Napalm Death : The Code Is Red… Long Live the Code
Revenu du diable vauvert, Napalm Death a véritablement retrouvé une seconde jeunesse avec l’arrivée du nouveau millénaire. Deux albums (l’enthousiasmant Enemy of the Music Business, le déflagrant Order of the Leech), un Live immortalisant une tournée aux airs de rédemption, un second album de reprises (Leaders Not Followers Part 2)…les Anglais semblent avoir repris place dans un trône qu’ils avaient laissé plus ou moins orphelin, du moins aux yeux de nombreux metalheads. Malgré le tableau idyllique, le combo de Birmingham doit toutefois affronter une nouvelle épreuve. Encore associé à Order of the Leech, mais déjà défaillant lors de certaines tournées, Jesse Pintado reste toujours en proie à de sérieux problèmes d’alcoolisme. Celui qui reste une icône aux yeux des plus anciens (ex-leader de Terrorizer recruté par Shane Embury au début des années 90), figure incontournable du groupe malgré sa discrétion, se voit signifier la fin de l’aventure par les autres membres. C’est donc cet évènement – le retour d’un line-up à un seul guitariste- qui précède un troisième album post an 2000, The Code Is Red…Long Live The Code.
Enregistré au Pays de Galles à l’automne 2004, dédié au fameux John Peel décédé en cette même année, The Code confirme définitivement la voie musicale du Napalm moderne, le morceau introductif posant le décor d’entrée: Silence of Deafening, déferlante gind/death échevelée au refrain imparable, rase tout sur son passage. Blasts, groove, accélérations dans les gencives, beuglements de Barney et hurlements écorchés de Mitch Harris, le morceau recèle tout le savoir de Napalm Death, mélange fait de colère explosive et d’énergie vrombissante. Ce grindcore puissant aux relents death metal assumés constitue l’épine dorsale de l’album, qui reste globalement proche de ce qu’avait montré le groupe sur Order of the Leech, avec peut-être un soupçon de puissance en moins. Toutefois, on note une légère évolution dans l’écriture, matérialisée par des titres plus variés et un registre plus éclectique (terme à relativiser, on parle de Napalm Death !): l’album regorge ça et là de passages hardcore, où le mid-tempo de Danny Herrera donne un déhanché délicieux au riffing gras des cordes (The Great of The Good, Vegetative State,…). On retrouve même au delà un ancrage plus traditionnel vers le punk, comme le refrain du morceau éponyme, qui tranche vraiment avec l’atmosphère du reste de l’album. Notons enfin quelques héritages de la période Fear Emptiness Despair, avec quelques riffs très massifs et un tempo maîtrisé donnant presque un air industriel (Climate Controllers). Sans parler des deux derniers morceaux instrumentaux à l’ambiance industrielle qui n’apportent pas grand chose au disque par ailleurs.
Bref, on sent que la paire Embury / Harris a cherché à tout prix à varier et à aérer ses compositions pour mieux renforcer l’effet de puissance. Pari à moitié réussi: certes de nombreux titres méritent les louanges, notamment quand ils vont s’aventurer sur le terrain du grindcore décapant (constituant quand même les deux tiers du disque…), cependant les passages les plus nuancés, bien qu’apportant une respiration pertinente, sont loin d’être tous intemporels, à l’image du titre éponyme justement.
N’ayant pas la force d’impact de son prédécesseur, The Code montre donc une légère évolution lorgnant vers un death/grind plus groovy voire hardcore, évolution pertinente qui évite le surplace sans perdre l’âme profonde du death/grind du groupe. Smear Campaign, l’album suivant qui sort en 2006, gardera la même philosophie avec un brin d’inspiration supplémentaire. The Code Is Red reste toutefois tout à fait conforme à la qualité de la discographie du Napalm Death des années 2000, d’une constance impressionnante, portant le grind/death au plus haut. Une discographie qui ne compte que des must have.
Septic Flesh : Sumerian Daemons
En cinq années et autant d’albums, Septic Flesh a parcouru un voyage initiatique digne de l’Odyssée d’Ulysse. Comme certains de ses cousins de gothic metal issus des limbes du metal extrême (death, doom ou black), les Grecs ont rapidement exprimé le besoin de privilégier des options artistiques aventureuses, moins brutales et plus expérimentales. Chez Septic Flesh, qui reste malgré tout un cas atypique, à l’identité musicale unique, ce besoin de changement s’est d’abord manifesté sur l’audacieux Revolution DNA, puis par la suite au travers du side-project Chaostar, moyen d’aller au bout ses envies néo-classiques, en laissant de côté pour de bon toute référence au death metal.
Et sans que quiconque ose remettre en cause le talent évident des Grecs, trop largement démontré jusque là, il faut avoir l’honnêteté de dire que parmi les fans de Septic Flesh les plus « deathsters » dans l’âme (souvent les fidèles des débuts), le début des années 2000 prêtait à interrogation.
Rétrospectivement, le projet Chaostar fût sans doute salvateur. Trouvant leur exutoire expérimental au sein de ce projet parallèle, les Grecs ont pu parallèlement retrouver le goût du death metal des origines pour leur groupe principal.
L’année 2002 voit donc un nouveau Septic Flesh se mettre en mouvement. Changement de label (fin de l’aventure Holy Records pour aller chez les Bataves de Hammerheart), recrutement d’un claviériste « en dur », Spiros rebaptisé en Set’h, seules les (excellentes) conditions d’enregistrement sont conservées, au Studio Fredman avec Fredrik Nordstrom aux manettes.
Sumerian Daemons sort l’année suivante. Titre déjà significatif de la volonté de recoller aux thématiques ancestrales. L’artwork intrigue, captive, dérange. L’extraordinaire introduction aux choeurs incantatoires le confirme: Sumerian Daemons est d’une ambition démesurée. Celle de magnifier tous les acquis musicaux du groupe tout en retrouvant la force brute de ses origines, les racines de son death metal granitique des âges reculés.
Le death metal, Septic Flesh n’en a jamais joué aussi puissamment qu’avec Unbeliever, premier vrai morceau du disque. Un riff binaire mais épais, des blasts et des grandes parties de double, le growl absolument somptueux de Spiros, les choeurs féminins du break pour la petite touche cérémonielle: l’impressionnant décor est planté.
