October 29th, 2007

Tat : Le Sperme de Tous les MétauxIl y a des groupes qui se permettent de ne ressembler à rien de connu. De s’ouvrir à des concepts musicaux casse-gueule. Et de s’en tirer avec une certaine classe. Tat fait partie de ceux-ci.

Le Sperme de Tous les Métaux est une suite logique au Quinta Essentia paru l’année précédente, dont il reprend la majorité des éléments. La musique du faux one man band (beaucoup d’intervenants cités comme guests) est très difficilement descriptible : la structure se veut néofolk, jouant avec des guitares acoustiques pour poser le squelette des morceaux. Des éléments industriels relativement nombreux viennent se greffer en divers endroits, et on peut même noter une légère touche électro. La totalité de l’?uvre montre une volonté de composition assez inspirée par le néoclassique. Résumé: ça n’est pas franchement descriptible de manière globale, tant le disque est varié.

Un titre par titre s’impose donc. On ouvre sur une introduction, un chant rauque et résonnant déclamant du Baudelaire. Ce morceau est très contestable, la distorsion sur la voix étant assez maladroite et se révélant presque désagréable, enlevant en tout cas la portée poétique du morceau en question. Entrée en matière naze, donc.

Suit Unicornis, un morceau inspiré de Schubert, alliant une guitare néofolk avec des percussions sombres et sourdes, très telluriques. La voix masculine reste dans le même registre que le premier morceau, choix que je me vois obligé de contester là encore même si c’est moins flagrant. Rapidement cependant, c’est la voix d’Esclarmonde (qui chante sur à peu près la moitié des titres de Tat) qui prend le relais. Etrangement là encore, on se trouve face à une prestation un peu bancale, non pas par le chant lui-même, mais plutôt par le texte chanté, dont le rythme s’associe plutôt mal avec celui de la musique sur lequel il est collé. Le morceau reste intéressant, même si très loin d’être parfait. On notera d’ailleurs l’effet assez plaisant que donne la guitare folk lâchant des petites pluies de notes visiblement composées pour un clavecin.

Solution et Dissolution enchaîne, un grondement industriel emplit l’espace et laisse peu à peu surgir des sonorités d’orgue fantomatiques, puis le fond sonore disparaît au profit de quelques grognements possédés. C’est là que la sauce commence vraiment à prendre : le morceau est un digne petit rejeton du dark ambiant à tendances industrielles.

La guitare folk reprend du poil de la bête avec Putréfaction, accompagnée cette fois d’une pulsation électrique, d’un chant beau et nostalgique, et de quelques bidouillages sonores. Ce morceau est mon préféré du disque : à la fois nostalgique et flottant, il se permet un petit écart malsain ou une petite “improvisation” très libre, ce qui en fait un titre posé et jouant avec sa simplicité apparente pour cacher quelques richesses passionnantes en son sein.

O TAT repart dans le délire des voix rauques et résonnantes, mais cela passe un peu mieux que dans l’introduction, certainement parce qu’on est enfin pris dans l’ambiance du groupe. Quant aux apparitions vocales très noires et résonnantes de la seconde partie, elles amènent un côté sombre qui alourdit le morceau avec justesse. Il ne s’agit cependant pas du meilleur morceau du disque, loin de là.

Purification continue dans sa veine néofolk très posée, et la voix se fait narrative, parfois un peu grandiloquente, doublée de nouveaux vocaux rauques (parfaits ceux-ci).

L’interlude laisse place quant à lui à un petit délire noise discordant, qui secoue bien l’auditeur au cas ou il aurait pensé à s’endormir (ce qui aurait tout de même été dommage).

Vient ensuite Subtiliation, qui se permet quelques incursions d’un rythme plus entraînant sur son habituelle structure néofolk à la guitare acoustique nostalgique, quelques sonorités de cuivres et une insertion électro très plaisante sur la fin du morceau.

