Les Forges Obscures

L’antre d’eulmatt

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Apoptosis : From Fall to Winter Solstice

admin
23 Feb 2009  
>> Black Metal, Chroniques

Apoptosis : From Fall to Winter SolsticeVoilà un jeune groupe qui ne perd pas de temps. Formé en 2007, Apoptosis n’a pas attendu deux ans avant de se lancer dans l’aventure de l’auto-production. Du MySpace au concept même de l’album, on sent que ces jeunes gens ont les idées claires et savent où aller.

Ceci dit, afficher une certaine ambition peut être à double tranchant, car le contenu musical se doit d’être à la hauteur. Surtout quand on se réclame de la mouvance black metal, aux intransigeances parfois contradictoires, aux concepts rigides, et surtout à la concurrence disparate et multiple.

A l’écoute de From Fall to Winter Solstice, la voie choisie par Apoptosis se dégage assez nettement. Le style prédominant reste le black metal, sans claviers et peu attiré par la vitesse et la brutalité, mais pur, aéré et hypnotique. Les compositions sont relativement monolithiques, s’appuyant généralement pour l’essentiel sur quelques riffs entêtants et immersifs, simplement entrecoupés de quelques touches subtiles : ici un break acoustique, là un solo, et souvent un final à la tournure épique. Dit comme cela, on pourrait penser que les Gersois s’en tiennent au service minimal. En fait, ce n’est pas vraiment la question, car avant toute chose, Apoptosis atteint son but : sa musique fait mouche.

Cependant, sous son apparent classicisme, le groupe n’hésite pas à piocher dans d’autres répertoires. Bien sûr, l’influence norvégienne est patente : le chant de Death, par ailleurs excellent, ne cache pas bien longtemps son héritage ; la froideur des riffs et l’atmosphère glacée qui se dégage du disque s’inspire notablement d’un répertoire éprouvé chez quelques fameux vikings. Mais Apoptosis n’hésite pas non plus à assumer sa culture heavy metal. On est ainsi surpris à l’écoute des premiers soli au lyrisme étonnant. Dans le même ordre d’idée, le son très produit et anormalement « propre » pour un premier disque de black metal, auto-produit qui plus est, témoigne d’un parti pris complètement assumé.

En conclusion le combo évite le cliché du true black minimaliste et revendique une certaine indépendance vis-à-vis des standards en vigueur, allant plutôt lorgner vers une approche heavy/black épique pas si éloignée de celle d’un Between Two Worlds (I). Le chevauchement des riffs épiques et froids mais au son très clair, avec une voix black plutôt traditionnelle provoque durant les premiers instants une certaine surprise, mais finalement s’avère un choix que je trouve judicieux. Ce point devrait diviser, c’est sûr, mais la qualité de la production, et la technique maîtrisée des musiciens (tout est en place, le couple basse/rythmique tient la route avec une sobriété de bon aloi), malgré un rendu très carré, ne nuit pas à l’atmosphère.

Car au final, c’est bien cette ambiance qui compte. Avec ses longues tirades black/heavy, lancinantes et immersives, From Fall to Winter Solstice se révèle séduisant en diable. Même sans inventer des dizaines de riffs improbables, Apoptosis délivre un metal accrocheur, aérien et subtil malgré son dépouillement. D’un From Fall to Winter Solstice aiguisé et tranchant, en passant par la tirade heavy/black inspirée de The Path To Dorang, jusqu’à l’entêtant The Rise Of Our Servant, le début du disque affiche notamment un visage fringant.

