement guitariste et batteur – mais aussi vers quelque chose de plus précieux – pour ne pas dire néo-classique – comme le souhaitait Ihsahn, le « chef d’orchestre » de l’aventure Emperor.

Oui, je dis bien le « chef d’orchestre » car il est de notoriété publique que le charismatique Vegard Sverre Tveitan, de son vrai nom, est le leader touche-à-tout des Empereurs du Black Symphonique. Sans lui, Emperor n’aurait sans doute pas rayonné pendant toutes ces années à travers le monde, et ne se serait sans doute pas octroyé l’estime inébranlable d’un nombre incalculable d’admirateurs. Car il faut avant tout rappeler qu’Ihsahn est non seulement un compositeur inspiré et un musicien multi-talent, mais il est aussi celui qui s’est le plus investi dans le projet Emperor en y apportant beaucoup de son savoir-faire et de sa créativité, tout en jouant simultanément le rôle de membre stabilisateur. J’entends par là qu’il a souvent été celui qui a permis à Emperor de tenir debout, notamment dans les moments difficiles, comme après la sortie d’« In the Nightside Eclipse » où il était le seul à être en liberté ; ses collègues étant tous en prison pour des motifs peu glorieux… Ihsahn est tout simplement l’unique membre d’Emperor présent depuis le début (1991) qui a pu s’investir corps et âme dans l’aventure jusqu’à la fin (en dépit de son investissement parallèle dans Peccatum aux côtés de sa femme et son beau-frère dès 1998). Il est passé outre la prison, il a su gérer les changements de line-up, et il ne s’est pas laissé abattre par le désinvestissement de Samoth et Trym après la sortie de « IX Equilibrium » ; ceux-ci étant certainement trop occupés à préparer leur premier album de Death Metal sous le pseudonyme de Zyklon, album qui prit in fine le nom de « World Ov Worms » et qui sortit en 2001.

2001. C’est justement cette année-là que le seul véritable album d’Emperor à avoir côtoyé le troisième millénaire vit le jour. Je parle bien sûr de « Prometheus – The Discipline Of Fire & Demise » !

Si j’ai tant insisté sur l’investissement sans faille d’Ihsahn dans la formation norvégienne durant toutes ces années, c’est parce que cet album en est l’illustration parfaite. En effet, « Prometheus » est quasiment un projet solo de notre frontman charismatique, ce dernier ayant tout fait tout seul ; Samoth n’intervenant que pour quelques riffs de guitare et Trym pour enregistrer la batterie. C’est donc en quelque sorte à un album d’Ihsahn que nous avons affaire ici. La complexité globale de l’ouvrage ne trompe pas…

D’abord, il faut dire que le concept est une fois de plus très élaboré, et demeure ipso facto représentatif de l’esprit alambiqué d’Ihsahn. Il faut rappeler que pour le concept du fameux « In the Nightside Eclipse », Ihsahn avait su déléguer, ce qui explique, par exemple, la présence de paroles souvent claires et distinctes, dans cet opus. Mais, à partir d’« Anthems to the Welkin at Dusk », Ihsahn obtint le monopole du concept, ce qui, à l’inverse, explique le regain considérable de complexité conceptuelle chez Emperor, comme on pouvait le constater dès 1997. Ainsi, Ihsahn est l’auteur de toutes les paroles d’« Anthems to the Welkin at Dusk », de « IX Equilibrium », et, bien évidemment, de « Prometheus ». Si je vous parle de ces détails a priori sans grande importance, c’est d’abord parce que la plume d’Ihsahn est reconnaissable, mais aussi et surtout parce que ceci permet d’établir un lien conceptuel entre « IX Equilibrium » et « Prometheus »…

Comme vous le savez peut-être, « IX Equilibrium » témoignait d’une réelle évolution conceptuelle chez Emperor. Avec cet album, le groupe délaissait – relativement – deux thèmes qu’il chérissait auparavant, à savoir les paysages norvégiens – par extension, la nature, le cosmos – et Lucifer – plus largement, les ténèbres –, au profit de l’abstraction et de la mythologie grecque (cf. « An Elegy Of Icaros »). Avec « Prometheus », album-concept fondé sur le mythe éminemment célèbre de Prométhée, c’est donc bien entendu ce deuxième aspect qui fut approfondi.

