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Hirax : The New Age Of Terror

admin
22 Jul 2008  
>> Uncategorized

The New Age Of TerrorA force de nous bassiner avec le thrash revival, on en viendrait presque à se mélanger furieusement les pinceaux. Parce qu’entre les vieux groupes old-school de retour du diable vauvert en jouant du thrash finalement à l’approche plutôt moderne (Exodus ou Testament), les jeunes groupes d’ados encore pustuleux qui jouent du old school vintage de chez vintage, (les Merciless Death et autres Fueled By Fire), ceux qui en vingt ans n’ont pas pris une ride (Death Angel), on ne sait plus vraiment ce que old school signifie.

Ou plutôt si, parce que dans le tas, on trouve des mecs qui sans faire trop de bruit ont traversé presque trois décennies sans dénaturer leur approche musicale ; et ceux-là peuvent vêtir leur veste à patchs poussiéreuse avec une certaine légitimité. Hirax est de ceux là.

A la fois figure éternelle du thrash ricain, avec son charismatique vocaliste le sieur DePena, sans jamais réellement se hisser en première division parmi les gros bras, Hirax -comme ses collègues- marque une longue pause à l’orée des nineties, mais contrairement à nombre de ses petits copains, le groupe repart avec son bâton de pèlerin dès 1997. Et là où les américains se singularisent un peu plus, c’est qu’ils n’ont pas renié un instant leur vieux thrash un brin primitif. Précurseurs du revival ? Au moins personne ne peut les taxer d’opportunisme lorsque sort The New Age Of Terror, le second full length de leur période « moderne ».

Et c’est une petite leçon de thrash à l’ancienne que l’on reçoit. Un son chaleureux pas pollué par une prod’ très vintage, avec ce qu’il faut de profondeur pour ne pas perdre d’impact? mais le rendu sort bien des années 80?

Et puis ce classicisme élégant des riffs très directs, qui permettent à tout instant de toucher du doigt l’héritage légitime du heavy metal, du punk et du hardcore. Accessible, direct, plein d’énergie, ce thrash n’a pas la flamboyance de certains groupes de la Bay-Area, ni la virulence de certains thrashers germains, bien que son côté guerrier s’en rapproche davantage.

Par contre, un groove étonnant, ce soupçon d’allant qui fait que sans démonstration technique (malgré de biens jolis soli), l’assise musicale est vraiment séduisante.

Et puis il y a la prestation de DePena, génial, occupant un espace gigantesque, apportant cette touche émotionnelle singulière, conjuguant un lyrisme hérité du heavy, une énergie étonnante et une agressivité toujours élégante. Assurément l’une des meilleures voix du thrash metal, qui livre la une prestation de haut vol, malgré un léger manque de variété.

De quoi passer de bien bonnes heures de plaisir, à fredonner le refrain du rugueux Hell On Earth, à sauter comme un fou sur un percutant Suffer (ah les accélérations dans les gencives !), sans oublier l’excellent tryptique Killswitch ? Hostile Territory ? The New Age Of Terror qui marque d’entrée le territoire avec autorité (les trois premiers mots de l’album étant « Fight ! Fight ! Fight ! »).

A dire vrai on n’a pas à déplorer de morceau de qualité moindre, y compris dans des titres plus atypiques, comme quelques courtes instrumentales de très bon goût, ou le rafraîchissement du fameux El Diablo Negro (le morceau de la renaissance d’Hirax).

Un bon disque de thrash authentique, sans prétention, taillé pour la scène (il convient de le souligner), de ceux qui viennent éternellement renforcer les fondements du mouvement (de l’imagerie aux thématiques des textes, en passant par les bases musicales).

LE thrash old school, il est là. Et c’est sacrément bon.

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Anthrax : Stomp 442

admin
16 Jul 2008  
>> Uncategorized

Stomp 442Les New-Yorkais pensaient avoir tout anticipé. La petite mort du thrash metal, déjà, en montrant par l’effort volontaire de Sound Of White Noise qu’Anthrax pouvait évoluer vers un son nouveau. La nécessité de changer de braquet au niveau du label (de Island à Elektra) ainsi que d’image et de potentiel au niveau du frontman.

Et pourtant, malgré tout le talent de John Bush et la qualité ?plutôt sous estimée- de Sound Of White Noise, Anthrax n’a pas réussi son pari, s’enlisant un peu plus dans la masse du tout venant, tout juste parvient-il à conserver un certain standing sur la base de son passé.

Pourtant, Scott Ian n’est pas en reste, et toujours enclin à pratiquer une démarche volontariste, il se persuade que Stomp 442, son nouvel opus lancé courant 1995, sera l’album du renouveau et du retour d’Anthrax parmi les groupes les plus influents.

Les intentions sont claires: rompre définitivement avec les racines thrash pour coller aux nouveaux canons du metal ?moderne?, dont les prémices commencent à se faire sentir Outre-Atlantique, et profiter également du potentiel vocal de Bush pour donner du relief aux compositions.

En pratique, cela passe d’abord par une volonté aussi farouche qu’aveugle de mettre la priorité sur la production. Et à ce titre, Anthrax tombe dans les mêmes travers que bon nombre de groupes émergents (du metal alternatif en passant par le neo ou le post-thrash), oubliant que l’épaisseur du son ne compense jamais une composition hératique.

Comme un symbole prémonitoire, Dan Spitz quitte d’ailleurs le groupe peu avant la réalisation de l’album, ne partageant plus les orientations musicales du groupe. Et c’est le charismatique mais moins technique Scott Ian qui se retrouve seul (ou presque) en charge de la six cordes.

Expliquant l’accueil plutôt favorable des critiques de l’époque et d’un bon contingent de metalleux, il faut avouer que la première écoute de Stomp 442 laisse plutôt une impression flatteuse.

Les deux premiers morceaux, surtout le très compact Fueled et son riff musclé, font ainsi bonne figure, notamment en mettant en valeur un son d’une profondeur exemplaire. La puissance et l’énergie dégagées laissent augurer une suite alléchante.