Tat conclut son disque par deux reprises de Thalidomide, un morceau de son premier disque. La première est excellente (si on excepte l’introduction à la voix rauque, ici encore un peu contestable, les vocaux au c?ur du morceau étant plus justes à mon humble avis) et achève bien l’écoute du disque. La seconde, un remix façon darkwave, laisse un peu plus perplexe, sans être désagréable pour autant.

Tat nous livre donc un petit disque de néofolk chargé d’influences néoclassiques et d’expérimentations indus/noise/électro (rien que ça), sombre, nostalgique. Le tout est assez disparate mais passe plutôt bien, et une sorte de cohérence (pour laquelle la guitare acoustique fait beaucoup d’ailleurs, liant les morceaux entre eux) émerge assez rapidement du chaos apparent.

Le Sperme de Tous les Métaux est meilleur que Quinta Essentia. Il est cependant loin d’être parfait : un peu court, gardant en son c?ur quelques éléments un peu moyens (principalement dans les vocaux rauques, vous l’aurez compris) qui ont tendance à rendre un peu plus dure la rentrée dans l’?uvre qu’elle ne devrait l’être.

On ne peut cependant que saluer cette volonté de jouer une musique très personnelle et de se dire qu’un tel disque est très prometteur. L’évolution positive entre les deux premiers opus est assez nette (même si elle comporte quelques aspérités, l’ambiance est prenante au final), et il est fort probable que le lyonnais nous sorte un chef-d’?uvre dans les années à venir. A suivre.

September 16th, 2007

Gae Bolg : Aucassin Et NicoletteGae Bolg est un projet personnel d’Eric Roger, un petit méconnu de la scène musicale qui se trouve être un ancien trompettiste de Sol Invictus (dont je parlerais dans une chronique future) ayant décidé de voler de ses propres ailes. Accompagné de son chanteur/musicien et de quelques autres musiciens et choeurs, pas toujours les mêmes selon les albums, il crée d’abord Gae Bolg et The Church Of Fand, qui renaît en 2005 sous le nom de Gae Bolg (tout court) et prend un gros coup de noirceur au passage.

Gae Bolg est un groupe assez inclassable. Folklorique, expérimental, parfois industriel, mais avant tout médiéval, Eric Roger a conçu une musique assez unique, décalée, franchement pas commerciale pour un sou. Imaginez: des instruments pour certains venus du fin fond de notre passé musical (flûtiau, flûte à bec, cornet, orgue, tambourins, trompette, cor, timbales et violons sont à l’honneur), un chant grandiloquent, chargé d’un mélange de macabre et de grotesque, capable d’aller sur des registres de ballades médiévales ou des expérimentations sauvages et des bidouillages industriels qui ne peuvent probablement pas sortir d’une caboche parfaitement saine d’esprit, des choeurs ronflants venant soutenir les compositions, et vous aurez à peu près ce qu’est Gae Bolg. Un projet grandiloquent, noir, bouffon et médiéval en diable.

Cet “Aucassin Et Nicolette” mérite un titre par titre, tant les morceaux diffèrent.

Un prélude ouvre le disque, joué à la guitare folklorique, et agrémenté de nappes de cordes jouées au clavier, d’un flûtiau et de percussions cristallines, une voix féminine et des choeurs mâles venant vocaliser par dessus. Un morceau ambiant qui pose une atmosphère rêveuse et planante assez trompeuse, et qui ne prépare pas franchement à la suite.

“Invocation I” se lance sur des percussions distordues et intronise le chanteur, accompagné encore une fois de choeurs mâles. L’orchestration est extrêmement minimaliste, laissant les percussions lentes parler, parfois accompagnées de quelque chose qui ressemble à un hautbois (pas sûr) et d’une cloche (oui oui). Rythmique répétitive, entêtante, qui lance une montée en puissance débouchant sur “Le Diable Parle”.

