November 27th, 2008

Dark Sanctuary : De Lumière et d'ObscuritéDe Lumière et d’Obscurité est le premier album de la “nouvelle période” de Dark Sanctuary, moins funéraire et moins austère que ses prédécesseurs (bon tout est relatif, ça reste on ne peut plus dark atmo, c’est pas la danse des canards non plus). On peut déjà ressentir dans ces titres les œuvres géniales que seront L’Etre Las et Les Mémoires Blessées. Cependant, force est de constater, avec le recul, que cet opus est nettement inférieur à ceux qui vont suivre. Tous les ingrédients sont là, le talent aussi, cependant Dark Sanctuary n’évite pas quelques maladresses: ainsi certains violons couinent un peu, alors qu’ils sont irréprochables dans les deux autres. Certains titres sont un peu faibles, manquant d’accroche. Et les paroles voient apparaître quelques fautes inhérentes au style sophistiqué employé.

Mais rien de tout cela ne gâche le plaisir de l’écoute de cette œuvre, elle la met juste en dessous des deux suivants. On notera quelques passages particulièrement agréables, comme le génial Ordre et Décadence, qui ne devrait pas laisser grand monde froid (ou plutôt laissera les gens glacés, selon le point de vue), pour peu qu’on ait les oreilles adaptées au type de musique.

De Lumière et d’Obscurité n’est donc pas le chef d’œuvre de Dark Sanctuary, mais possède déjà cette étincelle de génie qui va rendre les deux suivants simplement merveilleux, pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

March 21st, 2008

Necromantia : The Sound of Lucifer Storming HeavenOn va commencer par faire un joli topo sur ce groupe étrange. Groupe de black métal grec, ayant apparemment quelque chose comme 18 ans de carrière, Necromantia se compose de deux bassistes. Si si. Mais rassurez vous hein, il y a une basse huit cordes qui joue les partitions qui échoient normalement à la guitare, c’est pas juste deux quatre cordes qui jouent des partitions rythmiques en arrière plan de… De rien, vu qu’il n’y a pas de guitares. Bon, et à part ça ? Necromantia joue une sorte de black symphonique. Très bien. Et ça vaut quoi tout ça ?

Ca donne un plantage, messieurs dames, un beau plantage. Et non, l’expérimental ne paye pas à chaque fois. Souvenez vous des premiers Peccatum, Ihsahn avait beau être aux commandes, c’était loin d’être brillant.

On va commencer par le pire, histoire d’être un peu positif. Ce disque est taillé sur mesure pour donner raison à tous les détracteurs du synthétiseur dans le black métal. La partie symphonique est pompeuse et kitsch, mais bon, c’est un peu la marque de fabrique du genre, après tout. Le pire, c’est que le clavier n’a pas dû coûter cher, car il sonne très cheap, surtout au niveau des sons de cordes aigues. Pour être précis, c’est un massacre, on a envie de rire en entendant tous ces pouics pouics mal produits. Necromantia s’en serait parfaitement passé, et des mocraux comme For The Elder Magi ou Architecture Of Exquisite Madness sont complètement pourris par le synthétiseur.

Tiens, oui, la production, parlons-en. Et on va aborder le problème de la basse en même temps, tiens. Oui, parce que vous vous doutez sans doute un peu que le principal problème qui va ressortir de l’utilisation de deux basses sans grattes, c’est le prévisible manque de puissance. Ca a beau sonner comme un vieil album de black des débuts, ça ne sauve pas le groupe : avec une telle combinaison d’instruments, une production faible court à la catastrophe. Et c’est le cas ici : la production manque de souffle, les sons des basses restent assez brouillons et/ou mous. Et puis, finalement, on a affaire à des basses qui jouent comme des guitares. Ce qui enlève pas mal de l’intérêt de la formation : ils sacrifient de la puissance sans se créér réellement un son original, préférant rejouer une partition classique avec un instrument différent. Bon, évidemment, je n’en attendais pas quelque chose à la Les Claypool (je fais des comparaisons avec des musiciens de rock alternatif si je veux), mais expérimenter un peu n’aurait pu qu’être salutaire.

Production toujours, la batterie un peu trop en retrait par moments, et qui blaste avec l’aisance d’un lépreux neurasthénique se charge de terminer de plomber la section rythmique, manque de puissance encore et toujours. Le chant ne casse pas trois pattes à un canard même s’il n’est pas mauvais, cela ne relève pas franchement le niveau.

