March 21st, 2008

Necromantia : The Sound of Lucifer Storming HeavenOn va commencer par faire un joli topo sur ce groupe étrange. Groupe de black métal grec, ayant apparemment quelque chose comme 18 ans de carrière, Necromantia se compose de deux bassistes. Si si. Mais rassurez vous hein, il y a une basse huit cordes qui joue les partitions qui échoient normalement à la guitare, c’est pas juste deux quatre cordes qui jouent des partitions rythmiques en arrière plan de… De rien, vu qu’il n’y a pas de guitares. Bon, et à part ça ? Necromantia joue une sorte de black symphonique. Très bien. Et ça vaut quoi tout ça ?

Ca donne un plantage, messieurs dames, un beau plantage. Et non, l’expérimental ne paye pas à chaque fois. Souvenez vous des premiers Peccatum, Ihsahn avait beau être aux commandes, c’était loin d’être brillant.

On va commencer par le pire, histoire d’être un peu positif. Ce disque est taillé sur mesure pour donner raison à tous les détracteurs du synthétiseur dans le black métal. La partie symphonique est pompeuse et kitsch, mais bon, c’est un peu la marque de fabrique du genre, après tout. Le pire, c’est que le clavier n’a pas dû coûter cher, car il sonne très cheap, surtout au niveau des sons de cordes aigues. Pour être précis, c’est un massacre, on a envie de rire en entendant tous ces pouics pouics mal produits. Necromantia s’en serait parfaitement passé, et des mocraux comme For The Elder Magi ou Architecture Of Exquisite Madness sont complètement pourris par le synthétiseur.

Tiens, oui, la production, parlons-en. Et on va aborder le problème de la basse en même temps, tiens. Oui, parce que vous vous doutez sans doute un peu que le principal problème qui va ressortir de l’utilisation de deux basses sans grattes, c’est le prévisible manque de puissance. Ca a beau sonner comme un vieil album de black des débuts, ça ne sauve pas le groupe : avec une telle combinaison d’instruments, une production faible court à la catastrophe. Et c’est le cas ici : la production manque de souffle, les sons des basses restent assez brouillons et/ou mous. Et puis, finalement, on a affaire à des basses qui jouent comme des guitares. Ce qui enlève pas mal de l’intérêt de la formation : ils sacrifient de la puissance sans se créér réellement un son original, préférant rejouer une partition classique avec un instrument différent. Bon, évidemment, je n’en attendais pas quelque chose à la Les Claypool (je fais des comparaisons avec des musiciens de rock alternatif si je veux), mais expérimenter un peu n’aurait pu qu’être salutaire.

Production toujours, la batterie un peu trop en retrait par moments, et qui blaste avec l’aisance d’un lépreux neurasthénique se charge de terminer de plomber la section rythmique, manque de puissance encore et toujours. Le chant ne casse pas trois pattes à un canard même s’il n’est pas mauvais, cela ne relève pas franchement le niveau.

Il reste quoi ? Quelques bonnes idées, si, si. Les pistes dans lesquelles Necromantia s’engage sont intéressantes. C’est juste qu’ils ne les exploitent pas d’une manière convaincante. Les solos de basse (oui, il y en a) sont par contre une très bonne idée, et même certains sont très bien faits (sur Knight Of The Black And White Eagle, on a droit à une jolie imitation de guitare électro accoustique franchement réussie, et le solo de The Invisible Empire vaut le détour aussi. Même si celui d’Order Of The Black Sphinx est étrangement mauvais).

Mais bon, deux solos de basse valables et un pitch intéressant, ça ne fait pas un disque. Brouillon, maladroit, morceaux bancaux, pas de puissance, une volonté de noirceur qui tape à côté de la plaque, bref, Necromantia s’est pris un beau mur en pleine face. Oubliez.

January 12th, 2008

Chthonian : Of Beatings and the Silence in BetweenDans le petit tas de disques à chroniquer que j’ai reçus tout récemment, voilà le disque qui m’a sauté aux yeux et qui a gagné de passer le premier dans ma platine. Un artwork sobre et épuré, des effets de branches noires stylisées sur du papier brun très visiblement recyclé, c’est plutôt classieux et original. Bon, l’artwork, c’est bien joli, mais qu’est-ce que ça cache ?

Chthonian est le groupe du nouveau chanteur de Finntroll. Eh, ho, là, au fond, revenez tout de suite. C’est pas parce que vous n’aimez pas le dernier Finntroll qu’il faut courir comme ça voyons, ça n’a pas grand chose à voir. Le groupe de Mathias LillmÃ¥ns officie dans un black teinté d’une certaine furie death et d’éléments indus, surtout dans le jeu des grattes, ainsi que quelques petits sample séparant les morceaux de temps à autres. Pour faire simple, on va dire un nom, comme ça, on aura à peu près fini : Satyricon. Oui, voilà, ça fleure très bon le Satyricon actuel tout ça. Rien qu’à voir Thirteen, on s’y croirait. Bon, en fait non, on voit pas mal de similitudes, mais Chthonian n’est pas un clone de la bande à Satyr pour autant. Mais tout ça sent bon le black à tendance death norvégien quand même (Zyklon peut-être ? ).

