Emperor : Prometheus – The Discipline of Fire and Demise

January 4th, 2008 – 1:00 am

Prometheus - The Discipline of Fire and DemiseTrouver une accroche pour critiquer une oeuvre culte est une gageure, tant la prose ne saurait faire écho à la musique qu’elle va décortiquée; elle sera de toute daçon fade, et ce que veulent les gens est voir l’éloge de leur objet fétiche. Ici, il y a de quoi. Tentant aussi d’y aller de son jugement acéré et obséquieux, voire de profiter de la rennomée de l’artiste pour faire mousser son style? C’est pourquoi la chronique suit immédiatement. Honnete avertissment : même en mélant le rapport objectif des procédés musicaux et en y allant d’une approche sensible et subjective, quiconque se frottera à Prometheus renoncera à objectivité sa profondeur et sa beauté intrinsèques. Attaquons.

Cet ultime opus ne saurait reposer sur un seul instrument maitrisé, voire sur une inventivité hors du commun de plusieurs d’entre eux. Il réalise plus que ça, chaque instrument voyant ses parties en symbiose totale avec celles des autres. Ainsi tout l’album est une débauche généreuse d’arrangements opportuns, quoique déroutants, et contribuant à une athmosphère inqualifiable, naviquant entre l’angoissant et l’oppressant et entre de franches accélérations faisant l’effet de soudains cris de joie; ces contrastes d’ambiance sont mutipliés dans la plupart des compositions, dont la structure torturée au possible et à la fois le témoignage et le vecteur de l’inventivité d’Ihsahn qui s’affranchit ici de toutes limites, rejetant le monde musical connu et dépassant la scène qui l’a enfanté, enfantant une oeuvre qui n’est plus du black, sans tomber dans une soupe électro inexpressive pour autant. In the Worldless Chamber sera le morceau le plus cité de l’album en raison de ce que cette chanson est celle qui remémore le plus l’héritage black d’Emperor dans Prometheus; il est dommage qu’elle obscurcisse par là les morceaux porgressifs plus originaux et diffciles à saisir, que sont nottement Grey. Cette chanson est la démonstration de ce que cet album sait faire cohabiter, avec des transitions minimes, deux ambiances totalement opposés au sein d’une même composition. On a ici des motifs de claviers trainants et répétitifs, s’obscursissant et mutant sensiblement mais insidieusement en réussissant à passer d’un lugubre réussi et complet, sorte de non-lieu abyssal, à une tonalité dégénérée que, pour qualifier, seul le mot ?ironique? réussi à approcher, avant de se convertir en guitares transmettant cette espèce de transe accompagnée de frissons qui communique une sorte de joie extatique.Les nombreuses parties de piano et violon ne sont que l’un des aspects qui donnent à Prometheus sa force e tson monde à part. Ce sont de nombreux paroxysmes et changements soudains d’ambiance comme celui-ci qui confèrent sa force et sa mystique à l’ensemble de cet album, ainsi que les synthés et samples lancinants et plaintifs. Il faut d’ailleurs faire remarquer que jamais les compos ne tombent dans un lugubre manichéen et démagogique- non, Ihsahn invente de nouvelles émotions par le biais de cette nouvelle façon de faire de la musique. Oubliez cela, jamais cet album ne sera inspirateur de quoi que ce soit car trop décourageant, cette création étant une des plus porches de la perfection qu’il m’ait été données d’écouter. Les guitares savent également partir dans des trilles imprévisibles et la chant d’Ihsahn, quoique toujours imparfait, varie les registres et s’éloigne du cri, maitrisant l’aigu en accord avec les guitares aussi bien qu’avec leur lourdeur occasionelle, s’intégrant parfaitement au chaos des compositions- entre le froid d’In the Worldless Chamber et les ambiances feutrées ou psychédéliques du restes, les chansons commencant souvent par des chuchotements qui se répeterons au cour de nombreux breaks ou en guise de conclusion. Mémorable, Empty et son blast suivi d’une envolée de synthés adoptant les sons symphoniques du vieil Emperor dans une dimension plus envivrante et délirante que jamais. C’est là-dessus qu’il faut placer un éloge légitime à la batterie de Prometheus : les deux tiges sont douées d’ubiquité : sans relâche, elles surgissent du néant et martèlent chaque cymbale et chaque tambour de façon à ce qu’aucun ne se taise jamais : sitôt que le tintement métallique d’une cymbale résonnante commence à faiblir, une baguette aussi traitresse que mortellement précise surgit de l’autre bout de l’énorme construction- artefact voué au bruit et ranime l’objet de métal du mouvement vivant et porteur de vacarme. Il en résulte un fracas, combinaison des bruits creux et sourds des toms et ceux, entrelacés dans la même danse agitée, des cymbales. L’univers pourrait vaciller sous cet immense puissance de décibels, et pourtant l’homme machine infatigable n’accorde aucun répit, ses baguettes sont partout à la fois et surtout là où l’on ne les attendait pas et là où le chaos et le plus fort. Ici technique et rapidité s’allient en un être prompt à déclencher l’apocalypse. Tout tremble et le batteur et au centre; protégé par sa bulle d’exaltation et par son bonheur de frapper, frapper vite, frapper fort, sentir la baguette de bois rebondir sur les peaux tendues, entre ses doigts inondés; ne jamais s’arréter et, aveugle à la fin, accéder à la conscience physique de chaque tambour, comme un prolongement corporel. La batterie s’amusera d’ailleurs à jouer avec les claviers, créant une sorte de tintement multiple et déboussolant, de façon à se qu’on ne puisse se concentrer sur aucun des deux instruments simultanément.

Inutile de conclure, sinon pour ajouter que cette chronique nesaurait se substituer à une écoute intégrale, exclusive et abandonée de Prometheus.

A cette longue dythirambe il faut ajouter la pureté et l’efficacité du visuel, suggérant le vide par des forêts floues ou bien simplement par du néant irradiant; les lettres se détachant des lignes et chutant témoignent et font écho au caractère insaisissable de l’oeuvre, réussissant par là le tour de force de joindre la forme et le fond.

Le propre des grandes oeuvres, sans doute ?

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