Il reste quoi ? Quelques bonnes idées, si, si. Les pistes dans lesquelles Necromantia s’engage sont intéressantes. C’est juste qu’ils ne les exploitent pas d’une manière convaincante. Les solos de basse (oui, il y en a) sont par contre une très bonne idée, et même certains sont très bien faits (sur Knight Of The Black And White Eagle, on a droit à une jolie imitation de guitare électro accoustique franchement réussie, et le solo de The Invisible Empire vaut le détour aussi. Même si celui d’Order Of The Black Sphinx est étrangement mauvais).

Mais bon, deux solos de basse valables et un pitch intéressant, ça ne fait pas un disque. Brouillon, maladroit, morceaux bancaux, pas de puissance, une volonté de noirceur qui tape à côté de la plaque, bref, Necromantia s’est pris un beau mur en pleine face. Oubliez.

March 21st, 2008

Crest Of Darkness : Give Us the Power to Do Your EvilJe ne partais pas avec un très bon à-priori sur ce petit disque. Entre un titre d’album un peu lourdingue, quelques noms de morceaux bien cliché genre « antichrist », « death and pleasure » et une belle imagerie vampirico-satanico-kitsch, j’avais un peu peur de tomber sur un Cradle of Filth ou quelque chose de la même trempe.

D’un certain point de vue, je n’avais pas tout à fait tort : Crest Of Darkness fait du black moderne, bien loin de toute true attitude. Plus précisément, on a affaire un une sorte de dark métal très clairement influencé black, et qui se charge de rythmiques thrash assez saccadées et de passages presque heavy. Et il n’y a pas à chicaner, c’est bien fait.

Pour la petite histoire, le disque a été enregistré en à peine deux semaines, la faute à des problèmes de compatibilité des horaires du groupe et du label (groupe norvégien, studio italien, ça n’aide pas). Mais ça ne se sent absolument pas. La production est excellente, octroyant aux guitares un son net, sans bavures, puissant ; à la basse une place de choix, d’ailleurs méritée ; à la batterie, plus en retrait, juste ce qu’il faut pour assurer un soutien rythmique de qualité. Production à la fois sombre et limpide, d’une lisibilité agréable, qui permet de profiter du talent des musiciens. Pour sûr, ce ne sont pas des manches. Et voir un bon bassiste bien mis en avant dans une musique typée black, ça fait toujours plaisir, aussi.

Les structures, souvent basées sur des rythmes thrash saccadées simples et efficaces, passe cependant son temps à sauter de riff en riff, à faire remonter en une bouffée de blasts ses ambiances black métal, à éclairer brusquement son morceau d’un solo souvent très largement teinté de heavy. On note même une incursion dans le doom avec I Love Your Pallid Skin. Cette volonté progressive ne nuit cependant aucunement à la cohérence de l’ensemble, et rend les morceaux très plaisants à suivre.

Parlons des petits défauts, tout de même. Le chanteur, s’il est très à l’aise pour changer de registre (quelques chants plus ou moins clairs , des chorus bien sombres, bien exécutés), a cependant tendance à se limiter à ses criaillements black, qui finissent par taper un peu sur le système (bon, c’est pas Dany Filth non plus hein, c’est tout à fait supportable). La caisse claire sonne un peu bof. Et puis, finalement, tout ça reste assez classique. Non, Crest Of Darkness ne révolutionne rien, et malgré le mélange des genres, le groupe ne surprend pas vraiment, même si le premier solo qui vous saute au visage des les premières minutes d’Antichrist vous prendra de court la première fois. Après, vous avez compris la démarche, et ce n’est pas le reste du disque qui viendra le démentir. Les trois derniers morceaux perdent aussi un peu en intérêt, le disque ausrait sans doute gagné à se terminer sur I Love Your Pallid Skin.

Mais bon, la qualité est au rendez-vous, alors que demander ? Des solos vraiment bien foutus, des rythmiques thrash prenantes, une basse présente et agréable, tout ça donne un bon disque. Pas la galette du siècle, non, pas un album impérissable non plus, mais tout de même une sacrée bonne ambiance qui vaut le détour, si vous n’êtes pas trop true.

A écouter : le résolument heavy thrashouille « your demons » et le petit morceau presque doom « I Love Your Pallid Skin ».

January 12th, 2008

Chthonian : Of Beatings and the Silence in BetweenDans le petit tas de disques à chroniquer que j’ai reçus tout récemment, voilà le disque qui m’a sauté aux yeux et qui a gagné de passer le premier dans ma platine. Un artwork sobre et épuré, des effets de branches noires stylisées sur du papier brun très visiblement recyclé, c’est plutôt classieux et original. Bon, l’artwork, c’est bien joli, mais qu’est-ce que ça cache ?