La suite du disque est à la fois plus nuancée et plus variée. On retrouve la patte des premiers albums sur des morceaux comme Virtues of The Beast ou When All Is Done, avec un équilibre miraculeux entre majesté et mélodie, finesse et puissance: la beauté d’essence divine, trop impressionnante et parfaite pour paraître humaine.
Toutefois, Sumerian Daemons n’est pas un retour en arrière. La puissance qui émane de son death metal s’appuie désormais sur une production époustouflante, et un jeu rythmique digne de ce nom (Akis occupe une présence phénoménale derrière les fûts, ce qui est assez nouveau chez Septic Flesh, et le couple basse-guitare rythmique n’a jamais été aussi tranchant). Cette force de frappe donne une épaisseur étonnante à certains morceaux, comme l’énorme titre éponyme qui s’appuie largement sur ce death colossal. Un death qui bien souvent surpasse en puissance et en vitesse les méfaits passés.
A cela il faut greffer toute l’expérience et le savoir-faire ingurgité depuis Ophidian Wheels et les albums suivants: une orchestration très pointue et une gamme de claviers aussi large qu’opportune (jamais trop mis en avant), la présence plus discrète mais judicieuse du chant de la soprano Natalie Rassoulis. Mechanical Babylon, audacieux mix de death aux accents industriels et d’harmonies orientales, ou encore Faust, déferlante brutale qui prend un relief enthousiasmant quand les choeurs donnent leur pleine mesure, offrent une facette moderne et novatrice au disque, montrant que Septic Flesh n’est pas focalisé sur son passé.
Ce brillant alliage de brutalité et de finesse parvient à réunir des qualités à la base antinomiques. Dense, chargé, adepte de la profusion, le death symphonique de Septic Flesh n’a jamais été aussi efficace et cohérent. Le miracle de l’album tient à cela: long de près d’une heure, le disque ne sombre pas dans la surenchère grâce à des compositions équilibrées, qui évitent l’excès de construction à tiroirs, mais qui chacune ont une identité propre et raffinée.
Au delà des considérations techniques, l’univers dépeint par l’album est lui aussi touché par la grâce de l’équilibre: particulièrement noir et angoissant, Sumerian Daemons impressionne par son côté monumental et surhumain. Toujours aussi ésotérique et ancré dans un passé mi-historique mi-mythologique, où les questions existentielles de la spiritualité sont traitées au travers du prisme des anciennes civilisations, il n’a plus la nostalgie romantique des premiers disques mais compense par un souffle homérique qui en impose.
Magnifique synthèse de dix ans d’une magnifique carrière et d’un savoir-faire unique, Septic Flesh réussit le pari impossible de renouer sans retenue avec un death metal copieux, sans rien perdre de sa finesse et de sa force émotionnelles. Presque dix ans après Mystic Places of Dawn, un nouveau joyau vient enrichir une discographie digne des plus grands.
Tout en confirmant avec maestria son génie unique et sa main mise incontestable sur le death symphonique, Septic Flesh produit tout simplement l’un des plus grands disques de l’année 2003…de death metal, tout simplement. Un véritable tour de force quand on jauge l’extrême vivacité du genre à cette période.
Coroner : Punishment for Decadence
Malgré un (brillant) premier album nommé R.I.P., le trio helvète de Coroner est bien vivace en ces années 87/88. Toujours habité de la même veine créatrice, le duo Royce/Baron ne met que quelques mois pour composer le matériau du second album, Punishment for Decadence. Toujours hébergé par le label germanique Noise,…et encore desservi par une production minimaliste, pas franchement mis en valeur par une pochette assez hideuse, le second full length de Coroner sort néanmoins en 1988, porteur des espoirs nés du superbe prédécesseur.
Et si l’entame de l’album est plus direct que celle de R.I.P, il n’y a pas tromperie sur la marchandise: une nouvelle fois, Coroner distille un thrash metal technique et flamboyant, une série de pépites ciselées à coups de soli ensorcelants et vertigineux, de riffs aussi ravageurs qu’élégants, d’enchaînements miraculeusement équilibrés et inspirés…
Esthétique dans l’agressivité, aérien et noir à la fois, diabolique par sa maîtrise technique et son sens de la mélodie, Punishment for Decadence confirme l’immense talent des Suisses.
Les enchaînements Absorbed – Masked Jackal, avec leurs riffs d’anthologie, Skeleton On Your Shoulder – Sudden Fall et leur force de frappe s’avèrent particulièrement immersifs et enthousiasmants. Et si l’instrumentale Arc-Lite impressionne surtout pour la virtuosité de Tommy T.Baron (de la même façon que les nombreux soli disséminés un peu partout dans les méandres du disque), si on frise parfois l’excès dans l’opulence technique des envolées lyriques du riffing, et si la faiblesse anémique du son entrave la puissance du rendu, on atteint quand même très souvent des sommets d’émotion à l’instar de Shadow Of A Lost Dream, remarquable enchevêtrement d’arabesques sophistiquées et de furie thrashy au rythme effrené.
On notera enfin que Coroner conclut l’album avec une reprise de Jimi Hendrix, le fameux Purple Haze dont la revisite est particulièrement bluffante.
La classe de Coroner se retrouve également dans la qualité des paroles écrites par Marquis Marky, dont la teneur surpasse bien des thématiques éculées du thrash metal traditionnel (notamment germanique…)
Bref, si l’album reste dans l’exacte lignée de son prédécesseur, gagnant peut-être très légèrement en compacité et en maîtrise ce qu’il perd en émotion (encore que…), et bien que ne bénéficiant plus de l’effet de surprise, Coroner confirme brillamment sa place au sein du gotha du thrash metal européen, qui se trouve être pour l’essentiel germanique. Mais aux côtés des Kreator, Sodom et autre Destruction, Coroner trace désormais sa voie personnelle avec maestria, réunissant l’énergie et la force du thrash metal avec l’esthétique mélodique du heavy metal, le tout dans un univers sombre et souvent aérien, servi par une technique instrumentale de virtuose. Le heavy metal tient là un de ses plus grands artistes, la suite ne fera que confirmer ce que Punishment for Decadence laisse déjà entrevoir.