On pourra quand même regretter que le groupe n’aille pas toujours au bout de ses idées. Par exemple plusieurs compos génèrent une certaine frustration à cause d’une fin achevée un peu trop prématurément, quand il ne s’agit pas de l’absence d’un riff complémentaire qui permettrait d’enrichir la structure et du coup permettre d’allonger un peu ces morceaux. Quitte à jouer la carte d’un black plutôt atmosphérique et éthéré, Apoptosis peut sans doute aller plus loin dans l’onirisme et l’évasion…or son potentiel hypnotique se trouve parfois un peu atrophié par ces constructions. De la même façon, les breaks mériteraient sans doute de gagner en cohérence et en stature. Bien que placés de manière opportune, ils semblent parfois un peu trop timides pour vraiment peser, et restent globalement moins inspirés que le reste des compositions, en particulier le break acoustique central de Feelings, que j’ai personnellement trouvé déstabilisant (du reste ce morceau est peut-être le moins inspiré du disque). Dernière petite incompréhension enfin sur le morceau de clôture, dont le mixage, volontairement ou pas, laisse curieusement en retrait la guitare. Dommage, car la composition est, encore une fois, très séduisante et originale dans la superposition d’une mélodie hypnotique et de blasts continus.

Mais très honnêtement, ces bémols sont sans doute à mettre sur le compte de la jeunesse, et ne viennent pas ternir une impression globale très positive. Voilà bien un premier disque plein de promesses, parvenant de surcroît à se démarquer grâce à son orientation musicale et une belle personnalité. Il faut être tout à fait franc d’ailleurs : en choisissant la voie du heavy/black plutôt épique et bien produit, il est peu probable que le disque fasse l’unanimité chez les blackeux les plus virulents, comme on peut honnêtement penser qu’il a le potentiel pour séduire un public plus large. En tout cas, la séduction a opéré chez moi.

Souhaitons longue vie à Apoptosis, que l’on va désormais suivre avec attention, et qui peut se construire un bel avenir si il va au bout de ses convictions.

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Samael : Ceremony of Opposites

admin
28 Jan 2009  
>> Black Metal, Chroniques

Samael : Ceremony of Opposites1994, année d’effervescence. En Europe, l’agitation vient surtout de Scandinavie, depuis qu’une poignée de combos norvégiens a enfin réussi à faire décoller le black metal, qui végétait dans son antre obscure depuis dix ans, abandonné par ses leaders d’un temps, Bathory et Hellhammer/Celtic Frost.

Ces derniers sont d’ailleurs érigés en diaboliques inspirateurs par les vikings eux-mêmes ; pourtant, l’héritier légitime de Celtic Frost est bien suisse, et se nomme Samael. Renouant avec le fil que Tom Gabriel Warrior avait perdu quelque part dans les méandres de Into The Pandemonium, Samael a d’ailleurs devancé les Norvégiens dans la reconquête du black metal avec le remarquable Worship Him, enfonçant le clou par la suite sur Blood Ritual. Leur rôle déclencheur dans le renouveau du black metal, bien que trop souvent négligé, leur assure néanmoins une crédibilité et un statut à part dans ce microcosme.

Le troisième album de Samael, Ceremony of Opposites, déboule dans un contexte fondamentalement nouveau. Les standards du black metal sont désormais dictés par la Norvège. Mais les Suisses font preuve d’une indépendance artistique à toute épreuve, qui ne sera d’ailleurs jamais démentie au cours de leur carrière. Plutôt que de se raccrocher à cette nouvelle vague toute-puissante, Samael poursuit sa maturation musicale avec une cohérence bluffante. Toujours dans la lignée spirituelle de Celtic Frost, le groupe produit là une oeuvre marquante et décisive.

Le premier élément fondamental de Ceremony of Opposites est son aspect très aéré. Plus directe, plus épurée, la teneur musicale des compositions rompt assez nettement avec le black plus primitif de ses débuts. Continuellement joué sur un tempo lancinant, appuyé par de longues périodes de double pédale, le metal de Samael n’a rien perdu de son caractère solennel. Cependant, c’est au niveau des guitares que la transition est plus marquée. Au travers d’un son sous-accordé, très froid, les riffs ciselés et purs de Vorph contribuent au caractère plus étheré du disque. Il serait exagéré d’aller jusqu’à évoquer une teneur industrielle, mais dans la forme, Samael s’en rapproche fortement. Rajoutez à cela l’apport des claviers de Xy, qui oscillent au fil des titres entre des esquisses discrètes et parfois une présence de premier plan, ce qui permet à Samael d’accoucher de quelques morceaux imparables, au caractère monumental (Baphomet’s Throne et sa théâtralité impressionnante par exemple).