Alors certes, l’impact sonore continue de faire son effet, mais hélas les titres s’égrennent sans vraiment marquer le coup. Bien sûr, on parvient facilement à accrocher quelques refrains grâce à la prestation convaincante et enthousiaste de John Bush, qui semble avoir encore pris un peu plus ses marques par rapport à l’opus précédent (comme sur American Pompeii par exemple).

Mais malgré des guest stars telles que Dimebag Darrell (au demeurant plutôt discret lors de ses interventions), une ballade plutôt fade (Bare), un final en faux live (Tester), le contenu artistique se révèle extrêmement pauvre, mis à nu au fur et à mesure des écoutes.

S’appuyant désespérement sur une construction classique, tempo moyen, riffs certes agréables mais trop peu inspirés et alternance couplets/refrains sans allant instrumental, Anthrax tombe dans un metal plutôt conventionnel, trop basique pour prétendre à l’étiquette heavy, suffisamment puissant pour éviter le cataloguage metal alternatif, pas assez novateur pour être associé au néo. Et le thrash dans tout cela ? A l’opposé du post-thrash destructeur d’un Machine Head, Stomp 442 ne recèle aucun morceau rapide. Une vague accélération sur In A Zone (le seul passage susceptible d’être considérée comme une mosh part, avec un peu de bonne volonté), et la messe est dite. Même quelques refrains volontaires (comme Drop The Ball) ne sont jamais parvenus à me faire hocher la caboche.

Le naufrage artistique d’Anthrax se situe avant tout ici. A vouloir résolument tourner la page, le groupe se saborde. L’album révèle ainsi un Anthrax amputé de sa force et de son impact historiques. Et quand bien même John Bush déploie un talent évident, quand bien même la modernité et la puissance de la production font illusion quelques instants, quand bien même on peut relever bon nombre de passages accrocheurs et bien ficelés, Anthrax devient un groupe parmi d’autres, de ceux qui n’ont plus que le son et la puissance de leur label pour faire illusion.

Sauf que là où tant de nouveaux groupes sans réel talent ont réussi à connaître un certain succès commercial par cette voie, Anthrax se suicide en voulant rompre avec son glorieux passé. Et son relatif succès aux yeux d’un nouveau public ne fera illusion qu’un temps.

Décidemment, que ces années furent douloureuses pour les fans de thrash metal.

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Nile : In Their Darkened Shrines

admin
4 Jul 2008  
>> Uncategorized

In Their Darkened ShrinesL’Apogée Triomphante.

A l’heure de dévoiler son troisième opus, Nile est déjà impressionnant. Irrémédiablement associé à l’obsession égyptologique de sa tête pensante Karl Sanders, le groupe américain s’est également taillé une place de choix parmi les nouveaux acteurs de la scène death metal, alors en plein renouveau en ce début de millénaire.

Là où Black Seeds of Vengeance avait brillamment bouleversé cette hiérarchie, In Their Darkened Shrines a tout pour devenir le disque de l’avènement de Nile, et il s’avère être celui attendu.

Les superlatifs ne manquent pas son écoute, tant la démonstration du talent de Nile est éblouissante.

Un talent multiple, à l’évidence, tant les premières débauches de brutalité lèvent toute équivoque. Dès les envolées furieuses de The Blessed Dead, Nile affiche sa puissance empreinte de technicité, ses blasts cataclysmiques, ses riffs débridés aux circonvolutions ensorcelantes, et sa rage non contenue. Quelques touches monumentales de claviers disséminées avec justesse viennent achever un tableau diablement impressionnant.

Nile frappe très fort, tout en conservant son identité profonde, et les deux morceaux suivants, Execration Text et le prodigieux Sarcophagus sont sans équivoque. Autant dans l’intransigeance brutale du premier nommé que dans la lourdeur mystique du second, l’univers de prédilection de Nile apparaît sublimé. Que dire d’autre à l’écoute du final improbable de Sarcophagus, sinon que l’intensité de son atmosphère ne peut que transporter l’auditeur dans ce long voyage dans le temps et l’espace vers l’Egypte antique…imparable.

Du reste, le voyage chez les Pharaons n’est pas que suggéré, l’immersion est totale et inévitable. Entre un artwork une nouvelle fois sans équivoque et l’incroyable richesse encyclopédique du livret, où ce vieux fou de Sanders détaille avec une rigueur toute scientifique les thèmes abordés sous l’angle de l’archéologue érudit, et bien entendu l’univers ambiant qui transpire des pores musicaux du disque, il faut se rendre à l’évidence : Nile mène parfaitement sa barque (c’est le cas de le dire), et c’est bien le domaine des Dieux de cette Egypte pharaonique qui s’offre à nous.

Côté purement musical, même en faisant volontairement fi de l’exubérance émotionnelle des atmosphères antiques somptueuses, le death metal technique et diablement maîtrisé du combo est bluffant, et semble avoir encore progressé par rapport aux opus précédents. Excellant dans les envolées les plus brutales, la rythmique basse/batterie (avec Tony Laureano derrière les fûts) donne un corps respectable à l’ensemble sublimé par les riffs aussi agressifs que pertinents des gratteux. Nile délivre en fait la « totale », à l’image d’un incroyable Unas Slayer Of The Gods de presque douze minutes qui résume presque à lui seul l’album : des passages de furie métallique avec un déchaînement rythmique des plus intransigeants, des breaks d’une lourdeur écrasante parfaitement amenés, et surgissant de manière imparable, ces longs passages atmosphériques à la richesse émotionnelle et évocatrice sans commune mesure. D’une beauté à toute épreuve, l’ivresse de bonheur assurée…

In Their Darkened Shrines affiche un équilibre proche de la perfection dans l’alternance de titres lourds et chargés (ah le riff en marbre de I Whisper In The Ear Of The Dead et ses enchaînements aériens), et de morceaux plus brutaux et spontanés, deux visages complémentaires largement maîtrisés dans un ensemble de haut calibre, d’une grande fluidité. Pourtant, inexorablement, la teneur mystique du disque prend le pas sur la débauche de brutalité technique pure, pourtant diablement impressionnante. Et le long cheminement quasi ésotérique prend toute sa signification à l’attaque du dernier quart du disque. In Their Darkened Shrines, part I à IV, franchit encore un pas dans le mysticisme par rapport aux neuf premiers morceaux, que l’on quitte sur l’exceptionnel Wind Of Horus, ses riffs virulents et déhanchés si orientaux, superbement appuyés par la véhémence des growls d’outretombe.