The Nefilim : Zoon
Disposition préliminaire : désamorcer le quiproquo entourant le nom The Nefilim. Première question, y a t-il un rapport entre The Nefilim et le fameux Fields of the Nephilim, l’un des plus sombres – et des plus doués – groupes de goth rock britannique de deuxième génération ? Malgré la subtilité orthographique, la réponse est oui. Le fondateur de The Nefilim n’est autre que Carl MacCoy, leader charismatique du légendaire groupe gothique. Deuxième question, plus délicate : The Nefilim est-elle la même entité que FOTN, maquillée sous ce nom d’emprunt ? Pour répondre il faut se remettre dans le contexte. Alors que FOTN est au firmament, McCoy quitte le groupe en 1991, pour des raisons pas forcément très claires. Le reste de l’entité poursuit sa route, en décidant toutefois de changer de nom pour Rubicon. Cela permet à McCoy une pirouette, puisqu’il remonte un solide line-up de son côté, et choisit un nom lourd de sens, qui lui permet de se proclamer comme le vrai héritier de Fields of the Nephilim. Les fans du groupe gothique trancheront, mais le bon moyen de répondre reste bien de se pencher sur Zoon, premier et unique album de The Nefilim à ce jour.
Retardé de plusieurs années (la genèse du disque se fait dans les années 92-93), Zoon finit par sortir sous la houlette du label indie Beggar’s banquet…le label de FOTN.
La réponse à la seconde question intervient très vite, il ne faut guère plus des deux premiers morceaux pour constater que Zoon est un disque de metal. Et du puissant. La longue montée en régime de l’introduction, avec son atmosphère apocalyptique et son riff sourd qui arrive en cavalant sur fond de double, un growl colérique du sieur McCoy en guise de hors d’oeuvre vocal…et l’enchaînement musclé avec Xodus qui confirme la tendance : on entend bien un metal industriel puissant, aux confins du death metal.
McCoy n’a quand même pas pris le parti risqué d’abandonner complètement ce qui faisait la force musicale de Fields of the Nephilim. La fureur des premières minutes digérée, le metal indus de Zoon réintègre quelques composantes gothiques, avec la présence d’arpèges délicates, chant « clair » (le timbre rocailleux de McCoy reste atypique, le même qui faisait déjà l’un des points forts de FOTN) et breaks au registre plus émotionnel que le rouleau compresseur industriel. En fait, passé par la première surprise du changement marqué de style, on perçoit mieux la démarche musicale de The Nefilim : conserver la noirceur, le désespoir et l’émotion hérités de son héritage rock gothique, pour les sublimer dans la puissance du metal, les mettre en relief par la toile de fond apocalyptique tissées par les compositions de Zoon.
Celui-ci a semble-t-il été bâti dans une logique globale, avec un enchaînement subtil de temps forts et de temps plus faibles, sorte de clair/obscur dont la veine gothique est friande.
L’album attaque donc par deux temps forts dont nous avons déjà parlé, et enchaîne ensuite sur un morceau plus nuancé, Shine, avec un travail de composition plus traditionnel : les vocaux redeviennent chantés, le death/indus s’efface vers un metal plus aéré, bâti sur des couplets mélodiques et une recherche plus systématique de l’émotion. Nouveau temps fort avec l’emballant Penetration : lancé plein fer sur un solide tempo et un riffing musclé, ce morceau est sans doute le meilleur résultat de la fusion d’un metal indus catchy, vigoureux, et d’un chant imposant, subtilement alterné entre l’agressivité des couplets et le lyrisme du refrain, où le sens de la mélodie de McCoy vient rehausser avec bonheur la puissance froide du morceau. Ce moment intense du disque est contrebalancé par l’onirique Melt, lancinant cauchemar initimiste, dépouillé, atmosphérique. Un superbe travail de finesse, plus tourné vers un darkwave / ambient que vers le metal indus.
En bref, cinq morceaux bien ficelés, qui sans faire dans l’ultra-technique ni révolutionner le metal, donnent un rendu assez convaincant, en étant bâtis pour l’essentiel sur de solides fondations de metal indus musclé, avec ce qu’il faut de touches atmosphériques et mélodiques pour se raccrocher à l’univers du grand frère goth rock.
Le problème, c’est que l’ambitieux Zoon s’essouffle nettement par la suite. Si l’ossature reste pensée sur le même concept (des alternances de violence et de respirations dans un esprit assez noir), le contenu des compos, lui, ne suit pas. Pazuzu, bloc dense au riffing thrashy, n’a pas grand chose de plus à proposer que sa puissance monolithique; quant au progressif Zoon (qui par moment renoue avec l’atmosphère du grand frère) avec sa construction ambitieuse en 3 parties, il se noie malheureusement assez vite par la faiblesse de son écriture, un enchaînement d’un quart d’heure de passages assez ennuyeux, où les quelques tentatives de montée d’adrénaline s’asphyxient par leur relatif manque d’imagination.
L’enveloppe charnelle de Zoon finit donc par se vider de sa substance. Le meilleur de celle-ci réside sans doute dans des morceaux comme Xodus et Penetration, inspirés et bien équilibrés.
Seul hic, ils étaient déjà présents sur l’EP sorti quelques temps avant Zoon…
L’album laisse donc un goût mitigé, même si la manière dont on l’appréhende influence directement le jugement qu’on lui porte.
Intrinsèquement, Zoon reste un disque correct de metal indus puissant aux relents de death, avec quelques touches atmosphériques séduisantes, oscillant entre le bon et le moyen.
Historiquement, et notamment pour les fans de Fields of the Nephilim, il incarne également un croisement hybride entre l’onirisme et la noirceur des atmosphères goth et la puissance du metal. Le fruit de cette genèse reste toutefois imparfait. Mais pour autant, Zoon reste à ce jour un exemple atypique d’une légende du mouvement gothique qui franchit le pas vers le heavy metal, à une époque où inversement, nombre de groupes de metal assument cette influence.
Et malgré ses imperfections, Zoon est quand même suffisamment séduisant pour nous faire regretter le fait que The Nefilim se soit arrêté là dans l’exploration de cette voie.
