Mr Death : Detached From Life
Malgré sa formation récente, Mr. Death n’est pas né de la dernière pluie. Ou plutôt devrait-on dire que ses membres ne sont pas des perdreaux de l’année, pour être plus précis. On retrouve ainsi trace de Stefan Lagergren et Jörgen Thullberg au sein du Tiamat primitif, il y a vingt ans de cela, quand ce dernier faisait partie de la première vague légendaire du death metal suédois.
Une légende suffisamment vivace pour ouvrir facilement certaines portes : un EP en guise de démo brouillon enregistré sous la houlette de Tomas Skogsberg aux Sunlight studio à Stockholm, le sactuaire du death old school suédois, ni plus ni moins
Detached From Life est donc enregistré sur les mêmes bases en début 2009, le groupe ayant été préalablement signé par Agonia Records.
Le concept de l’album affiche clairement la volonté de faire revivre certaines « valeurs » du death metal, le tout non dénué de second degré. Présenté comme un film d’horreur de série Z, avec une pochette style VHS, l’album au travers de son artwork est clairement un clin d’il à Scream Bloody Gore et à toute la frange du death metal traditionnellement attachée à cette imagerie.
Dommage toutefois que le livret n’aille pas au bout de l’idée, l’absence de paroles ou même simplement d’un script de scénario générant un peu de frustration.
Côté musique, guère de surprise : la première impression très plaisante réside dans le son typé Stockholm comme aux plus grandes heures. Abrasif, profond, nerveux, le mur sonore des guitares accompagné d’une basse vrombissante est une vraie réussite. Toutefois, Mr. Death ne fait pas dans le old school pachydermique au régime moteur de tracteur. Malgré son caractère old school très marqué, Detached From Life fait preuve d’une brutalité que les ancêtres suédois n’affichaient pas il y a vingt ans. Dès le premier morceau, Suffer, on a le droit à de bonnes séries de blast beats qui viennent donner une belle consistance à une structure déjà bien charnue. Pour le reste, pas de démonstration technique : oubliez les soli, les compositions à tiroirs : deux ou trois riffs bien gras et suédois jusqu’à la moëlle, une paire d’accélérations blastées, un chant excellent au demeurant- d’un classicisme de bon ton avec ce qu’il faut de variation, les recettes employées sont celles de la recherche d’efficacité avec ce qu’il faut de « vintage » pour enrober le tout.
Le rendu renvoie donc à l’essence du death metal de toujours : un mélange de noirceur et de puissance, d’énergie et de violence semblant sortir d’outre-tombe. Ceci dit, cela n’est pas suffisant pour se hisser à la hauteur des légendaires pionniers, qu’ils soient suédois ou américains. Malgré une évidente bonne volonté et quelques titres ravageurs (Suffer, Fin, Misery’s Womb, The Storm entre autres), l’inspiration n’est pas toujours au rendez-vous, et certains riffs, malgré leur grain inimitable, ne soulèvent pas forcément d’enthousiasme l’auditeur : soient déjà entendus, soient tout simplement quelconques, ils ne contribuent pas à rendre l’écoute de Detached From Life enthousiasmante de bout en bout. Celle-ci comporte ainsi quelques longueurs, alors que paradoxalement la durée totale du disque affiche à peine une demi-heure.
Au final, si Mr. Death réveille de biens bons souvenirs avec son death suédois old school survitaminé, si son second degré et son absence de prétention restent appréciables et décalés au sein de la scène moderne, si sa capacité à filer par moments de bons coups de pied au derrière est indéniable, il lui manque un poil d’inspiration et de variation pour faire de son premier rejeton un classique du genre. Par exemple, dans un genre plus Carcassien mais dans un esprit similaire, je lui préfère personnellement le Corpus In Extremis de leurs compatriotes General Surgery, parmi les disques marquants de 2009. Réservé donc en priorité aux amoureux inconditionnels du vieux death metal de l’école de Stockholm et du death metal musclé et sans artifices.
Mr Death : Detached From Life
Malgré sa formation récente, Mr. Death n’est pas né de la dernière pluie. Ou plutôt devrait-on dire que ses membres ne sont pas des perdreaux de l’année, pour être plus précis. On retrouve ainsi trace de Stefan Lagergren et Jörgen Thullberg au sein du Tiamat primitif, il y a vingt ans de cela, quand ce dernier faisait partie de la première vague légendaire du death metal suédois.
Une légende suffisamment vivace pour ouvrir facilement certaines portes : un EP en guise de démo brouillon enregistré sous la houlette de Tomas Skogsberg aux Sunlight studio à Stockholm, le sactuaire du death old school suédois, ni plus ni moins
Detached From Life est donc enregistré sur les mêmes bases en début 2009, le groupe ayant été préalablement signé par Agonia Records.
Le concept de l’album affiche clairement la volonté de faire revivre certaines « valeurs » du death metal, le tout non dénué de second degré. Présenté comme un film d’horreur de série Z, avec une pochette style VHS, l’album au travers de son artwork est clairement un clin d’il à Scream Bloody Gore et à toute la frange du death metal traditionnellement attachée à cette imagerie.
Dommage toutefois que le livret n’aille pas au bout de l’idée, l’absence de paroles ou même simplement d’un script de scénario générant un peu de frustration.
Côté musique, guère de surprise : la première impression très plaisante réside dans le son typé Stockholm comme aux plus grandes heures. Abrasif, profond, nerveux, le mur sonore des guitares accompagné d’une basse vrombissante est une vraie réussite. Toutefois, Mr. Death ne fait pas dans le old school pachydermique au régime moteur de tracteur. Malgré son caractère old school très marqué, Detached From Life fait preuve d’une brutalité que les ancêtres suédois n’affichaient pas il y a vingt ans. Dès le premier morceau, Suffer, on a le droit à de bonnes séries de blast beats qui viennent donner une belle consistance à une structure déjà bien charnue. Pour le reste, pas de démonstration technique : oubliez les soli, les compositions à tiroirs : deux ou trois riffs bien gras et suédois jusqu’à la moëlle, une paire d’accélérations blastées, un chant excellent au demeurant- d’un classicisme de bon ton avec ce qu’il faut de variation, les recettes employées sont celles de la recherche d’efficacité avec ce qu’il faut de « vintage » pour enrober le tout.
Le rendu renvoie donc à l’essence du death metal de toujours : un mélange de noirceur et de puissance, d’énergie et de violence semblant sortir d’outre-tombe. Ceci dit, cela n’est pas suffisant pour se hisser à la hauteur des légendaires pionniers, qu’ils soient suédois ou américains. Malgré une évidente bonne volonté et quelques titres ravageurs (Suffer, Fin, Misery’s Womb, The Storm entre autres), l’inspiration n’est pas toujours au rendez-vous, et certains riffs, malgré leur grain inimitable, ne soulèvent pas forcément d’enthousiasme l’auditeur : soient déjà entendus, soient tout simplement quelconques, ils ne contribuent pas à rendre l’écoute de Detached From Life enthousiasmante de bout en bout. Celle-ci comporte ainsi quelques longueurs, alors que paradoxalement la durée totale du disque affiche à peine une demi-heure.