Après une première partie instrumentale où l’on se laisse enivré par le mirage sonore d’un cortège funéraire, la part II revient mettre une couche aussi brève que brutale, déchaînement de riffs acérés et de blasts effrénés qui vient se relâcher d’un coup pour finir dans un souffle d’une belle mélancolie. L’atmosphère s’élève encore un peu plus dans des strates oniriques. Nouveau retour d’une colère surnaturelle dans un déferlement terrible (part III), riff mystique à la puissance divine et destructrice?la lourdeur écrasante d’un break opportun, pour s’achever finalement par la dernière partie, (Part IV : Ruins), mélodie lancinante et épique qui laisse entrevoir un crépuscule rougeoyant d’une fin de règne.

N’en jetez plus?

Si on doit mettre en avant la grandeur de l’album avec un argument imparable, c’est avant tout pour la faculté improbable de Nile à produire un death metal brutal, technique et pointu, avec pour but ultime est de recréer un univers antique empreint d’un mysticisme et d’une richesse évocatrice des plus rares.

A mille lieux de faire dans la démonstration gratuite, Nile réussit son audacieux pari en bâtissant un édifice prodigieux, univers antique d’une puissance évocatrice sans limite.

Cette aura atteint sans doute là un sommet qui rend cette ?uvre définitivement unique. Un monument pharaonique?

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Suffocation : Despise the Sun

admin
29 May 2008  
>> Uncategorized

Despise the SunSuccesseur attendu du cultissime Pierced From Within, Despise the Sun voit le jour en 1998, sous la forme d’un MCD. Le line-up reste stable, à la notable exception du poste de batteur, qui revient cette fois à Dave Culross, officiant alors chez Malevolent Creation.

Niveau production, on trouvera difficilement un groupe de death metal plus échaudé à ce niveau que Suffocation. Portant comme un fardeau le ratage sur ce point de Breeding the Spawn, les New-Yorkais sont devenus intransigeants sur ce point, et c’est à nouveau Scott Burns en personne qui se voit reconduit, après le résultat époustouflant obtenu sur Pierced From Within.

En terme de son, il s’avère que Despise the Sun fait presque encore plus fort que son prédecesseur. Une puissance bluffante, un mix superbe, mettant une fois encore en valeur le couple rythmique basse/batterie (quoique la quatre cordes se fasse plus discrète que sur Pierced), un équilibre parfait entre les growls légendaires de Frank Mullen et le tranchant des guitares.

Le death metal de Suffocation s’éloigne cependant notoirement de la complexité de Pierced. Privilégiant des structures plus massives et directes, du moins sur les quatre premiers morceaux (Catatonia est une pièce rapportée de Human Waste), Suffocation semble avant tout chercher l’efficacité au détriment de la technicité pure.

Quelques traits particulièrement parlants : l’absence totale de soli ( !), des riffs pas particulièrement pointus mais jouant plutôt sur la densité, guère plus de deux breaks par morceau, une batterie moissonneuse-batteuse qui alterne peu ses tempi.

Devoid Of Truth est particulièrement significatif de cette évolution (deux riffs martelés dégageant malgré tout une puissance de feu terrifiante).

Suffocation revient de fait à une structure de death metal conventionnel, fleurant même le old-school par moments. Pourtant, le résultat est décapant. Le terrifiant Despise the Sun et son riff roulant qui dévaste tout sur son passage est par exemple d’une efficacité redoutable, prompt à s’incruster dans les têtes et à défriser les plus blasés. Franck Mullen semble encore évoluer dans des sphères plus stratosphériques qu’habituellement, peut-être davantage mis en relief par le feu roulant plus linéaire des compositions.

La salve déflagrante et dévastatrice rase tout sur son passage en à peine douze minutes. Un feu nourri sans respiration ni figure de style. Mais quel impact?

On s’en remet au final à Catatonia pour retrouver les contours plus marqués du death technique à la New-Yorkaise si caractéristique de Suffocation, ce qui offre le premier solo du disque, les premières constructions à tiroirs et changements de rythmes intempestifs et saccadés.

Finalement, la démarche du groupe peut quelque peu interpeller. A considérer ce qui pourrait être vu comme des griefs (la durée bien trop courte, le virage vers un death plus classique et direct qui tranche avec la personnalité atypique de Suffocation,?), on pourrait émettre un avis mitigé à l’égard de Despise the Sun.

Ce serait omettre un élément fondamental : l’efficacité du disque est telle qu’elle doit être considérée comme une formidable preuve du talent de Suffocation. Le gang New-Yorkais prouve justement ici qu’il ne doit pas seulement sa reconnaissance à la complexité de son style, mais qu’il est avant tout une formidable machine de guerre, capable d’engendrer un death metal d’une grande pureté, même dans des formes plus conventionnelles. Et ça, c’est la grande classe.

D’un point de vue historique, Despise the Sun marque également la fin de l’ère historique de Suffocation, qui splitte quelques temps plus tard, ne revenant sur le devant de la scène qu’en 2004 avec Souls to Deny, soit huit ans après. Cela ne le rend qu’un peu plus indispensable.