Prométhée, le bienfaiteur de l’humanité et le plus grand des maudits… Selon la mythologie grecque, le Titan Prométhée est le créateur de l’humanité. C’est lui qui façonna les hommes, à l’image des dieux, et lui qui voulut assurer leur pérennité en leur transmettant le feu de la connaissance divine. Mais c’est aussi lui qui se mit Zeus, roi de l’Olympe, à dos avec cet acte de bienveillance, et lui qui fut condamné en conséquence à un supplice des plus atroces… Pour avoir subrepticement dérobé le feu olympien grâce à la fameuse tige de fenouil, Prométhée fut enchaîné sur ordre de Zeus dans les hauteurs du Caucase où un aigle venait chaque jour se repaître de son foie, et ce pour l’éternité… Du moins, jusqu’à ce qu’Héraclès (Hercule) ne le délivre dans le cadre de ses douze travaux ; mais ça, c’est une autre histoire…

Quoi qu’il en soit, c’est bien ce châtiment qui nous offert visuellement avec la pochette de « Prometheus » ; pochette réalisée par Johan Hammarman (le même graphiste que pour le « World Ov Worms » de Zyklon évoqué plus haut). Tout y est… Prométhée, ses chaînes, le rocher, l’aigle, mais aussi le feu, en référence à ce qu’il a accompli. Les paroles, loin de raconter purement et simplement l’histoire de Prométhée, nous amènent à nous interroger sur le sens profond de l’existence, et nous permettent même de nous infiltrer dans l’esprit du Titan pour vivre de l’intérieur ses tourments. Elles prennent parfois l’allure de confessions, comme en témoigne l’emploi fréquent des guillemets et de la première personne, pour nous indiquer que c’est Prométhée en personne qui s’exprime. Le tout est mis en scène, évidemment, et l’on a donc de nombreux passages narratifs, parfois mis en relief par Ihsahn grâce au chuchotement (que vous pouvez entendre dès le début de l’album et que vous rencontrerez plusieurs fois au cours de votre périple…). Toujours est-il que ce témoignage poignant, imaginaire, et pourtant criant de vérité, fait écho au gris qui recouvre uniformément la pochette de cet album ; le gris renvoyant notamment, dans la culture occidentale, aux champs lexicaux de la mélancolie et de la solitude, ou, tout simplement, aux chaînes de Prométhée, et donc, à son supplice. Notez d’ailleurs la présence du morceau « Grey », au titre très évocateur, s’il en est…

Il faut en convenir que le choix de cette figure emblématique de la mythologie grecque ne s’est certainement pas fait au hasard… On le sait, Emperor a toujours cultivé l’art de la contradiction dans ses compositions musicales, mais aussi, plus généralement, dans son univers ; d’où un intérêt prononcé pour les personnalités versatiles, ou du moins pour les personnages en proie à une certaine ambigüité. Si l’on reste dans le domaine purement conceptuel, on retiendra alors les références fréquentes à Lucifer – à la fois porteur de lumière et représentant des ténèbres – qui rythment les premiers albums. Ici, dans une certaine mesure, Prométhée représente un substitut… Ihsahn trahit lui-même cette réalité avec le refrain de la chanson « Empty » : « He is an empty shell / Shell-shocked Luciferian heart / […] / He is an empty shell / Empty Luciferian Soul ».