Au final, si Mr. Death réveille de biens souvenirs avec son death suédois old school survitaminé, si son second degré et son absence de prétention restent appréciables et décalés au sein de la scène moderne, si sa capacité à filer par moments de bons coups de pied au derrière est indéniable, il lui manque un poil d’inspiration et de variation pour faire de son premier rejeton un classique du genre. Par exemple, dans un genre plus Carcassien mais dans un esprit similaire, je lui préfère personnellement le Corpus In Extremis de leurs compatriotes General Surgery, parmi les disques marquants de 2009. Réservé donc en priorité aux amoureux inconditionnels du vieux death metal de l’école de Stockholm et du death metal musclé et sans artifices.
Anthrax : Spreading the Disease
Face à l’armada californienne qui ravage toutes les vieilles certitudes du heavy metal en ces années 83/84, quelques autres groupes nord américains parviennent à tirer leur épingle du jeu dans la course à l’armement incarné par ce heavy metal survitaminé, que l’on rebaptisera bientôt thrash metal. Les plus brillants d’entre eux sont bien vite repérés par Jon Zazula, ce qui leur assure une signature chez le désormais incontournable label Megaforce. On retrouve en tête de proue les Canadiens d’Exciter, et surtout les New-Yorkais d’Anthrax, propulsés par un prometteur Fistful of Metal qui suit le légendaire Kill‘Em All de quelques mois.
Un an plus tard, avec une image de locomotive à défendre, Anthrax s’attelle à son second album, toujours sous la houlette du duo Zazula / Canedy. Le line-up a subi quelques mouvements notables : l’influent Dan Lilker a laissé la place à Frank Bello à la quatre cordes, et le grand Neil Turbin cède le micro a un petit brun frisouillé d’origine italienne, Joe Belladonna. Un line-up qui va faire les beaux jours du groupe pour de longues années, et qui se fait les dents sur un EP nommé Armed and Dangerous, au demeurant étonnamment conservateur avec ses relents marqués de heavy metal.
La frayeur n’aura pas duré longtemps, car Spreading the Disease montre que la marche en avant est désormais bien enclenchée vers un thrash moderne et percutant (malgré quelques dernières hésitations).
Le style Anthrax prend toute sa mesure sur des titres comme A.I.R., Stand or Fall, et surtout les sautillants et percutants Aftershock et Gung-Ho : la puissance et la nervosité des riffs de Scott Ian, la capacité de Charlie Benante à mener une rythmique d’enfer à grands coups de double, les churs qui encadrent le chant aigu et lyrique de Belladonna
le groupe assume son héritage new-yorkais et l’énergie explosive de son hardcore.
Désormais, Anthrax affiche sa marque de fabrique et devient reconnaissable entre mille, en tout cas prend ses distances avec l’école californienne. Le thrash anthraxien révèle son visage festif et enjoué, avec une puissance de feu imparable qui fait la joie des headbangers et des « Moshers ».
Le quintet se révèle également séduisant quand il ralentit l’allure et qu’il parvient à amalgamer sa culture heavy metal avec la puissance et le gras du riffing thrash, avec suffisamment d’énergie et d’impact : on en a par exemple pour preuve le solide Lone Justice, qui révèle le goût d’Anthrax pour les sujets sociaux et sociétaires plutôt que pour la mort et le satanisme. La qualité de composition et le sens de la mélodie qui percute fait aussi des merveilles avec Stand or Fall et surtout Madhouse, typique du genre avec son hymne-refrain accompagné de churs, imparable lors des prestations scéniques qui vont contribuer à la construction de la légende du groupe.
D’ailleurs, toute cette énergie fait la force d’Anthrax, qui ne va pas puiser dans les démonstrations techniques pour atteindre son but. L’incorporation subtile mais réelle d’éléments hardcore est sans aucun doute fondatrice pour le groupe.
Dès lors, on doit aussi pointer les lacunes du disque : alors que sa voie semble trouvée, Anthrax s’échine à placer quelques titres anachroniques, ressemblant à des résidus d’un académisme heavy metal « chains and leather » qui veut survivre coûte que coûte. The Enemy a beau être de bonne facture, elle semble bien âgée entre Stand or Fall et le déflagrant Afterschock. Armed and Dangerous, outre son caractère déphasé, ne peut même pas bénéficier de l’effet de surprise ; quant à Medusa, morceau insipide imposé par Zazula lui-même, il ferait presque tâche.
Ces bémols n’empêchent pas Spreading the Disease de figurer comme l’un des disques phares de l’année 1985, incarnant surtout l’affirmation d’un style Anthrax qui va atteindre son apogée sur le formidable Among the Living à venir. Celui d’un thrash nerveux, puissant, festif, héritier de la culture et du discours hardcore, et donc taillé pour la scène.
Anthrax : Spreading the Disease
Face à l’armada californienne qui ravage toutes les vieilles certitudes du heavy metal en ces années 83/84, quelques autres groupes nord américains parviennent à tirer leur épingle du jeu dans la course à l’armement incarné par ce heavy metal survitaminé, que l’on rebaptisera bientôt thrash metal. Les plus brillants d’entre eux sont bien vite repérés par Jon Zazula, ce qui leur assure une signature chez le désormais incontournable label Megaforce. On retrouve en tête de proue les Canadiens d’Exciter, et surtout les New-Yorkais d’Anthrax, propulsés par un prometteur Fistful of Metal qui suit le légendaire Kill‘Em All de quelques mois.
Un an plus tard, avec une image de locomotive à défendre, Anthrax s’attelle à son second album, toujours sous la houlette du duo Zazula / Canedy. Le line-up a subi quelques mouvements notables : l’influent Dan Lilker a laissé la place à Frank Bello à la quatre cordes, et le grand Neil Turbin cède le micro a un petit brun frisouillé d’origine italienne, Joe Belladonna. Un line-up qui va faire les beaux jours du groupe pour de longues années, et qui se fait les dents sur un EP nommé Armed and Dangerous, au demeurant étonnamment conservateur avec ses relents marqués de heavy metal.
La frayeur n’aura pas duré longtemps, car Spreading the Disease montre que la marche en avant est désormais bien enclenchée vers un thrash moderne et percutant (malgré quelques dernières hésitations).
Le style Anthrax prend toute sa mesure sur des titres comme A.I.R., Stand or Fall, et surtout les sautillants et percutants Aftershock et Gung-Ho : la puissance et la nervosité des riffs de Scott Ian, la capacité de Charlie Benante à mener une rythmique d’enfer à grands coups de double, les churs qui encadrent le chant aigu et lyrique de Belladonna
le groupe assume son héritage new-yorkais et l’énergie explosive de son hardcore.