Malgré son évolution indéniable, l’oeuvre de Samael ne perd pas son identité. A ce niveau, la filiation avec Celtic Frost reste toujours aussi évidente. Les thématiques obscures, l’ambiance mêlant ésotérisme et incantation, incarnés dans les vocaux saisissants de Vorph, tout cet ensemble concourt au fait que Ceremony of Opposites ne fait pas d’infidélité notoire aux valeurs du black metal, du moins dans l’esprit.

La synthèse de Ceremony of Opposites est donc cet amalgame novateur, entre l’innovation musicale d’un metal dark/black/indus, froid, sombre et dépouillé, l’atmosphère solennelle et majestueuse qui se dégage des compositions, et la haine glaciale et détachée héritée de son passé black metal. Dix morceaux cohérents et compacts, superbement encadrés par les monumentaux Black Trip et Ceremony of Opposites. Une oeuvre unique dans le parcours des Suisses, qui est bien plus qu’un simple album de transition entre son black metal primitif des débuts et l’innovation électro assumée à partir de Passage. Il s’agit d’un coup de maître, redoutablement immersif derrière ses allures épurées, une forme d’équilibre idéal entre grandiloquence et austérité, puissance massive et inspirations aériennes.

D’ailleurs, c’est grâce à cet album que Samael prend l’envergure d’un groupe majeur. En effet, à l’époque le groupe reste associé au mouvement black en plein essor, et Ceremony of Opposites reste indiscutablement un des albums clés de cette année 94. On peut d’ailleurs s’amuser de cela, car il a fallu que ce soit au moment où les Suisses se démarquent notablement des standards black metal qu’ils en tirent vraiment bénéfice, tandis que l’apport de Worship Him reste encore à ce jour trop négligé. Néanmoins, le fait de profiter de cet élan ne fait pas tout.

Si la stature de Samael prend corps avec cet album, c’est aussi parce qu’il incarne une rupture et que sa puissance –dans tous les sens du terme – puise sa source dans un talent artistique immense, qui force le respect de nombre de metalheads depuis des années.

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Rotting Christ : Triarchy of the Lost Lovers

admin
11 Mar 2008  
>> Black Metal, Chroniques

Rotting Christ : Triarchy of the Lost LoversC’est fort d’une etiquette de leader incontesté de la scène black metal grecque que Rotting Christ entame la seconde moitié des années 90. Pourtant agrémenté d’une solide référence (Thy Mighty Contract), accompagné par des combos de qualité (Thou Art Lord, Necromantia), Rotting Christ n’est pas malgré tout parvenu à faire éclore définitivement la scène metal hellène, qui doit attendre la vague death gothique des Septic Flesh, Nightfall et autre On Thorns I Lay, qui explose littéralement en 1994-95, notamment au travers des efforts du label français Holy Records.

De manière plus ou moins tacite, Rotting Christ fait encore un peu plus évoluer son black metal déjà atypique vers des sphères beaucoup plus proches de celles de ses petits camarades, alors très en vue.

Triarchy of the Lost Lovers présente un visage profondément novateur. Basé sur des riffs puissants, souvent d’une grande profondeur et emplis de mélodies très prenantes, le metal de Rotting Christ se veut quasi systématiquement lent, majestueux et très léché. Quelques nappes de claviers venant légèrement parachever des compositions déjà très fines, seul le chant guttural de Sakis laisse encore percevoir les origines obscures du combo.

Le résultat est proprement magistral. Tirant le meilleur d’ inspirations doom pour la lourdeur mélancolique, du metal gothique pour les harmonies enivrantes des guitares, et des bases puissantes du death metal pour épaissir une rythmique respectable, Rotting Christ signe une prestation de haut vol, parvenant à créer une atmosphère unique, propre à cette scène grecque, dont les connotations antiques et orientales sont superbement présentes.