Of Beatings and the Silence in Between ne fait que trente petites minutes, on pourrait dire que c’est bien peu. Cependant, je crois que le groupe a eu une idée très fine en s’arrêtant là. Les titres se suivent et se ressemblent, sont bien rentre dans le lard, efficaces, mais perdraient beaucoup à être plus nombreux. Car Chthonian manque quand même un brin d’originalité. Des références évidentes bien sûr, mais aussi une certaine tendance à la redondance dans les riffs, et des morceaux pas forcément très distinguables les uns des autres à cause d’un rythme furieux très constant, ne laissant que de temps en temps place à un mid tempo ou une accalmie, sans jamais sortir vraiment des sentiers battus. Malgré tout ça, le disque reste tout à fait efficace, la sauce étant d’une efficacité directe indéniable, on se laisse prendre dès la première écoute. Tant qu’ils ne s’éternisent pas, ce qu’ils ne font pas, fort heureusement, les petits gars de Chtonian assurent plutôt bien.

A noter tout de même une ou deux particularités, le chant de Mathias LillmÃ¥ns qui se situe à la jonction même des styles black et death, pas formaté, et qui est plutôt une bonne surprise même si on aurait peut-être bien voulu un peu plus de variations, là encore. Et la basse, assez grésillante par ailleurs, qui a un mixage la mettant plutôt en avant, initiative assez plaisante, et qui permet de prendre son pied en l’écoutant, sur That’ll Teach You par exemple.

Que retenir d’un tel disque ? Certainement pas l’album du siècle, mais un disque qui mérite qu’on s’y intéresse. Malgré tout ce que j’ai pu dire, il semble évident que Chthonian tient la route, grâce à un dosage assez juste et une bonne capacité à produire des riffs pas forcément originaux mais tout à fait prenants. Des titres comme Ill ou Larvae, Nymph, Decay ou encore Thirteen valent vraiment le détour. Chthonian pourrait bien être une formation à surveiller dans les années à venir, parce que le potentiel est là. Un bon disque pour se nettoyer les oreilles sans avoir à se prendre la tête de temps à autres.

November 2nd, 2007

Caïnan Dawn : In Darkness I ReignOh le beau titre d’album. In Darkness I Reign. Avec des titres comme ça, aucun souci, on sait ce qu’on va manger, ya pas de mensonges sur le contenu. Donc, oui, comme vous vous en doutez tous autant que vous êtes, Caïnan Dawn fait du true black (dingue non?).

Forcément, un démo de true black, ça limite un peu ce qu’on peut en dire. Je vais donc la faire simple: ça fleure donc bon les vieux groupes du genre niveau influences, Darkthrone évidemment, l’Emperor vieille époque (d’ailleurs l’artwork a quelque chose de celui d’Anthems, même si Anthems n’est déjà plus du true black bien évidemment), Nehëmah aussi (oui, c’est facile, le guitariste est celui de Nehëmah). Rien de nouveau sous le soleil.

La question du genre étant définitivement bouclée par ces deux mots fatidiques que sont true et black, qu’est-ce qui va amener à dépenser ses sous dans ce petit objet de 24 minutes (ou le laisser moisir là ou il était, selon) ? Rapide tour d’horizon. Production assez propre, il n’y a pas de grésillement qui rende le tout inintelligible, tout est bien audible, la basse aussi si on tend l’oreille. La batterie -une boîte à rythme- a un son assez étouffé. Pour tout vous dire, elle manque un peu de niaque, cette boîte à rythme. Les passages de blast longue durée ne tiennent pas trop là route, à cause d’une sonorité un peu distendue, descendante, qui affaiblit ces passages. La sonorité double pédale est assez bonne en revanche, sauf sur un ou deux passages ou le bmp est trop élevé et le rendu en devient trop clinique, mécanique pour bien coller à la musique.

Pour les guitares, production claire donc mais moyennement puissante, les riffs auraient gagné à être un peu plus percutants peut-être. Ah, les riffs, parlons en. Ils sont simplissimes, bien évidemment, mais pas mal d’entre eux s’avèrent franchement efficaces au final, on entend de très bonnes choses sur Edge Of A Ziggurat par exemple, sans doute le meilleur morceau de l’album. C’est simple, c’est direct, ça fonctionne assez bien. Malheureusement, ce n’est pas le cas de tous, et certains laissent froid. En général tout de même, on note au moins un bon riff entêtant par morceau.

La voix est darkthronienne, classique au possible, maîtrisée, elle ne surprend pas du tout (tiens donc) mais tient son jeu efficacement.

Restent quelques maladresses un peu bizarres. Le passage de l’introduction au premier titre est franchement mal foutu. Les morceaux s’achèvent parfois de manière contestable. Le bruit bizarre rajouté sur les passages lents d’Into The Pit gâchent une rythmique pourtant bien foutue et sans doute la moins conformiste du disque. Et puis la toute dernière minute du dernier morceau, ou le guitariste se fend d’un solo. Bon, déjà, un solo dans un disque de true ça fait bizarre, mais pourquoi pas. Sauf que celui-là est maladroit. Pas mal joué, mais trop limité sur les écarts de notes pour prendre vraiment de l’ampleur, coupé trop tôt, morceau fini en queue de poisson. Bref, raté.

