November 27th, 2008

Dark Sanctuary : De Lumière et d'ObscuritéDe Lumière et d’Obscurité est le premier album de la “nouvelle période” de Dark Sanctuary, moins funéraire et moins austère que ses prédécesseurs (bon tout est relatif, ça reste on ne peut plus dark atmo, c’est pas la danse des canards non plus). On peut déjà ressentir dans ces titres les œuvres géniales que seront L’Etre Las et Les Mémoires Blessées. Cependant, force est de constater, avec le recul, que cet opus est nettement inférieur à ceux qui vont suivre. Tous les ingrédients sont là, le talent aussi, cependant Dark Sanctuary n’évite pas quelques maladresses: ainsi certains violons couinent un peu, alors qu’ils sont irréprochables dans les deux autres. Certains titres sont un peu faibles, manquant d’accroche. Et les paroles voient apparaître quelques fautes inhérentes au style sophistiqué employé.

Mais rien de tout cela ne gâche le plaisir de l’écoute de cette œuvre, elle la met juste en dessous des deux suivants. On notera quelques passages particulièrement agréables, comme le génial Ordre et Décadence, qui ne devrait pas laisser grand monde froid (ou plutôt laissera les gens glacés, selon le point de vue), pour peu qu’on ait les oreilles adaptées au type de musique.

De Lumière et d’Obscurité n’est donc pas le chef d’œuvre de Dark Sanctuary, mais possède déjà cette étincelle de génie qui va rendre les deux suivants simplement merveilleux, pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

October 27th, 2007

Ulver : Shadows Of The SunLe dernier Ulver point encore chroniqué, je me sens comme pour le dernier Deathspell Omega, tout seul face à la dernière sortie d’un monstre sacré, avec la peur aux tripes de dire de grosses âneries, mais cela a l’avantage d’être stimulant.

Dans ses communiqués, la petite bande d’Ulver avait prévenu que l’état d’esprit du nouveau disque, l’Å“uvre se voulait plus intimiste, plus personnelle (en même temps, dire qu’Ulver fait une musique personnelle relève du pléonasme éhonté), plus douce et mélancolique que les précédents travaux d’Ulver. Et effectivement, c’est le cas.

Comme d’habitude, Shadows Of The Sun ne ressemble à aucun des disques qu’Ulver a sortis jusque-là (si le groupe se mettait une seule fois à se répéter, je suppose qu’on pourrait se dire que la formation court à sa perte). Pour autant, bien évidemment, on pourra se servir des précédentes productions pour le définir. Shadows Of The Sun oublie les débauches de Blood Inside, revient vers une composition plus proche de l’esprit de Perdition City, mais un esprit qui suit une voie dérivée, où se retrouvent les influences de Svidd Neger (les influences ambiant jazz de Perdition City sont bien là, le saxophone planant fait son grand retour, mais les parties néoclassiques y sont beaucoup plus importantes). Bref, prenez ces deux disques, mélangez-les, et imaginez ce qu’ils pourraient donner s’ils étaient encore plus calmes et nostalgiques. Rajoutez-y une petite trace de l’esprit de Silence Teaches You How to Sing. Vous approcherez peut-être à peu près de ce qu’est ce Shadows Of The Sun.

Comme je suis gentil, je vais tenter d’expliquer ça autrement pour les néophytes : Ulver fait une musique électro/indus parcourues d’instrus acoustiques (piano, saxophone, instruments à cordes), qui approche dans cet opus une dimension aérienne et nostalgique. C’est plus simple exprimé comme ça, mais c’est un peu réducteur. Difficile de définir un tel disque, à vrai dire.