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Suffocation (USA) : Despise the sun

admin
29 May 2008  
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Suffocation (USA) : Despise the sunSuccesseur attendu du cultissime Pierced from within, Despise the sun voit le jour en 1998, sous la forme d’un MCD. Le line-up reste stable, à la notable exception du poste de batteur, qui revient cette fois à Dave Culross, officiant alors chez Malevolent Creation.

Niveau production, on trouvera difficilement un groupe de death metal plus échaudé à ce niveau que Suffocation. Portant comme un fardeau le ratage sur ce point de Breeding the Spawn, les New-Yorkais sont devenus intransigeants sur ce point, et c’est à nouveau Scott Burns en personne qui se voit reconduit, après le résultat époustouflant obtenu sur Pierced from within.

En terme de son, il s’avère que Despise the sun fait presque encore plus fort que son prédecesseur. Une puissance bluffante, un mix superbe, mettant une fois encore en valeur le couple rythmique basse/batterie (quoique la quatre cordes se fasse plus discrète que sur Pierced), un équilibre parfait entre les growls légendaires de Frank Mullen et le tranchant des guitares.

Le death metal de Suffocation s’éloigne cependant notoirement de la complexité de Pierced. Privilégiant des structures plus massives et directes, du moins sur les quatre premiers morceaux (Catatonia est une pièce rapportée de Human waste), Suffocation semble avant tout chercher l’efficacité au détriment de la technicité pure.

Quelques traits particulièrement parlants : l’absence totale de soli ( !), des riffs pas particulièrement pointus mais jouant plutôt sur la densité, guère plus de deux breaks par morceau, une batterie moissonneuse-batteuse qui alterne peu ses tempi.

Devoid Of Truth est particulièrement significatif de cette évolution (deux riffs martelés dégageant malgré tout une puissance de feu terrifiante).

Suffocation revient de fait à une structure de death metal conventionnel, fleurant même le old-school par moments. Pourtant, le résultat est décapant. Le terrifiant Despise the sun et son riff roulant qui dévaste tout sur son passage est par exemple d’une efficacité redoutable, prompt à s’incruster dans les têtes et à défriser les plus blasés. Franck Mullen semble encore évoluer dans des sphères plus stratosphériques qu’habituellement, peut-être davantage mis en relief par le feu roulant plus linéaire des compositions.

La salve déflagrante et dévastatrice rase tout sur son passage en à peine douze minutes. Un feu nourri sans respiration ni figure de style. Mais quel impact?

On s’en remet au final à Catatonia pour retrouver les contours plus marqués du death technique à la New-Yorkaise si caractéristique de Suffocation, ce qui offre le premier solo du disque, les premières constructions à tiroirs et changements de rythmes intempestifs et saccadés.

Finalement, la démarche du groupe peut quelque peu interpeller. A considérer ce qui pourrait être vu comme des griefs (la durée bien trop courte, le virage vers un death plus classique et direct qui tranche avec la personnalité atypique de Suffocation,?), on pourrait émettre un avis mitigé à l’égard de Despise the sun.

Ce serait omettre un élément fondamental : l’efficacité du disque est telle qu’elle doit être considérée comme une formidable preuve du talent de Suffocation. Le gang New-Yorkais prouve justement ici qu’il ne doit pas seulement sa reconnaissance à la complexité de son style, mais qu’il est avant tout une formidable machine de guerre, capable d’engendrer un death metal d’une grande pureté, même dans des formes plus conventionnelles. Et ça, c’est la grande classe.

D’un point de vue historique, Despise the sun marque également la fin de l’ère historique de Suffocation, qui splitte quelques temps plus tard, ne revenant sur le devant de la scène qu’en 2004 avec Souls to deny, soit huit ans après. Cela ne le rend qu’un peu plus indispensable.

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Dislocation (FRA) : Soulgrinders From The Stars

admin
7 May 2008  
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Dislocation (FRA) : Soulgrinders From The StarsTroisième album pour les death metalleux auvergnats, qui cette fois-ci diversifient le contenu musical mais également le concept de l’album. Soulgrinders From The Stars est à proprement parler un album-concept, construit autour des paroles et d’une histoire bien ficelée.

Laurent Chambe nous gratifie d’une sorte de conte fantastique assez noir, dans lequel un personnage se fait enlever par des forces extraterrestres, qui au final vont lui ouvrir les yeux sur la véritable nature de l’humanité?je n’en dis pas plus, la qualité des lyrics, dont l’essentiel est en français s’il vous plaît, mérite de s’y plonger largement.

Musicalement, Dislocation affiche une indépendance assez notoire vis-à-vis des standards actuels du death metal, qui s’orientent inexorablement vers la course à la vitesse et la brutalité.

Soulgrinders From The Stars fait la part belle à l’atmosphère qui émane de sa musique, passant avant toute démonstration technique.

Mis à part de régulières accélérations relativement ponctuelles, que l’on retrouve notamment sur les deux morceaux finaux, plus colériques, Dislocation joue un death metal plutôt chaloupé, avec un côté atmosphérique non négligeable qui suinte des compositions.

Le chant (à cause du concept ?) tient une place prépondérante, et le growl terrifiant de Laurent occupe énormément l’espace tout au long du disque, jouant quasiment le rôle de troisième instrument rythmique. Cette rythmique, parlons-en. Le couple basse / batterie donne le corps particulier à la musique de Dislocation, avec un jeu à la fois massif et très déhanché. L’effet hypnotique est garanti, et à ce titre j’y vois un parallèle avec un groupe comme Gojira, avec ce matraquage chaloupé qui donne une profondeur saisissante.

La touche finale revient ainsi aux guitares, qui viennent parachever l’atmosphère atypique, en alternant riffs très compacfs et pointes mélodiques et tourmentées. L’ambiance qui ressort tout au long du disque est ainsi à la fois très aérienne et en même temps assez cauchemardesque.

L’enchaînement des morceaux se fait dans la logique de l’histoire. Si l’assez classique Mental Rapture entame copieusement le disque, Alien Schemes, plus tourmenté et délicieusement complexe dans son enchevêtrement rythmique et son patchwork mélodique, fait rentrer de plain pied l’auditeur dans l’univers de l’album.