La richesse émotionnelle suinte de chaque note, chaque mélodie, et la beauté grandiose du disque est imparable.

Là où se reconnaît un grand disque, c’est lorsque celui-ci parvient à présenter une grande cohérence et de l’homogénéité sans tomber dans le piège de la linéarité et de l’ennui. C’est particulièrement le cas pour Triarchy, dont les morceaux sont tous issus du même moule, et pourtant chaque thème, chaque mélodie, chaque refrain fait mouche avec une émotion comparable.

On peut cependant ressortir quelques sommets d’intensité, sans pour autant dénigrer les autres titres…mais comment ne pas succomber à l’ennivrant Shadows Follow, à l’entraînant Diastric Alchemy, à l’envoûtant King Of A Stellar War, aux délicieux accents doom de One With The Forest…

Jamais sirupeux, jamais caricatural, Rotting Christ parvient à se défaire de tous les pièges guettant la recherche systématique de la mélodie et de l’émotion. Le talent imparable de composition, le sens du riff et l’équilibre artistique épatant des grecs, jamais démentis depuis d’ailleurs, permettent d’éviter ces écueils avec une facilité déconcertante. Le charisme envoûtant de Rotting Christ se confirme magistralement avec ce Triarchy of the Lost Lovers, définitivement une des plus brillantes réalisations de la scène grecque, aussi atypique que brillante.

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Enslaved (NOR) : Frost

admin
4 Mar 2008  
>> Black Metal, Chroniques

Enslaved (NOR) : FrostFort de son premier album sorti en ce début 94, et d’une renommée qui s’affirme depuis le fameux split avec Emperor l’année précédente, le trio de jeunes Norvégiens figure désormais en bonne place au sein de la scène black metal de Bergen, qui en cette période particulière est au centre des attentions.

La créativité d’Ivar et de Grutle apparaît débordante, certainement pas rassassiée par un Vikingligr Veldi fort seulement de cinq morceaux. Les jeunes vikings retournent donc dès le mois de juin 1994 au studios Grieghallen pour mettre en boîte un second album plus consistant prénommé Frost.

La ligne de consuite d’Enslaved ne dévie pas d’un iota: bien que très proche du noyau dur du black norvégien, le groupe affiche son indépendance au travers de son attachement à des thématiques qui n’ont rien d’occultes. Enslaved joue du viking metal, comme il l’affiche clairement dans le livret du disque. Poussant le concept jusqu’au bout, ils s’affichent fièrement arborés de costumes vikings, cote de maille et casque vissé sur le crâne. Le chant en norvégien est bien entendu plus que jamais de rigueur.

Côté musical, Enslaved confirme également les promesses entrevues depuis deux ans. Attaquant le disque par une relativement longue introduction instrumentale, où froid et neige viennent immédiatement s’incruster dans le paysage (Frost), Loke vient frapper un premier grand coup de hache. Délivrant un black épique et guerrier où le talentueux Trym déroule son jeu galopant, avec les riffs tranchants relativement haut perchés d’Ivar, ce morceau témoigne comme quelques autres (le furieux Jotunblod notamment) de l’appartenance claire d’Enslaved à la scène de Bergen d’alors, en allant jusqu’à parfois batailler sur des territoires pas si éloignés que cela de l’Immortal de l’époque (les membres des deux formations sont d’ailleurs très proches).

Le caractère martial du metal d’Enslaved, si il est une constante tout au long de l’album, se présente toutefois sous différentes formes, ce tend à confirmer le vIsage à la fois varié et cohérent de Frost.

Le style caractéristique d’Enslaved prend réellement corps dans Fenris: plus long, plus travaillé, ce morceau débute d’abord par un metal viking mid-tempo, avec toujours ce mur de riff très acérés (et très inspirés) accompagnant les hurlements rageurs de Grutle, puis s’accélère pour donner une teinte plus martiale au morceau, qui immerge de manière imparable l’auditeur dans un univers de bataille, de haches et d’épées. Un black/viking de haute volée, que l’on retrouve (peut être un peu moins inspiré) sur Gylfaginning ou Wotan par exemple.