Chthonian est le groupe du nouveau chanteur de Finntroll. Eh, ho, là, au fond, revenez tout de suite. C’est pas parce que vous n’aimez pas le dernier Finntroll qu’il faut courir comme ça voyons, ça n’a pas grand chose à voir. Le groupe de Mathias LillmÃ¥ns officie dans un black teinté d’une certaine furie death et d’éléments indus, surtout dans le jeu des grattes, ainsi que quelques petits sample séparant les morceaux de temps à autres. Pour faire simple, on va dire un nom, comme ça, on aura à peu près fini : Satyricon. Oui, voilà, ça fleure très bon le Satyricon actuel tout ça. Rien qu’à voir Thirteen, on s’y croirait. Bon, en fait non, on voit pas mal de similitudes, mais Chthonian n’est pas un clone de la bande à Satyr pour autant. Mais tout ça sent bon le black à tendance death norvégien quand même (Zyklon peut-être ? ).

Of Beatings and the Silence in Between ne fait que trente petites minutes, on pourrait dire que c’est bien peu. Cependant, je crois que le groupe a eu une idée très fine en s’arrêtant là. Les titres se suivent et se ressemblent, sont bien rentre dans le lard, efficaces, mais perdraient beaucoup à être plus nombreux. Car Chthonian manque quand même un brin d’originalité. Des références évidentes bien sûr, mais aussi une certaine tendance à la redondance dans les riffs, et des morceaux pas forcément très distinguables les uns des autres à cause d’un rythme furieux très constant, ne laissant que de temps en temps place à un mid tempo ou une accalmie, sans jamais sortir vraiment des sentiers battus. Malgré tout ça, le disque reste tout à fait efficace, la sauce étant d’une efficacité directe indéniable, on se laisse prendre dès la première écoute. Tant qu’ils ne s’éternisent pas, ce qu’ils ne font pas, fort heureusement, les petits gars de Chtonian assurent plutôt bien.

A noter tout de même une ou deux particularités, le chant de Mathias LillmÃ¥ns qui se situe à la jonction même des styles black et death, pas formaté, et qui est plutôt une bonne surprise même si on aurait peut-être bien voulu un peu plus de variations, là encore. Et la basse, assez grésillante par ailleurs, qui a un mixage la mettant plutôt en avant, initiative assez plaisante, et qui permet de prendre son pied en l’écoutant, sur That’ll Teach You par exemple.

Que retenir d’un tel disque ? Certainement pas l’album du siècle, mais un disque qui mérite qu’on s’y intéresse. Malgré tout ce que j’ai pu dire, il semble évident que Chthonian tient la route, grâce à un dosage assez juste et une bonne capacité à produire des riffs pas forcément originaux mais tout à fait prenants. Des titres comme Ill ou Larvae, Nymph, Decay ou encore Thirteen valent vraiment le détour. Chthonian pourrait bien être une formation à surveiller dans les années à venir, parce que le potentiel est là. Un bon disque pour se nettoyer les oreilles sans avoir à se prendre la tête de temps à autres.

January 12th, 2008

Deinonychus : Warfare Machines

Hein? Quoi? Ah, je dois chroniquer un disque, là? Pardon, désolé, j’avais l’esprit ailleurs.

Bon, j’avoue, je dormais en fait.

Voilà, ça, c’est fait. Je commence sérieusement la chronique. Deinonychus est une sorte de one-man band de dark doom avec plein de musiciens qui tournent aux divers postes sous l’égide du sieur Marco Kehren, monsieur qui n’est pas tout à fait le premier venu puisqu’il a officié dans pas mal de groupes don Bethléhem et Dark Sanctuary, quand même. Une carrière d’à peu près 15 ans de carrière et un grand groupe de dark atmosphérique au palmarès, j’avoue que j’ai été assez peu agréablement déçu par le disque en question. Non pas que j’attendais un chef d’oeuvre ou quelque chose du genre mais…

Bref. Warfare Machines a un gros, un énorme défaut: sa facilité intrinsèque. Il est vrai que j’ai assez peu d’amour pour le doom de toutes manières, genre dont la tare principale à mes yeux est cette habitude de donner régulièrement dans la facilité (je ne généralise pas pour autant, je sais pertinemment que le genre ne se limite pas à ça, pour être amateur de groupes comme Void Of Silence ou Dolorian). Ici, le travers clair. Les riffs sont simples et tournent en boucle. La structure des morceaux est classique au possible. Le son est plutôt mou, les guitares n’étant pas franchement percutantes. Le chant est linéaire malgré deux ou trois tentatives de chants/choeurs clairs et de choeurs assez bienvenues quoique pas toujours très maîtrisées. La batterie a un jeu simple mais étrangement assez chaud, plutôt plaisant et bien intégré. Tout ça n’est pas tout à fait dénué d’intérêt, mais force est de constater que je m’ennuie ferme en écoutant ce disque.