Un Portail Vers Mes Phobies illustre ensuite parfaitement l’utilisation d’une technique saccadée et très martiale de la rythmique qui donne le constituant au morceau, où le growl atteint un débit respectable?

La Terreur Révélée, aux riffs tortueux alternant avec un matraquage sévère, enchaîne avec le plus subtil (si je puis dire !) Réincarnation, où les guitares se montrent particulièrement inspirées. On peut d’ailleurs regretter à l’écoute du solo final, angoissant et torturé, que l’album n’en recèle pas plus.

Plus lent et plus posé (logique !), Réflexions doit se voir comme une transition, qui à mon sens a d’abord un intérêt narratif que purement musical au sein de l’album. The Choice reste dans le même esprit, même si quelques accélérations et un solo bien senti viennent casser un peu sa linéarité.

Le disque reprend de l’allant avec les deux morceaux finaux, les plus colériques. On a le droit au déballage du savoir-faire de Dislocation, des passages marqués par du groove et du feeling dans les riffs et dans les soli, notamment sur L’Impossible Vérité, du matraquage judicieux à la batterie, et un chant qui dévoile toute sa force et l’étendue de sa palette vocale. A mon avis les deux meilleurs morceaux du disque.

Côté production, pas grand-chose à dire, le mix réalisé par Stéphane Buriez est de qualité. On pourra discuter du choix d’avoir mis très en avant le chant, ceci dit son impact fait partie intégrante du concept.

Dislocation nous offre donc là un disque à la personnalité bien affirmée, et son indépendance d’esprit est vraiment à saluer. On ne peut qu’encourager nos Arvernes à persévérer dans cette voie.

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Testament : The Formation of Damnation

admin
6 May 2008  
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The Formation of DamnationSi tout se jouait au mérite, Testament serait assurément sacré roi du thrash metal actuel. S’accrochant avec vigueur tout au long des années 90, pour finir en apothéose avec l’incroyable The Gathering, Chuck Billy et Eric Petterson peuvent se targuer non seulement d’être le seul des monstres sacrés américains à avoir braver la tempête de la sorte, mais également d’avoir déclenché le signal du renouveau du thrash dans ses plus beaux atours dès 1999.

Les années ont passé, et désormais, même les vieux collègues historiques de la Bay Area (Exodus, Death Angel) sont réapparus au sommet de leur forme. Le successeur de The Gathering étant annoncé depuis bien (trop ?) longtemps, un strapontin au premier rang avait été toutefois soigneusement réservé pour Testament. On connaît la suite, les péripéties qui ont amené à ces presque dix ans stériles passés, puis enfin, The Formation of Damnation naquit.

Habitué des line-up mouvants sur les derniers albums, le duo s’est attaché cette fois-ci à reconstituer le noyau historique autour d’Alex Skolnick à la guitare et de Greg Christian à la basse. A la batterie, on trouve Paul Bostaph, l’un des trois plus fameux mercenaires batteurs de Californie avec Gene Hoglan et Dave Lombardo.

Premières impressions après tant d’attente fébrile ?

Pour commencer par le début, on dira que le disque met un certain temps à prendre sa vitesse de croisière. Après une jolie intro qui annonce le riff-thème principal de More Than Meets The Eye, on entre dans le vif du sujet. Chuck Billy a toujours ce timbre si appréciable, le tout ronronne gentiment sur un tempo plutôt moyen, mais sorti de la redondance volontariste de son riff, le morceau laisse une impression mitigée. Cela ne s’arrange pas vraiment avec The Evil Has Landed, toujours calé sur du mid-tempo. Bien carré, bien fini, soigné dans ses transitions, le heavy-thrash catchy de Testament se déguste facilement mais manque un poil d’allant. Bien loin d’apparaître comme une évolution logique de l’album précédent, ce début de disque paraît inspiré d’un héritage plus lointain. Sauf que le titre suivant, Formation Of Damnation, remet ?enfin- les pendules à l’heure. On retrouve le chant plus guttural de Chuck, venant s’appuyer sur une compo bien plus virulente. Bostaph semble enfin se lâcher, et le premier headbanging est de la partie. Rien non plus de révolutionnaire, notamment dans la partie centrale du morceau où le matraquage plus lent ne fait pas dans l’original. Sauf que l’accélération finale vient juste à point pour conclure quand même un bon moment de plaisir. Gros morceau que ce titre.

La montée d’adrénaline se fait salement doucher par le morceau suivant, sans doute le plus insipide du disque. Là encore, pas de faute de goût particulière, mais ce thrash déjà entendu, assez poussif et au refrain pas accrocheur pour deux sous n’a pas le supplément d’âme que l’on espère, malgré de jolis soli et une rythmique volontaire.

Testament semble enfin trouver sa vitesse de croisière à partir de The Persecuted Won’t Forget, plus varié et incisif, que ce soit au niveau des guitares, du chant ou du tempo. Henchman, malgré sa rythmique « tagada-tagada » un peu éculée, recèle une belle énergie qui se révèle à mi-morceau. Même Killing Season, plus mou du genou, passe relativement bien grâce à des lignes guitaristiques pertinentes, donnant un côté rock n’roll très agréable. Après un Afterlife très quelconque et un poil soporifique, le très catchy F.E.A.R vient à point pour relancer la machine. Pas d’envolées supersoniques ici, mais son petit riff sautillant bien épaulé par de bonnes parties de double du père Bostaph, alternant avec un refrain bien accrocheur, donne un joli relief au morceau.

Le tout se finit par un morceau assez mélancolique et finalement plutôt sombre, Leave Me Forever, qui tranche assez nettement avec l’esprit global du disque.

Vous aurez compris à mes nombreux bémols que The Formation of Damnation ne m’a pas procuré les mêmes frissons que le dernier Exodus, par exemple. Etais-je trop naïf en croyant que Testament allait nous refaire le coup de The Gathering ?