Frost prend encore de l’altitude avec le magnifique Svarte Vidder, titre composé en 92, très dépouillé de par sa structure minimaliste, et pourtant d’une force mystique considérable. Véritable travail hypnotique, la répétition de ce riff basique et lancinant, inlassablement soutenu par un chant féroce et une solide rythmique, provoquant lors des quelques breaks superbes d’émotions un effet époustouflant. Presque neuf minutes d’une atmosphère austère mais vraiment magique. L’effet est d’ailleurs renforcé grâce à l’enchaînement d’Yggdrasil, balade semi-acoustique où la beauté rugueuse du chant norvégien renforce un peu l’authenticité de l’atmosphère, et où les touches folkloriques ne sont jamais loin. Cette bouffée d’air pur tout droit sorti des fjords, resservi sur un autre morceau aérien en final (Isoders Dronning), permet de donner encore un peu plus de relief à l’album, dont on doit reconnaître un enchaînement de morceaux particuluièrement équilibré et pertinent. Son écoute en est d’autant plus plaIsante que la rudesse, voire l’austérité glaciale des parties les plus furieuses de Frost peuvent facilement mettre en difficulté un auditeur peu rôdé à cet univers spartiate…

L’album se fait donc fort d’une identité forte, à l’atmosphère médiévale et guerrière indéniable, tout en s’appuyant sur des inspirations musicales variées, entre la vitesse du black metal, le lyrisme d’un viking metal où l’inspiration du grand Quorthon n’est jamais loin, et les touches progressives quand guitare acoustique et claviers viennent nuancer la froideur martiale du disque. Il augure en fait parfaitement du devenir d’Enslaved, et incarne ainsi sa véritable naissance artistique, même si Frost reste un disque de son temps, avec ses qualités (la pureté et la vigueur d’un black metal vivace tout au long du disque), mais aussi ses limites.

La première – de taille- concerne la faiblesse du son mis à disposition d’Enslaved. Sans doute le disque le plus mal produit de la discographie des Norvégiens, le manque de puissance des guitares ou l’écho monstrueux venant amplifier le chant étant symptômatiques des maux frappant de nombreuses production de l’époque. Pourtant, alors que cela n’est pas vraiment préjudiciable pour les groupes jouant un black metal cru et primitif, le black/viking d’Enslaved, plus subtil et plus travaillé, souffre certainement davantage de ces faiblesses et perd de fait une partie de son impact, même si la froideur incisive qui se dégage sauve l’essentiel.

Autre léger point noir de l’album: l’emploi pas toujours opportun des claviers, dont les sons frisent par moment le kitsch, avec des interventions dispensables et peu judicieuses (comme sur la fin de Fenris). On mettra ces maladresses sur le compte de la naïveté juvénile d’Enslaved; elles ne pèsent de toute façon pas bien lourd à l’heure du bilan, tant le talent des Norvégiens éclate sur le disque.

A la fois acte de naissance artistique d’Enslaved, qui parvient à affirmer avec force son épanouissement dans un style – le viking metal – qui diverge de la mouvance norvégienne d’alors, et pour autant symbole de son attachement héréditaire à cette même scène black metal, Frost est un disque essentiel à plus d’un titre.

Et au delà de son importance historique, il demeure un bien bel album, notamment grâce à la force de son atmosphère glaciale, épique mais jamais dénuée de subtilité et de magie.

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Celtic Frost : To Mega Therion

admin
21 Jan 2008  
>> Black Metal, Chroniques

Celtic Frost : To Mega TherionC’est à toi que je m’adresse, toi l’innocent qui va découvrir To Mega Therion pour la première fois. Oh, ne lis pas dans mes propos une quelconque condescendance, la supériorité de celui qui a la connaissance face à la naïveté virginale de l’ignorant. Non, il ne s’agit vraiment pas de cela.

S’il est un sentiment que j’éprouve envers toi, c’est de jalousie et d’envie dont il s’agit. Quel bonheur de se jeter la première fois dans ces Abymes jouissives de To Mega Therion. J’aimerais tant être à ta place.