Le schéma reste le même, pas d’explosions comme on pouvait s’y attendre, mais une rythmique répétitive, une narration morbide et grotesque doublée de choeurs féminins travaillés électroniquement pour donner des voix fantomatiques presque mécaniques. Le morceau est lui aussi entêtant. Jusqu’ici, même si les morceaux s’enchaînent parfois un peu étrangement, c’est du tout bon, efficace, rien à dire.

Les choses se gâtent avec “La Maladie d’Aucassin”. Sur quelques petites notes aériennes, monsieur Gae Bolg, chanteur en titre, s’amuse avec sa voix et la distorsion électronique. C’est très laid. Quelques passages montant dans les aigus piaillants sont particulièrement douloureux. Mauvais morceau, indubitablement, la volonté d’expérimenter n’est pas toujours une bonne chose et “La Maladie d’Aucassin” en est la preuve.

Suit “Chanson”, petit morceau purement folklorique au flûtiau, agréable sans être passionnant.

Nouveau petit morceau folklorique, “Sur Les Bords de l’Ille” est par contre un morceau vraiment fascinant, à la fois simple et plus compliqué qu’il n’y paraît, mené par des couches de voix multiples pendant le refrain, un rythme à la guitare sèche et au tambourin avec un bon goût de ballade médiévale. Très bon morceau.

“Dans la Loge” continue dans l’excellent, reprenant un peu le principe de “Le Diable Parle”, pour s’achever dans une tourmente de rythmes martiaux de cloches et de ricanements, un morceau d’une noirceur impressionnante.

“Les visions de Théophile” joue avec des cordes stridentes et délirantes, morceau qui s’apprécie bien le soir lorsqu’on est complètement épuisé ou qu’on a un bon coup dans le nez, manquant un peu de portée, sinon.

“Invocation II”… Bah, reprend une minute d’Invocation I. Bis servant d’interlude, rien de plus.

“Danse” est un nouveau petit morceau purement médiéval, à la mélodie entêtante, bien foutu, joli et tout et tout. Simple, efficace.

“Le Cygne Noir” reprend le principe du morceau lent, répétitif et entêtant, ici mené par les violons saccadés et plaintifs, maladifs. Le morceau dégage une ambiance morbide plaisante, mais aurait peut-être mérité une plus grande variété dans les interventions du violon “gratouillé”, limité à un rythme, et qui aurait pu donner plus d’ampleur au morceau s’il avait été plus utilisé.

“Ballade” mélange beaucoup de choses, violon, trompette, flûtiau, bidouillage électroniques, mais n’est pas franchement excellent. Son principal problème est en fait d’être le premier morceau à approcher les 5 minutes, alors que son traitement appelait le même format que la plupart des morceaux précédents, c’est à dire à peu près trois minutes de pistes. Se rallongeant, le morceau surprend l’auditeur et l’amène à attendre le morceau suivant, ce qui n’est pas vraiment bon signe. Gae Bolg fait des morceaux qui tournent en boucle et gagnent à êtres courts pour êtres efficaces.

Suit “Passaraille”, deuxième morceau de cinq minutes, qui mélange des sonorités d’orgue plus ou moins synthétiques pour une piste planante et noire, ambiance mortuaire, qui elle ne souffre pas du syndrome de la boucle, et tient sur ses cinq minutes sans ennuyer. Morceau plaisant à défaut d’être un vrai grand frisson (il manque ici un peu de cette grandiloquence bouffonne qui anime le chanteur, et qui passerait très bien avec les orgues, mais le morceau reste bon tout de même).

“Le Retour d’Aucassin” est aussi le retour des bidouillages vocaux nazes du chanteur, les lignes de guitare sèche et les sonorités abyssales en fond de toile n’arrivant pas à sauver le morceau de la catastrophe. La musique est meilleur que sur “La Maladie d’Aucassin” mais le chant est encore plus raté, pas émotif pour un sou, désagréable, mal foutu, bref… à oublier au plus vite.