Signalons enfin, pour la petite histoire, que lors de la reformation de Fields of The Nephilim, Zoon a été « adopté » comme enfant naturel, et certains de ses morceaux sont joués en concert…
The Nefilim : Zoon
Disposition prliminaire: dsamorcer le quiproquo entourant le nom The Nefilim. Premire question, y a t-il un rapport entre The Nefilim et le fameux Fields of the Nephilim, l’un des plus sombres et des plus dous groupes de goth rock britannique de deuxime gnration? Malgr la subtilit orthographique, la rponse est oui. Le fondateur de The Nefilim n’est autre que Carl MacCoy, leader charismatique du lgendaire groupe gothique. Deuxime question, plus dlicate: The Nefilim est-elle la mme entit que FOTN, maquille sous ce nom d’emprunt? Pour rpondre il faut se remettre dans le contexte. Alors que FOTN est au firmament, McCoy quitte le groupe en 1991, pour des raisons pas forcment trs claires. Le reste de l’entit poursuit sa route, en dcidant toutefois de changer de nom pour Rubicon. Cela permet McCoy une pirouette, puisqu’il remonte un solide line-up de son ct, et choisit un nom lourd de sens, qui lui permet de se proclamer comme le vrai hritier de Fields of the Nephilim. Les fans du groupe gothique trancheront, mais le bon moyen de rpondre reste bien de se pencher sur Zoon, premier et unique album de The Nefilim ce jour.
Retard de plusieurs annes (la gense du disque se fait dans les annes 92-93), Zoon finit par sortir sous la houlette du label indie Beggar’s banquetle label de FOTN.
La rponse la seconde question intervient trs vite, il ne faut gure plus des deux premiers morceaux pour constater que Zoon est un disque de metal. Et du puissant. La longue monte en rgime de l’introduction, avec son atmosphre apocalyptique et son riff sourd qui arrive en cavalant sur fond de double, un growl colrique du sieur McCoy en guise de hors d’oeuvre vocalet l’enchanement muscl avec Xodus qui confirme la tendance: on entend bien un metal industriel puissant, aux confins du death metal.
McCoy n’a quand mme pas pris le parti risqu d’abandonner compltement ce qui faisait la force musicale de Fields of the Nephilim. La fureur des premires minutes digre, le metal indus de Zoon rintgre quelques composantes gothiques, avec la prsence d’arpges dlicates, chant clair (le timbre rocailleux de McCoy reste atypique, le mme qui faisait dj l’un des points forts de FOTN) et breaks au registre plus motionnel que le rouleau compresseur industriel. En fait, pass par la premire surprise du changement marqu de style, on peroit mieux la dmarche musicale de The Nefilim: conserver la noirceur, le dsespoir et l’motion hrits de son hritage rock gothique, pour les sublimer dans la puissance du metal, les mettre en relief par la toile de fond apocalyptique tisses par les compositions de Zoon.
Celui-ci a semble-t-il t bti dans une logique globale, avec un enchanement subtil de temps forts et de temps plus faibles, sorte de clair/obscur dont la veine gothique est friande.
L’album attaque donc par deux temps forts dont nous avons dj parl, et enchane ensuite sur un morceau plus nuanc, Shine, avec un travail de composition plus traditionnel: les vocaux redeviennent chants, le death/indus s’efface vers un metal plus ar, bti sur des couplets mlodiques et une recherche plus systmatique de l’motion. Nouveau temps fort avec l’emballant Penetration: lanc plein fer sur un solide tempo et un riffing muscl, ce morceau est sans doute le meilleur rsultat de la fusion d’un metal indus catchy, vigoureux, et d’un chant imposant, subtilement altern entre l’agressivit des couplets et le lyrisme du refrain, o le sens de la mlodie de McCoy vient rehausser avec bonheur la puissance froide du morceau. Ce moment intense du disque est contrebalanc par l’onirique Melt, lancinant cauchemar initimiste, dpouill, atmosphrique. Un superbe travail de finesse, plus tourn vers un darkwave / ambient que vers le metal indus.
En bref, cinq morceaux bien ficels, qui sans faire dans l’ultra-technique ni rvolutionner le metal, donnent un rendu assez convaincant, en tant btis pour l’essentiel sur de solides fondations de metal indus muscl, avec ce qu’il faut de touches atmosphriques et mlodiques pour se raccrocher l’univers du grand frre goth rock.
Le problme, c’est que l’ambitieux Zoon s’essouffle nettement par la suite. Si l’ossature reste pense sur le mme concept (des alternances de violence et de respirations dans un esprit assez noir), le contenu des compos, lui, ne suit pas. Pazuzu, bloc dense au riffing thrashy, n’a pas grand chose de plus proposer que sa puissance monolithique; quant au progressif Zoon (qui par moment renoue avec l’atmosphre du grand frre) avec sa construction ambitieuse en 3 parties, il se noie malheureusement assez vite par la faiblesse de son criture, un enchanement d’un quart d’heure de passages assez ennuyeux, o les quelques tentatives de monte d’adrnaline s’asphyxient par leur relatif manque d’imagination.
L’enveloppe charnelle de Zoon finit donc par se vider de sa substance. Le meilleur de celle-ci rside sans doute dans des morceaux comme Xodus et Penetration, inspirs et bien quilibrs.
Seul hic, ils taient dj prsents sur l’EP sorti quelques temps avant Zoon
L’album laisse donc un got mitig, mme si la manire dont on l’apprhende influence directement le jugement qu’on lui porte.
Intrinsquement, Zoon reste un disque correct de metal indus puissant aux relents de death, avec quelques touches atmosphriques sduisantes, oscillant entre le bon et le moyen.
Historiquement, et notamment pour les fans de Fields of the Nephilim, il incarne galement un croisement hybride entre l’onirisme et la noirceur des atmosphres goth et la puissance du metal. Le fruit de cette gense reste toutefois imparfait. Mais pour autant, Zoon reste ce jour un exemple atypique d’une lgende du mouvement gothique qui franchit le pas vers le heavy metal, une poque o inversement, nombre de groupes de metal assument cette influence.
Et malgr ses imperfections, Zoon est quand mme suffisamment sduisant pour nous faire regretter le fait que The Nefilim se soit arrt l dans l’exploration de cette voie.
Signalons enfin, pour la petite histoire, que lors de la reformation de Fields of The Nephilim, Zoon a t adopt頻 comme enfant naturel, et certains de ses morceaux sont jous en concert…
Septic Flesh : Esoptron
Commençons par enfoncer une porte ouverte: Holy Records n’a pas dû mettre bien longtemps pour prendre conscience qu’avec la signature de Septic Flesh, il avait fait une sacrée recrue. Cela sans doute même avant que le remarquable chant des sirènes de Mystic Places of Dawn ne vienne séduire les oreilles de bon nombre de metalheads adeptes de metal extrême.