Bilan? D’accord. In Darkness I Reign est un disque de true black franchement tout ce qu’il y a de plus classiques, à un vague truc ou deux près. Il possède quelques petites choses qui ne le rendent pas inintéressants, et quelques autres qui le rendent imparfait. En un mot comme en cent, c’est un disque dispensable, sur lequel l’amateur forcené mettra tout de même l’oreille avec plaisir. On a entendu largement pire en matière de true black, tout de même.

October 30th, 2007

Suhnopfer : L'Aube Des TrépassésSühnopfer est un one man band auvergnat jouant du black métal (eh, j’ai pas dit Gergovia, hein). L’Aube Des Trépassés est son premier disque “professionnel”, signé sur Eisiger Mond Productions.

Il s’agit d’un MCD sur lequel le groupe développe un black aux influences clairement burzumiennes (pour changer) mais loin d’être limitées à cela : on peut dire à mon avis sans trop de risques qu’Abigor est passé par-là, pour citer ce qui me semble à priori le plus évident. L’ensemble est doté d’un travail mélodique assez poussé, ce qui sort le disque des terres du true. Des influences folk sont présentes mais on est loin d’un black folk très poussé, puisque quelques petits instants instrumentaux (Aux Aurores) laissent entrevoir ces influences, bien présentes mais absolument pas dominantes. La production est bien crue (burzumienne en fait, c’est là que l’influence du sieur Vikernes se fait sans doute le plus sentir) mais reste assez claire (on entend la basse, la batterie est très bien mixée).

Donc, on trouve des guitares incisives, de recherche assez mélodique, au son variant du semi-propre à l’immonde bavant (pour la guitare “rythmique” surtout, puisqu’elle sert de toile de fond grésillante la majeure partie du temps), cherchant un black puissant et rapide assez varié, nostalgique et furibard. La basse assure un travail de fond posé assez efficace. Quant à la batterie, elle joue (évidemment) des plans très rapides, franchement bien travaillés, qui montrent tout le talent de notre musicien : on est loin d’une batterie true primitive, la technique étant de mise : pas mal de jeu sur les cymbales légères, des roulements de toms assez poussés et bien sûr une double pédale frénétique.

Bref, tout cela est assez classique, et pourtant pas primitif, la volonté mélodique et les plans de batterie mettant ce disque au-dessus de pas mal de démos du genre. Il n’est cependant pas exempt de maladresses, le chant est en général bon, très criard et assez aigu, mais dérape parfois un peu, le passage lent ouvrant L’Aube Des Trépassés n’est pas franchement excitant et une ou deux redondances auraient pu être évitées. Ensuite, vu le genre pratiqué, Sühnopfer gagnerait peut-être à avoir un son légèrement plus propre, pour rendre le travail des guitares plus lisible. Reste que malgré ses défauts, L’Aube Des Trépassés est un disque qui mérite le coup d’?il pour les amateurs du genre. Pas mal pour un premier essai professionnel. Tiens, je mets 14, histoire d’encourager.

October 4th, 2007

Dornenreich : Her Von Welken NächtenIl y a des disques qui vous mettent de bonne humeur pour la journée, pour peu qu’on oublie de vous lâcher un piano sur les pieds ou d’écraser votre chat-chien-canari-mouche de compagnie. A mes yeux de Her Von Welken Nächten en fait partie.

Pour ceux qui auraient lu (ou seraient pris d’une subite envie irrésistible de rattraper cet oubli des plus impardonnables avant de continuer plus avant celle-ci) ma chronique de Durch Den Traum, vous savez déjà que ce disque fait partie du premier mouvement du groupe. On n’est pas encore arrivé aux longues pistes calmes d’Hexenwind, encore moins aux abstractions sophistiquées et planantes de Durch Den Traum. Ici, on a encore affaire à un black folk des plus… Ah non. Pas classique. Désolé, autant pour moi.

Au vu de ce disque, on peut dire sans trop risquer de se planter que Dornenreich a toujours fait partie des hurluberlus qui s’amusent à ne pas faire le même black métal que le voisin. Même si ce disque ne peut pas franchement être qualifié de post-black comme ses successeurs, puisqu’il est encore bien campé sur des riffs ancrés dans le genre et sur des vocaux typ… ah non, pas typiques, désolé, mais qui rentrent quand même dans le cadre des vocaux black. Cependant, ça ne ressemble à rien de connu. Explications.

Prenez du black. D’un genre assez léger. Utilisez des incursions folk (piano, violon, guitare volk et autres ambiances au synthétiseur). Rajoutez une bonne volonté progressive (aaaah, fuis, pauvre true blackeux fanatique!). Rajoutez des voix claires et surtout, surtout, un chant black TRES kitsch.