Aucassin Et Nicolette” reprend ligne pour ligne le prélude en y rajoutant du chant. La redondance est un peu contre-productive, le groupe n’ayant strictement rien changé au morceau en question. Des divergences musicales auraient été les bienvenues, pour rééxploiter le morceau et achever la boucle.

Bref, cet “Aucassin Et Nicolette” pourrait être un bon disque d’ambiant atmosphérique à influences médiévales. Quelques morceaux s’avèrent excellents, d’autres franchement agréables. Seulement voilà. Le choix des expérimentations vocales gâche beaucoup l’impact de cet album, et la fin du disque tombant dans le moyen et le mauvais (sur les quatre derniers titres, seul “Passaraille” tire son épingle du jeu sans arriver à être un des morceaux excellents), on garde finalement un goût un peu désagréable en bouche à la fin du disque, alors que tout avait bien commencé. Si on rajoute encore là dessus le fait que le genre est déjà assez difficile à aborder, que le principe de redondance cyclique sur lequel est basé chaque morceau peut finir par lasser, on se trouve avec un disque qui n’a rien d’inintéressant, et qu’on remet dans son lecteur par curiosité ou pour les titres qui nous plaisent, mais qui ne nous livrera jamais une audition pleinement satisfaisante.

Une sorte d’échec intrigant, comme souvent lorsqu’on se trouve face à un bon matériel de base, et des choix d’orientation musicale nettement plus contestables au cours de l’écoute. Pour les amateurs de médiéval, jeter une oreille dessus peut tout de même être une expérience intéressante, et amener à s’intéresser à d’autres productions du groupe, moins difficilement abordables.

August 20th, 2007

Boris : FloodEtant fanatique inconditionnel (enfin presque) de Boris, je trouvais triste de laisser certaines de leurs productions sans chronique. Le problème étant que leurs disques les plus directement passionnants, j’ai nommé le généralissime Feedbacker et le complètement décalé Amplifier Worship ayant déjà été chroniqués par le très diligent Svartolycka, il reste deux choses: les bons disques, Heavy Rocks en tête, Pink et Akuma No Uta pas très loin derrière. Et… Les choses qui fleurent un peu la bouse, mine de rien. Bon, commençons par ça, alors, je n’en aurais que plus de plaisir à encenser certains autres des disques de cette entité anormale et passionnante qu’est Boris.

Flood est, en quelque sorte, un prémice annonçant le chef d’oeuvre ultime qu’est Feedbacker. Un disque qui joue avant tout sur une ambiance, une ambiance cherchant la beauté, sans s’épurer complètement des visages chaotiques du sludge et du drone, se tirant en longueur, se développant avec une lenteur extrême et des boucles interminables. Bref, tout ça rappelle fortement ne serait-ce que les deux premiers morceaux de Feedbacker (qui représentent plus de la moitié du disque en question). Sauf qu’ici, on n’est pas emporté. On reste à terre, on écoute, ou croit s’envoler une fois de temps en temps avant de replonger. Le plaisirographe ne tressaute pas, il frémit à peine, par intermittences.

La faute à quoi? Eh bien, Flood est une oeuvre qui se veut une ode au minimalisme musical. Et c’est définitivement TROP minimaliste.

On entame cette galette de près de 70 minutes par une guitare jouant une rythme répétitif et pas franchement hypnotique (pas comme celui qu’on peut entendre sur l’Europe de Noir Désir par exemple, oui, je tire mes références d’où je veux, d’abord, c’est ma chronique, na). Une deuxième guitare joue vite en canon et un ton en dessous, apportant un peu de chaos. Ca pourrait aller si ça ne faisait pas DIX minutes. DIX minutes de ce même son. Une petite variation nait de temps à autre avec l’entrée de la batterie d’Atsuo, qui s’est pris une superbe distorsion “résonnance sub-aquatique” du plus bel effet et qui, après s’être présentée, envahit tout l’univers sonore pour nous asséner cinq minutes caverneuses et franchement orgasmiques, seulement gâtées par… Eh oui, ce rythme répétitif à la guitare. Et pourtant, un même bruit répété sans fin, ils avaient réussi cela de manière efficace sur Absolugeto, où leur boucle sonore de fin de morceau, parfaitement atroce, laissait le spectateur bavant et abasourdi et -s’il était un peu masochiste, certes- comblé. Mais là, rien. Bref, à retenir, la batterie et les distorsions, et huit/dix minutes qu’on zappera souvent en mettant le disque.