Shadow Of The Sun est peut-être un des Ulver les plus difficiles d’accès jamais sortis (avec Nattens Madrigal, mais pas du tout pour les même raisons), surtout pour ceux qui connaissent la discographie du groupe par cÅ“ur. On attend de la folie, on en trouve bien peu. Ici, c’est la transe qu’Ulver recherche avant tout. C’est un disque qui s’écoute en solitaire, la lumière éteinte, le soir venu, un verre d’alcool à la main. Ce disque est un véritable brûlot émotionnel, que chacun se doit d’apprivoiser à sa manière. C’est peut-être cela que le groupe entendait dans ses communiqués, le fait que l’album soit moins direct (si on peut dire d’un disque d’Ulver qu’il est direct) et demande à l’auditeur d’aller vers lui, et non le contraire. Apprécier Shadows Of The Sun est une démarche à entreprendre, pas un don de la musique elle-même. Mais la transe n’en est que plus belle.

Que dire ? Oui, Ulver a signé là un petit chef-d’Å“uvre. Ulver reste Ulver, assemble toujours ses éléments épars avec un génie qui seul rend le disque magnifique au lieu d’être un simple fatras incompréhensible, le groupe compose plus que jamais pour lui-même et met son âme à nu, proposant à l’auditeur un voyage qui n’a pas lieu d’être s’il ne consiste pas en un don de soi à la musique autant que la musique donne à l’auditeur. Et le jeu en vaut la chandelle. Les amateurs ne doivent pas être rebutés par l’aspect très planant, nostalgique et apparemment (apparemment seulement) épuré de leurs habituelles débauches sonores et expérimentales. Quant aux autres, si un disque recherchant une beauté calme et terriblement nostalgique ne les rebute pas, je n’ai qu’une chose à dire : foncez.

Il semble que décidément Garm et sa bande ne me décevront jamais.

September 26th, 2007

Naked City : AbsintheNaked City fait partie de ces groupes qui ne font jamais deux fois le même disque et qui prennent des tournants qu’on n’attend pas. Absinthe ne déroge pas à la règle, bien évidemment. C’est donc un disque de dark ambiant, accompagné de quelques interventions industrielles, que nous livrent cette fois John Zorn et ses acolytes. Reste à savoir si le genre abordé, forcément calme, peut avoir convenu à la bande de tarés qui compose Naked City. A l’écoute, la question se trouve être finalement assez épineuse.

Le groupe aborde donc une phase ambiante de son travail, et créé une musique très calme, mais bien évidemment chargée du grain de folie qui ne quitte jamais Naked City. Yamatsuka Eye a disparu du line-up pour ce disque (à moins que Naked City n’ait sorti cet album car s’était trouvé diminué de son hurleur, je ne sais précisément). Plus de brutalité directe comme sur les morceaux grind de Torture Garden/Grand Guignol, plus de rouleau compresseur à la Leng tch’e, mais les ambiances sont pourries, viciées et hallucinées.

Le disque s’ouvre sur Val de Travers, un morceau ou des notes dissonances pleuvent comme au hasard, irrégulièrement, sur un fond sonore mécanique, le genre de musique qui convient très bien à des déambulations nocturnes au cÅ“ur d’un hôpital psychiatrique désaffecté en penchant la tête pour voir le monde de traviole. une Correspondance reprend le fond sonore du morceau précédent, lui donne plus de profondeur, et laisse les sonorités industrielles s’exprimer, crissements, martellements, bruits de chaînes, sons de cloche obscurs et résonnants. Le morceau en question est une suite logique au Val de Travers, les deux morceaux évoquant la même ambiance presque clinique et noire au possible. Une ouverture talentueuse, donc.

Suit le très, très étrange Artemisia Absinthium, qui continue dans sa veine industrielle, rajoutant un bruit de moustique par dessus (le résultat est un peu contestable, le morceau s’en serait bien passé à mon avis). Ce morceau, ses crissements et ses grésillements, clôt correctement la partie la plus industrielle du disque, malgré la maladresse étrange du bruit d’insecte, qui se trouve être un peu trop trivial pour coller avec l’ambiance de l’album.