Oui, voilà, le mot est tombé. Kitsch. Ce disque l’est assurément, et c’est par le chanteur que tout se fait. Jochen Stock nous sert un chant black aigu pas franchement hurlé, qui alterne des sonorités décalées plus ou moins choquantes (en dehors des vocaux pouvant convenir à un groupe de black classique, on trouve des chuchotements tournant parfois au ridicule, des grognements parfois porcins, des couinements aigus et des vocalises genre “gamin en cours de mue s’essayant au raclement de gorge”). Tout l’intérêt de ceci est que ce côté kitsch n’a rien d’une contre-performance (les travaux suivants de Dornenreich montreront bien que Jochen sait utiliser son organe vocal sans tomber dans ces travers, et d’ailleurs de nombreux passages plus “classiques” de Her Von Wälken Nächten sont eux aussi solides et efficaces), il s’agit d’une kitscherie parfaitement assumée. Même si on pourrait en douter au début, la certitude se fait assez rapidement, surtout lorsqu’on entend les murmures enfantins d’Innerwille ist mein Docht. Forcément, ce chant va en faire sursauter plus d’un, surtout parmi les puristes. Mais pas que. Moi-même, j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce disque dans un premier temps, à cause de ça. Le temps que j’accepte de considérer ce disque comme drôle, en fait.

Pas moyen de prendre ce disque entièrement sérieusement, non. Il y a toujours un petit sourire en coin qui jaillit à un moment ou un autre. Mais après tout, pourquoi ne pourrait-on pas se marrer en écoutant un groupe de black ? Enfin, je veux dire, trouver de l’amusement à écouter le chanteur s’éclater de manière fort cocasse plutôt que de devoir rire d’un niveau de musiciens déplorable ? Oui, parce que là, on n’a pas franchement affaire à des pieds, d’un point de vue musical. Comme je le disais plus haut, le tout est assez progressif, comme le montrent les premiers morceaux, qui sautent d’un riff à l’autre sans grand souci, ou le disque lui-même qui saute des titres biens rentre dedans du début à des plages ambiantes (Innerwille… et Ihr Wehlt Ein Moment) avant de revenir au rentre dedans moins tordu qu’aux commençements (Schwarz schaut tiefsten Lichterglanz, Trauerbrandung) et d’achever le disque sur un morceau de nouveau ambiant. Le tout sans risquer d’affaiblir sa structure (même si le passage du quatrième au cinquième titre manque peut-être un peu de liant). La technique des musiciens est bonne et leur sens de la composition très visible.

Bon. Je suis parti un peu dans tous les sens (c’est ma nature, je ne peux pas m’empêcher), alors synthétisons. Her Von Welken Nächten est un disque plutôt bon dans l’ensemble, bien que parfois un peu maladroit et ne montrant pas encore la maîtrise parfaite d’un Durch Den Traum. Il pourrait être un disque prenant un moment puis oubliable. Sauf que voilà, ses vocaux et son côté kitsch assumés, vous savez, ces choses qui rebutent au premier abord, qui font fuir les puristes, qui tuent les canaris et les mouches de compagnie, bah… Au final, cela lui donne un grosse part de charme, quand on a appris à les accepter. Cela évite clairement au disque de sombrer dans l’oubli après quelques écoutes, et amène à le ressortir régulièrement, par curiosité à peu près autant que par plaisir.

October 4th, 2007

Her Von Welken NächtenIl y a des disques qui vous mettent de bonne humeur pour la journée, pour peu qu’on oublie de vous lâcher un piano sur les pieds ou d’écraser votre chat-chien-canari-mouche de compagnie. A mes yeux de Her Von Welken Nächten en fait partie.

Pour ceux qui auraient lu (ou seraient pris d’une subite envie irrésistible de rattraper cet oubli des plus impardonnables avant de continuer plus avant celle-ci) ma chronique de Durch Den Traum, vous savez déjà que ce disque fait partie du premier mouvement du groupe. On n’est pas encore arrivé aux longues pistes calmes d’Hexenwind, encore moins aux abstractions sophistiquées et planantes de Durch Den Traum. Ici, on a encore affaire à un black folk des plus… Ah non. Pas classique. Désolé, autant pour moi.

Au vu de ce disque, on peut dire sans trop risquer de se planter que Dornenreich a toujours fait partie des hurluberlus qui s’amusent à ne pas faire le même black métal que le voisin. Même si ce disque ne peut pas franchement être qualifié de post-black comme ses successeurs, puisqu’il est encore bien campé sur des riffs ancrés dans le genre et sur des vocaux typ… ah non, pas typiques, désolé, mais qui rentrent quand même dans le cadre des vocaux black. Cependant, ça ne ressemble à rien de connu. Explications.

Prenez du black. D’un genre assez léger. Utilisez des incursions folk (piano, violon, guitare volk et autres ambiances au synthétiseur). Rajoutez une bonne volonté progressive (aaaah, fuis, pauvre true blackeux fanatique!). Rajoutez des voix claires et surtout, surtout, un chant black TRES kitsch.