Toujours est-il que Chuck Billy et sa bande sont rentrés dans le rang. Il s’agit premier rang, tout de même, et le fameux strapontin leur revient malgré tout. L’album est de qualité, proposant un thrash plutôt mid-tempo bien ficelé, accrocheur, à la production irréprochable (tout de même), qui ravira les fans du genre. Mais personnellement j’y vois une légère régression par rapport à The Gathering, The Formation of Damnation apparaissant moins moderne et peut-être plus poussif, allant chercher des inspirations dans la vieille discographie du groupe (et c’est une réussite à ce niveau),alors que son prédécesseur semblait définitivement tourné vers l’avenir.

Et sans réel grief envers Testament, je ne peux qu’exprimer une pointe de déception et d’amertume toute personnelle, qui reste quand même anecdotique à l’heure du bilan.

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Dissection (SWE) : The Somberlain

admin
5 May 2008  
>> Uncategorized

Dissection (SWE) : The SomberlainIl ne faut certainement pas s’étonner si bien souvent, les groupes inclassables le sont avant tout parce qu’ils se sont eux-mêmes créer leur univers. Cette capacité créatrice n’étant pas à porter de tous les combos, les quelques artistes qui en sont pourvus sont rarement les plus médiocres.

Dissection apparaît immédiatement de cette trempe dès le début des années 90, et son premier album, The Somberlain, en est la première démonstration.

A l’écoute du disque, on comprend facilement le débat sans fin qui a animé les metalheads des années 90. Black, death, dark metal, tout y est passé, avec un soupçon de mélodique à accoler quelque part. Certes.

Ce qui est certain, c’est que l’?uvre de Jon Nödtveidt et de sa bande est scandinave jusqu’au bout des ongles. Et en disant cela, on a réponse à tout. Viscéralement captivé par la jeune vague black metal norvégienne, Dissection en intègre non seulement les valeurs idéologiques, mais aussi la froideur mystique de ses ambiances les plus glaciales. A ce titre, The Somberlain révèle par moments une atmosphère captivante et envoûtante, d’une intensité mystique et d’une élégante noirceur que des milliers de groupes de black metal ne pourront jamais approcher, même de très loin. Techniquement parlant, le groupe est bien suédois, et son jeu léché, basé sur des riffs riches et ciselés, ainsi que ses constructions soignées et variées sont autant de parallèles évidents avec la scène death mélodique suédoise, alors tout juste balbutiante à cette époque.

L’amalgame paraît tellement naturel que la musique de Dissection semble vraiment couler de source. Les morceaux cultes sont pléthore, et c’est une véritable gageure de ressortir quelques titres du lot. The Somberlain est un terrifiant voyage, d’autant plus mortel que la beauté mystique de ses notes exerce son terrible pouvoir d’attraction, tel le chant des sirènes.

Du riff initial de Black Horizons, vicieux et tourmenté qui sent le black metal à plein nez, au titre éponyme, tuerie de sept minutes à vous faire trembler l’échine, en passant par le subtil A Land Forlorn, oscillant entre tourmente et mélancolie, jusqu’aux enlevés Frozen et Heaven’s Damnation (et sa touche acoustique finale), et au final échevelé du superbe Mistress Of Bleeding Sorrow, le temps passe trop vite et la magie se fait toujours plus présente.

L’ensemble bénéficie d’ailleurs d’une remarquable finition qui donne un peu plus de relief encore à son contenu. Cela passe par exemple par les subtils intermèdes acoustiques disposés à bon escient. On peut également mettre en exergue la superbe prestation conjointe et complémentaire des guitares. Aucun riff n’est à jeter, tout est ciselé avec la précision d’un orfèvre, jusque dans l’exécution des soli.

Bref, aucune faiblesse, la qualité remarquable de l’ensemble de l’album est d’une homogénéité sans faille. Tout au plus peut-on noter l’indigence d’une production modeste, mais le travail des guitares dans les effluves mélodiques est tel que cela relève de l’anecdote.

The Somberlain marque l’acte de naissance du mythe Dissection. Comment ne pas entrer dans la légende après avoir créé cette ?uvre surhumaine de par sa magie et sa beauté lugubre, et qui surtout semble sortir de nulle part, d’aucun référentiel stylistique connu et éprouvé ?

Oui, il y a une forme de magie qui émane violemment de The Somberlain, une magie propre à cet album, et un génie que Dissection confirmera deux ans plus tard.

A Jon.

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Opeth : Morningrise

admin
27 Mar 2008  
>> Chroniques, Death Metal

MorningriseL’heure de la confirmation a déjà sonné. Grâce à Orchid, Opeth s’est ouvert les portes d’un univers artistique paraissant sans limites. Par la même occasion, il a généré une attente fiévreuse au sein d’un monde du metal interloqué par le phénomène.

N’ayant pas tout dit sur Orchid, Opeth décide de poursuivre allègrement dans cette même veine, sauf que la réussite de leur premier opus leur permet d’aller plus loin dans la démesure. Et c’est donc par le biais de compositions plus longues et copieusement progressives que les Suédois entament la création de Morningrise.

Au travers de cette voie résolument ambitieuse, Opeth se singularise un peu plus.

C’est ainsi qu’Advent, le premier morceau, crée résolument une fracture rédhibitoire entre la frange la plus passionnée des fans d’Opeth, et celle plus hermétique des amateurs d’un metal plus direct, qui ne se retrouvent plus dans cet univers pointu, ardu et trop complexe.

Faisant résolument parti de la première faction, je confirme combien il est regrettable de s’arrêter à une première écoute qui il est vrai peut apparaître presque pénible.

Toutefois, il est à noter que Morningrise est bâti sur une construction allant du plus complexe au plus épuré, ce qui peut encourager les plus sceptiques à ne pas décrocher. Au combien ils ne le regretteront pas.