Suit un trio de titres de dark ambiant en nappes, le dispensable La Fée Verte, petit pont entre les deux genres sans grand intérêt, Fleurs du Mal un morceau constitué d’une unique nappe infrabasse et ondulante qui manque un peu de relief, et Notre Dame de l’Oubli, titre basé sur une pulsation très sourde, presque cardiaque, et des nappes d’une lenteur posée digne d’un banc de brume de campagne anglaise se déplaçant avec paresse sur la lande (je fais de belles comparaisons tordues si je veux d’abord). Ce dernier morceau sauve un peu le mouvement, qui manque tout de même de portée.

Arrive Verlaine première partie, un morceau complètement fou qui revient aux premiers morceaux (les pouic pouic de Val de Travers font leur réapparition après une entrée en matière rappelant Une Correspondance) et y rajoute piano et un chant féminin, enfin, des vocalises sombres et flottantes à peine doublées d’une partie narrative de la taille d’un confetti et proférée avec un petit côté burlesque décalé. Le titre change brusquement d’orientation en son milieu, mélangeant des percussions répétitives à une ou deux nappes, elles mêmes rejointes des pouic pouic issus de Val de Travers. Une sorte de synthèse des morceaux précédents, et qui en tire vraiment le meilleur sans donner dans la redondance, un morceau qui vaut vraiment le détour et qui est sans doute le plus “Zornien” du lot.

Verlaine part 2 est une simple nappe transition. Quand à …Rend Fou, il s’agit de la mise en musique de bidouillages sonores genre papier froissé et parasites dans la Radio, titre mal foutu s’il en est, et qui gâche la fin du disque.

Bref, le résultat est mitigé. De très bonnes choses se cachent dans ce disque (l’ambiance particulièrement noire des deux premiers titres ou le côté complètement jeté et malsain de Verlaine part 1), mais aussi de nettement moins bonnes, qui cassent un peu la cohésion de l’ensemble. Ce sont les titres les moins fous qui sont responsables de cette noyade, …Rend Fou étant trop répétitif pour faire effet, La fée Verte et Fleurs du Mal manquant de relief. De quoi tout de même se faire plaisir pour un amateur d’ambiant et d’industriel, mais pas un chef d’Å“uvre non plus. Pas le disque le plus réussi de Naked City.

May 2nd, 2007

Paris SpleenDes groupes de dark ambiant folk italiens qui décident de faire une rétrospective de l’art d’une troupe de cabaret du siècle passé ayant hanté le cabaret parisien “L’Enfer” en plongeant allégrement dans le Spleen de Paris de Baudelaire pour les paroles, vous en connaissez beaucoup? Non? Bizarrement, ça ne m’étonne pas trop.

Le concept est jeté. Alors non, ce n’est pas du métal. Ca n’est pas non plus du folk. En fait, je ne sais pas trop ce que c’est. Un… Truc, oui, le mot est assez abstrait pour être approprié. Une oeuvre à valeur de témoignage historique, une oeuvre grandiloquente et bouffone, horrifico-grandguignolesque, complètement décalée.

Ambiances de foire et de crieurs publics, de comptines macabres ou délirantes, histoires de chiens, de saltimbanques, de galerie des monstres, de clochards rêveurs. Orgue de barbarie, bandonéon, accordéon musette, tambour et tambourin, trombone à coulisse, guitare folk, flûtes composent un orchestre indescriptible.

L’album n’évite pas quelques petites erreurs formelles et se montre parfois un peu inégal, mais au final remplit parfaitement son but et sait recréer une ambiance unique en son genre.

Une curiosité qui ne laissera personne indifférent: on adore ou on déteste. Je serais bien incapable de dire qui va aimer, c’est trop atypique pour ça. Pour ma part, j’aime. On notera quelques titres particulièrement bons: le génial Tango Des-astres, l’introduction horrifico-kitsch Bienvenue à l’Enfer, la petit chanson lycanthrope et A Votre Guise.

