Balrog (FRA) : Ars Talionis - The Art Of Retaliation
Difficile de déterminer ce que Balrog est, compte tenu de la densité de cette troisième production. Nous aborderons donc le problème à contre-pied, en définissant ce que Balrog n’Est Pas : plein de compromis ? Ah non, ben non. Gentil ? L’artwork, le corpse-paint bien dégoulinant, et tout simplement la musique, ne laissent pas grand doute. Oui, Balrog fracasse. Balrog fait partie des groupes encore influencées par la tendance “satan’s war” et débarasse sa musique de toute subtilité. Que dis-je ? L’intro est subtile, de cette subtilité vicieuse qui, par ses cris en écho passés en boucles, accompagnés par des claquements de dents d’effroi et de faim sanguinaire, poussant ces deux effets en crescendo jusqu’au seuil paroxystique de l’inaudible. Le Balrog survole la terre dévastée- l’auditeur est déja épuisé par la guerre d’usure, et le premier assaut survient.
Ainsi Balrog entend surpasser en violence son premier méfait. Le but est clairement atteint, la production restant toujours aussi propre, mais atteignant un niveau élevé de violence en donnant à chaque instrument un rendu de puissance maximum. Evidemment la clarté est sacrifiée au passage et les morceaux ont tous une allure prononcée de feu roulant massif et hargneux. Le son ne redevient intelligible que lorsque l’un des instruments se laisse soumettre et permet aux autres de s’exprimer dans toute leur brutalité; on se concentre alors sur la texture incroyablement ruguseuse et sur une excellente définition du son, les guitares disposant juste du glapissement adéquat et la batterie teintant de façon réjouissante. La voix n’est pas non plus à mettre de coté, entre grognements bas et rugissements plus aigus. Les morceaux ne se défont jamais d’une ambiance assez crypique et d’une pesanteur très death-metal, loin des riffs longs et grésillants capable de tout transport. Les riffs raw scient et torturent; ici, ils nous clouent au sol et nous étouffent, ce qui fera hélas perdre quelque peu l’attention et l’intéret sur la fin du disque. Ces chansons tendent à empoisonner et suffoquer; le maitre à penser de ce méfait déclarait d’ailleurs que tuer quelqu’un du seul fait de sa musique serait une réussite. La jubilation macabre de l’artiste sue partout sur sa musique, dans cette voix qui, susurrée entre les crocs ou hurlée, exprime toujours si parfaitement cette haine absolue héritée de Bestial Satanic Terror, et sublimée ici. Balrog sait aussi achever ses hymnes en enfoncant le clou, souvent en reprenant le motif le plus chaotique du morceau, trempée de larsen. C’est rasséréné qu’on aborde ainsi la chanson suivante par un biais aussi agressif, sans halte au feu.
Un excellent chant de guerre death/black. En hommage, deux excellentes reprises de Deicide et Bathory.