Désormais, Anthrax affiche sa marque de fabrique et devient reconnaissable entre mille, en tout cas prend ses distances avec l’école californienne. Le thrash anthraxien révèle son visage festif et enjoué, avec une puissance de feu imparable qui fait la joie des headbangers et des « Moshers ».
Le quintet se révèle également séduisant quand il ralentit l’allure et qu’il parvient à amalgamer sa culture heavy metal avec la puissance et le gras du riffing thrash, avec suffisamment d’énergie et d’impact : on en a par exemple pour preuve le solide Lone Justice, qui révèle le goût d’Anthrax pour les sujets sociaux et sociétaires plutôt que pour la mort et le satanisme. La qualité de composition et le sens de la mélodie qui percute fait aussi des merveilles avec Stand or Fall et surtout Madhouse, typique du genre avec son hymne-refrain accompagné de churs, imparable lors des prestations scéniques qui vont contribuer à la construction de la légende du groupe.
D’ailleurs, toute cette énergie fait la force d’Anthrax, qui ne va pas puiser dans les démonstrations techniques pour atteindre son but. L’incorporation subtile mais réelle d’éléments hardcore est sans aucun doute fondatrice pour le groupe.
Dès lors, on doit aussi pointer les lacunes du disque : alors que sa voie semble trouvée, Anthrax s’échine à placer quelques titres anachroniques, ressemblant à des résidus d’un académisme heavy metal « chains and leather » qui veut survivre coûte que coûte. The Enemy a beau être de bonne facture, elle semble bien âgée entre Stand or Fall et le déflagrant Afterschock. Armed and Dangerous, outre son caractère déphasé, ne peut même pas bénéficier de l’effet de surprise ; quant à Medusa, morceau insipide imposé par Zazula lui-même, il ferait presque tâche.
Ces bémols n’empêchent pas Spreading the Disease de figurer comme l’un des disques phares de l’année 1985, incarnant surtout l’affirmation d’un style Anthrax qui va atteindre son apogée sur le formidable Among the Living à venir. Celui d’un thrash nerveux, puissant, festif, héritier de la culture et du discours hardcore, et donc taillé pour la scène.
Immortal : All Shall Fall
On peut franchement s’abstenir de rappeler qui est Immortal, tout au plus faire un bref rappel du parcours des Norvégiens, histoire de remettre en lumière l’événement que constitue All Shall Fall.
Immortal est une entité mythique dans le metal extrême : groupe phare de la bande de Bergen au début des années 90, coupable d’un Pure Holocaust légendaire qui a marqué au fer rouge toute une génération de metalheads, repoussant les limites de la brutalité du black metal avec Battles in the North, puis par la suite prenant soin de tracer sa voie artistique guidé par son instinct et son talent, en s’éloignant toujours un peu plus de ses premières amours, Immortal achève en 2002 dix ans époustouflants avec un Sons of Northern Darkness qui parachève la légende des Norvégiens, ceux-ci faisant dès lors partie des rares à pouvoir se targuer de s’être construit leur propre style : la musique d’Immortal dépasse le cadre du black et du death metal, elle incarne une forme glacée, épique et brutale d’un metal extrême puissant et racé.
Puis le monstre s’est endormi dans les profondeurs de son fjord, en 2003, alors que son succès était à son firmament, au grand dam de sa horde de fans et du surpuissant Nuclear Blast qui avait su attraper la bête dans ses filets. Il a fallu plus de trois ans pour que la bête se régénère. Elle s’est doucement réveillée en 2006, notamment par le biais du side project « I », où Abbath a rappelé combien ses élans épiques prenaient leurs sources dans un heavy metal ancestral. Puis quelques apparitions remarquées dans de grands festivals ont gonflé la rumeur : Immortal, créature bicéphale (Abbath & Demonaz), a recouvré sa force. All Shall Fall est censé en être la demonstration.
Quelques données laissaient entrevoir de bien belles choses : le fait de choisir (en partie) les fameux studios Grieghallen pour l’enregistrement (de quoi faire frémir l’échine des nostalgiques du son glacé de Pure Holocaust, à l’époque de sa sortie), ou celui non moins redoutable de mettre une nouvelle fois le mix aux mains expertes de Peter Tägtgren.
Ce son, parlons en, car c’est la première chose qui frappe. Pour ceux qui avaient couiné à cause de la surproduction patente de Sons Of Northern Darkness, rassurez-vous. Le résultat est une franche réussite : profond, puissant, un poil abrasif, le son de la guitare est un régal. Le mixage est franchement équilibré, les fûts du redoutable Horgh étant également en léger retrait par rapport à l’album précédent; quant au chant d’Abbath, il se fait plus lointain et plus détaché, produisant une impression mystique et surnaturelle intéressante.
Comme on pouvait s’y attendre, le Between Two Worlds (I) avait donné de précieuses indications sur l’évolution à venir d’Immortal. On ne sera donc pas surpris du premier qualificatif qui vient à l’esprit : All Shall Fall est épique. Abandonnant quasiment systématiquement le riffing agressif typé death metal, Abbath renoue avec un jeu plus conventionnel, très heavy, plus linéaire, faisant la part belle à son feeling imparable. Du titre éponyme, envolée implacable à la fois rapide par sa rythmique, et d’un lyrisme posé et aérien par son riff lancinant et entêtant, sans parler d’un break qui file le frisson, ou par le heavy-black guerrier et le riffing cinglant de Norden On Fire, Immortal entretient sa longue tradition de semi-ballades heavy black glaciales et monumentales (de Blashyrkh jusqu’à Tyrants). Le groupe pousse même la démarche encore plus loin avec la superbe conclusion Unearthly Kingdom, plus de huit minutes très dépouillées mais ô combien emplies de force mystique. Un riff heavy d’une grande sobriété, une rythmique mid-tempo réduite à sa plus simple expression, qui montent crescendo à la mesure de l’intensité de la musique. Rien à faire, il faut admettre que le talent se reconnaît souvent dans la simplicité
Toutefois, le virage expérimenté par le biais de I pousse quand même Immortal vers une approche jusque là inconnue pour lui, j’en veux pour preuve l’emploi parcimonieux mais assumé de quelques soli bien sentis, subtils et fluides, fleurant bon l’inspiration heavy metal. Cette notion de heavy/black épique revient quand même comme une évidence au fil des écoutes.
J’en vois déjà certains qui frémissent : rassurez vous, Immortal n’a pas complètement viré sa cuti au point d’abandonner pour de bon le metal extrême. L’ossature du disque est quand même bâti sur une base agressive, même si All Shall Fall table plutôt sur le recours à la magie ancestrale, celle de l’atmosphère légendaire du groupe, plutôt que sur l’agression directe et la profusion de blast beats.
The Rise Of Darkness, globalement mid-tempo, rappelle un peu l’univers de At The Heart Of The Winter, avec quelques relents seventies mais en renouant aussi avec une ombre mythologique que le groupe avait négligé depuis lors. On retrouve cette puissance sombre qui se dégage de Mount North, magnifique morceau empli de pureté et de force tranquille.