Musicalement, ceci se retrouve d’une façon ou d’une autre grâce à la complexité avérée des structures compositionnelles. C’est loin d’être une exclusivité chez Emperor, s’entend. Nonobstant, avec « Prometheus », le groupe – pour ne pas dire Ihsahn – fit encore un pas de plus vers l’expérimentation, au point même d’en perdre son identité…

Nous connaissions effectivement Emperor comme l’un des groupes piliers du Black Metal Symphonique, un groupe qui, certes, avait évolué vers des horizons plus Death Metal avec « IX Equilibrium », mais qui conservait toujours un style plus ou moins identifiable, bien que novateur. Avec « Prometheus », difficile de tenir de tels propos… Difficile parce que cet opus est avant tout une synergie à grande échelle, une association savante entre des styles musicaux très différents, ce qui fait de sa classification un véritable casse-tête. Mais, s’il y a bien un adjectif qui sied admirablement au nouveau Metal joué par Emperor, c’est sans nul doute « Progressif ». Oui, « Progressif », car, comme nous le disions plus haut, Ihsahn nous offre ici des compositions d’une richesse peu commune grâce à ses idées foisonnantes. Dans « Prometheus », les changements de rythme sont extrêmement fréquents, les riffs de guitares particulièrement insolites, et le clavier tout à fait lunatique. En ce sens, il n’est pas impossible que vous succombiez à une « overdose instrumentale », surtout lors des premières écoutes…

Et il est là le problème principal de ce disque ! Devant une telle avalanche de créativité, tout le monde ne réussira pas à rester concentré du début à la fin. Pour beaucoup, « Prometheus » sonnera d’abord comme un album froid, dénué de sentiment, ayant pour seul et unique but d’asseoir un peu plus les capacités objectives du sieur Ihsahn en termes de composition et de technique instrumentale. Et, pour certains, notamment ceux qui sauront affronter la complexité de l’ouvrage sur le long terme, « Prometheus » finira peut-être par apparaître comme un véritable chef-d’œuvre halluciné… Alors, un conseil : laissez le temps au temps…

Comme vous l’avez probablement constaté en me lisant jusqu’ici, j’ai la fâcheuse tendance à mettre « Prometheus » un peu à l’écart dans la discographie d’Emperor, non pas parce qu’il est mauvais, mais parce qu’il se distingue assez drastiquement de ce qui l’a précédé. Et là, j’attire votre attention sur le fait que cet album n’est pas non plus sorti de nulle part : il y a bien un lien logique avec ce qu’Emperor nous a livré précédemment…

D’abord, certains considèrent que « Prometheus » est une sorte de synthèse de la carrière d’Emperor. Et force est d’admettre qu’ils n’ont pas tout à fait tort, non seulement parce que l’on retrouve plus ou moins tous les ingrédients musicaux utilisés par les Empereurs jusqu’ici (à des degrés très divers…), mais aussi parce qu’il semblerait qu’il y ait de nombreuses allusions à l’histoire du groupe dans le concept lui-même qui, a priori, n’a rien à voir, comme nous l’avons vu. De l’éruption à la tombe en passant par le statut de prophète… Ihsahn ne dresserait-il pas là une sorte de biographie déguisée des Empereurs du Black Symphonique (d’autant que « Prometheus » démarre, comme par hasard, dans un blizzard malsain à l’instar d’« In the Nightside Eclipse ») ? Je vous laisse seuls juges de la situation…

En outre, il convient de noter que la formation norvégienne n’a toujours pas rompu avec sa sacro-sainte tradition de la contradiction. « Prometheus » est, en effet, un album profondément contradictoire, au moins autant, si ce n’est plus, que ses prédécesseurs. Le « foisonnement musical » y est évidemment pour beaucoup, les compositions alternant fréquemment entre riffs sombres ou agressifs, et riffs épurés ou salvateurs.