Nous reviendrons sur le cas Advent à la fin de la chronique. Enchaînons plutôt sur l’incroyable The Night And The Silent Water?peut être dans l’esprit le morceau le plus doom de toute la discographie d’Opeth. Quasiment tout au long de ce titre, le tempo reste plombé, très lent. Autour de cette rythmique étonnamment nonchalante, mais jamais pesante, les instruments à cordes déploient toute leur richesse, alternant parties saturées essentiellement basées sur des lignes mélodiques très élégantes, et des pauses acoustiques plus légères, le tout gardant une forte empreinte mélancolique, qui fait la cohérence et le sens artistique du morceau. Puis vient enfin l’apothéose dans les deux dernières minutes, avec le retour du thème initial légèrement revu, amenant un surplus émotionnel absolument génial.

Nectar, plus varié et pluriel, puise davantage dans les passages plus intransigeants où le guttural d’Akerfeldt et la double pédale viennent renforcer l’aspect massif et monumental de la musique, qui pour le reste s’appuie toujours sur les constructions guitaristiques imbriquées et sur une basse décidément fondamentale, dans son rôle de liant mélodique indispensable à la cohérence du jeu complexe des guitares. Les breaks acoustiques se font ainsi plus abrupts et surprenants, et l’on sent qu’à aucun moment Opeth ne veut perdre la maîtrise du tempo et de l’atmosphère, multipliant les enchaînements et les ruptures. Il en résulte une désorientation qui perturbe de prime abord, mais qui devient appréciable au fil des écoutes, révélant une richesse faite de détails et d’univers en plusieurs dimensions.

Comme je l’annonçais précédemment, le disque montant crescendo, le Black Rose Immortal qui suit est un monument. Ses vingt long minutes époustouflantes pourraient résumer à elles seules le sommet artistique qu’atteint Opeth sur Morningrise. Durant la première moitié du morceau, on a le droit au côté le plus sombre d’Opeth, résolument tourné vers un metal intransigeant et massif, qui souffre peut-être à ce niveau des limites d’une production peu tournée vers la puissance pure, mais qu’importe. Les growls descendent un peu plus bas, la rythmique y compris au niveau des guitares retrouve de l’impact et du groove, sans jamais rompre avec une finition mélodique jamais galvaudée. Véritable colère glacée, cette première partie n’en demeure pas d’une richesse époustouflante, ponctuée ça et là de courtes pauses judicieuses et enchaînant en permanence sur de nouveaux thèmes tous plus accrocheurs les uns que les autres. Puis soudain, la tempête s’apaise, et un superbe chant clair vient introduire le second volet du morceau, d’une tristesse mélancolique sans fin, qui n’a d’équivalent que sa beauté. La remarquable partie acoustique chargée d’émotion s’enchaîne alors avec des riffs lyriques monumentaux, et l’intensité émotionnelle monte encore d’un cran pour atteindre des sommets enclins à donner la chair de poule au plus insensible d’entre nous. Une émotion savamment entretenue par le thème final qui clôt magistralement l’ouvrage, après un dernier accès de fièvre métallique. L’immersion est telle que les derniers repères spatio-temporels ont disparu pour de bon. Les sentiments affluent, diffus et exacerbés, baignant entre plénitude et désespoir.

Tous les sens étant désormais éveillés par une telle orgie musicale, le dessert n’en sera que plus goûteux. To Bid You Farewell, sa finesse incroyable, cette basse virevoltante et raffinée, ces touches acoustiques envoûtantes?c’est bien d’une langoureuse balade dont il s’agit, et les Suédois démontrent pour la première fois (ce ne sera pas la dernière) une nouvelle facette de leur expertise. Beau à en pleurer, ce titre dépasse toutes les frontières stylistiques et ne peut que faire frémir tout individu pourvu de la sensibilité musicale même la plus commune. Rompant avec les changements intempestifs de rythmes et de mélodies, Opeth découvre avec délice la terrible force d’immersion de ces longues effluves mélodiques, lancinantes et entêtantes, qui au fil des minutes font leur effet hypnotique?quand soudain, un riff glacé, épique et génial, vient éclater, pour parachever avec majesté les dernières minutes de ce moment de jouissance musicale. Une fois de plus, après plus d’une heure d’un voyage incroyable, cette formidable sensation d’avoir à nouveau toucher au divin.

Comme promis, je reviens à Advent?que forcément vous allez écouter d’une autre oreille. Comment ne pas apprécier ce savoir-faire, ne serait-ce que par ces premiers riffs à l’assise massive et la finition soignée, signe d’une évidente maturité technique ? Et les écoutes successives, révélant toujours plus de détails et de cohérence, ne feront que renforcer continuellement l’évidence que l’on est en face de quelque chose de grand, même si ce morceau reste peut être le plus hétérogène et le plus hermétique du disque.

La condition sine qua non étant remplie, Opeth devient par le biais de son second chef d’?uvre un groupe culte. Poussant une première fois son exploration jusqu’à une des limites de son vaste territoire artistique, la plus progressive et la plus chargée, les suédois signent là un premier joyau confirmant un potentiel vertigineux.

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Opeth : Orchid

admin
27 Mar 2008  
>> Chroniques, Death Metal

OrchidLa légende naquit ainsi, dès les premières notes de In Mist She Was Standing. Ces jeunes Suédois du nom d’Opeth, menés par un leader déjà charismatique et tellement doué du haut de ses vingt ans, avait déjà conquis et enthousiasmé l’underground scandinave. Une chance leur était donc offerte, et les premières minutes d’Orchid n’ont sans doute jamais laissé entrevoir le moindre doute quant au potentiel incroyable de ce jeune groupe.

A croire que le génie peut avoir des origines un tant soit peu surnaturelles, voire divines. In Mist She Was Standing, quatorze minutes d’une incroyable démonstration artistique issue de nulle part. L’enchevêtrement de ces deux guitares jouant en plusieurs dimensions des mélopées d’une harmonie à pleurer, l’émotion brute sortant à chaque instant, balayant la colère, la tristesse, la beauté, la haine, la mort, la vie?