Bref, voilà Septic Flesh (réduit désormais au duo Spiros / Sotiris) encouragé à se remettre à sa tâche créatrice, pour un second album non moins ambitieux que son illustre aîné. Enregistré au printemps 95, dans les mêmes conditions que l’année précédente (enregistrement aux Storm Studio sous la houlette du fameux Magus Wampyr Daoloth), le disque est baptisé ΕΣΟΠΤΡΟΝ, à prononcer Esoptron. Le titre peut apparaître anecdotique, mais rien n’est moins sûr. Esoptron, c’est le « miroir » en grec ancien, cité dans le nouveau testament (Corinthiens 13:12): « Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face; aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu ». On peut y voir la volonté de Septic Flesh de donner un relief conceptuel à son nouvel album. Esoptron revêt un caractère spirituel assez marqué, même si les thèmes chers au groupe restent toujours la trame de fond (civilisations méditerranéennes antiques, mythologie, poésie et onirisme). Preuve de l’ambition autour d’un projet artistique global, la pochette et le livret de l’album sont des peintures de Spiros, figurant des dizaines de visages de créatures mi-humaines mi-divines, sur fond de temple grec.
Ceci dit, pour autant qu’il soit ambitieux, le projet du groupe doit d’abord l’être musicalement.
La première évolution musicale notable réside dans la durée du disque: en déduisant les quelques intermèdes instrumentaux, l’album est amputé d’un quart d’heure par rapport à Mystic Places of Dawn, (particulièrement long avec ses 55 minutes). Intermèdes musicaux, nouveauté qui, soit dit en passant, donnent une aération intéressante à l’ensemble, et met plus en valeur les vraies huit compositions qui constituent le cœur de l’album. Compositions qui, à l’exception de l’atypique Narcissism, ont également tendances à se compacter, avec une durée moyenne plutôt proche des cinq minutes.
Cette volonté de concentrer sa créativité artistique, et sans doute de moins se disperser dans des constructions trop complexes, se confirme à l’échelle unitaire des morceaux. Pas de panique à la lecture de ce constat: Sotiris n’a ni perdu son sens exacerbé de la mélodie, ni sa maîtrise orchestrale, et encore moins ce coup de patte de génie qui sait peindre à coup de notes des univers de mythologie et de civilisations ancestrales à l’atmosphère magique et onirique.
En ralentissant le tempo, en exploitant avec plus de patience les motifs musicaux où le jeu lyrique de la guitare prend une place encore plus primordiale, Septic Flesh gagne en majesté et en maîtrise ce qu’il perd en exubérance démonstrative. Sans aller jusqu’à la lourdeur plombé du doom, le metal des Grecs va parfois flirter avec les effluves gothiques d’un Katatonia ou d’un vieux Paradise Lost, tout en restant ancré dans un death metal robuste et racé. La seule présence du growl d’outretombe de Spiros donne un caractère monumental et divin au death de Septic Flesh, que ses cousins gothiques n’ont pas forcément. Enfin troisième ingrédient qui peaufine définitivement la singularité du duo, l’orchestration symphonique, même utilisée avec parcimonie (pas de nappes de claviers omniprésente ici, mais plutôt quelques touches discrètes qui donnent une profondeur étonnante). Ces trois composantes principales permettent de comprendre que l’approche musicale de Septic Flesh reste somme toute unique et ne se rattache à aucun style défriché jusque là.
Concrètement, l’album s’enchaîne entre longues tirades mélodiques (où se côtoient la nostalgie, l’onirisme, la poésie, la tristesse), où seul le chant implacable de Spiros impose une composante solennelle, et quelques passages éruptifs surpuissants, où les blasts ne sont pas en reste. Il est difficile d’établir une hiérarchie des meilleurs morceaux, tant le rendu est homogène. On retiendra tout de même la force mystique du titre éponyme, dense et équilibré, avec son final époustouflant; les choeurs judicieux de Burning Phoenix; la beauté minérale de Ice Castle, à l’architecture musicale audacieuse; le cérémoniel paroxystique de Succubus Priestess; sans oublier Narcissism, long morceau progressif qui résume à lui seul le miroir à multiples facettes que constitue cet album.
Et même si à titre personnel, je reste plus sensible à l’architecture à la fois plus exubérante et plus brute de Mystic Places of Dawn, qui malgré sa longueur conserve peut être un surplus de spontanéité, il faut finir par préciser que pour beaucoup de fans, Esoptron reste le sommet de Septic Flesh, et hormis mon propre feeling, j’avoue avoir peu d’arguments à leur exposer pour les contredire.
En gagnant en efficacité et en maîtrise, tout en construisant un art global autour du concept de son second album, Septic Flesh conquiert définitivement le respect unanime de l’underground européen. Il devient l’un des rares, avec Opeth, à donner au death metal une envergure artistique jusque là inexplorée. Comme le groupe suédois, il construit pierre après pierre l’édifice de sa légende, qui ne va pas s’arrêter au remarquable Esoptron.
Septic Flesh : Mystic Places of Dawn
C’est en 1990, à Athènes, que naît Septic Flesh, dans la nébuleuse de la scène extrême grecque – l’un des plus vivaces foyers européens de black metal (Rotting Christ, Necromantia, Varathron…). Formé par les frères Antoniou (Christos et Spiros) et par Sotiris Vayenas, le jeune groupe emprunte très tôt une voie différente de ses grands frères. Sa première démo, Forgotten Path (ressortie en 99), montre un death metal assez obscur mais encore incertain, mêlant des éléments thrash/death primitifs et des inspirations plus heavy metal, avec quelques touches cérémonielles pouvant évoquant par moments du vieux Paradise Lost. Suivant ce premier brouillon, un EP nommé Temple of the Lost Race permet d’esquisser plus précisément la personnalité artistique du groupe, en rajoutant les premiers éléments symphoniques qui vont faire de Septic Flesh l’un des précurseurs d’une nouvelle approche du death metal, où les claviers et orchestrations ont leur place. Tandis qu’au nord de l’Europe, on se focalise sur le doom-death britannique ou sur l’étonnant Tiamat qui rompt avec les standards de ses confrères suédois, c’est dans le sillage d’un compatriote de cette même veine musicale, Nightfall (première signature du jeune label français Holy Records), que Septic Flesh va grandir. A son tour signé par l’écurie française, qui ne démentira jamais son goût pour le metal grec, le trio, accompagné du batteur de Nightfall justement, enregistre son premier album (produit par le leader de Necromantia), Mystic Places of Dawn, qui sort en 1994.
