October 28th, 2007
Le doom est très loin d’être mon terrain de prédilection. Généralement je trouve ça lourd, poussif, chiant. Quelques disques de ce genre cependant semblent capables de me toucher au c?ur. Ce Voidwards fait, indéniablement, partie de ceux-ci. Sans doute parce qu’il n’a rien d’un album de doom classique, d’ailleurs.
Dolorian nous sert ici une musique véritablement unique. Supposez que Shining (période The Eerie Cold/Halmstadt) se mette à composer d’une manière proche de The Gault (oui, je sais, personne ne connaît The Gault, et c’est bien dommage d’ailleurs), en se laissant traîner vers le doom bien plus que vers le black, en cherchant à composer son album comme un seul et unique morceau avec des phases différentes mais homogènes et presque indissociables sur le long terme. Avec un côté un peu coldwave en prime (je n’ai pas cité The Gault pour rien). Avec moins de petites expérimentations contestables que Shining. De manière plus légère d’un point de vue sonore, mais tout aussi plombant, même plus, beaucoup plus.
La guitare lourde, saturée est présente, oui. Mais elle se fait rare, diffuse, laissant une trame épurée, claire, chargée d’arpèges tordus et de lignes limite électro-accoustiques, beaucoup plus mélodiques. La musique est soutenue par une batterie simple et lente parfois limite jazzy (certains plans rappellent un peu ce que Shining laissait entendre dans les parties aériennes de The Eerie Cold), doom mais pas lourdissime, au tempo bas mais pas neurasthénique (non, non ce n’est pas du funeral doom). La voix chuchote, susurre, et par moments monte, entre de plein pied dans les registres black/death pour des montées chromatiques superbement maîtrisées, doublées de ces guitares doom que j’évoquais un peu plus haut.
L’?uvre qui ressort de ce tout ça est une sorte de grand morceau interminable, au tempo pratiquement dénué de variations tout le long de l’album, fait de montées en puissance magmatiques et de passages ambiants omniprésents, de sonorités décalées, et d’une âme noire et désespérée bien plus efficace qu’un doom classique. Malgré sa structure éthérée, Voidwards prend à la gorge et ses 66 minutes sont une épreuve bénie pour l’amateur de sensations étouffantes sombres au possible. D’ailleurs, malgré sa simplicité apparente, on est très loin d’une ?uvre basique : les agencements sont peaufinés à l’extrême, tous les sons s’imbriquent les uns dans les autres avec une justesse impressionnante. La production est vraiment excellente, mettant tous les éléments à leur place et liant le tout avec brio.
Non, Voidwards ne plaira pas à tout le monde, loin de là. Sa linéarité apparente en rebutera plus d’un. Son aspect hors normes fera fuir certains amateurs de doom. Son calme relatif pourra être considéré comme “chiant” par d’autres. Mais ce serait bien dommage, car on tient vraiment une pépite du genre, un disque à se passer pour voyager dans de tristes contrées désolées, le spleen au creux de l’âme et le moral au fond des bottes. On décernera une mention spéciale à Ivory Artery, morceau ou l’explosion de puissance est à son paroxysme.
Au cas ou il y aurait des amateurs à prêcher, je profite pour faire éhontément de la publicité à The Gault (mais personne ne m’a vu) dont le Even As All Before Us n’est pas sans rapport avec cet OVNI qu’est Voidwards (sans être véritablement comparable, mais Dolorian laisse bien peu de points de rapprochement il est vrai) et se trouve être pour moi une autre référence du doom-qui-ressemble-à-rien-de-connu, et provoque chez moi la même sensation de transe étouffante. Qu’on se le dise.