Vu la sombre performance sonore de la fin du morceau, on s’attend, quand on connaît le groupe, à un déluge dronesque. Maaaais non, c’est raté. Le deuxième morceau s’ouvre sur le jeu de batterie le plus minimaliste du monde. Un roulement doux, un coup de caisse claire, un petit roulement, un coup de caisse claire… Puis, quelques petits pincements de cordes post-post-rock si vous me passez l’expression. Décrire ce morceau est très dur, puisqu’il s’agit uniquement de petites incursions de gratte aérienne venant perturber légèrement une nappe sonore constante et répétitive. Mais là, ça marche. Wata seule est aux commandes, et connaissant la sensibilité de la guitariste pour les morceaux purement ambiants, on obtient un résultat apaisant, caressant, le genre de morceau qu’on écoute dans le noir, étendu sur son lit, avec un grand sourire gaga sur les lèvres.

Bon. Troisième mouvement. On retrouve ces petits pincements de cordes nostalgiques, et la magie continue d’opérer… Mais pas longtemps. l’alchimie n’est plus la même, la guitare de Wata se fait presque inexistante, nous laissant presque seuls façe à ce rythme qui commence à endormir sérieusement après l’avoir entendu tourner quelque temps. Puis, là, tout d’un coup, on se réveille. Le premier son de guitare grasse arrive enfin, 35 minutes après le début du disque. Et, enfin, nous libérant de ce rythme lancinant, arrive le déluge sludge/doom. L’entrée en matière défonce le crâne comme il faut, c’est un vrai plaisir que d’entendre la batterie d’Atsuo lancer cette partie du morceau. Pour la suite, eh bien… C’est étrangement assez décevant. C’est… Mélodique. Bon, vous me direz, ce n’est pas un mal en soi, mais, ça ne correspond pas franchement au style utilisé. Et c’est fait sans le charme d’un Farewell. Des choeurs clairs apparaissent et tapent à côté de la plaque. La deuxième partie se fait plus chaotique (bien) mais pêche par un côté: ceci est un morceau de Boris reconnaissable entre mille mais sans personnalité. Quant à la troisième, c’est une boucle répétitive pas particulièrement monstrueuse. Reste les petites montées en puissance sympathiques, un beau coup de gong. Bref, un passage gras, le seul du disque, et un passage hésitant entre commun et mauvais. Dommage.

Dernier morceau. La boucle de fin du titre précédent continue de tourner sur la basse de Takeshi, pendant que des sons aquatiques se construisent vaguement autour. Il me semble avoir déjà dit que cette boucle n’avait rien de phénoménal, eh bien, passer d’une boucle craspec moyenne à une boucle de basse claire toute propre, ça n’arrange rien. Le morceau serait probablement mieux sans, laissé à son côté complètement informe, mais se retrouve bridé par ce semblant de structure qui tape sur les nerfs. La seconde partie du morceau est faite de quelques nappes industrielles discrètes et mourantes, qui n’ont pas la sensibilité exacerbée des légers soubresauts drones du premier mouvement de Feedbacker.