Le morceau le plus agressif du disque est incontestablement Hordes Of War, qui fait penser à du Bathory époque Blood, Fire, Death, dans une version particulièrement mordante et survitaminée. Mais on est bien loin du bombardement en règle d’un One By One, soyons clairs, même si le rendu est diablement entraînant. Mais il faut l’admettre, pour les accélérations brutales et le bombardement massif, il faut aller voir ailleurs.
Comment juger All Shall Fall à l’aune de la prestigieuse discographie d’Immortal ?
On doit d’abord reconnaître au groupe une grande cohérence artistique, même si cela passe par un contenu sans surprise et relativement conforme à ce qu’on pouvait attendre. L’identité Immortal, qui fait désormais presque figure de marque déposée, est soigneusement entretenue et respectée. La magie indéniable qui se dégage des compositions d’Abbath est plus que jamais vivace. Le niveau de qualité de la production, froide mais organique, puissante et profonde, lui donne encore une dimension supplémentaire. C’est donc ce caractère ensorcelant, un brin magique et souvent immersif émotionnellement, qui fait la force de All Shall Burn.
Pour le reste, Immortal s’est franchement écarté de la brutalité qui caractérisait jusque là son metal extrême. Cela fera grincer quelques dents, mais aurait-il été envisageable de reproduire l’approche ultime de Sons of Northern Darkness sept ans après ? Pour ma part je ne le pense pas. Immortal a déjà démontré sa force à ce niveau, et cette propension à renouer avec une certaine profondeur artistique, où mysticisme et noirceur épique refont clairement surface, même au détriment de la vitesse et de la brutalité, remet en lumière le vrai talent d’Immortal, ce qui fait son unicité et sa légende. J’y vois de manière assez évidente une volonté d’Abbath et Demonaz d’emboîter le pas d’un Bathory dans cette évolution artistique. Cela ne serait guère étonnant quand on sait ce qu’incarne Quorthon aux yeux du duo.
Immortal sort donc son album le moins brutal depuis At The Heart Of The Winter. Mais All Shall Fall incarne un Immortal inspiré, presque habité, puissant, monumental, souverain. Donc un grand Immortal.
Et donc un grand disque.
Immortal : All Shall Fall
On peut franchement s’abstenir de rappeler qui est Immortal, tout au plus faire un bref rappel du parcours des Norvégiens, histoire de remettre en lumière l’événement que constitue All Shall Fall.
Immortal est une entité mythique dans le metal extrême : groupe phare de la bande de Bergen au début des années 90, coupable d’un Pure Holocaust légendaire qui a marqué au fer rouge toute une génération de metalheads, repoussant les limites de la brutalité du black metal avec Battles in the North, puis par la suite prenant soin de tracer sa voie artistique guidé par son instinct et son talent, en s’éloignant toujours un peu plus de ses premières amours, Immortal achève en 2002 dix ans époustouflants avec un Sons of Northern Darkness qui parachève la légende des Norvégiens, ceux-ci faisant dès lors partie des rares à pouvoir se targuer de s’être construit leur propre style : la musique d’Immortal dépasse le cadre du black et du death metal, elle incarne une forme glacée, épique et brutale d’un metal extrême puissant et racé.
Puis le monstre s’est endormi dans les profondeurs de son fjord, en 2003, alors que son succès était à son firmament, au grand dam de sa horde de fans et du surpuissant Nuclear Blast qui avait su attraper la bête dans ses filets. Il a fallu plus de trois ans pour que la bête se régénère. Elle s’est doucement réveillée en 2006, notamment par le biais du side project « I », où Abbath a rappelé combien ses élans épiques prenaient leurs sources dans un heavy metal ancestral. Puis quelques apparitions remarquées dans de grands festivals ont gonflé la rumeur : Immortal, créature bicéphale (Abbath & Demonaz), a recouvré sa force. All Shall Fall est censé en être la demonstration.
Quelques données laissaient entrevoir de bien belles choses : le fait de choisir (en partie) les fameux studios Grieghallen pour l’enregistrement (de quoi faire frémir l’échine des nostalgiques du son glacé de Pure Holocaust, à l’époque de sa sortie), ou celui non moins redoutable de mettre une nouvelle fois le mix aux mains expertes de Peter Tägtgren.
Ce son, parlons en, car c’est la première chose qui frappe. Pour ceux qui avaient couiné à cause de la surproduction patente de Sons Of Northern Darkness, rassurez-vous. Le résultat est une franche réussite : profond, puissant, un poil abrasif, le son de la guitare est un régal. Le mixage est franchement équilibré, les fûts du redoutable Horgh étant également en léger retrait par rapport à l’album précédent; quant au chant d’Abbath, il se fait plus lointain et plus détaché, produisant une impression mystique et surnaturelle intéressante.
Comme on pouvait s’y attendre, le Between Two Worlds (I) avait donné de précieuses indications sur l’évolution à venir d’Immortal. On ne sera donc pas surpris du premier qualificatif qui vient à l’esprit : All Shall Fall est épique. Abandonnant quasiment systématiquement le riffing agressif typé death metal, Abbath renoue avec un jeu plus conventionnel, très heavy, plus linéaire, faisant la part belle à son feeling imparable. Du titre éponyme, envolée implacable à la fois rapide par sa rythmique, et d’un lyrisme posé et aérien par son riff lancinant et entêtant, sans parler d’un break qui file le frisson, ou par le heavy-black guerrier et le riffing cinglant de Norden On Fire, Immortal entretient sa longue tradition de semi-ballades heavy black glaciales et monumentales (de Blashyrkh jusqu’à Tyrants). Le groupe pousse même la démarche encore plus loin avec la superbe conclusion Unearthly Kingdom, plus de huit minutes très dépouillées mais ô combien emplies de force mystique. Un riff heavy d’une grande sobriété, une rythmique mid-tempo réduite à sa plus simple expression, qui montent crescendo à la mesure de l’intensité de la musique. Rien à faire, il faut admettre que le talent se reconnaît souvent dans la simplicité?
Toutefois, le virage expérimenté par le biais de I pousse quand même Immortal vers une approche jusque là inconnue pour lui, j’en veux pour preuve l’emploi parcimonieux mais assumé de quelques soli bien sentis, subtils et fluides, fleurant bon l’inspiration heavy metal. Cette notion de heavy/black épique revient quand même comme une évidence au fil des écoutes.
J’en vois déjà certains qui frémissent : rassurez vous, Immortal n’a pas complètement viré sa cuti au point d’abandonner pour de bon le metal extrême. L’ossature du disque est quand même bâti sur une base agressive, même si All Shall Fall table plutôt sur le recours à la magie ancestrale, celle de l’atmosphère légendaire du groupe, plutôt que sur l’agression directe et la profusion de blast beats.
The Rise Of Darkness, globalement mid-tempo, rappelle un peu l’univers de At The Heart Of The Winter, avec quelques relents seventies mais en renouant aussi avec une ombre mythologique que le groupe avait négligé depuis lors. On retrouve cette puissance sombre qui se dégage de Mount North, magnifique morceau empli de pureté et de force tranquille.