Pourtant, il commençait bien. Une intro de trois minutes basée sur une structure cyclique, un riff pas excellent soit dit en passant, mais portant bien le morceau, sur lequel se rajoutent un monologue et des larsens bien placés. Le Corwin s’est retrouvé titillé. Carpet Bombing, après une petite entrée à la batterie, laisse venir les premiers riffs du disques. Affreusement plats et amorphes. Et pourtant, le morceau a ses moments de gloire: deux accélérations qui gagnent une profondeur de son efficace, prenante, ou les hurlements uber graves de Marco Kehren prennent leur envol. Malgré un démarrage étrangement mauvais, le morceau se trouve être intéressant, assez accrocheur au final.

Mais après, c’est la chute. Manoeuvre East et NaPolA marquent l’avènement des riffs faciles et entendus cent fois, des morceaux linéaires sans envolée ni émotion. Seul un petit choeur sauve NaPolA du désintérêt total. Arrive la grosse erreur du disque, MG-34, un titre black et d’une frénésie très maladroite, qui n’emporte l’auditeur que par surprise, au début du morceau, à cause du changement de tempo. Une nouvelle forme d’agressivité dans la voix de Kehren semble relancer l’intérêt, mais la redondance du riff et la linéarité définitive du morceau achèvent de le couler.

False Flag relance un peu le disque, et permet d’entamer la partie la moins mauvais du CD. Le rythme syncopé de ce morceau est un peu plus original, et il se trouve être plus varié, le jeu des guitares enfin vraiment sombre, des leads agréables, bref, le morceau sauve l’honneur. Nerve Agent ne déparera pas trop après ce redémarrage beaucoup trop tardif, se permettant lui aussi des structures de grattes moins primaires que certains des premiers morceaux, un peu distordues, des alternances plutôt bien faites de murmures, de choeurs narratifs clairs et de voix black, pour une ambiance finalement pas si pourrie que ça. Même vraiment chouette.

Morphium achève le disque sans être un morceau d’un intérêt particulier, mais reste un morceau doom correct avec une ambiance sépulcrale lourde à souhait.

Donc quoi? Trois bons morceaux dont une sorte d’introduction, un morceau décent, un morceau à moitié bon et à moitié catastrophique et trois bouses inutiles, tout ça sur un disque après tout relativement court. Je suis peut-être un peu sévère, mais voir des titres comme False Flag côtoyer des MG-34 et des Manoeuvre East a la très nette tendance de m’énerver. Allez, oui, d’accord, quelques morceaux sauvent l’honneur et méritent d’être écoutés, mais franchement, mettez plutôt des sous dans un Dolorian ou un Unholy que dans ce Warfare Machines bien en dessous de ce qu’on pourrait en attendre.

Moi, je retourne dormir.

November 2nd, 2007

Caïnan Dawn : In Darkness I ReignOh le beau titre d’album. In Darkness I Reign. Avec des titres comme ça, aucun souci, on sait ce qu’on va manger, ya pas de mensonges sur le contenu. Donc, oui, comme vous vous en doutez tous autant que vous êtes, Caïnan Dawn fait du true black (dingue non?).

Forcément, un démo de true black, ça limite un peu ce qu’on peut en dire. Je vais donc la faire simple: ça fleure donc bon les vieux groupes du genre niveau influences, Darkthrone évidemment, l’Emperor vieille époque (d’ailleurs l’artwork a quelque chose de celui d’Anthems, même si Anthems n’est déjà plus du true black bien évidemment), Nehëmah aussi (oui, c’est facile, le guitariste est celui de Nehëmah). Rien de nouveau sous le soleil.