Dès le titre éponyme, force est de constater que le groupe a déjà acquis une maturité musicale absolument bluffante. De son death metal originel, on retrouve le growl sépulcral de Spiros, la lourdeur et la puissance des fondations rythmiques, la maîtrise du tempo oscillant méthodiquement entre structure plombée, accélération enlevée et du blast nerveux utilisé à bon escient (même si le jeu du batteur de session n’a pas la même finesse que celle des autres musiciens). Cette structure granitique à la croupe puissante est le premier étage du monument, déjà fondamentalement différent du death mélodique scandinave. Ce qui frappe ensuite, c’est la finesse d’écriture et l’implacable justesse de la construction mélodique. A la fois très complexe dans les enchaînements de ses construction à tiroirs, et très cohérent, le morceau reste centré autour d’une ligne mélodique superbe, emprunte de majesté, lourde en émotion et en atmosphère mystique. Riffs furieux et emballants, breaks aériens et émouvants, envolées lyriques, blasts surmontés de claviers symphoniques: Septic Flesh réussit l’étonnant tour de force de construire un univers immersif chargé d’émotion, en six minutes étonnamment homogènes, sans tomber dans la moindre linéarité. Son death metal, symphonique donc, progressif d’une certaine façon, néo-classique dans sa structure implacable qui ne laisse rien au hasard, évoque un univers antique, l’odeur des vieilles civilisations méditerranéennes, avec la magie de leurs mythologies.
Le tour de force en est vraiment un, puisque les 55 minutes du disque sont du même acabit…la superbe nostalgie de Pale Beauty of The Past, sa justesse mélodique et sa profusion émotionnelle; la furie brutale des Return to Carthage ou Behind The Iron Mask, magnifiée par des claviers au souffle épique; la magie de Crescent Moon, sa longue montée paroxystique qui s’amuse à jouer entre passages initimistes (où le superbe jeu de basse de Spiros fait merveille) et les élans monumentaux où riffs de fer et claviers magnifiques donnent le sentiment de parcourir des mondes mythologiques antédiluviens; le jeu clair obscur très gothico-progressif de The Undervater Garden…malgré sa durée, le disque s’avale assez facilement, sans véritable creux, preuve d’un talent incontestable et éclatant.
Jamais alambiquée, l’approche musicale des Grecs étonne par son ambition. Le jeu des guitares, s’appuyant la plupart du temps sur des mélodies assez simples, prend un relief étonnant dans la manière de se compléter, soit en contraste avec d’un côté un jeu puissant et basique complétant un lead lyrique aux inspirations heavy, soit dans un jeu entremêlé plus mélodique (avec souvent beaucoup de reverb, ce qui ajoute une note singulière, alors que pour les riffs plus massifs, la production un peu sourde peut gêner). L’ajout d’orchestrations (claviers, percussions), sans jamais donner dans le kitsch ou l’exubérant, vient parfaire cette construction parfaitement équilibrée, et lui donner une profondeur étonnante, qui contribue au rendu monumental du disque. Monumental, l’adjectif qui lui convient le mieux. Parce que son atmosphère antique est tellement prégnante qu’elle est une invitation dans un voyage dans le passé, dans cette civilisation aux parfums helléniques et orientaux sublimes. Et comme pour confirmer le caractère hautement symphonique du disque, celui-ci se clôture sur presque neuf minutes d’instrumentale, où les élans classiques au goût de mythologie grecque achèvent de convaincre du talent de composition du trio. Bien entendu, la débauche d’enchaînements peut dérouter les amateurs de compositions plus classiques, tant Septic Flesh va loin dans cette profusion. Ceux-là pourront se rassurer en sachant que les Grecs parviendront à simplifier leur écriture et à gagner en efficacité sans que l’ambiance en subisse le préjudice, sur les albums suivants…pour ma part je resterai éternellement sous le charme de ces envolées lyriques démonstratives aux contours un peu rêches, ce mélange d’art primitif et de baroque…
Avec sa lumière, son souffle épique, son mysticisme parfois poignant, Mystic Places of Dawn reçoit un accueil enthousiaste de la part de bon nombre d’amateurs de metal extrême. Son approche symphonique se démarque non seulement du death metal traditionnel, mais également du doom-death ou des premiers balbutiements du metal gothique, par son côté monumental et cérémonieux très ambitieux. Une preuve avant l’heure que le black metal n’est pas le seul à pouvoir cumuler approche extrême et élans symphoniques.
L’album reste à ce jour l’un des plus grands disques de la scène grecque, et une référence incontestable du metal symphonique. Et accessoirement, l’acte de naissance d’un des rejetons les plus doués de la scène extrême.
Septic Flesh : Mystic Places of Dawn
C’est en 1990, Athnes, que nat Septic Flesh, dans la nbuleuse de la scne extrme grecque – l’un des plus vivaces foyers europens de black metal (Rotting Christ, Necromantia, Varathron…). Form par les frres Antoniou (Christos et Spiros) et par Sotiris Vayenas, le jeune groupe emprunte trs tt une voie diffrente de ses grands frres. Sa premire dmo, Forgotten Path (ressortie en 99), montre un death metal assez obscur mais encore incertain, mlant des lments thrash/death primitifs et des inspirations plus heavy metal, avec quelques touches crmonielles pouvant voquant par moments du vieux Paradise Lost. Suivant ce premier brouillon, un EP nomm Temple of the Lost Race permet d’esquisser plus prcisment la personnalit artistique du groupe, en rajoutant les premiers lments symphoniques qui vont faire de Septic Flesh l’un des prcurseurs d’une nouvelle approche du death metal, o les claviers et orchestrations ont leur place. Tandis qu’au nord de l’Europe, on se focalise sur le doom-death britannique ou sur l’tonnant Tiamat qui rompt avec les standards de ses confrres sudois, c’est dans le sillage d’un compatriote de cette mme veine musicale, Nightfall (premire signature du jeune label franais Holy Records), que Septic Flesh va grandir. A son tour sign par l’curie franaise, qui ne dmentira jamais son got pour le metal grec, le trio, accompagn du batteur de Nightfall justement, enregistre son premier album (produit par le leader de Necromantia), Mystic Places of Dawn, qui sort en 1994.