May 2nd, 2007

Pimentola : MisantropolisAttention, OVNI. La musique de Pimentola est unique en son genre, mélange d’ambiant industriel, de néoclassique avec quelques touches d’électro et de nombreuses ambiances mystiques et tribales, chargé de noirceur, voilà le résumé le plus concis qu’on puisse faire de ce disque, et ce n’est pas peu dire.

Imaginez un peu In Slaughter Natives rencontrant Ulver, avec une traçe de MZ.412, et un nuage de

April 30th, 2007

Elend : A World In Their ScreamsCa y est, le Elend nouveau est arrivé. Dites donc, il s’en est passé, des choses, en trois ans. Après avoir enregistré une première version de l’album dans la suite logique de Sunwar the Dead, et déçus par un mixage qui ne satisfaisait pas leurs attentes, Renaud Tschirner et Alexandre Iskandar ont reporté la sortie de l’album pour travailler encore. Leurs dates et celles du studio ne correspondant plus, le projet va traîner encore deux ans… Et subir une remise en forme totale. Iskandar ayant décidé d’utiliser les morceaux de son projet parallèle, l’Ensemble Orphique, qui semblent ne jamais devoir sortir. Inspiration fortement issue de la musique contemporaine, donc. Le résultat?

Une oeuvre noire (mais noire… The Umbersun c’est plein été à côté). Un oeuvre chaotique, une oeuvre violente, une oeuvre tortueuse, nauséeuse, dissonante… Je m’arrête là, je pourrais trouver cent termes qui la définiraient plus ou moins. Précisons.

L’orchestre est réduit, passant de 50 membres à 20. Ne croyez pas que l’album soit moins puissant que Sunwar, bien au contraire. C’est le son le plus énorme qu’Elend ait jamais affiché. Accrochez vous, ça remue sévèrement. Des cordes de plus en plus abstraites, qui forment des nappes de sons dérangeantes, parsemées de lapsus volontaires qui rajoutent une dimension malsaine que n’avait pas les précédents albums, même The Umbersun. Des cuivres qui déchirent le son des cordes en de grandes envolées lyriques et déchirantes, des samples industriels venant soutenir les ambiances ou les pics musicaux. Un chant féminin qui fait son grand retour, pas ou peu de texte mais des choeurs omniprésents et des hurlements déments (Estéri Rémond fait carrément peur, écoutez Borée pour voir). Pas de chant masculin, mais une narration sombre (et tout en français cette fois, s’il vous plaît), qui brise même les mélodies que les voix chantantes pourraient amener. Ici, tout est chaos et abstraction.

Là ou Sunwar the Dead jouait la clé d’un grand nombre d’ambiances abordées et ratait un peu son coup à cause de cela, AWITS joue la carte de l’intégrité monolithique, gardant le même style tout le long et se permettant à peine une montée en puissance au début (l’habituel titre ambiant ouvrant un disque d’Elend est ici réduit à la première minute de la première chanson, qui rentre déjà bien dans le lard) et une descente chromatique sur la fin (l’album se calme un peu après le pic sonore ultime de la Carrière d’Ombre).

Et ça marche bien. Extrêmement bien. Ici, Elend ne cherche plus le beau dans les ténèbres comme dans The Umbersun (oui, je cite souvent cet album, il faut dire que c’est lui aussi la conclusion d’un cycle mais que c’est aussi celui qui a le plus d’impact sur moi, et qui est le plus recherché de tous avec A World In Their Screams), mais une brutalité noire et torturée. Si comme moi, vous aimez qu’une musique prenne au tripes, vous mette l’esprit en surchauffe, si vous aimez plus que tout l’esthétique de la noirceur, alors cet album est pour vous. Une fois, cent fois. Amateurs de classique, essayez donc. Amateurs de contemporain, jetez vous dessus les yeux fermés. Amateurs de dark ambiant, d’industriel, de néoclassique, foncez. Black métalleux, si vous êtes ouverts à d’autres mondes musicaux, achetez le. Et pour tout le monde en général: essayez quand même, on ne sait jamais.