La question du genre étant définitivement bouclée par ces deux mots fatidiques que sont true et black, qu’est-ce qui va amener à dépenser ses sous dans ce petit objet de 24 minutes (ou le laisser moisir là ou il était, selon) ? Rapide tour d’horizon. Production assez propre, il n’y a pas de grésillement qui rende le tout inintelligible, tout est bien audible, la basse aussi si on tend l’oreille. La batterie -une boîte à rythme- a un son assez étouffé. Pour tout vous dire, elle manque un peu de niaque, cette boîte à rythme. Les passages de blast longue durée ne tiennent pas trop là route, à cause d’une sonorité un peu distendue, descendante, qui affaiblit ces passages. La sonorité double pédale est assez bonne en revanche, sauf sur un ou deux passages ou le bmp est trop élevé et le rendu en devient trop clinique, mécanique pour bien coller à la musique.

Pour les guitares, production claire donc mais moyennement puissante, les riffs auraient gagné à être un peu plus percutants peut-être. Ah, les riffs, parlons en. Ils sont simplissimes, bien évidemment, mais pas mal d’entre eux s’avèrent franchement efficaces au final, on entend de très bonnes choses sur Edge Of A Ziggurat par exemple, sans doute le meilleur morceau de l’album. C’est simple, c’est direct, ça fonctionne assez bien. Malheureusement, ce n’est pas le cas de tous, et certains laissent froid. En général tout de même, on note au moins un bon riff entêtant par morceau.

La voix est darkthronienne, classique au possible, maîtrisée, elle ne surprend pas du tout (tiens donc) mais tient son jeu efficacement.

Restent quelques maladresses un peu bizarres. Le passage de l’introduction au premier titre est franchement mal foutu. Les morceaux s’achèvent parfois de manière contestable. Le bruit bizarre rajouté sur les passages lents d’Into The Pit gâchent une rythmique pourtant bien foutue et sans doute la moins conformiste du disque. Et puis la toute dernière minute du dernier morceau, ou le guitariste se fend d’un solo. Bon, déjà, un solo dans un disque de true ça fait bizarre, mais pourquoi pas. Sauf que celui-là est maladroit. Pas mal joué, mais trop limité sur les écarts de notes pour prendre vraiment de l’ampleur, coupé trop tôt, morceau fini en queue de poisson. Bref, raté.

Bilan? D’accord. In Darkness I Reign est un disque de true black franchement tout ce qu’il y a de plus classiques, à un vague truc ou deux près. Il possède quelques petites choses qui ne le rendent pas inintéressants, et quelques autres qui le rendent imparfait. En un mot comme en cent, c’est un disque dispensable, sur lequel l’amateur forcené mettra tout de même l’oreille avec plaisir. On a entendu largement pire en matière de true black, tout de même.

October 30th, 2007

Suhnopfer : L'Aube Des TrépassésSühnopfer est un one man band auvergnat jouant du black métal (eh, j’ai pas dit Gergovia, hein). L’Aube Des Trépassés est son premier disque “professionnel”, signé sur Eisiger Mond Productions.

Il s’agit d’un MCD sur lequel le groupe développe un black aux influences clairement burzumiennes (pour changer) mais loin d’être limitées à cela : on peut dire à mon avis sans trop de risques qu’Abigor est passé par-là, pour citer ce qui me semble à priori le plus évident. L’ensemble est doté d’un travail mélodique assez poussé, ce qui sort le disque des terres du true. Des influences folk sont présentes mais on est loin d’un black folk très poussé, puisque quelques petits instants instrumentaux (Aux Aurores) laissent entrevoir ces influences, bien présentes mais absolument pas dominantes. La production est bien crue (burzumienne en fait, c’est là que l’influence du sieur Vikernes se fait sans doute le plus sentir) mais reste assez claire (on entend la basse, la batterie est très bien mixée).

Donc, on trouve des guitares incisives, de recherche assez mélodique, au son variant du semi-propre à l’immonde bavant (pour la guitare “rythmique” surtout, puisqu’elle sert de toile de fond grésillante la majeure partie du temps), cherchant un black puissant et rapide assez varié, nostalgique et furibard. La basse assure un travail de fond posé assez efficace. Quant à la batterie, elle joue (évidemment) des plans très rapides, franchement bien travaillés, qui montrent tout le talent de notre musicien : on est loin d’une batterie true primitive, la technique étant de mise : pas mal de jeu sur les cymbales légères, des roulements de toms assez poussés et bien sûr une double pédale frénétique.