D’un côté, nous avons clairement des structures assez agressives et sombres. Pour s’en convaincre, rien de tel que le premier morceau – « The Eruption » – avec l’un de ses riffs principaux où le Death est sensiblement à l’honneur (cf. 1:30 et 03:27). Prenons également « Depraved » avec son introduction inquiétante flirtant quelque peu avec le Black et son crescendo à partir de 03:39, mais n’oublions pas « Empty » avec son feeling Death résiduel (cf. 01:24) et son riff à la croisée des chemins entre « Anthems to the Welkin at Dusk » et « IX Equilibrium » (cf. 03:02). « The Prophet » n’est pas à oublier non plus avec son introduction lente où les guitares nous livrent un son relativement lourd par moments, son riff Death (cf. 02:27), et sa quasi-vacuité oppressante à partir de 03:37. À ceci, j’ajouterais « The Tongue Of Fire » pour son riff principal ; un riff qui n’est pas fondamentalement agressif, mais qui est incroyablement dérangeant à cause de sa structure psychédélique. « In The Wordless Chamber » n’est pas en reste avec son départ énergique sous les martèlements de Trym. Quant à « Grey », on peut dire qu’il fait quelque peu revivre le Black chez Emperor, comme en témoignent divers passages (cf. 00:51, 01:36, 03:46). Même constat avec « He Who Sought The Fire » qui ferait presque revivre « Anthems to the Welkin at Dusk », et notamment « The Loss & Curse Of Reverence », grâce à ses sonorités de guitares si particulières et reconnaissables entre mille (cf. 00:21, 01:57, 04:06). Enfin, « Thorns On My Grave » est certainement le morceau le plus constant dans l’agressivité grâce à son riff introductif énergique que l’on retrouve à tire-larigot pendant ces quelques minutes de musique. On notera tout de même la présence d’un chant hurlé pour le moins possédé tout au long de l’album, ce qui n’est évidemment pas sans renforcer la violence de l’ensemble.

Mais, d’un autre côté, il est quelque peu excessif de parler de la sorte parce qu’il se dégage surtout de « Prometheus » une certaine « sérénité précieuse ». L’élément saillant de l’œuvre n’est donc ni le Death, ni le Black, ni tout autre style qui met un point d’honneur à exprimer la brutalité ou la haine en musique. Ici, outre l’aspect progressif, c’est probablement l’inspiration néo-classique qui ressort le plus. Nul doute alors que la fameuse chanson « An Elegy Of Icaros » de l’album « IX Equilibrium » représente le point de pivot qui a mené à ce « Prometheus », déjà parce qu’il était question de mythologie grecque dans les paroles, mais également parce que la dimension néo-classique y était plus prégnante qu’ailleurs. Rappelez-vous notamment de cette introduction, extrêmement représentative de l’esprit néo-classique…

Pour ce qui est de « Prometheus », il ne faut pas attendre bien longtemps pour déceler la présence d’un tel esprit puisque dès l’introduction, « The Eruption » nous livre une mélodie néo-classique typique grâce au harpsichord et au violon, une mélodie qui se transforme rapidement en une symphonie épurée pendant un cours instant avant que le morceau ne démarre véritablement. Notez que vous retrouverez plus ou moins cette mélodie enchanteresse à 04:42 avec le retour conjoint du harpsichord et du violon, et ce après une série de mélodies éthérées, somptueuses. Bien entendu, « The Eruption » illustre extrêmement bien cette réalité néo-classique incarnée par « Prometheus » ; une réalité que l’on retrouve un peu partout au fil de notre périple dans la tête de Prométhée. Donc vous pouvez considérer « The Eruption » comme une véritable base de réflexion, une base qui vous permettra d’identifier les multiples passages néo-classiques de « Prometheus », pour peu que vous soyez téméraires… Car sachez tout de même qu’il est certainement utopique de vouloir dresser un bilan exhaustif sur le sujet, tant ces structures néo-classiques habitent et guident cet album. C’est vous dire si Ihsahn a été piocher dans la Musique Classique pour composer cet opus…

Attention à ne pas se fourvoyer, cependant. Quand je dis que « The Eruption » est un peu le symbole de la facette néo-classique de « Prometheus », cela ne signifie pas qu’il est ipso facto le symbole de la réalité symphonique de l’œuvre (bien qu’il soit symphonique)… Car, pour l’aspect purement symphonique, je dirais qu’il faut plutôt s’orienter vers le très orchestral « In The Wordless Chamber » – assez néo-classique lui aussi, d’ailleurs – qui a bien des chances de ravir les fans de Metal emphatique… Distinction subtile ou chipotage de puriste ? À vous de me le dire…