Bilan. On tient, au coeur de l’album, après la dixième minute, quelques vingt minutes franchement passionantes. Et, pour le reste, on a quelque chose qui va de “commun” à “nul” en passant par “sans intérêt”. Trop minimaliste et mal maîtrisé, Flood est l’Erreur de Boris, avec un grand E. Je suppose que les plus acharnés des minimalistes défendront tout de même ce disque, mais il faut vraiment être mordu pour y accrocher. Ca reste une toile de fond tout à fait acceptable pendant qu’on bosse, mais surement pas quelque chose pour laquelle on bloquera 70 minutes de son temps pour l’écouter au casque sans rien faire d’autre. Ayons le geste juste: sauvons l’excellent deuxième mouvement et ses 14 minutes qui méritent très largement le détour, au même titre qu’un deuxième mouvement de Feedbacker ou un A Bao Que. Le reste, adieu.

Sur ce, je m’en vais préparer des chroniques de vénération pour un autre album de Boris, parce que comme ils ne le montrent pas ici, ils le valent bien.

May 1st, 2007

Dornenreich : Durch Den TraumA l’origine, Dornenreich est un groupe de black fortement inspiré folk, composé d’un guitariste/chanteur/bassiste et d’un violoniste. Durch Den Traum est la deuxième étape du lifting complet entamé avec Hexenwind. Après cet album plus calme et constant, Dornenreich vire à l’absraction (voir les morceaux nommés avec une sobriété rare) avec ce Durch Den Traum, galette belle et étrange s’il en est.

Les influences black se diluent de plus en plus, pour ne plus ressurgir que dans les quelques hurlements et dans quelques ambiances. Pas de frénésie, ou si peu. On se retrouve face à un folk métal légèrement teinté de black, très nostalgique, frôlant parfois la limite du doom. Le chant est séparé entre quelques hurlements, beaucoup de voix claires, mais surtout des chuchotements. Car c’est le texte murmuré qui fait le corps de la musique.

Plus grand chose à voir avec un Her Von Welken Nächten, si ce n’est peut-être dans les pistes ambiantes de ce dernier. Il est d’ailleurs à noter que le chanteur a pris énormément de maturité depuis l’album sus-cité. Si les vocaux black parfois un peu ridicules de Her Von Welken Nächten pouvaient rebuter certains auditeurs, tout cela est loin: Jochen maîtrise parfaitement ses cordes vocales et c’est un vrai délice de l’écouter.

La guitare folk est tout particulièrement présente, et a une part aussi importante, si pas plus, que la guitare électrique. Ambiances planantes et rêveuses au rendez-vous.

Niveau structure, c’est le chaos organisé. Pas de structure suivant une montée puis une descente chromatique à la manière de Her Von Welken Nächten, pas de longs morceaux intègres entrecoupés d’orchestrales comme sur Hexenwind, mais une succession de changements de rythme et de tons, des morceaux allant de 13 minutes à 1 en passant par 3 et 7, une nette volonté de créer une oeuvre complète dans laquelle le découpage en chapitres n’est qu’une pure formalité.

Sans doute leur pièce la plus étrange et la plus aboutie à ce jour. La comparer à quelque album existant me semble difficile. La meilleure comparaison possible, c’est que c’est assez proche de ce que donnerait Tenhi avec une guitare électrique.

A découvrir pour ceux qu’un peu de douceur ne rebute pas.

April 2nd, 2007

Attilaconnection : Miss Dolores Misses the PainVoilà un petit objet très étonnant. Miss Dolores Misses the Pain est un projet solo d’un parfait inconnu, qui est le chanteur d’un groupe international (TesseracT, dont le premier album devrait sortir bientôt, puisqu’ils sont en studio actuellement), sans existence physique puisqu’il est simplement téléchargeable en entier sur son site web. Un album complet est en cours de préparation.

Attilaconnection, c’est une sorte de hardcore indus teinté de touches électro. Ce sont quelques titres épars dont le seul lien direct est l’esprit avec lequel ils sont composés. Et c’est aussi une très bonne surprise pour moi, qui me croyait imperméable à tout ce qui touchait de près ou de loin le hardcore. Explications.