Bref, tout cela est assez classique, et pourtant pas primitif, la volonté mélodique et les plans de batterie mettant ce disque au-dessus de pas mal de démos du genre. Il n’est cependant pas exempt de maladresses, le chant est en général bon, très criard et assez aigu, mais dérape parfois un peu, le passage lent ouvrant L’Aube Des Trépassés n’est pas franchement excitant et une ou deux redondances auraient pu être évitées. Ensuite, vu le genre pratiqué, Sühnopfer gagnerait peut-être à avoir un son légèrement plus propre, pour rendre le travail des guitares plus lisible. Reste que malgré ses défauts, L’Aube Des Trépassés est un disque qui mérite le coup d’?il pour les amateurs du genre. Pas mal pour un premier essai professionnel. Tiens, je mets 14, histoire d’encourager.

October 29th, 2007

Tat : Le Sperme de Tous les MétauxIl y a des groupes qui se permettent de ne ressembler à rien de connu. De s’ouvrir à des concepts musicaux casse-gueule. Et de s’en tirer avec une certaine classe. Tat fait partie de ceux-ci.

Le Sperme de Tous les Métaux est une suite logique au Quinta Essentia paru l’année précédente, dont il reprend la majorité des éléments. La musique du faux one man band (beaucoup d’intervenants cités comme guests) est très difficilement descriptible : la structure se veut néofolk, jouant avec des guitares acoustiques pour poser le squelette des morceaux. Des éléments industriels relativement nombreux viennent se greffer en divers endroits, et on peut même noter une légère touche électro. La totalité de l’?uvre montre une volonté de composition assez inspirée par le néoclassique. Résumé: ça n’est pas franchement descriptible de manière globale, tant le disque est varié.

Un titre par titre s’impose donc. On ouvre sur une introduction, un chant rauque et résonnant déclamant du Baudelaire. Ce morceau est très contestable, la distorsion sur la voix étant assez maladroite et se révélant presque désagréable, enlevant en tout cas la portée poétique du morceau en question. Entrée en matière naze, donc.

Suit Unicornis, un morceau inspiré de Schubert, alliant une guitare néofolk avec des percussions sombres et sourdes, très telluriques. La voix masculine reste dans le même registre que le premier morceau, choix que je me vois obligé de contester là encore même si c’est moins flagrant. Rapidement cependant, c’est la voix d’Esclarmonde (qui chante sur à peu près la moitié des titres de Tat) qui prend le relais. Etrangement là encore, on se trouve face à une prestation un peu bancale, non pas par le chant lui-même, mais plutôt par le texte chanté, dont le rythme s’associe plutôt mal avec celui de la musique sur lequel il est collé. Le morceau reste intéressant, même si très loin d’être parfait. On notera d’ailleurs l’effet assez plaisant que donne la guitare folk lâchant des petites pluies de notes visiblement composées pour un clavecin.

Solution et Dissolution enchaîne, un grondement industriel emplit l’espace et laisse peu à peu surgir des sonorités d’orgue fantomatiques, puis le fond sonore disparaît au profit de quelques grognements possédés. C’est là que la sauce commence vraiment à prendre : le morceau est un digne petit rejeton du dark ambiant à tendances industrielles.

La guitare folk reprend du poil de la bête avec Putréfaction, accompagnée cette fois d’une pulsation électrique, d’un chant beau et nostalgique, et de quelques bidouillages sonores. Ce morceau est mon préféré du disque : à la fois nostalgique et flottant, il se permet un petit écart malsain ou une petite “improvisation” très libre, ce qui en fait un titre posé et jouant avec sa simplicité apparente pour cacher quelques richesses passionnantes en son sein.

O TAT repart dans le délire des voix rauques et résonnantes, mais cela passe un peu mieux que dans l’introduction, certainement parce qu’on est enfin pris dans l’ambiance du groupe. Quant aux apparitions vocales très noires et résonnantes de la seconde partie, elles amènent un côté sombre qui alourdit le morceau avec justesse. Il ne s’agit cependant pas du meilleur morceau du disque, loin de là.

Purification continue dans sa veine néofolk très posée, et la voix se fait narrative, parfois un peu grandiloquente, doublée de nouveaux vocaux rauques (parfaits ceux-ci).

L’interlude laisse place quant à lui à un petit délire noise discordant, qui secoue bien l’auditeur au cas ou il aurait pensé à s’endormir (ce qui aurait tout de même été dommage).

Vient ensuite Subtiliation, qui se permet quelques incursions d’un rythme plus entraînant sur son habituelle structure néofolk à la guitare acoustique nostalgique, quelques sonorités de cuivres et une insertion électro très plaisante sur la fin du morceau.