Donc voilà, Elend a bien rattrapé la légère baisse de régime que constituait Sunwar the Dead, et nous livre son oeuvre la plus remuante de toute sa discographie, et sans doute la meilleure (enfin, non, plutôt aussi bonne que The Umbersun, dans un genre moins mélodique). Sans doute la plus dure à comprendre aussi, mais ça en vaut la peine.

Notez au passage quelques titres particulièrement bons: l’éponyme A World In Their Screams, Le Dévoreur, Borée et La Carrière d’Ombre.

Grandiose.

January 4th, 2007

In Slaughter Natives : Sacrosancts BleedCet album me tient beaucoup à coeur. ce n’est peut-être (sans doute) pas le meilleur d’In Slaughter Natives. Mais c’est mon meilleur, à moi. Malgré ses petits défauts, c’est celui qui se trouve avoir le plus de charme à mes yeux.

Plaçons la bête (puisqu’il s’agit bien d’un monstre dont à accouché l’esprit tordu de Jouni Havukainen) dans son contexte. Il s’agit de la pièce la plus décalée d’In Slaughter Natives. Moins ambiante que ses comparses, moins axée sur les percussions répétitives et les nappes nauséabondes (genre ou Purgate My Stain fait office de chef d’oeuvre absolu), Sacrosancts Bleed se veut chaotique dans sa construction comme dans son son, plus grandiloquent, plus surprenant. Force est de constater que cela part dans tous les sens, au grand dam des plus puristes. On trouve des guitares au son pas propre qui s’éveillent dans quelques titres (chaos beeding et Koprofagi Christi), les choeurs sont rentre dedans, moins éthérés que dans les autres productions du groupe (voire les martellements auditifs que procurent Mortified Flesh), s’approchent plus de l’opéra, se font salves auditives (Invocation), Jouni Havukainen ose des saturations auditives et des poussées aïgues qui éclaircissent quelque peu les ambiances plombées pour les rendre plus agressives (le véritable brulôt auditif Taste Of Human et ses violons massacrés).

Chaos et brutalité, voilà ce qu’exprime avant tout cet album. Alors, oui, ça part dans tous les sens. Les sonorités se suivent et ne se ressemblent pas (qui aurait cru que l’on peut commençer un album d’industriel ambiant sur Chaos Breeding pour atteindre des titres à tendances opéra épique comme Intercession?). Alors, oui, c’est inégal, parfois quelques titres faibles (chaos breeding un peu spécial, fifth skin pas excellent et scum facilement oubliable), mais l’objet n’en perd que très peu d’aura. Si vous rentrez dans le trip, acceptez de dépasser la vision d’un Purgate My Stain, par ailleurs excellent, d’accepter ces changements brusques, vous tenez là une bombe d’expérimentations industrielles, à la construction à la fois rigoureuse et surprenante à chaque tournant de chanson, et se bonnifie largement au fil de l’album. Car une fois n’est pas coutume, dans cet album, le meilleur est à la fin, avec un second souffle béni (heu, pardon, maudit) apporté par Intercession, et qui ne disparaitra plus du reste de l’album.

Un objet rare et imprévisible, dont les quelques imperfections n’altèrent aucunement le… Heu… Charme? Oui, on peut dire ça, si on considère que l’industriel ambiant et le chaos peuvent avoir un charme. Fascination, plutôt. Enfin, l’album d’In Slaughter Natives qui trône sur mon petit autel personnel.

December 26th, 2006

Blut Aus Nord : Thematic Emanation of Archetypal MultiplicityVoilà un petit objet dont j’ai toujours voulu parler (enfin, depuis que je le connais) mais je ne me suis jamais senti prêt à en faire une chronique, manquant étrangement de mots pour décrire cet OVNI du métal. Aujourd’hui, j’en manque toujours, mais je le fais quand même.

Cette pièce, au combien trop courte, est à mon sens la plus prenante et chargée d’émotions que Blut aus Nord ait pu produire. Cet avis ne tient qu’à moi, mais c’est le seul album de Blut Aus Nord qui fait partie de ma série de culte. Les autres méfaits du groupe restent très appréciés, mais celui-là sort du lot.