Oui, voilà, le mot est tombé. Kitsch. Ce disque l’est assurément, et c’est par le chanteur que tout se fait. Jochen Stock nous sert un chant black aigu pas franchement hurlé, qui alterne des sonorités décalées plus ou moins choquantes (en dehors des vocaux pouvant convenir à un groupe de black classique, on trouve des chuchotements tournant parfois au ridicule, des grognements parfois porcins, des couinements aigus et des vocalises genre “gamin en cours de mue s’essayant au raclement de gorge”). Tout l’intérêt de ceci est que ce côté kitsch n’a rien d’une contre-performance (les travaux suivants de Dornenreich montreront bien que Jochen sait utiliser son organe vocal sans tomber dans ces travers, et d’ailleurs de nombreux passages plus “classiques” de Her Von Wälken Nächten sont eux aussi solides et efficaces), il s’agit d’une kitscherie parfaitement assumée. Même si on pourrait en douter au début, la certitude se fait assez rapidement, surtout lorsqu’on entend les murmures enfantins d’Innerwille ist mein Docht. Forcément, ce chant va en faire sursauter plus d’un, surtout parmi les puristes. Mais pas que. Moi-même, j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce disque dans un premier temps, à cause de ça. Le temps que j’accepte de considérer ce disque comme drôle, en fait.

Pas moyen de prendre ce disque entièrement sérieusement, non. Il y a toujours un petit sourire en coin qui jaillit à un moment ou un autre. Mais après tout, pourquoi ne pourrait-on pas se marrer en écoutant un groupe de black ? Enfin, je veux dire, trouver de l’amusement à écouter le chanteur s’éclater de manière fort cocasse plutôt que de devoir rire d’un niveau de musiciens déplorable ? Oui, parce que là, on n’a pas franchement affaire à des pieds, d’un point de vue musical. Comme je le disais plus haut, le tout est assez progressif, comme le montrent les premiers morceaux, qui sautent d’un riff à l’autre sans grand souci, ou le disque lui-même qui saute des titres biens rentre dedans du début à des plages ambiantes (Innerwille… et Ihr Wehlt Ein Moment) avant de revenir au rentre dedans moins tordu qu’aux commençements (Schwarz schaut tiefsten Lichterglanz, Trauerbrandung) et d’achever le disque sur un morceau de nouveau ambiant. Le tout sans risquer d’affaiblir sa structure (même si le passage du quatrième au cinquième titre manque peut-être un peu de liant). La technique des musiciens est bonne et leur sens de la composition très visible.

Bon. Je suis parti un peu dans tous les sens (c’est ma nature, je ne peux pas m’empêcher), alors synthétisons. Her Von Welken Nächten est un disque plutôt bon dans l’ensemble, bien que parfois un peu maladroit et ne montrant pas encore la maîtrise parfaite d’un Durch Den Traum. Il pourrait être un disque prenant un moment puis oubliable. Sauf que voilà, ses vocaux et son côté kitsch assumés, vous savez, ces choses qui rebutent au premier abord, qui font fuir les puristes, qui tuent les canaris et les mouches de compagnie, bah… Au final, cela lui donne un grosse part de charme, quand on a appris à les accepter. Cela évite clairement au disque de sombrer dans l’oubli après quelques écoutes, et amène à le ressortir régulièrement, par curiosité à peu près autant que par plaisir.

September 9th, 2007

Deathspell Omega : Fas - Ite, Maledicti, in Ignem AeternumLe DSO nouveau est arrivé, Alléluia, Are Krishna, et tout et tout. Comme on ne pouvait de toutes façons en douter au vu des productions précédentes, le trio français nous a pondu un disque monstrueux.

Le groupe, qui a quitté les terres du true depuis le monumental Si Monumentum Requires, Circumspice, continue de s’enfoncer dans sa voie unique, celle d’un black qui explose les codes et s’écarte toujours plus du droit chemin. Suivant un chemin parallèle sans jamais croiser vraiment celui de Blut Aus Nord, DSO se forge encore et toujours une identité propre et que personne ne peut leur contester. Alors, qu’est-ce qu’il y a dans les entrailles de ce disque ? Prenez Diabolus Abscontidus et Kénôse II. Mélangez-les. Mettez le métronome au plus haut. Greffez un deuxième cerveau à chaque musicien. Poussez le concept vers une froideur abyssale et labyrinthique plus appuyée. Voilà, vous avez Fas – Ite, Maledicti, in Ignem Aeternum.

FIMIA (oui, j’abrège, ce titre prend trop de place, cette parenthèse aussi d’ailleurs mais suivez un peu au lieu de protester, voulez-vous ?) est donc le disque le plus compliqué et, de fait, aussi le plus difficile d’accès de DSO. Il faut plusieurs écoutes pour bien en prendre la mesure, contrairement aux bien plus directs Kénôse et Si Monumentum, quoi qu’eux même n’aient rien de facile (non, je ne me contredis pas, mauvaises langues). Je parlais de labyrinthe plus haut, et c’est bien ce qu’est ce disque. Si on excepte les deux ″Obombration″, titres plus posés et ambiants ouvrant et fermant le disque, chaque composition est chargée de cette technicité hallucinante, de ces riffs qui se suivent et se ressemblent sans se copier, laissant bien peu de points d’appui à l’auditeur, chargée de ce rythme frénétique et presque constant (contrairement à Kénôse qui alternait plus de deux tempos, FIMIA tend à se poser sur un concept binaire de mouvements lents/tempo dit du métronome affolé). Ces lignes extrêmement rapides, couplées avec ces riffs éclopés et malades qui tournent en boucles désordonnées, donnent à la musique de DSO, plus que jamais, cette impression d’essayer d’avancer, de lutter de toutes ses forces pour progresser, et faire du sur-place, rester embourbé dans quelque chose de trop énorme pour qu’on puisse penser lutter avec succès. Et malgré ce chaos gluant, DSO ne perd pas une fois le contrôle de sa musique. Ou plutôt si, une seule et unique fois, à la toute fin de ″A Chore Of The Lost″, où une très étrange incursion mélodique vient perturber l’auditeur perdu dans les méandres du disque et extirpé sans qu’il le veuille de l’ambiance impossible du groupe. Seule erreur du groupe sur le disque.