On commençe par une intro qui donne déjà le ton, avec son début ambiant un peu malsain sur lequel s’enchaîne un hurlement guttural déchaîné et… Délirant. On a l’impression que le chanteur rit, d’une certaine manière. Ce sont les deux faces du projet: un côté de barbarie et un côté beaucoup plus doux et sombre, le tout lié par un esprit plutôt débridé.

S’enchaîne un titre hardcore frénétique (dead flesh happy face) bien rentre dedans et parsemé de touches industrielles. Mais le mieux est après.

On arrive à look (h)at(e) me, qui non content d’avoir un titre très bien trouvé, s’avère être une petite perle. Ce titre n’est pas franchement violent et le refrain est carrément planant, avec un petit côté rock prononcé. Un titre qu’on attendait déjà pas en entendant le premier morceau.

Puis, THE morceau de l’album. Le plus court aussi, malheureusement. L’entrée en matière fait croire au retour de la frénésie hardcore, mais un chant clair nazillard vient contredire cette impression, avant que de nouveau le titre s’énerve, avec une alternance de chant clair (qui lui même alterne entre douceur malsaine et chant scandé) et voix hardcore. Le titre est coupé par deux fois par des samples industriels complètement délirants et par des voix bidouillées du même acabit. 2′57 très surprenantes, complètement déjantées et franchement géniales.

Et encore une surprise, le morceau Taste It, qui s’avère être un titre électro ambiant doublé de quelques lignes de basse et de guitare, le tout très calme mais avec une belle dose de noirceur.

Le titre suivant baisse un peu de standing, malheureusement, du moins à mes yeux. Plus classiques, ils n’en gardent pas moins quelques expérimentations sympathique, que ce soit au niveaux vocaux clairs ou pauses ambiantes.

Puis, on remonte une nouvelle fois le niveau avec Under My Skin, de nouveau un titre très varié et tapant dans des rythmes originaux.

La démo “officielle” se clôt finalement avec Feelings, qui utilise encore une fois un mélange de passages ambiants et de passages plus rentre dedans.

Le premier des titres bonus est assez plaisant sans être franchement génial.

You are Mine clôt le tout, mais est un morceau un peu raté, surtout en comparaison des quelques perles que le sieur Julien nous a servi juste avant, puisqu’ils repose sur des ficelles rappelant beaucoup Remember. Pas déplaisant mais très loin de finir en beauté, et c’est un peu dommage.

Cete démo est donc une très bonne surprise, qui se joue pas mal des poncifs de son genre et montre une imagination débridée de la part du sieur Julien. Ca n’a beau pas être mon style de prédilection (loin de là), j’ai bien accroché, et ça vaut le détour.

December 26th, 2006

Blut Aus Nord : Thematic Emanation of Archetypal MultiplicityVoilà un petit objet dont j’ai toujours voulu parler (enfin, depuis que je le connais) mais je ne me suis jamais senti prêt à en faire une chronique, manquant étrangement de mots pour décrire cet OVNI du métal. Aujourd’hui, j’en manque toujours, mais je le fais quand même.

Cette pièce, au combien trop courte, est à mon sens la plus prenante et chargée d’émotions que Blut aus Nord ait pu produire. Cet avis ne tient qu’à moi, mais c’est le seul album de Blut Aus Nord qui fait partie de ma série de culte. Les autres méfaits du groupe restent très appréciés, mais celui-là sort du lot.