Ds le titre ponyme, force est de constater que le groupe a dj acquis une maturit musicale absolument bluffante. De son death metal originel, on retrouve le growl spulcral de Spiros, la lourdeur et la puissance des fondations rythmiques, la matrise du tempo oscillant mthodiquement entre structure plombe, acclration enleve et du blast nerveux utilis bon escient (mme si le jeu du batteur de session n’a pas la mme finesse que celle des autres musiciens). Cette structure granitique la croupe puissante est le premier tage du monument, dj fondamentalement diffrent du death mlodique scandinave. Ce qui frappe ensuite, c’est la finesse d’criture et l’implacable justesse de la construction mlodique. A la fois trs complexe dans les enchanements de ses construction tiroirs, et trs cohrent, le morceau reste centr autour d’une ligne mlodique superbe, emprunte de majest, lourde en motion et en atmosphre mystique. Riffs furieux et emballants, breaks ariens et mouvants, envoles lyriques, blasts surmonts de claviers symphoniques: Septic Flesh russit l’tonnant tour de force de construire un univers immersif charg d’motion, en six minutes tonnamment homognes, sans tomber dans la moindre linarit. Son death metal, symphonique donc, progressif d’une certaine faon, no-classique dans sa structure implacable qui ne laisse rien au hasard, voque un univers antique, l’odeur des vieilles civilisations mditerranennes, avec la magie de leurs mythologies.
Le tour de force en est vraiment un, puisque les 55 minutes du disque sont du mme acabit…la superbe nostalgie de Pale Beauty of The Past, sa justesse mlodique et sa profusion motionnelle; la furie brutale des Return to Carthage ou Behind The Iron Mask, magnifie par des claviers au souffle pique; la magie de Crescent Moon, sa longue monte paroxystique qui s’amuse jouer entre passages initimistes (o le superbe jeu de basse de Spiros fait merveille) et les lans monumentaux o riffs de fer et claviers magnifiques donnent le sentiment de parcourir des mondes mythologiques antdiluviens; le jeu clair obscur trs gothico-progressif de The Undervater Garden…malgr sa dure, le disque s’avale assez facilement, sans vritable creux, preuve d’un talent incontestable et clatant.
Jamais alambique, l’approche musicale des Grecs tonne par son ambition. Le jeu des guitares, s’appuyant la plupart du temps sur des mlodies assez simples, prend un relief tonnant dans la manire de se complter, soit en contraste avec d’un ct un jeu puissant et basique compltant un lead lyrique aux inspirations heavy, soit dans un jeu entreml plus mlodique (avec souvent beaucoup de reverb, ce qui ajoute une note singulire, alors que pour les riffs plus massifs, la production un peu sourde peut gner). L’ajout d’orchestrations (claviers, percussions), sans jamais donner dans le kitsch ou l’exubrant, vient parfaire cette construction parfaitement quilibre, et lui donner une profondeur tonnante, qui contribue au rendu monumental du disque. Monumental, l’adjectif qui lui convient le mieux. Parce que son atmosphre antique est tellement prgnante qu’elle est une invitation dans un voyage dans le pass, dans cette civilisation aux parfums hellniques et orientaux sublimes. Et comme pour confirmer le caractre hautement symphonique du disque, celui-ci se clture sur presque neuf minutes d’instrumentale, o les lans classiques au got de mythologie grecque achvent de convaincre du talent de composition du trio. Bien entendu, la dbauche d’enchanements peut drouter les amateurs de compositions plus classiques, tant Septic Flesh va loin dans cette profusion. Ceux-l pourront se rassurer en sachant que les Grecs parviendront simplifier leur criture et gagner en efficacit sans que l’ambiance en subisse le prjudice, sur les albums suivants…pour ma part je resterai ternellement sous le charme de ces envoles lyriques dmonstratives aux contours un peu rches, ce mlange d’art primitif et de baroque…
Avec sa lumire, son souffle pique, son mysticisme parfois poignant, Mystic Places of Dawn reoit un accueil enthousiaste de la part de bon nombre d’amateurs de metal extrme. Son approche symphonique se dmarque non seulement du death metal traditionnel, mais galement du doom-death ou des premiers balbutiements du metal gothique, par son ct monumental et crmonieux trs ambitieux. Une preuve avant l’heure que le black metal n’est pas le seul pouvoir cumuler approche extrme et lans symphoniques.
L’album reste ce jour l’un des plus grands disques de la scne grecque, et une rfrence incontestable du metal symphonique. Et accessoirement, l’acte de naissance d’un des rejetons les plus dous de la scne extrme.
Mr Death : Detached From Life
Malgré sa formation récente, Mr. Death n’est pas né de la dernière pluie. Ou plutôt devrait-on dire que ses membres ne sont pas des perdreaux de l’année, pour être plus précis. On retrouve ainsi trace de Stefan Lagergren et Jörgen Thullberg au sein du Tiamat primitif, il y a vingt ans de cela, quand ce dernier faisait partie de la première vague légendaire du death metal suédois.
Une légende suffisamment vivace pour ouvrir facilement certaines portes : un EP en guise de démo brouillon enregistré sous la houlette de Tomas Skogsberg aux Sunlight studio à Stockholm, le sactuaire du death old school suédois, ni plus ni moins…
Detached From Life est donc enregistré sur les mêmes bases en début 2009, le groupe ayant été préalablement signé par Agonia Records.
Le concept de l’album affiche clairement la volonté de faire revivre certaines « valeurs » du death metal, le tout non dénué de second degré. Présenté comme un film d’horreur de série Z, avec une pochette style VHS, l’album au travers de son artwork est clairement un clin d’œil à Scream Bloody Gore et à toute la frange du death metal traditionnellement attachée à cette imagerie.
Dommage toutefois que le livret n’aille pas au bout de l’idée, l’absence de paroles ou même simplement d’un script de scénario générant un peu de frustration.