Tu auras noté la froide pâleur de cette peinture ornant la pochette de l’album. C’est que Celtic Frost n’a pas hésité à solliciter l’artiste contemporain Giger, adepte des thèmes occultes et des figurations démoniaques. Une imagerie à la hauteur de certaines ambitions, sois-en déjà certain. Il en va de même pour ce curieux titre, du grec antique qui n’est que la traduction biblique de La Grande Bête, celle de l’Apocalypse de Saint Jean. Tu as d’ores et déjà compris que le Satanisme grotesque et caricatural de Venom ne fera pas longtemps illusion face à ce que tu pressens…face à la Bête. Qui d’autre était allé si loin à cette époque ?

Ce son martial, au goût prononcé de péplum morbide, cette minute glauque et magistrale au nom d’Innocence And Wrath, t’immerge immédiatement dans l’obscurité suffocante de Celtic Frost. La voix de Tom Warrior crache son fiel, un déhanchement de batterie et de guitare sous-accordée vient occuper l’espace avec entêtement. The Usurper surpasse toute forme conventionnelle de metal connu jusque là. L’obscurité s’abat un peu plus avec Jewel Throne, d’une densité effrayante, qui semble te saisir fermement par le cou et t’étouffer avec rage par son accélération implacable et saisissante. Sans doute tu trouveras dans ta longue descente aux enfers des points de repères musicaux qui te semblent étrangement familiers, pour peu que ton oreille soit rôdée au metal le plus extrême, qu’il s’agisse de death, de thrash, de black, de doom. Nous sommes en 1985, et tout est là. Le doom suffocant et baroque de Dawn Of Meggido, la furie thrashisante de Eternal Summer, dont le riff malsain et poisseux comme la mort qui rôde à chaque note te révèle soudain que si le black metal est grand, ses racines ne sont pas si éloignées d’ici bas. Bien sûr, il est fort probable que dès les premières notes de Circle Of The Tyrants, un air de déjà entendu se réveille en ton for intérieur. Bien sûr, quel titre peut se vanter d’avoir été autant repris par les plus grands ? Et pourtant, te voilà subjugué par sa puissance dévastatrice et sa force insoupçonnée. Ces quatre minutes trente de transe convulsive, générée par une maîtrise rythmique confinant au génie, cette magie surnaturelle qui suinte de chaque éructation, chaque note, chaque frappe. Magie qui ne se dissipe pas, quand Tom Warrior renchérit avec North Winds, acharné à déblatérer des thèmes qui feront ni plus ni moins que la légende des plus grands du black. Tu faiblis un peu plus sous la charge démoniaque de Fainted Eyes, son déversement de riffs sourds, sa rythmique plombée qui ne laisse pas de répit. Tu ne comprends plus, ébahi par la sobriété, voire l’austérité de la musique de Celtic Frost, étonnamment brute et sans artifices, et pourtant d’une puissance significative qui te cloue sur place. Cette force mystique que tu ne peux appréhender froidement, que tu ne parviens pas à décrire musicalement, techniquement, scientifiquement. Celtic Frost te tient à sa merci, désormais tu le concèdes, tu dois l’admettre. Et quand bien même c’est un intermède instrumental qui te laisse respirer, tu ne sortiras pas de la torpeur de To Mega Therion, que dis-je, de sa grandeur éternelle, quand ses inspirations les plus grandioses se manifestent dans Necromantial Screams, pièce flamboyante et symphonique, qui préfigure déjà les dispositions à venir des Helvètes, qu’aucune limite artistique ne freine quand il s’agit d’élever la musique au rang de l’art le plus génial et le plus noir. Une fois de plus tu remarques que ces chÅ“urs féminins, aussi discrets que pertinents, et ces touches classiques, lorsqu’elles sont employées avec ce talent, confèrent à la musique une saveur extraordinaire…souvent imitée mais rarement égalée.