Tat conclut son disque par deux reprises de Thalidomide, un morceau de son premier disque. La première est excellente (si on excepte l’introduction à la voix rauque, ici encore un peu contestable, les vocaux au c?ur du morceau étant plus justes à mon humble avis) et achève bien l’écoute du disque. La seconde, un remix façon darkwave, laisse un peu plus perplexe, sans être désagréable pour autant.

Tat nous livre donc un petit disque de néofolk chargé d’influences néoclassiques et d’expérimentations indus/noise/électro (rien que ça), sombre, nostalgique. Le tout est assez disparate mais passe plutôt bien, et une sorte de cohérence (pour laquelle la guitare acoustique fait beaucoup d’ailleurs, liant les morceaux entre eux) émerge assez rapidement du chaos apparent.

Le Sperme de Tous les Métaux est meilleur que Quinta Essentia. Il est cependant loin d’être parfait : un peu court, gardant en son c?ur quelques éléments un peu moyens (principalement dans les vocaux rauques, vous l’aurez compris) qui ont tendance à rendre un peu plus dure la rentrée dans l’?uvre qu’elle ne devrait l’être.

On ne peut cependant que saluer cette volonté de jouer une musique très personnelle et de se dire qu’un tel disque est très prometteur. L’évolution positive entre les deux premiers opus est assez nette (même si elle comporte quelques aspérités, l’ambiance est prenante au final), et il est fort probable que le lyonnais nous sorte un chef-d’?uvre dans les années à venir. A suivre.

October 28th, 2007

Dolorian : VoidwardsAttention chef-d’Å“uvre !

Le doom est très loin d’être mon terrain de prédilection. Généralement je trouve ça lourd, poussif, chiant. Quelques disques de ce genre cependant semblent capables de me toucher au cÅ“ur. Ce Voidwards fait, indéniablement, partie de ceux-ci. Sans doute parce qu’il n’a rien d’un album de doom classique, d’ailleurs.

Dolorian nous sert ici une musique véritablement unique. Supposez que Shining (période The Eerie Cold/Halmstadt) se mette à composer d’une manière proche de The Gault (oui, je sais, personne ne connaît The Gault, et c’est bien dommage d’ailleurs), en se laissant traîner vers le doom bien plus que vers le black, en cherchant à composer son album comme un seul et unique morceau avec des phases différentes mais homogènes et presque indissociables sur le long terme. Avec un côté un peu coldwave en prime (je n’ai pas cité The Gault pour rien). Avec moins de petites expérimentations contestables que Shining. De manière plus légère d’un point de vue sonore, mais tout aussi plombant, même plus, beaucoup plus.

La guitare lourde, saturée est présente, oui. Mais elle se fait rare, diffuse, laissant une trame épurée, claire, chargée d’arpèges tordus et de lignes limite électro-accoustiques, beaucoup plus mélodiques. La musique est soutenue par une batterie simple et lente parfois limite jazzy (certains plans rappellent un peu ce que Shining laissait entendre dans les parties aériennes de The Eerie Cold), doom mais pas lourdissime, au tempo bas mais pas neurasthénique (non, non ce n’est pas du funeral doom). La voix chuchote, susurre, et par moments monte, entre de plein pied dans les registres black/death pour des montées chromatiques superbement maîtrisées, doublées de ces guitares doom que j’évoquais un peu plus haut.

L’Å“uvre qui ressort de ce tout ça est une sorte de grand morceau interminable, au tempo pratiquement dénué de variations tout le long de l’album, fait de montées en puissance magmatiques et de passages ambiants omniprésents, de sonorités décalées, et d’une âme noire et désespérée bien plus efficace qu’un doom classique. Malgré sa structure éthérée, Voidwards prend à la gorge et ses 66 minutes sont une épreuve bénie pour l’amateur de sensations étouffantes sombres au possible. D’ailleurs, malgré sa simplicité apparente, on est très loin d’une Å“uvre basique : les agencements sont peaufinés à l’extrême, tous les sons s’imbriquent les uns dans les autres avec une justesse impressionnante. La production est vraiment excellente, mettant tous les éléments à leur place et liant le tout avec brio.

Non, Voidwards ne plaira pas à tout le monde, loin de là. Sa linéarité apparente en rebutera plus d’un. Son aspect hors normes fera fuir certains amateurs de doom. Son calme relatif pourra être considéré comme “chiant” par d’autres. Mais ce serait bien dommage, car on tient vraiment une pépite du genre, un disque à se passer pour voyager dans de tristes contrées désolées, le spleen au creux de l’âme et le moral au fond des bottes. On décernera une mention spéciale à Ivory Artery, morceau ou l’explosion de puissance est à son paroxysme.