Côté musique, guère de surprise : la première impression très plaisante réside dans le son typé Stockholm comme aux plus grandes heures. Abrasif, profond, nerveux, le mur sonore des guitares accompagné d’une basse vrombissante est une vraie réussite. Toutefois, Mr. Death ne fait pas dans le old school pachydermique au régime moteur de tracteur. Malgré son caractère old school très marqué, Detached From Life fait preuve d’une brutalité que les ancêtres suédois n’affichaient pas il y a vingt ans. Dès le premier morceau, Suffer, on a le droit à de bonnes séries de blast beats qui viennent donner une belle consistance à une structure déjà bien charnue. Pour le reste, pas de démonstration technique : oubliez les soli, les compositions à tiroirs : deux ou trois riffs bien gras et suédois jusqu’à la moëlle, une paire d’accélérations blastées, un chant –excellent au demeurant- d’un classicisme de bon ton avec ce qu’il faut de variation, les recettes employées sont celles de la recherche d’efficacité avec ce qu’il faut de « vintage » pour enrober le tout.
Le rendu renvoie donc à l’essence du death metal de toujours : un mélange de noirceur et de puissance, d’énergie et de violence semblant sortir d’outre-tombe. Ceci dit, cela n’est pas suffisant pour se hisser à la hauteur des légendaires pionniers, qu’ils soient suédois ou américains. Malgré une évidente bonne volonté et quelques titres ravageurs (Suffer, Fin, Misery’s Womb, The Storm entre autres), l’inspiration n’est pas toujours au rendez-vous, et certains riffs, malgré leur grain inimitable, ne soulèvent pas forcément d’enthousiasme l’auditeur : soient déjà entendus, soient tout simplement quelconques, ils ne contribuent pas à rendre l’écoute de Detached From Life enthousiasmante de bout en bout. Celle-ci comporte ainsi quelques longueurs, alors que paradoxalement la durée totale du disque affiche à peine une demi-heure.
Au final, si Mr. Death réveille de biens bons souvenirs avec son death suédois old school survitaminé, si son second degré et son absence de prétention restent appréciables et décalés au sein de la scène moderne, si sa capacité à filer par moments de bons coups de pied au derrière est indéniable, il lui manque un poil d’inspiration et de variation pour faire de son premier rejeton un classique du genre. Par exemple, dans un genre plus Carcassien mais dans un esprit similaire, je lui préfère personnellement le Corpus In Extremis de leurs compatriotes General Surgery, parmi les disques marquants de 2009. Réservé donc en priorité aux amoureux inconditionnels du vieux death metal de l’école de Stockholm et du death metal musclé et sans artifices.
Mr Death : Detached From Life
Malgr sa formation rcente, Mr. Death n’est pas n de la dernire pluie. Ou plutt devrait-on dire que ses membres ne sont pas des perdreaux de l’anne, pour tre plus prcis. On retrouve ainsi trace de Stefan Lagergren et Jrgen Thullberg au sein du Tiamat primitif, il y a vingt ans de cela, quand ce dernier faisait partie de la premire vague lgendaire du death metal sudois.
Une lgende suffisamment vivace pour ouvrir facilement certaines portes: un EP en guise de dmo brouillon enregistr sous la houlette de Tomas Skogsberg aux Sunlight studio Stockholm, le sactuaire du death old school sudois, ni plus ni moins?
Detached From Life est donc enregistr sur les mmes bases en dbut 2009, le groupe ayant t pralablement sign par Agonia Records.
Le concept de l’album affiche clairement la volont de faire revivre certaines valeurs du death metal, le tout non dnu de second degr. Prsent comme un film d’horreur de srie Z, avec une pochette style VHS, l’album au travers de son artwork est clairement un clin d’?il Scream Bloody Gore et toute la frange du death metal traditionnellement attache cette imagerie.
Dommage toutefois que le livret n’aille pas au bout de l’ide, l’absence de paroles ou mme simplement d’un script de scnario gnrant un peu de frustration.
Ct musique, gure de surprise: la premire impression trs plaisante rside dans le son typ Stockholm comme aux plus grandes heures. Abrasif, profond, nerveux, le mur sonore des guitares accompagn d’une basse vrombissante est une vraie russite. Toutefois, Mr. Death ne fait pas dans le old school pachydermique au rgime moteur de tracteur. Malgr son caractre old school trs marqu, Detached From Life fait preuve d’une brutalit que les anctres sudois n’affichaient pas il y a vingt ans. Ds le premier morceau, Suffer, on a le droit de bonnes sries de blast beats qui viennent donner une belle consistance une structure dj bien charnue. Pour le reste, pas de dmonstration technique: oubliez les soli, les compositions tiroirs: deux ou trois riffs bien gras et sudois jusqu’ la molle, une paire d’acclrations blastes, un chant ?excellent au demeurant- d’un classicisme de bon ton avec ce qu’il faut de variation, les recettes employes sont celles de la recherche d’efficacit avec ce qu’il faut de vintage pour enrober le tout.
Le rendu renvoie donc l’essence du death metal de toujours: un mlange de noirceur et de puissance, d’nergie et de violence semblant sortir d’outre-tombe. Ceci dit, cela n’est pas suffisant pour se hisser la hauteur des lgendaires pionniers, qu’ils soient sudois ou amricains. Malgr une vidente bonne volont et quelques titres ravageurs (Suffer, Fin, Misery’s Womb, The Storm entre autres), l’inspiration n’est pas toujours au rendez-vous, et certains riffs, malgr leur grain inimitable, ne soulvent pas forcment d’enthousiasme l’auditeur: soient dj entendus, soient tout simplement quelconques, ils ne contribuent pas rendre l’coute de Detached From Life enthousiasmante de bout en bout. Celle-ci comporte ainsi quelques longueurs, alors que paradoxalement la dure totale du disque affiche peine une demi-heure.
Au final, si Mr. Death rveille de biens bons souvenirs avec son death sudois old school survitamin, si son second degr et son absence de prtention restent apprciables et dcals au sein de la scne moderne, si sa capacit filer par moments de bons coups de pied au derrire est indniable, il lui manque un poil d’inspiration et de variation pour faire de son premier rejeton un classique du genre. Par exemple, dans un genre plus Carcassien mais dans un esprit similaire, je lui prfre personnellement le Corpus In Extremis de leurs compatriotes General Surgery, parmi les disques marquants de 2009. Rserv donc en priorit aux amoureux inconditionnels du vieux death metal de l’cole de Stockholm et du death metal muscl et sans artifices.