Le morceau le plus agressif du disque est incontestablement Hordes Of War, qui fait penser à du Bathory époque Blood, Fire, Death, dans une version particulièrement mordante et survitaminée. Mais on est bien loin du bombardement en règle d’un One By One, soyons clairs, même si le rendu est diablement entraînant. Mais il faut l’admettre, pour les accélérations brutales et le bombardement massif, il faut aller voir ailleurs.
Comment juger All Shall Fall à l’aune de la prestigieuse discographie d’Immortal ?
On doit d’abord reconnaître au groupe une grande cohérence artistique, même si cela passe par un contenu sans surprise et relativement conforme à ce qu’on pouvait attendre. L’identité Immortal, qui fait désormais presque figure de marque déposée, est soigneusement entretenue et respectée. La magie indéniable qui se dégage des compositions d’Abbath est plus que jamais vivace. Le niveau de qualité de la production, froide mais organique, puissante et profonde, lui donne encore une dimension supplémentaire. C’est donc ce caractère ensorcelant, un brin magique et souvent immersif émotionnellement, qui fait la force de All Shall Burn.
Pour le reste, Immortal s’est franchement écarté de la brutalité qui caractérisait jusque là son metal extrême. Cela fera grincer quelques dents, mais aurait-il été envisageable de reproduire l’approche ultime de Sons of Northern Darkness sept ans après ? Pour ma part je ne le pense pas. Immortal a déjà démontré sa force à ce niveau, et cette propension à renouer avec une certaine profondeur artistique, où mysticisme et noirceur épique refont clairement surface, même au détriment de la vitesse et de la brutalité, remet en lumière le vrai talent d’Immortal, ce qui fait son unicité et sa légende. J’y vois de manière assez évidente une volonté d’Abbath et Demonaz d’emboîter le pas d’un Bathory dans cette évolution artistique. Cela ne serait guère étonnant quand on sait ce qu’incarne Quorthon aux yeux du duo.
Immortal sort donc son album le moins brutal depuis At The Heart Of The Winter. Mais All Shall Fall incarne un Immortal inspiré, presque habité, puissant, monumental, souverain. Donc un grand Immortal.
Et donc un grand disque.
Immortal : All Shall Fall
On peut franchement s’abstenir de rappeler qui est Immortal, tout au plus faire un bref rappel du parcours des Norvégiens, histoire de remettre en lumière l’événement que constitue All Shall Fall.
Immortal est une entité mythique dans le metal extrême : groupe phare de la bande de Bergen au début des années 90, coupable d’un Pure Holocaust légendaire qui a marqué au fer rouge toute une génération de metalheads, repoussant les limites de la brutalité du black metal avec Battles in the North, puis par la suite prenant soin de tracer sa voie artistique guidé par son instinct et son talent, en s’éloignant toujours un peu plus de ses premières amours, Immortal achève en 2002 dix ans époustouflants avec un Sons of Northern Darkness qui parachève la légende des Norvégiens, ceux-ci faisant dès lors partie des rares à pouvoir se targuer de s’être construit leur propre style : la musique d’Immortal dépasse le cadre du black et du death metal, elle incarne une forme glacée, épique et brutale d’un metal extrême puissant et racé.
Puis le monstre s’est endormi dans les profondeurs de son fjord, en 2003, alors que son succès était à son firmament, au grand dam de sa horde de fans et du surpuissant Nuclear Blast qui avait su attraper la bête dans ses filets. Il a fallu plus de trois ans pour que la bête se régénère. Elle s’est doucement réveillée en 2006, notamment par le biais du side project « I », où Abbath a rappelé combien ses élans épiques prenaient leurs sources dans un heavy metal ancestral. Puis quelques apparitions remarquées dans de grands festivals ont gonflé la rumeur : Immortal, créature bicéphale (Abbath & Demonaz), a recouvré sa force. All Shall Fall est censé en être la demonstration.
Quelques données laissaient entrevoir de bien belles choses : le fait de choisir (en partie) les fameux studios Grieghallen pour l’enregistrement (de quoi faire frémir l’échine des nostalgiques du son glacé de Pure Holocaust, à l’époque de sa sortie), ou celui non moins redoutable de mettre une nouvelle fois le mix aux mains expertes de Peter Tägtgren.
Ce son, parlons en, car c’est la première chose qui frappe. Pour ceux qui avaient couiné à cause de la surproduction patente de Sons Of Northern Darkness, rassurez-vous. Le résultat est une franche réussite : profond, puissant, un poil abrasif, le son de la guitare est un régal. Le mixage est franchement équilibré, les fûts du redoutable Horgh étant également en léger retrait par rapport à l’album précédent; quant au chant d’Abbath, il se fait plus lointain et plus détaché, produisant une impression mystique et surnaturelle intéressante.
Comme on pouvait s’y attendre, le Between Two Worlds (I) avait donné de précieuses indications sur l’évolution à venir d’Immortal. On ne sera donc pas surpris du premier qualificatif qui vient à l’esprit : All Shall Fall est épique. Abandonnant quasiment systématiquement le riffing agressif typé death metal, Abbath renoue avec un jeu plus conventionnel, très heavy, plus linéaire, faisant la part belle à son feeling imparable. Du titre éponyme, envolée implacable à la fois rapide par sa rythmique, et d’un lyrisme posé et aérien par son riff lancinant et entêtant, sans parler d’un break qui file le frisson, ou par le heavy-black guerrier et le riffing cinglant de Norden On Fire, Immortal entretient sa longue tradition de semi-ballades heavy black glaciales et monumentales (de Blashyrkh jusqu’à Tyrants). Le groupe pousse même la démarche encore plus loin avec la superbe conclusion Unearthly Kingdom, plus de huit minutes très dépouillées mais ô combien emplies de force mystique. Un riff heavy d’une grande sobriété, une rythmique mid-tempo réduite à sa plus simple expression, qui montent crescendo à la mesure de l’intensité de la musique. Rien à faire, il faut admettre que le talent se reconnaît souvent dans la simplicité?
Toutefois, le virage expérimenté par le biais de I pousse quand même Immortal vers une approche jusque là inconnue pour lui, j’en veux pour preuve l’emploi parcimonieux mais assumé de quelques soli bien sentis, subtils et fluides, fleurant bon l’inspiration heavy metal. Cette notion de heavy/black épique revient quand même comme une évidence au fil des écoutes.
J’en vois déjà certains qui frémissent : rassurez vous, Immortal n’a pas complètement viré sa cuti au point d’abandonner pour de bon le metal extrême. L’ossature du disque est quand même bâti sur une base agressive, même si All Shall Fall table plutôt sur le recours à la magie ancestrale, celle de l’atmosphère légendaire du groupe, plutôt que sur l’agression directe et la profusion de blast beats.