Donc, FIMIA est un disque techniquement, structurellement à peu près irréprochable. Le son est parfaitement adapté, un peu moins distinct que Kénôse dont l’efficacité reposait sur ses riffs plus percutants, ici de toutes manières noyés dans la masse et donc inopérants, et cette production un peu moins claire (pas beaucoup non plus) soutient entièrement la structure des morceaux. DSO joue aussi beaucoup avec les silences, les blancs de changement de pistes étant considérablement rallongés, et les poses ambiantes approchant parfois du néant sonore, pour mieux réintroduire sa folie sous la forme d’un assaut d’une brutalité rare. Le découpage des morceaux reste dans la droite lignée de ce qu’a pu faire le groupe sur des morceaux comme ″Carnal Malefactor″ ou ″Diabolus Abscontidus″, introduisant des breaks là où on ne les attend pas et les coupant court là où on ne l’attend pas vraiment non plus, voir l’entrée d’″Obombration 1″, par exemple.

Reste qu’on perd un peu d’ambiance, dans tout ça. FIMIA est froid, froid, froid, technique, technique, technique, voire même très très froid. Bon, DSO l’a toujours été, et la technique est venue sérieusement avec Kénôse, mais finalement, FIMIA est moins putride que Si Monumentum Requires, Circumpsice, Diabolus Abscontidus ou Mass Grave Aesthetics, et un peu moins… Un peu moins quoi, je ne sais pas trop, mais un peu moins que Kénôse du côté ambiances. Comprenez bien : FIMIA reste un disque particulièrement hypnotique, dont on s’arrache difficilement une fois que l’on a su pénétrer au coeur. C’est juste que les sommets qu’étaient les deux albums et les deux splits précédents n’ont pas été égalés.

Bref, Fas – Ite, Maledicti, in Ignem Aeternum (oui, je l’ai écrit en entier, c’est la conclusion, il faut que je fasse un effort quand même) est un bon disque de DSO. Le meilleur techniquement, mais pas le meilleur d’un point de vue ambiances. Et un bon disque de DSO, à défaut d’être le plus intense, est, forcément, un excellent disque. Un très légère déception pour le connaisseur de DSO, déception qui ne m’empêchera pas de prendre mon pied avec ce disque pour autant et qui ne change rien à ses qualités formelles indéniables. Bon, évidemment, si vous êtes bloqué sur le true, vous n’aimerez pas. Si vous considérez que Kénôse était une débauche inutile par rapport à Si Monumentum Requires, Circumspice, vous n’aimerez pas. Si vous n’êtes pas prêt à encaisser un déluge déconstruit monstrueux, vous n’aimerez pas. Notez que ce serait bien dommage, tout de même. Très bon à défaut d’être géniallissime. A écouter particulièrement : ″The Shrine of Mad Laughter″.

September 7th, 2007

Crystalium : Doxa O RevelationCrystalium, pour ceux qu’il l’ignoreraient, est un groupe lyonnais qui nous sort ici son quatrième opus, après un changement de label et un gros changement de line-up: exit le claviériste, et changement de guitariste. Forcément, sa musique s’en retrouve modifiée. Pour le meilleur ou pour le pire?

Crystalium ne s’est pas engagé dans la voix de la facilité, loin de là. Le combo aurait pu jouer au true, faire du black symphonique, ou continuer simplement sur sa lancée. Non, non, non. Crystalium s’engage sur une voie un peu plus tortueuse, eux qui déjà ne faisaient pas dans le black 100% classique par le passé: ce Doxa O Revelation est un disque de black aux grandes influences death, mélangeant brutalité et une volonté presque progressive (bon, c’est pas Dream Theater non plus), presque entièrement épuré de synthétiseurs, même si on trouve une introduction, une outro, un intermède orchestral (Passe Le Mot) et deux pistes ou s’entendent quelques traces de nappes (Doxa O Revelation et Le Sixième Radical). La brutalité est montée d’un cran, aussi.