Adieu, black. Il n’en reste rien ici, si ce n’est peut-être, en cherchant bien, quelque part au fin fond du second titre. La musique subit ici un étrange mélange de destructuration et d’organisation savante, tout l’art de Vindsval se faisant grandement ressentir dans ce chaos de sons orchestré avec un grand brio. La violence est au piquet, ne reste que l’envie de faire une oeuvre malsaine et planante, pont avant l’ultime horreur que sera Mort, qui ne sera plus que lignes tordues et dérangeantes, véritable bouillie sonore. Ici, point de cela. Le minimalisme est de mise; le premier titre laisse la guitare planante s’exprimer, monter en rythmes linéaires et lents, pesants et étirés, comme une outro à The Work Which Transforms God et son génialement répétitif Procession of The Dead Clowns. Puis, sur le second titre, le jeu s’accélère, se tord plus, sort de la linéarité et entre peu à peu dans le chaos malgré la batterie métronomique, prémice cette fois de ce que sera Mort. Quant au troisième titre, il se dénude absolument, laissant la batterie s’exprimer seule, accompagnée de pulsations industrielles froides et inhumaines sur une rytmique étrange, presque jazz. Puis, tout d’un coup, la basse apparaît, amplifiant la profondeur de jeu sans venir réchauffer aucunement l’ambiance, froide et désincarnée, tandis que les percussions rythmiques se multiplient et forment peu à peu les seules variations du titre. j’ai un peu pensé aux Gates of Ballard de Sun 0))) en écoutant ce titre, entre autres pour l’utilisation de la batterie qui y est proche, et la répétition infinie du son. Puis, un break soudain dans le titre. La pulsation industrielle principal continue, imperturbable, tandis que des choeurs clairs viennent enchanter l’oreille (!), laissant repartir la basse et la batterie, rajoutant soudain un son un peu plus chaud pour finir presque apaisant, presque humain malgré toute sa structure mécanique. Un très très grande leçon de minimalisme musical pas si basique que cela. Quant au quatrième titre, il s’agit d’une succession logique: la première montée en puissance débarquait sur le titre un peu remuant du mini, lui même succédé par une première chute de puissance, débarquant inévitablement sur la fin de toute structure et de toute recherche de puissance. Vindsval nous sert donc ici un titre de pur dark ambiant, laissant quelques chocs industriels, quelques voix planantes et autres sonorités aériennes, en une fresque contemplative et mystique que

December 26th, 2006

Fjällstorm : MidnattssolenDeuxième album pour Fjällstorm, enregistré cette fois-ci en solo. Etrangement, d’après son propre aveu, Nathe Yah n’était pas content du résultat. pour moi, à ce jour, c’est sa meilleure production.

Ici, plus question de black. Fjällstorm donne dans le folk atmosphérique. On ressent bien évidemment l’influence d’Ulver, que ce soit Kveldssanger ou encore Bergstatt (les bruits d’ambiances disséminés un peu partout, entre autres dans le second titre, ne sont pas sans rappeler Graablick Blev Hun Vaer dans son traitement des bruits forestiers, et les chants clairs ont nettement été influencés par ceux de Garm), et je ne pense pas me tromper en nommant Tenhi dans les influences. Loin d’être un handicap, ce référencement pose juste les bases du style, et laisse libre court à l’inventivité du musicien. Car, ce dont on peut être certain, c’est de l’efficacité de ces compositions. Rêveuses et planantes, elles transportent l’auditeur sans effort dans une contrée ou le soleil refuse de se coucher, ou la neige recouvre les sommets et ou les sapins se répandent en un grand tapis de verdure sur les pentes sauvages).Le chant se fait plus rare, n’apparaissant que pour ajouter encore un peu à l’aspect contemplatif de l’oeuvre. on se laisse transporter sans effort par cette oeuvre simple et belle, pleine de sentiments. C’est pas compliqué, on m’aurait présenté ce CD en me le donnant comme norvégien, je n’aurais aucunement tiqué, il a le goût de la Norvège, l’odeur de la Norvège, le son de la Norvège, l’inspiration de la norvège, et ce sans plagier les modèles.