The Rise Of Darkness, globalement mid-tempo, rappelle un peu l’univers de At The Heart Of The Winter, avec quelques relents seventies mais en renouant aussi avec une ombre mythologique que le groupe avait négligé depuis lors. On retrouve cette puissance sombre qui se dégage de Mount North, magnifique morceau empli de pureté et de force tranquille.
Le morceau le plus agressif du disque est incontestablement Hordes Of War, qui fait penser à du Bathory époque Blood, Fire, Death, dans une version particulièrement mordante et survitaminée. Mais on est bien loin du bombardement en règle d’un One By One, soyons clairs, même si le rendu est diablement entraînant. Mais il faut l’admettre, pour les accélérations brutales et le bombardement massif, il faut aller voir ailleurs.
Comment juger All Shall Fall à l’aune de la prestigieuse discographie d’Immortal ?
On doit d’abord reconnaître au groupe une grande cohérence artistique, même si cela passe par un contenu sans surprise et relativement conforme à ce qu’on pouvait attendre. L’identité Immortal, qui fait désormais presque figure de marque déposée, est soigneusement entretenue et respectée. La magie indéniable qui se dégage des compositions d’Abbath est plus que jamais vivace. Le niveau de qualité de la production, froide mais organique, puissante et profonde, lui donne encore une dimension supplémentaire. C’est donc ce caractère ensorcelant, un brin magique et souvent immersif émotionnellement, qui fait la force de All Shall Burn.
Pour le reste, Immortal s’est franchement écarté de la brutalité qui caractérisait jusque là son metal extrême. Cela fera grincer quelques dents, mais aurait-il été envisageable de reproduire l’approche ultime de Sons of Northern Darkness sept ans après ? Pour ma part je ne le pense pas. Immortal a déjà démontré sa force à ce niveau, et cette propension à renouer avec une certaine profondeur artistique, où mysticisme et noirceur épique refont clairement surface, même au détriment de la vitesse et de la brutalité, remet en lumière le vrai talent d’Immortal, ce qui fait son unicité et sa légende. J’y vois de manière assez évidente une volonté d’Abbath et Demonaz d’emboîter le pas d’un Bathory dans cette évolution artistique. Cela ne serait guère étonnant quand on sait ce qu’incarne Quorthon aux yeux du duo.
Immortal sort donc son album le moins brutal depuis At The Heart Of The Winter. Mais All Shall Fall incarne un Immortal inspiré, presque habité, puissant, monumental, souverain. Donc un grand Immortal.
Et donc un grand disque.
Celtic Frost : Into The Pandemonium
Allez j’avoue : je crois bien que c’est la première fois que j’éprouve autant de difficulté à pondre une chronique. Le problème ne vient pas de la retranscription des émotions à l’écrit, mais bien des émotions elles-mêmes
Into The Pandemonium aurait dû être l’héritier du magistral To Mega Therion, celui-là même qui avait achevé l’érection du mythe Hellhammer/Celtic Frost. Début 87, c’est en tout cas l’ambition du label Noise, comptant dans ses rangs le redoutable Kreator ou l’espoir helvète Coroner: l’écurie allemande veut être la locomotive du thrash germanique et européen, et pour cela elle a donné de gros moyens aux Suisses. Ceux-ci vont passer près de quatre mois en studio, avec des ambitions artistiques démesurées. Ce que Noise ne sait pas, ou du moins découvrira trop tard pour interrompre le processus, c’est que le trio a décidé de ne rien s’interdire, de laisser libre cours à ses instincts et ses envies les plus versatiles, pas vraiment en phase avec la volonté du label
Plus de vingt ans après, on s’imagine toujours très bien l’angoisse de l’instant de la première écoute. Celtic Frost commence très fort avec une improbable reprise de Wall Of Voodoo, Mexican Radio. Mêlant spontanément la lourdeur d’un son légendaire avec un refrain sautillant presque pop, c’est une véritable douche froide d’entrée : le groupe génère d’emblée la cassure avec son passé artistique, du moins avec sa noirceur. Si Mesmerized interpelle lui aussi, c’est pour une bien meilleure raison. Ce morceau pourrait se concevoir comme l’un des premiers véritables rejetons de metal gothique : mélancolique et sombre, son atmosphère funeste préfigure largement les premiers efforts de Paradise Lost, notamment sur l’album Gothic, qui ira jusqu’à reprendre les riffs du morceau et l’emploi identique des chants féminins. Seul le chant larmoyant de Tom dénote quelque peu. On retrouve dans la foulée un Celtic Frost plus conformiste : Inner Sanctum renoue avec brio avec le black/thrash classieux et mid-tempo du formidable To Mega Therion.
Cependant, visiblement amusé de souffler le chaud et le froid alternativement, Celtic Frost nous balance un kitschissime Tristesses de la Lune, poème de Baudelaire mi-chanté mi-récité en français par une interprète féminine, sur fond de violons (morceau sorti sous cette forme sur l’extravagant EP I Won’t Dance
). Sont-ils devenus fous ? La suite de l’album mérite de poser la question : One In Their Pride, sorte d’électro/indus façon Front 242, avec samplers et boîte à rythme, paraît d’une audace jamais vue pour un groupe de ce style. Rappelons qu’à l’époque l’indus metal n’est qu’un genre embryonnaire qui n’a même pas de nom
Mais il y a pire : I Won’t Dance, son refrain aux relents de pop des eighties, prémonitoire de la catastrophe à venir (le terrible Cold Lake). Incompréhensible, d’autant plus que ces écarts pour le moins audacieux, à mettre sous le coup de l’expérimentation, semblent avoir du mal à trouver une justification artistique dans le cadre de l’album.
Pourtant, malgré ces audaces qui interpellent, Celtic Frost montre parallèlement son meilleur visage, le plus noir, le plus envoûtant, tout en privilégiant l’inventivité. L’enchaînement Jade Serpent I&II (baptisés Babylon On Fell et Caress Into Oblivion) tutoie la perfection. Une nouvelle fois, Celtic Frost explore de nouveaux horizons décisifs pour le metal : Babylon On Fell est un véritable brûlot de Dark Metal, monumental et prenant, qui préfigure le Samael des années 92-94. Ses riffs lourds et entraînants, les vocaux erraillés de TG Warrior dépeignent un paysage sombre et mystique. Caress Into Oblivion, plus nuancé, alterne un univers qui tend vers le doom atmosphérique aux effluves gothiques et des passages dark/thrash nerveux. Sa profondeur et sa finesse en font une véritable merveille, là encore dans une forme peu ou pas explorée jusque là dans le heavy metal. Un véritable puits d’inspiration pour plusieurs générations de musiciens à venir. Puis il y a le grandiloquent, le baroque, l’époustouflant Rex Irae : pensez donc qu’il y a plus de vingt ans, un groupe de metal s’est mis à accompagner son dark metal glacé et funèbre par des instruments classiques, et confié une partie du chant à une soprano. Gothic metal, Symphonic metal et autres joyeusetés, devenues presque familières du metal contemporain, voient en fait leur acte de naissance unique et définitif ici
et ce Rex Irae (Requiem) ne se contente pas d’être une géniale invention musicale : son atmosphère de fin de monde complètement désarçonnante, mi-macabre, mi-angoissée, complètement enfiévrée d’une folie mortuaire, semble enfin donner du sens au magnifique artwork du disque. Celui-ci (dans sa version originale), fini par un Oriental Masquerade du même acabit, court mais imposant morceau instrumental ayant recours à des élans philarmoniques.