Doxa O Revelation est un disque difficile d’accès. Il est moins direct que son prédécesseur, et plusieurs écoutes sont nécessaires pour se faire une idée à peu près valable sur la chose en question. Entre autres, la partie rythmique de Altar.ZK6 est particulièrement mise en avant par la production et peut gêner. Personnellement, j’ai eu un mal de chien à rentrer dans le disque à cause des parties assommantes d’Entrailles et Univers, qui masquaient le reste de la composition. Bon, si vous avez l’habitude de Crystalium ou d’Arkhon Infaustus ou que vous êtes batteur, ça ne devrait pas vous poser de problème, mais pour les autres, il faut d’abord une ou deux écoutes pour accepter ce son de batterie pour ce qu’il est, c’est à dire bourrin, technique et envahissant. Une fois qu’on a appris à écouter un tel déluge pendant l’heure du disque, on peut l’apprécier à sa juste valeur.

Tiens, bourrin et technique, ça correspond bien à tout l’album, d’ailleurs. Les guitares sont incisives et jouent des plans pas basique du tout sur lesquelles plane le spectre du death. D’ailleurs, on note la présence de solis épileptiques, pas bien longs, pas particulièrement nombreux, mais franchement plaisants, efficaces, passionnants et qui sortent pas mal des poncifs black. Le tout est haineux à souhait, très percutant, et le pied au plancher n’est que rarement relevé. Crystalium ne nous laisse pas respirer, nous étouffe complètement avec sa musique recherchée. Quelques rares mid-tempos (D.Dei de La Messianite entre autres) se font tout de même sentir, mais ils sont nauséeux (évidemment). Autrement dit, si vous n’êtes pas prêts à vous en prendre plein la tronche, passez votre chemin. Le chant appuie parfaitement les compositions, Cillag semblant parfaitement possédé et posant ses raclements de gorge avec une justesse louable.

Les textes sont en français et ne sont pas basiques eux non plus, ce qui change agréablement des “Sataaaan je t’aime détruis le monde, sodomise Jésus tout ça tout ça” sans faire de concessions pour autant. Crystalium joue visiblement la carte du black recherché, sur tous les plans, et ça lui réussit plutôt bien.

Bref, ce disque passe assez près d’être un chef d’oeuvre de black brutal-mais-pas-stupide. Assez près seulement. Premier petit bémol, cette batterie à laquelle on s’habitue, mais qui rend l’entrée dans le disque difficile. C’est cependant un détail, puisqu’après un certain temps, on oublie même qu’elle est tellement mise en avant et on sait écouter le reste avec attention sans être perturbé. Reste l’autre petit problème, pas particulièrement grave lui non plus, mais tout de même gênant: la musique bourrin et technique aurait sans doute mieux convenu à un disque plus compact: 64 minutes de violence tordue, c’est un peu indigeste. Surtout dans les premières écoutes, le temps que l’on connaisse la structure des morceaux. Ce qui peut en rebuter plus d’un lors du premier contact avec le disque. Ce qui est dommage, puisque ce qu’on y découvre en insistant un peu vaut quand même franchement la peine.

Bref, un très bon travail, juste un peu mal dosé. A découvrir, parce qu’il semble évident que Crystalium fait partie de ces groupes avec lesquels la scène black française doit compter.

September 2nd, 2007

Scars Of Chaos : Humanitarian War MachineBlack symphonique frenchy match one : Anorexia Nervosa perd Hreidmarr. Qu’importe, round 2 : Scars Of Chaos sort Humanitarian War Machine. Ou la preuve que la relève est assurée.

Bon, faisons la part des choses. Scars Of Chaos transpire l’Anorexia Nervosa niveau influences. Son de rouleau compresseur, “orchestre” pompeux et omniprésent, chant alterné français et anglais, on sent bien quel groupe est le père spirituel de Scars Of Chaos. Pour autant, on ne hurlera pas au plagiat. Parce que si on se donne la peine d’écouter attentivement, on se rend compte que la première impression n’est pas aussi juste qu’il y paraît. Le groupe développe un sens de la composition qui lui est propre et qui se démarque de ses parents directs. Inspiration donc, plagiat non, on n’y est pas.

Donc, Scars Of Chaos, c’est ça : des grattes jouant surtout en rythmique selon des schémas assez complexes, qu’il est très plaisant d’écouter attentivement. Une batterie qui a l’énorme défaut d’être sous produite, trop clairement en dessous des guitares, ce qui enlève un peu de la pêche que peuvent avoir les compositions. Par ailleurs, le batteur est très doué et c’est vraiment dommage que son son soit aussi sourd. Un chanteur black regardant parfois légèrement sur le death, efficace et plein de ressources. Et surtout des claviers orchestraux (ce qui n’étonnera personne) particulièrement mis en avant (plus que ceux d’Anorexia Nervosa, puisqu’ils portent la composition au lieu de la supporter, si vous me passez l’expression), et qui assurent à peu près toute la partie “mélodique”, sombres, épiques et torturés.

Le groupe signe des compositions violentes et techniquement très bien foutues (batterie, grattes, claviers, personne n’est en reste et le niveau des musiciens est à saluer). Le disque est assez touffu et demande quelques écoutes pour être appréhendé entièrement (pour se débarrasser du bon vieux cliché Anorexia Nervosa qui nous assaille au début, en fait). Bref, tout ça, c’est pas mal du tout. Seulement, il y a un petit “mais”. Oui, il faut bien que je râle, quand même, râler est une de mes passions.