Dès à présent, on comprend la difficulté des observateurs de l’époque pour décrire cette révolution musicale. Dans quelle case ranger Opeth ? Les growls très caverneux de Mikael Akerfeldt et la puissance rythmique d’Opeth, basée sur une basse solide et une batterie s’appuyant sur un usage répété de la double pédale, ne laissent pas de doute quant à l’appartenance au death metal. Seulement voilà, comment appréhender ces parties soyeuses et ciselées de guitare, d’un lyrisme et d’une harmonie ne trouvant des équivalents que dans les plus beaux passages du heavy metal, voire dans la musique classique?et d’où vient donc cette drôle de propension à rallonger les morceaux, pour en faire de véritables pièces en plusieurs actes, agrémentées de pauses acoustiques renvoyant aux grandes heures du rock progressif ? Enfin à quelle ascendance doit renvoyer la beauté hors d’âge de ces soli amples et généreux, sinon à une forme intemporelle que ne renieraient pas les plus grands des seventies ?

Et quand bien même on voudrait déceler dans le premier morceau une forme de surenchère stylistique qui voudrait en mettre plein la vue, la suite rend cette hypothèse ridicule et irrecevable, tant la constance de son niveau et sa cohérence apparaissent évidents tout au long du disque.

Prenons donc cette longue séquence acoustique, lente et onirique, un brin angoissante, que l’on ne retrouverait que dans le meilleur de Pink Floyd, au milieu de Under The Weeping Moon, qui s’enchaîne de manière jouissive avec cette arrivée de la batterie et d’une guitare lancinante venant hanter un chant écorché? qui lui-même s’efface pour un épilogue en chant clair d’une beauté sans équivalente, le feeling des guitaristes faisant mouche à chaque note, aussi bien dans le jeu acoustique qu’en son saturé, qui vient s’élever doucement pour conclure dix minutes de rêve.

Et ces premiers instants de Forest Of October, ce son de guitare si chaleureux et si solennel, qui rend une nouvelle fois le jeu complémentaire des deux guitaristes, tout en relief et en toucher, si prenant. Parcourons le plus en détail, ce fameux morceau, tant il est symptomatique de l’univers d’Opeth. Outre son introduction flamboyante, on retrouve par la suite cette alternance équilibrée de passages virulents et compacts, balancés entre la lourdeur d’un death/doom puissant - et d’un côté glacial et cinglant qui n’est pas sans conférer au black metal - et de ces innombrables breaks acoustiques, opérant tels des respirations bienvenues, tout en renforçant la puissance sombre et angoissée de l’atmosphère. Puis vient soudain cette guitare plaintive, jouant langoureusement un solo lent et angoissé sorti tout droit du hard rock de vingt ans en arrière, qui amène avec brio l’enchaînement vers le second thème du morceau. Nouvel accès de colère noire, toujours rehaussée par des touches mélodiques lui conférant une beauté glaciale. Le travail de la basse y est d’ailleurs à souligner, venant judicieusement jouer un double rôle de rythmique et de lead mélodique lorsque les guitares s’évadent dans leurs effluves baroques. Et enfin, l’épilogue acoustique tout en toucher et en finesse, histoire de finir au fond du trou?

The Twilight Is My Tobe reprend la même recette, sauf que sur le fond le morceau est moins nuancé et joue plus la carte de la colère que du désespoir. On y retrouve ainsi à la fois les parties les plus massives et les plus violentes du disque, mais aussi les breaks les plus rock, bref une approche progressive poussée encore plus loin, mais toujours avec le même bonheur. A noter ici les embryons de chant clair du plus bel effet sur la fin du morceau, lui conférant à la fois un côté mystique et laissant auguré un potentiel qu’Opeth exploitera plus tard avec plus de gourmandise.

Cinquième et dernière pièce finale, The Apostle in Triumph est peut-être le morceau le plus esthétique, le plus lourdement chargé en émotion. Et pour ce faire, on a droit à une démonstration époustouflante du savoir-faire des musiciens, ceux-ci parvenant à donner un corps et un relief incroyable à leur musique, les trois instruments à corde jouant par moment simultanément des lignes mélodiques complexes qui viennent s’imbriquer les unes dans les autres pour former un résultat d’une richesse incroyable, le tout étant épaulé par un jeu de batterie à la fois massif et très fin. C’est en fait ce qui deviendra la marque de fabrique des Suédois, ce qui explique aussi les vaines tentatives de catalogage de la musique d’Opeth. Death, Doom, Heavy, Black, Rock, Prog, Néo-classique, Jazz, tout y passera, et pourtant cette longue litanie n’est jamais parvenue à décrire ne serait-ce qu’un dixième de la richesse de la musique d’Opeth.

La légende est née grâce à cela. Comme sortis de nulle part, paraissant affranchis de toute influence trop marquée, les jeunes Suédois semblent être parvenu à créer un univers musical unique, caractérisé par l’utilisation de divers inspirations et courants musicaux, aidé par une technique individuelle bluffante. Et bien loin de tomber dans les travers que ses détracteurs stigmatisent par ignorance musicale ou par jalousie, Orchid n’est ni prétentieux, ni pompeux, ni désordonné.

La démonstration du génie d’Opeth prend corps immédiatemment dans son premier album. Ambitieux comme aucun autre disque à l’époque, Opeth sait où il veut aller, avec conviction. Et les écoutes successives n’en sont que plus révélatrices : au-delà d’une forme sophistiquée, complexe et jamais vue, le fond de l’?uvre est bien plus riche et plus vaste encore, d’une richesse émotionnelle qui ne se laisse découvrir qu’avec le temps.

Ce premier chef d’?uvre fait déjà rentrer Opeth dans la légende. Pour peu qu’il récidive sur un second album, ce qui n’est jamais le plus simple, il deviendra culte?

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