Adieu, black. Il n’en reste rien ici, si ce n’est peut-être, en cherchant bien, quelque part au fin fond du second titre. La musique subit ici un étrange mélange de destructuration et d’organisation savante, tout l’art de Vindsval se faisant grandement ressentir dans ce chaos de sons orchestré avec un grand brio. La violence est au piquet, ne reste que l’envie de faire une oeuvre malsaine et planante, pont avant l’ultime horreur que sera Mort, qui ne sera plus que lignes tordues et dérangeantes, véritable bouillie sonore. Ici, point de cela. Le minimalisme est de mise; le premier titre laisse la guitare planante s’exprimer, monter en rythmes linéaires et lents, pesants et étirés, comme une outro à The Work Which Transforms God et son génialement répétitif Procession of The Dead Clowns. Puis, sur le second titre, le jeu s’accélère, se tord plus, sort de la linéarité et entre peu à peu dans le chaos malgré la batterie métronomique, prémice cette fois de ce que sera Mort. Quant au troisième titre, il se dénude absolument, laissant la batterie s’exprimer seule, accompagnée de pulsations industrielles froides et inhumaines sur une rytmique étrange, presque jazz. Puis, tout d’un coup, la basse apparaît, amplifiant la profondeur de jeu sans venir réchauffer aucunement l’ambiance, froide et désincarnée, tandis que les percussions rythmiques se multiplient et forment peu à peu les seules variations du titre. j’ai un peu pensé aux Gates of Ballard de Sun 0))) en écoutant ce titre, entre autres pour l’utilisation de la batterie qui y est proche, et la répétition infinie du son. Puis, un break soudain dans le titre. La pulsation industrielle principal continue, imperturbable, tandis que des choeurs clairs viennent enchanter l’oreille (!), laissant repartir la basse et la batterie, rajoutant soudain un son un peu plus chaud pour finir presque apaisant, presque humain malgré toute sa structure mécanique. Un très très grande leçon de minimalisme musical pas si basique que cela. Quant au quatrième titre, il s’agit d’une succession logique: la première montée en puissance débarquait sur le titre un peu remuant du mini, lui même succédé par une première chute de puissance, débarquant inévitablement sur la fin de toute structure et de toute recherche de puissance. Vindsval nous sert donc ici un titre de pur dark ambiant, laissant quelques chocs industriels, quelques voix planantes et autres sonorités aériennes, en une fresque contemplative et mystique que

July 14th, 2006

Peccatum : Amor FatiUn album franchement difficile à chroniquer. Tant pis, je me lance.

Alors, rappelons déjà ce qu’est Peccatum, un projet expérimental du sieur Ihsahn et de sa compagne Ihriel qui marque la rupture avec le définitivement mort Emperor. On a ici à faire à une sorte de métal subissant des influences black (on ressent que Prometheus est passé par là dans certaines structures de grattes, même si on est loin de la débauche de barbarie technique de ce dernier), mais aussi goth, et contemporaines. Le tout donne une oeuvre expérimentale inattendue. Et pas tout à fait réussie.

En effet, cet album est ,on le sent, une sorte de moyen de décompression pour Ihsahn. Il quitte son univers de black pour passer à autre chose, et s’amuse comme un petit fou. Et c’est le premier truc qui coince: ça fait un peu l’effet d’une cour de récré de musiciens barrés. Pas que je sois contre les musiciens barrés, au contraire, mais là ça laisse un drôle de goût en bouche. Ca gicle un peu dans tous les sens, et ce n’est pas déplaisant (du moins pour moi, les structures bizarres en rebuteront plus d’un autre), mais ça ne manque pas de certaines maladresses. Le chant d’Ihriel n’est pas parfait, loin de là, et certaines expérimentations vocales sont même désagréables à l’oreille. Certains passages atmosphérique manque un peu d’assurance.

Enfin, c’est loin d’être un album mauvais. C’est même un bon CD. Seulement, on pouvait attendre mieux de ces deux musiciens de grand talent, et j’ai été un peu déçu. Par ces petits détails, par ci par là, qui gâchent un peu le reste. Comparé au magnifique et épuré Lost in Reverie, cette galette montre une faiblesse dûe à sa structure sophistiquée, et c’est dommage. De plus l’oeuvre risque de faire fuir toute personne non habituée aux dérives expérimentales, restreignant de beaucoup le public accessible. Et je le répète encore une fois, c’est dommage, car il y a là un potentiel énorme.