Scars Of Chaos en fait trop. Voilà, c’est là le plus grand problème de ce disque. Centrons-nous sur les claviers pour commencer. Ne comptez pas leur échapper une seconde, ils sont partout, tout le temps. Et c’est une erreur, à mon humble avis. A force d’imposer partout sa pompe et sa grandiloquence décadente, le synthétiseur se révèle un peu contre-productif. On finit par ne plus l’entendre et c’est dommage. Le groupe aurait sans doute été plus inspiré de ne pas poser systématiquement leurs parties symphoniques, de les laisser reposer de temps à autres pour leur laisser faire des entrées plus fracassantes, de celles qui restent plus dans les esprits. Le bien en trop grande quantité tue un peu le bien.

Deuxième constat. Le groupe joue pied au plancher. Une ou deux introductions de temps à autres, pas de problèmes. Mais, tout comme les claviers sont trop présents, le tempo du groupe ne varie pas assez, ce qui fait que même si les compositions sont toutes bonnes les unes isolées des autres, elles se trouvent être quelque peu indigestes dans l’entièreté du disque. Constat appuyé par les passages plus posés (la seconde moitié du morceau éponyme et l’excellent titre plus ambiant Lost To The Illusion Of Heaven), qui éveillent soudain fortement l’intérêt qui baissait un peu quelques instants auparavant.

Cet Humanitarian War Machine est donc un disque qui vaut le détour, le black symphonique n’est pas mort et Scars Of Chaos le proclame haut et fort. Les amateurs de black symphonique (ou du moins de la tendance décadence pompeuse et épique) devraient y trouver leur bonheur. Le disque pêche cependant un peu par excès. Un peu moins de claviers, un tempo un peu plus varié, et on tiendra un grand nom.

August 31st, 2007

Torturium : Black Lunatic ChaosTorturium est un groupe bosseur. Un an après son premier album, trois splits réalisés, voici déjà Black Lunatic Chaos, deuxième véritable album du groupe. Le sieur War Torech signe ici un disque on ne peut plus classique : un black métal true, raw, dégueulasse, sans concession, dans la plus pure veine finlandaise.

Tout y est. Guitares agressives au son très gras, batterie furieuse et aux rythmiques simples, voix complètement démente. Compositions longues et pas progressives pour un sou. vous l’aurez compris, Black Lunatic Chaos n’a rien d’une promenade de santé dans de verts et bucoliques paysages chantants.

Alors ? True pourri ou true transcendant ? Comme le savent sans doute ceux qui me lisent assez régulièrement, je ne suis pas particulièrement amateur de ce genre de black extrémiste dans sa démarche musicale. Mais là, pas de doutes, je me dois de m’incliner. On tient un disque qui a une essence fabuleuse. Un disque douloureux, barbare, qui fait peur aux voisins, fait tourner le lait, brise l’encéphale en mille et laisse l’auditeur averti pantelant, un filet de bave coulant au coin des lèvres et un sourire béat sur la figure.

Le son du disque est énorme. La production se veut bien évidemment proche d’un son horrible et réussit très bien de ce côté-là. Et pourtant, on comprend tout. On n’a pas une de ces bouillies qu’on pouvait entendre sur les premières démos d’Emperor. Une des guitares grésille sérieusement en toile de fond, mais la seconde se découpe très nettement, on on suit les notes avec facilité sans pour autant se rendre compte que c’est plus propre qu’on ne pouvait le penser. Et on entend bien ce que fait la basse (enfin, bien, je veux dire bien pour un disque de black pur), d’ailleurs très plaisante dans sa manière de supporter le morceau. Les hurlements aigus, teintés d’une folie très particulière, monolithiques, sont traités avec un son sombre mais distinct. Quand à la batterie, elle claque justement, assez en retrait, d’un son sec et pas franchement résonnant, comme on peut entendre sur des productions true classiques.

Et malgré tout ça, le son est sans concession, d’une obscurité abyssale, doublé d’un fond grésillant continu. On comprend tout, on entend tout, mais Torturium ne met pour autant pas d’eau dans son vin, cela ne nous prive pas de cette bonne vieille sensation de crasse monumentale.

Les chansons sont furieuses, oscillant comme souvent entre des passages frénétiques, et (surtout) des tempos légèrement plus lents, qui n’en sont pas moins chargés de haine. Et d’ailleurs, sont sans doute plus efficaces : plus découpées, les rythmiques gagnent en impact et on ressent mieux cette sensation d’écrasement, de lourdeur infecte qui pèse sur tout le disque.

Torturium nous propose donc un opus de black qu’on pourrait qualifier de transcendantal, qui, épuré à l’extrême, approche une sorte de pureté inversée, et frôle l’essence suprême du black métal. Alors, forcément, ce disque s’adresse avant tout aux plus malades d’entre nous, aux blackeux extrémistes avant tout. Âmes sensibles s’abstenir. Mais pour tous ceux qui auraient de toutes façons déjà perdu pas mal de neurones sur des opus du genre ou voudraient se risquer sur ces terres malsaines, n’hésitez pas : Black Lunatic Chaos est un disque à avoir subi absolument. Un monument du genre.