Une production des plus convaincantes, qui pêche juste en deux petits points: le premier, ce sont les choeurs clairs qui ne comptent en fait qu’une seule voix, et semblent un petit peu lisses (mais c’est vraiment un détail mineur) et le deuxième c’est… Que cela aurait mérité deux ou trois titres de plus. C’est un peu court et l’immersion se coupe trop tôt (mais à vrai dire, j’ai le même reproche envers le Bergstatt d’Ulver, aussi…). Défaut qui n’en est donc pas vraiment un, puisque si l’on n’a pas quantité, on a assurément une galette de qualité.

Personnellement, je dis bravo, c’est un bien bel objet que je suis content de posséder.

July 17th, 2006

Elend : Les Ténèbres du DehorsDeuxième album de l’Officium Tenebrarum, Les Ténèbres du Dehors est aussi l’une des oeuvres les plus impressionantes d’Elend (en fait, toutes leurs oeuvres sont impressionantes, mais bon, on va dire qu’elle fait partie des trois meilleures…). La première chose à noter, c’est que niveau moyens, c’est toujours assez faible, quoi que la prod soit meilleure que celle de l’opus. Et pourtant, c’est nettement mieux. Les violons sont plus distincts, les claviers se font plus souvent rapides et découpés, le son plus agressif, le chant écorché beaucoup mieux maîtrisé, et Nathalie Barbary est rentrée dans la formation, secondant Eve Gabrielle Siskind de sa voix plus grave et absolument superbe. Le tout est nettement plus agressif, tout en ne quittant pas la terre de la musique d’ambiance symphonique. Un aspect moins contemplatif, plus noir aussi, et pourtant toujours empreint de cette indiscible “luciferian beauty” qui planait déjà sur Leçons de Ténèbres. Ce genre d’oeuvre est certainement la quintessence de la philosophie de Baudelaire et de ses Fleurs du Mal: la beauté cachée en la laideur de toute choses.

Car ces morceaux sont magnifiques. Ne serait-ce que cette introduction, Nocturne, simple et belle, habitée par le chant féminin comme par un esprit nostalgique du plus bel effet. Les deux titres suivants sont le centre de l’album: près de vingt-cinq minutes à eux deux, ils sont les morceaux les plus puissants de l’album, et presque du cycle (s’ils avaient eu les moyens qu’ils ont eu pour The Umbersun, nul doute que ces pièces seraient devenues simplement géniales, petits joyaux de pure musique d’ambiance noire). mêlant habilement voix féminines angéliques et hurlements black maîtrisés comme jamais, sur fonds de violons et de synthés sombres et magnifiques… Je remarque que je manque de mots pour décrire ces deux perles. Ce sont tout simplement des morceaux géniaux, qu’il FAUT avoir entendu.

Le reste de l’album est un peu plus inégal, avec un Eden qui aurait pu se passer des voix black, cachant un peu trop le jeu magnifique, et un Dancing Under The Closed Eyes of Paradise qui reste un très bon titre, mais pêche un peu par un chant étrange sur sa première partie. Les deux titres dépourvus de chants black sont pour leur part très réussis et charmants (enfin, toujours dans l’optique du morceau d’art Noir comme seul sait nous en pondre Elend).

En bref, cette galette n’est pas encore la perfection, gardant une légère faiblesse technique et faisant montre d’une ou deux maladresses. Il n’empêche que c’est un album déjà culte pour moi. S’il ne comprenait que Luciferian Revolution et Ethereal Journey, il le serait déjà, tant ces deux titres font partie de mon panthéon personnel. On oubliera donc les légers défauts. A posséder. Absolument.