Seigneur Voland : Live for the blood
Seigneur Voland est un groupe qu’on ne présente plus, ce qui pourrait m’épargner un long paragraphe d’introduction. Malheureusement le groupe, bien que jouissant de son statut de culte -bien qu’étant relativement récent, un comble-, reste assez obscur pour tous ceux qui n’ont pas eu le courage de dépasser la représentation primaire de ce groupe, qui a hélas tendance -euphémisme- à dissimuler sa musique. Les fortunés auditeurs sont donc une minorité, et la catégorie de ceux qui aiment SV, une ultra-minorité en quelque sorte… SV, c’est donc un NSBM que certains diront en fait “juste” anti-religieux, bref, mieux vaut ne pas s’attarder sur les détails de l’idéologie, tiraillée entre ceux qui suivent le groupe de près et les auditeurs lâches qui atténuent les risques liés au fait de se proclamer fan de SV en édulcorant leur vision du dogme développé par cette entité, qui reste dans tout les cas sans ambiguïté.
Pour le film de ce qui restera dans les annales, SV se place directement dans la cour des grands, invoquant en intro Wagner et plus précisement les deux minutes les plus célèbres de son oeuvre, une “chevauchée des walkyries” majestueuse soulignant l’ambition démesurée des compères, aussi bien musicale que conceptuelle. Se revendiquer d’un compositeur si illustre est un pari, forcément gagné puisque la vidéo d’une demi-heure de ce live transpire la majesté d’un bout à l’autre. Inutile évidemment de s’attendre à un show “à l’américaine”, loin des feux d’artifices que se permettent de nombreux groupes black; même pas une vraie scène, Seigneur Voland joue au même niveau que son public, dans une salle que l’on voit mal acceuillir ne serait-ce qu’une centaine de personnes. L’entrée se méritait.
C’est dans la contemplation des quatres officiants que l’on est rassasié : l’image est d’une étonnamment bonne qualité, une qualité pro; ses positions fixes successives nous laissent admirer sous tous les angles un LF absorbé par son instrument,un batteur au visage dissimulé par sa chevelure et un bassiste un peu oublié par l’histoire, à l’air légèrement anxieux lorsqu’accaprant la caméra. Mais c’est autour de Xaphan que l’image est focalisée, sa stature impressionnante tantôt arc-boutée sur son micro, le broyant entre ses mains, tantôt flegmatique, géant inamovible, rune othola sur le front… On assiste en fait le plus souvent à une vision d’ensemble et de face, avec des appartés sur chaque musicien. Noter que lors de l’intro et de l’outro nous sont assénés des extraits d’autres lives et de celui-ci, au ralenti. Sur du Wagner le rendu est exceptionnel est l’on est vite transporté par le flux musical, une dimension épique conférée au tout dans une lenteur lunaire et noble, témoignage de puissance et d’éternité. Même si l’on peur voir Xaphan regarder on ne sait où puis empoigner son micro, froncer les sourcils et hurler d’une manière presque grotesquement appuyée. Même s’il lui arrive de headbanguer à sec et de donner un léger coup de tête pour virer les cheveux de son visage. On n’y peut rien, tout y est, rien ne vient rompre le charme.
La disposition de la salle dessert aussi ce caractère majestueux : quatres figures au fond d’un non-lieu cryptique, les jambes baignant dans l’obscurité, habillés de pourpre; on devine des tentures de la même couleur au fond. Le groupe semble acculé dans une ultime représentation théâtrale, baroud d’honneur d’un opéra grandiloquent et martial. S’il arrive à la caméra de s’orienter vers le public c’est pour montrer un quartet de combattants tendus, élancés dans une provocation péremptoire, face à un ciel noir. Dimension visuelle impeccable donc, dont toutes les ficelles taillent à Seigneur Voland une image grandiose, marmoréenne, inaltérable.
Le côté musical en paraitrait presque secondaire; disons que ceux qui aiment Seigneur Voland n’ont aucune raison de décrocher ici. La disto hors de toute raison, un enregistrement que l’on croirait du à un seul micro, dégagent un son à couper au couteau, faisant des morceaux exhumés des pièces bien plus hargneuses que les versions démos. La transition d’avec Wagner sa fait magnifiquement, et l’on ne quitte une atmosphère que pour se plonger dans l’autre, le son écorché de SV continuant étrangement la splendide chevauchée des Walkyries. A une beauté enivrante suit son pendant damné, personnification de la rage et des sous-terrains. On a du mal à reconnaitre certains morceaux au début, et l’on aurait aimé que soient interprétés certaines de reliques de “final stand”, mais il serait stupide de demander plus. Seront donc jouées l’ensemble des pistes de l’EP, dans le même ordre, moins “Agonie”. Les trois premières sont un carton total, mais “Sur les ruines…” est plus faible à cause du chant trop grassement bestial, cédant de sa dignité. Xaphan n’interpreta pas une seule syllabe en chant clair et lyrique, misant sur le coté cru de la compo. Suivent la reprise de Darkthrone, excellement appropriée même si les premieres secondes dénotent une baisse de rythme; enfin certaines compos assez obscures brillamment rappelées à la surface du monde.Les guitares hurlent des malédictions, le chant est spectral et est dispersé par l’impétuosité violente des cordes, perpétuant les riffs inventés par SV, propres à agripper l’estomac et à le tordre; la batterie est nettement en avant, essentiellement les cuivres, même si force roulement viennent toujours se caser à point. Xaphan hurle les titres des chansons, éructant comme en transe; lui répond un public exalté. L’organe de Xaphan est toujours le même, comparable à rien sinon à lui-même. A l’image du reste du groupe.
Le concert s’achève dans la dignité, une ultime imprécation rocailleuse en guise de conclusion clamée à la face des générations ultérieures, puis le groupe rengaine. Outro dans le même gout que l’intro, même esthétique baroque et riche, sur une O Fortuna de bon aloi, grandiose montée en puissance finale.
Un concert hypnotique, extatique, adéquation parfaite et valorisation extrème de la propre image d’un groupe conscient de sa force.