Oui, on comprend a posteriori la crainte du management de Celtic Frost à l’heure de la sortie de Into The Pandemonium. Mais on doit aussi rendre justice au trio helvète : montrant une obstination presque excessive à ne pas rentrer dans un moule, il s’est fait fort d’aller au bout de ses convictions et de ses élans créatifs. Et si intrinsèquement, Into The Pandemonium, en tant que tel, est un peu victime de ces excès, perdant la cohérence et l’homogénéité qui lui auraient peut-être donné un sens, il se révèle en même temps un incroyable foyer créatif, une mine d’inventions musicales qui vont révolutionner le metal des années 90 et 2000. Metal gothique ou symphonique, dark ou doom, voire jusqu’à l’indus, Celtic Frost poursuit son inlassable défrichage qu’il avait déjà mené pour le black et le death metal.
Into The Pandemonium n’est donc pas le chef d’uvre qui succède à To Mega Therion. Album mêlant le sublime à l’improbable, complètement décousu, voire carrément abstrait par moments, il reste incompris pour beaucoup (moi compris), quand bien même on pourrait lui trouver un sens
Cependant, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, c’est au travers de cet album que le génie de Celtic Frost s’affirme sans doute le plus. Allez comprendre
Pour finir là où la chronique avait débuté : sachez d’abord que Noise ne s’est pas longtemps inquiété, Into The Pandemonium devenant le plus gros succès commercial du groupe quant à ma chronique, pour la première fois, elle ne sera pas accompagnée d’une note. Si je me suis montré assez explicite dans mon texte, vous n’aurez aucun mal à comprendre pourquoi !
Celtic Frost : Into The Pandemonium
Allez j’avoue : je crois bien que c’est la première fois que j’éprouve autant de difficulté à pondre une chronique. Le problème ne vient pas de la retranscription des émotions à l’écrit, mais bien des émotions elles-mêmes?Into The Pandemonium aurait dû être l’héritier du magistral To Mega Therion, celui-là même qui avait achevé l’érection du mythe Hellhammer/Celtic Frost. Début 87, c’est en tout cas l’ambition du label Noise, comptant dans ses rangs le redoutable Kreator ou l’espoir helvète Coroner: l’écurie allemande veut être la locomotive du thrash germanique et européen, et pour cela elle a donné de gros moyens aux Suisses. Ceux-ci vont passer près de quatre mois en studio, avec des ambitions artistiques démesurées. Ce que Noise ne sait pas, ou du moins découvrira trop tard pour interrompre le processus, c’est que le trio a décidé de ne rien s’interdire, de laisser libre cours à ses instincts et ses envies les plus versatiles, pas vraiment en phase avec la volonté du label?
Plus de vingt ans après, on s’imagine toujours très bien l’angoisse de l’instant de la première écoute. Celtic Frost commence très fort avec une improbable reprise de Wall Of Voodoo, Mexican Radio. Mêlant spontanément la lourdeur d’un son légendaire avec un refrain sautillant presque pop, c’est une véritable douche froide d’entrée : le groupe génère d’emblée la cassure avec son passé artistique, du moins avec sa noirceur. Si Mesmerized interpelle lui aussi, c’est pour une bien meilleure raison. Ce morceau pourrait se concevoir comme l’un des premiers véritables rejetons de metal gothique : mélancolique et sombre, son atmosphère funeste préfigure largement les premiers efforts de Paradise Lost, notamment sur l’album Gothic, qui ira jusqu’à reprendre les riffs du morceau et l’emploi identique des chants féminins. Seul le chant larmoyant de Tom dénote quelque peu. On retrouve dans la foulée un Celtic Frost plus conformiste : Inner Sanctum renoue avec brio avec le black/thrash classieux et mid-tempo du formidable To Mega Therion.
Cependant, visiblement amusé de souffler le chaud et le froid alternativement, Celtic Frost nous balance un kitschissime Tristesses de la Lune, poème de Baudelaire mi-chanté mi-récité en français par une interprète féminine, sur fond de violons (morceau sorti sous cette forme sur l’extravagant EP I Won’t Dance?). Sont-ils devenus fous ? La suite de l’album mérite de poser la question : One In Their Pride, sorte d’électro/indus façon Front 242, avec samplers et boîte à rythme, paraît d’une audace jamais vue pour un groupe de ce style. Rappelons qu’à l’époque l’indus metal n’est qu’un genre embryonnaire qui n’a même pas de nom? Mais il y a pire : I Won’t Dance, son refrain aux relents de pop des eighties, prémonitoire de la catastrophe à venir (le terrible Cold Lake). Incompréhensible, d’autant plus que ces écarts pour le moins audacieux, à mettre sous le coup de l’expérimentation, semblent avoir du mal à trouver une justification artistique dans le cadre de l’album.
Pourtant, malgré ces audaces qui interpellent, Celtic Frost montre parallèlement son meilleur visage, le plus noir, le plus envoûtant, tout en privilégiant l’inventivité. L’enchaînement Jade Serpent I&II (baptisés Babylon On Fell et Caress Into Oblivion) tutoie la perfection. Une nouvelle fois, Celtic Frost explore de nouveaux horizons décisifs pour le metal : Babylon On Fell est un véritable brûlot de Dark Metal, monumental et prenant, qui préfigure le Samael des années 92-94. Ses riffs lourds et entraînants, les vocaux erraillés de TG Warrior dépeignent un paysage sombre et mystique. Caress Into Oblivion, plus nuancé, alterne un univers qui tend vers le doom atmosphérique aux effluves gothiques et des passages dark/thrash nerveux. Sa profondeur et sa finesse en font une véritable merveille, là encore dans une forme peu ou pas explorée jusque là dans le heavy metal. Un véritable puits d’inspiration pour plusieurs générations de musiciens à venir. Puis il y a le grandiloquent, le baroque, l’époustouflant Rex Irae : pensez donc qu’il y a plus de vingt ans, un groupe de metal s’est mis à accompagner son dark metal glacé et funèbre par des instruments classiques, et confié une partie du chant à une soprano. Gothic metal, Symphonic metal et autres joyeusetés, devenues presque familières du metal contemporain, voient en fait leur acte de naissance unique et définitif ici?et ce Rex Irae (Requiem) ne se contente pas d’être une géniale invention musicale : son atmosphère de fin de monde complètement désarçonnante, mi-macabre, mi-angoissée, complètement enfiévrée d’une folie mortuaire, semble enfin donner du sens au magnifique artwork du disque. Celui-ci (dans sa version originale), fini par un Oriental Masquerade du même acabit, court mais imposant morceau instrumental ayant recours à des élans philarmoniques.