Toujours est-il que pour servir au mieux ce cocktail raffiné, le chant clair est ici bien présent, encore davantage que sur « IX Equilibrium ». Et le point positif, c’est qu’Ihsahn a fait des progrès notables en chant, et nous offre alors une prestation de très bonne qualité. À ce niveau-là, « The Prophet » est certainement le morceau qui m’a le plus marqué ; avec « The Eruption », pour élargir un peu… D’une sensibilité rare, « The Prophet » nous révèle un chant clair diablement maîtrisé et nous transmet des émotions d’une nature singulière, des émotions que nous n’avions jamais vraiment ressenties chez Emperor. Notez que le chant clair d’Ihsahn a malgré tout ses limites : prenez « The Tongue Of Fire » à partir de 02:05, et vous comprendrez sans doute où je veux en venir… Je ne sais pas pour vous, mais ici – et ce n’est qu’un exemple -, je trouve qu’il en fait un peu trop ; à croire que ses dérives de « chanteur de variétés » sur « IX Equilibrium » ne lui ont pas suffi… Notez enfin qu’Ihsahn n’a pas résisté, en tant qu’admirateur, à rendre encore une fois hommage à King Diamond en insérant dans « Prometheus » des vocalises suraigües qui nous rappellent distinctement ce grand monsieur du Heavy Metal (cf. « The Tongue Of Fire » à 04:30 et 04:54, « Grey » à 02:45 et 04:47).

Le Heavy Metal, parlons-en, justement… Dans « Prometheus », Ihsahn ne s’est pas contenté d’introduire simplement un chant clair similaire à King Diamond, il a aussi travaillé la contextualisation. Ce que j’entends par là, c’est que l’apparition des vocalises suraigües se produit étonnamment pendant l’exécution de riffs propres au Heavy… Prenez, par exemple, « The Tongue Of Fire » à partir de 03:52 jusqu’à 05:00, et vous verrez que ça transpire distinctement le Heavy avec « groove » caractéristique et shred classique. Mais vous pouvez également prendre « Grey » comme exemple à partir de 02:34 jusqu’à 02:45, le résultat n’est guère différent. Sachez néanmoins que le Heavy est beaucoup plus répandu qu’il n’y paraît de prime abord… Et une fois de plus, c’est ce que l’on constate surtout à l’écoute de « The Eruption » à 04:06, et encore davantage à 04:18 où le Power Européen n’est pas si loin de se manifester…

Plus incongru, maintenant : la présence de sonorités électroniques. Le moins que l’on puisse dire, c’est que de telles sonorités n’ont pas fondamentalement leur place ici, aux côtés de la pureté néo-classique et des symphonies enchanteresses. Pourtant, Ihsahn, iconoclaste dans l’âme, a combiné tout cela sans vergogne, mais heureusement sans accroc (cf. « Empty » à 01:08).

Il faut dire que la qualité de la production aide… Enregistré au Symphonique Studio (sauf la batterie) puis mixé au Akkerhaugen Lydstudio (le studio qui avait donné vie à « IX Equilibrium »), « Prometheus » jouit d’un son impeccable retranscrivant à merveille la rigueur de certains riffs tout comme les multiples envolées cristallines. Pour les fans monomaniaques du venimeux « In the Nightside Eclipse » ou les admirateurs intransigeants de Black Metal que je qualifierais de « traditionnel », c’est donc presque d’une trahison dont il s’agit ici, tant le rendu sonore est propre, limpide. Mais, après tout, n’est-on pas loin du Black avec « Prometheus » ? (Si vous avez bien suivi jusque là, vous ne devriez pas rencontrer de problème majeur pour répondre à cette question…).

« Prometheus » est décidément un album bien difficile à cerner… D’une complexité rare, conforme à l’esprit démesuré de son auteur – Ihsahn –, voilà bien une œuvre qui ne manque pas de personnalité et d’engagement. Bouquet final du feu d’artifice Emperor, « Prometheus » nous offre un spectacle digne de ce nom confirmant définitivement ce que l’on savait déjà : Emperor était, et restera, un groupe de légende.



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