September 11th, 2007

Savatage : Dead Winter DeadSavatage pas du tout chroniqué sur SoM ? Qu’ouïs-je, qu’entends-je, que vois-je ? Je me disais qu’un expert aurait au moins complété quelques albums, histoire que ce ne soit pas un bleu total qui s’y colle. Pour ma part, je n’ai posé l’oreille que sur ce Dead Winter Dead, et j’ai mis quelque temps à me lancer dans la chronique, parce que décrire un album quand on ne connaît rien du reste de la discographie (conséquente) d’un groupe, bah c’est pas évident, on a un peu peur de dire des conneries. Mais bon, le disque en question valant franchement le détour, j’ai craqué, je chronique.

Savatage, pour cet opus tout du moins, joue un heavy progressif et orchestral. Le groupe est fortement influencé par la musique classique et cela se ressent sur les compositions (reprise de Bach sur Memory, hommage à Mozart sur… Mozart and Madness, etc…). On peut regretter que, comme souvent, l’inspiration en question vienne de classiques (je pense que les deux compositeurs sus-cités doivent dire quelque chose même au plus cavernicole ascétique true blackeux from norway) que tout le monde utilise, mais bon, ce serait chipoter un peu. En fait, il y aurait matière à reproche si le groupe faisait une musique plate, ce qui n’est heureusement pas le cas. Les claviers ont donc une place prépondérante dans le disque, le plus souvent jouant des mélodies de piano, et supportant parfois la musique d’une envolée symphonique. Les guitares s’effacent d’ailleurs souvent (Sarajevo, One Child…) pour laisser parler le reste des orchestrations. Une nette alternance de tempos, ces guitares parfois effacées et parfois lancées dans des solos heavy absolument magiques, tout cela laisse percevoir la nette influence progressive de Savatage. Mais attention, on n’a pas affaire à un progressif ultra sophistiqué à la Dream Theater, les compositions sont relativement simples et cherchent l’efficacité sans se montrer jamais démonstratives. Dans Dead Winter Dead, tout est dans l’atmosphère. Une atmosphère très sombre (pour du heavy prog s’entend), qui joue entre douceur, noirceur et puissance, un mélange très émotionnel qui cherche à faire vibrer la corde sensible. Le dosage est juste, et on ne se retrouve pas comme on pouvait le craindre avec un disque larmoyant et mièvre, Savatage évite cet écueil. Le chant de Zachary Stevens, quoi que parfois un peu nasillard, colle plutôt bien à l’ambiance du disque, ne courant pas dans les aigus tapant sur le système et ne chantant pas trop grave non plus, avec un timbre assez particulier qui a finalement beaucoup de charme.

Ce qui fait la force du groupe est avant tout sa conviction. On sent complètement qu’ils croient à ce qu’ils font, ils se donnent à fond, ça transpire l’âme des musiciens par tous les pores. Ce qui fait que les petites maladresses qu’on peut entendre de temps à autres, eh bien on les oublie. Savatage veut partager sa musique avec qui veut l’entendre, et s’y prend très bien pour accrocher. Cependant, l’aspect assez calme de l’ensemble peut rebuter dans un premier temps, pour ceux qui ont l’habitude de quelque chose de plus péchu. Oui, Savatage n’a pas fait dans le percutant à gros son, et il faut accepter de mettre l’oreille sur un disque d’ambiance plus que sur un disque de heavy, même si des titres comme Doesn’t Matter Anyway viennent régulièrement donner un bon coup de fouet.

Quelques titres se détachent de l’ensemble, tout particulièrement le simplissime et pourtant incroyablement efficace I Am ou les émouvants One Child et Not What You See et leurs expérimentations sur le chant (on trouve des canons très bien foutus). Saluons encore au passage le talent du guitariste soliste, qui se fait bien plaisir et nous fait bien plaisir par la même occasion (son délire vers les 3′30 et plus de This Is The Time vaut vraiment le détour surtout qu’il sauve une chanson un peu moyenne autrement, Starlight et Dead Winter Dead contenant aussi des parties d’anthologie).

Bref, un disque de heavy ambiant à découvrir. Pas parfait, parfois un peu maladroit, mais touchant au possible. Ca fait toujours du bien d’entendre des musiciens qui se font plaisir, surtout lorsque leur technique et leur composition sont à la hauteur. Oubliez ce disque si vous voulez quelque chose de bien rentre-dedans ou si vous ne pouvez pas encadrer le heavy, sinon, jetez-y une oreille, vous pourriez bien être surpris.