Epuisé et vaincu, tu achèves donc ce disque, ce rite initiatique tellement délicat à retranscrire. Tu comprends mes mots désormais. Tu as retrouvé dans ce monument l’énergie furieuse du thrash, la violence maîtrisée du death metal, la noirceur et la haine du black metal, le désespoir du doom ou du post-hardcore. To Mega Therion est tout cela, et bien plus encore. Et désormais, tu as pris conscience que le cÅ“ur de la Bête, celui du metal le plus sombre, bat ici. Eternellement.

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Limbonic Art : Legacy of Evil

admin
31 Oct 2007  
>> Black Metal, Chroniques

Limbonic Art : Legacy of EvilUn come-back de plus… Bien entendu, on ne s’étonne plus de rien, tant les retours aux affaires de vieilles connaissances après les adieux annoncés sont pléthore ces derniers temps. Pour ma part, le Monotheist de Celtic Frost a tellement balayé mes jugements arrêtés et négatifs sur ces retours improbables, que l’on ne m’y reprendra plus.

Ici rien de comparable avec les Helvètes, bien entendu. Notre duo Norvégien n’avait pas disparu il y a si longtemps que cela ; il s’agit d’un non-évènement. Cela n’en constitue pas moins une heureuse surprise en ce qui me concerne, car je ne cache pas un certain attachement à ce groupe à l’identité affirmée.

Limbonic Art fait en effet partie des quelques référents qui ne m’ont jamais vraiment déçu, notamment depuis que le black metal est devenu ce grand foutoir dans lequel je ne me retrouve plus comme c’était le cas il y a dix ou douze ans (un « amateurisme » que j’assume complètement, entre parenthèses…).

Voilà bien un groupe qui a toujours produit un excellent black metal, créatif et audacieux, particulièrement dans sa période grandiloquente et symphonique – ce qui les condamne de fait à la véhémence des irréductibles « true » – ou dans ses évolutions plus récentes, en conservant pour autant une atmosphère et une agressivité glaciales, qui constituent le coeur de la bête et qui font que le black metal peut parfois atteindre une grandeur inégalable. Le tout en évoluant artistiquement au fil de ses albums, sans perdre son identité. Cela fait déjà beaucoup, et certains de ses petits camarades de black sympho, concurrents il y a dix ans, ne peuvent pas en dire autant…

Nonobstant, la pertinence et la justification de ce nouvel album dans la logique artistique globale de Limbonic Art peuvent légitimement prêter à questionnement…et je dois admettre d’entrée que ces interrogations ne sont pas toutes levées après plusieurs écoutes.

Si le premier morceau, A Cosmic Funeral Of Memories, fait sans sourciller dans un black plutôt brutal, magnifiquement épique et savamment orchestré pendant plus de sept minutes, la suite surprend. A Void Of Lifeless Dreams débarque brutalement à grands coups de riffs tranchants et saccadés fleurant bon les influences death metal : puissant, incisif, le morceau est seulement nuancé par un break plus conventionnel où claviers et mélodies black reprennent quelques instants leurs droits. Toutes proportions gardées, des effluves behemothiennes me traversent l’esprit…

Grace By Torments, lent, aérien et magistralement baroque, permet de recouvrer ses esprits en confirmant qu’il s’agit bien d’un disque de Limbonic Art…Court intermède toutefois, noyé dans une vague de black rapide et épique aux relents death très présents. Cela se vérifie dans la relative technicité des riffs comme dans la gestion variée des tempos. Celui qui fût le chantre de l’utilisation massive des claviers (avec talent), à savoir Morfeus, se contente de les employer avec une relative parcimonie, la plupart du temps en second plan, en tant que simple appui des guitares omnipotentes et de leur ligne mélodique. La discrétion de ces claviers est véritable, et leur présence ne se discerne souvent qu’après plusieurs écoutes, ce qui n’enlève rien à leur pertinence. Daemon, quant à lui, est au sommet de sa forme et proprement impressionnant au chant.