Au cas ou il y aurait des amateurs à prêcher, je profite pour faire éhontément de la publicité à The Gault (mais personne ne m’a vu) dont le Even As All Before Us n’est pas sans rapport avec cet OVNI qu’est Voidwards (sans être véritablement comparable, mais Dolorian laisse bien peu de points de rapprochement il est vrai) et se trouve être pour moi une autre référence du doom-qui-ressemble-à-rien-de-connu, et provoque chez moi la même sensation de transe étouffante. Qu’on se le dise.

October 27th, 2007

Ulver : Shadows Of The SunLe dernier Ulver point encore chroniqué, je me sens comme pour le dernier Deathspell Omega, tout seul face à la dernière sortie d’un monstre sacré, avec la peur aux tripes de dire de grosses âneries, mais cela a l’avantage d’être stimulant.

Dans ses communiqués, la petite bande d’Ulver avait prévenu que l’état d’esprit du nouveau disque, l’Å“uvre se voulait plus intimiste, plus personnelle (en même temps, dire qu’Ulver fait une musique personnelle relève du pléonasme éhonté), plus douce et mélancolique que les précédents travaux d’Ulver. Et effectivement, c’est le cas.

Comme d’habitude, Shadows Of The Sun ne ressemble à aucun des disques qu’Ulver a sortis jusque-là (si le groupe se mettait une seule fois à se répéter, je suppose qu’on pourrait se dire que la formation court à sa perte). Pour autant, bien évidemment, on pourra se servir des précédentes productions pour le définir. Shadows Of The Sun oublie les débauches de Blood Inside, revient vers une composition plus proche de l’esprit de Perdition City, mais un esprit qui suit une voie dérivée, où se retrouvent les influences de Svidd Neger (les influences ambiant jazz de Perdition City sont bien là, le saxophone planant fait son grand retour, mais les parties néoclassiques y sont beaucoup plus importantes). Bref, prenez ces deux disques, mélangez-les, et imaginez ce qu’ils pourraient donner s’ils étaient encore plus calmes et nostalgiques. Rajoutez-y une petite trace de l’esprit de Silence Teaches You How to Sing. Vous approcherez peut-être à peu près de ce qu’est ce Shadows Of The Sun.

Comme je suis gentil, je vais tenter d’expliquer ça autrement pour les néophytes : Ulver fait une musique électro/indus parcourues d’instrus acoustiques (piano, saxophone, instruments à cordes), qui approche dans cet opus une dimension aérienne et nostalgique. C’est plus simple exprimé comme ça, mais c’est un peu réducteur. Difficile de définir un tel disque, à vrai dire.

Shadow Of The Sun est peut-être un des Ulver les plus difficiles d’accès jamais sortis (avec Nattens Madrigal, mais pas du tout pour les même raisons), surtout pour ceux qui connaissent la discographie du groupe par cÅ“ur. On attend de la folie, on en trouve bien peu. Ici, c’est la transe qu’Ulver recherche avant tout. C’est un disque qui s’écoute en solitaire, la lumière éteinte, le soir venu, un verre d’alcool à la main. Ce disque est un véritable brûlot émotionnel, que chacun se doit d’apprivoiser à sa manière. C’est peut-être cela que le groupe entendait dans ses communiqués, le fait que l’album soit moins direct (si on peut dire d’un disque d’Ulver qu’il est direct) et demande à l’auditeur d’aller vers lui, et non le contraire. Apprécier Shadows Of The Sun est une démarche à entreprendre, pas un don de la musique elle-même. Mais la transe n’en est que plus belle.

Que dire ? Oui, Ulver a signé là un petit chef-d’Å“uvre. Ulver reste Ulver, assemble toujours ses éléments épars avec un génie qui seul rend le disque magnifique au lieu d’être un simple fatras incompréhensible, le groupe compose plus que jamais pour lui-même et met son âme à nu, proposant à l’auditeur un voyage qui n’a pas lieu d’être s’il ne consiste pas en un don de soi à la musique autant que la musique donne à l’auditeur. Et le jeu en vaut la chandelle. Les amateurs ne doivent pas être rebutés par l’aspect très planant, nostalgique et apparemment (apparemment seulement) épuré de leurs habituelles débauches sonores et expérimentales. Quant aux autres, si un disque recherchant une beauté calme et terriblement nostalgique ne les rebute pas, je n’ai qu’une chose à dire : foncez.

Il semble que décidément Garm et sa bande ne me décevront jamais.