Oui, on comprend a posteriori la crainte du management de Celtic Frost à l’heure de la sortie de Into The Pandemonium. Mais on doit aussi rendre justice au trio helvète : montrant une obstination presque excessive à ne pas rentrer dans un moule, il s’est fait fort d’aller au bout de ses convictions et de ses élans créatifs. Et si intrinsèquement, Into The Pandemonium, en tant que tel, est un peu victime de ces excès, perdant la cohérence et l’homogénéité qui lui auraient peut-être donné un sens, il se révèle en même temps un incroyable foyer créatif, une mine d’inventions musicales qui vont révolutionner le metal des années 90 et 2000. Metal gothique ou symphonique, dark ou doom, voire jusqu’à l’indus, Celtic Frost poursuit son inlassable défrichage qu’il avait déjà mené pour le black et le death metal.
Into The Pandemonium n’est donc pas le chef d’?uvre qui succède à To Mega Therion. Album mêlant le sublime à l’improbable, complètement décousu, voire carrément abstrait par moments, il reste incompris pour beaucoup (moi compris), quand bien même on pourrait lui trouver un sens?
Cependant, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, c’est au travers de cet album que le génie de Celtic Frost s’affirme sans doute le plus. Allez comprendre?
Pour finir là où la chronique avait débuté : sachez d’abord que Noise ne s’est pas longtemps inquiété, Into The Pandemonium devenant le plus gros succès commercial du groupe?quant à ma chronique, pour la première fois, elle ne sera pas accompagnée d’une note. Si je me suis montré assez explicite dans mon texte, vous n’aurez aucun mal à comprendre pourquoi !
Behemoth (PL) : Thelema 6
La fin des années 90 marque un tournant au sein du metal extrême. Sans aller jusqu’à parler de rupture, on peut employer le terme de rééquilibrage. La scène black metal, hypertrophiée par son succès et désorientée par la profusion des différents styles et écoles, semble paradoxalement avoir perdu le feu sacré alors qu’elle n’a jamais été aussi populaire. Le death metal, dans le même temps, semble sortir de son hibernation (en partie contrainte et forcée par son turbulent cousin). Et il n’est pas anodin de noter l’émergence de nouveaux groupes comme Angel Corpse ou Krisiun, qui marquent les esprits en associant un death metal très martial et direct et une aura haineuse et blasphématoire très profonde, jusque là raison d’être du black metal.
C’est à la lumière de cette mutation insidieuse à l’époque- qu’il faut appréhender le parcours de Behemoth, né groupe de pur black metal. Depuis que les Polonais ont réussi à acquérir une technique digne de ce nom, et surtout à intégrer un frappeur de fûts de tout premier plan en la personne d’Inferno, ils semblent bien enclins à suivre cette voie qui s’ouvre vers le death metal. Le prometteur Satanica (1999), ne laisse plus vraiment place au doute, même si son caractère transitoire est indéniable. Nergal et ses acolytes joueront désormais du death metal. Et sans avoir la même résonance que les albums des deux groupes cités plus haut, Satanica fait assez parler de lui pour que le groupe ne passe plus inaperçu.
Behemoth passe la vitesse supérieure l’année suivante : son nouveau brûlot se nomme Thelema 6. Son artwork intrigue, puis devient bien vite connu de tous les metalheads amateurs de metal extrême, tant le bouche à oreille fonctionne.
Car ce coup-ci, Behemoth laisse pantois les deathsters qui ne voyaient en Behemoth qu’un petit groupe de black opportuniste. C’est que Thelema 6 n’a pas à rougir de la comparaison avec un Conquerors Of Armageddon (Krisiun), pour ne citer qu’un seul disque référence de cette année là
Comment Behemoth s’y prend-il ? Il laisse de côté tous ses états d’âme artistiques qui rendaient parfois Satanica un peu disparate. Le fusil de guerre en bandoulière, Nergal écrit une dizaine de titres destructeurs, basés sur la vitesse d’exécution, l’agression, la haine et la noirceur.
La musique de Behemoth prend une tournure radicale qu’on ne lui connaissait pas. Semblant avoir complètement digéré sa mutation, le groupe épate par sa capacité à structurer sa créativité dans un cadre purement death metal. Non seulement les constructions sont soignées, révélant un équilibre remarquable entre l’agression directe et les enchaînements travaillés qui cassent toute linéarité. Et comme l’exécution est bluffante en terme de précision et de placement, le résultat est franchement décapant d’efficacité. Le soutien du mitraillage dévastateur d’Inferno donne l’ossature nécessaire à l’épanouissement des riffs de Nergal, qui confirme un talent rare. Sa capacité à retranscrire des ambiances très dures, guerrières, mais jamais dénuées d’une touche épique et de noirceur froide, donne une coloration typique au disque. La patte Behemoth prend indiscutablement forme, même avec une production un peu rêche qui manque un peu de profondeur.
D’autre part, le groupe a gardé quelques touches de son savoir-faire passé : il sait ainsi délivrer quelques touches discrètes qui ça et là donnent une forme d’esthétisme à la musique : le lyrisme d’un soli, ou un break élégant qui viennent « finir » un travail de sape dévastateur (la fin superbe de The Act Of Rebellion par exemple).
Mais on doit remarquer une autre singularité qui distingue Behemoth de beaucoup de concurrents : sa capacité à pondre des hymnes imparables. Le riff qui tue, l’accélération qui foudroie, la mélodie surpuissante qui s’inscrit immédiatement et pour toujours dans les tronches.
Et Thelema 6 en est empli, de ces « hits » amenés à devenir cultes : le volcanique Christians to The Lions et son riff démoniaque à la Krisiun qui rend fou, le formidable Inflamed With Rage, et ses breaks/accélérations absolument grisants, sans parler du monstre qui fait figure d’introduction au disque : le légendaire Antichristian Phenomemon, son thème entêtant repris et martelé avec une maestria qui file la chair de poule. La recette est vieille comme le heavy metal, mais là encore elle fait mouche. En accouchant de ses titres intemporels, puis en les resservant avec une puissance de feu incommensurable en concert lors de ses tournées intensives, le groupe commence également à construire sa légende en marquant les esprits de son public.
Thelema 6 est sans doute considéré comme le vrai départ de la carrière death metal de Behemoth, du moins celui d’une reconnaissance indéniable de la scène death. C’est à grands coups de blasts supersoniques, de riffs inspirés et classieux, de soli discrets mais opportuns, de growls froids et implacables, de constructions soignées et percutantes, que Behemoth construit son mythe. L’univers musical, qui en impose par son côté froid et monumental, en est un des éléments, mais Nergal ne néglige rien, de l’artwork à l’imagerie, des paroles provocantes mais travaillées, jusqu’à la mise en place scénique
rien n’est laissé au hasard.
La machine de guerre Behemothienne est lancée, et Thelema 6 reste encore à ce jour l’une de ses ogives les plus meurtières.