Néanmoins les titres passent, et sans que l’on trouve à redire sur la qualité des compositions, encore moins sur le niveau de l’exécution, le grand frisson se fait rare. Par exemple, le titre éponyme Legacy of Evil, très prenant par instants dans ses envolées lyriques, retombe par la faute du riff principal, thrashy et direct, qui casse une atmosphère aérienne difficile à maintenir.

C’est tout le paradoxe du disque, qui, écoute après écoute, confirme une sentence qui tombe comme un implacable couperet : regorgeant de bonnes idées, de grandes mélodies, de magnifiques arrangements et de subtiles touches de claviers, les titres, pour la plupart, ne parviennent pas à se dépêtrer de leur longueur et de leur complexité, pour faire décoller définitivement l’auditeur. On se laisse même parfois à regretter la trop faible longueur d’intermèdes planants, comme sur Nebulous Dawn, où entre deux déchaînements de tempêtes, on aurait tant souhaité s’évader et frémir de bien plus longues minutes…l’impatience pour remettre la marche avant me paraît symptomatique du fait que les Norvégiens cherchent avant tout à impressionner; leur démarche créatrice s’en trouve amputée, hélas. Pour l’aspect impressionnant, c’est bien évidemment une réussite, il n’y a par exemple qu’à se délecter des sept minutes de furie et de majesté de Seven Doors Of Death pour s’en convaincre.

Au final, il faut bien admettre que le rendu global du disque est celui d’un bloc compact, dense, très homogène dans la forme et le fond. L’atmosphère est froide, voire glaciale, mais affublée d’un côté clinique, presque médical, la faute à une production immaculée et travaillée au possible, à un son impersonnel et à la batterie – boîte à rythme qui se retrouve de fait trop mise en avant, la discrétion des claviers laissant parfois un espace difficile à occuper. Bien qu’impressionnante, la froideur de l’ensemble anesthésie les émotions habituellement foisonnantes dans la musique de Limbonic Art. Cette sécheresse émotionnelle laisse donc place à une appréciation plus technique et plus cartésienne de la maîtrise et du savoir-faire des Norvégiens, redoutables d’efficacité et de virulence. Le mysticisme aérien et la magie des Moon in the Scorpio et In Abhorrence Dementia paraissent bien lointains.

Limbonic Art a sans doute laissé passer une grosse occasion de marquer les esprits. Non seulement les Norvégiens bénéficiaient toujours d’une certaine aura (à défaut de culte) grâce à une discographie irréprochable et cohérente, mais en plus ils retrouvent une scène black metal qui n’a pas franchement évolué depuis leur split, et qui de fait n’a jamais été aussi peu pourvu en véritables leaders.

Bien entendu, Limbonic Art ne sera jamais consensuel (la seule utilisation des claviers le condamnant de fait), mais a minima dans le petit monde du black symphonique, l’héritage d’Emperor leur tendait les bras. Legacy of Evil ne sera pas l’album de cette consécration, et sans réellement perdre de sa superbe, le duo Daemon / Morfeus se contente d’un retour solide, mais sans fracas. On prendra donc cet album comme une des bonnes productions de l’année 2007, qui mérite le détour et qui est d’une qualité largement suffisante pour que j’achète les yeux fermés le prochain Limbonic Art, dont le potentiel demeure indiscutablement intact. En ces temps difficiles, je m’en satisfais.

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Impaled Nazarene : Suomi Finland Perkele

admin
5 Sep 2007  
>> Black Metal, Chroniques

Impaled Nazarene : Suomi Finland PerkeleReplongeons un instant dans cette époque héroïque du black metal: un an après Ugra Karma, les Finlandais d’Impaled Nazarene sont sur le point de confirmer un peu plus leur présence sur le devant d’une scène en pleine révolution. A l’époque, le groupe est en effet une des figures de proue du label français Osmose Productions, aux côtés des Immortal, Marduk et autre Enslaved, excusez du peu.

Je me souviens donc de l’enthousiasme qui nous avait animé à l’accueil de Suomi Finland Perkele, un des albums que j’ai le plus écouté en cette glorieuse année 94.

Arrêtons là les souvenirs émus pour évoquer le contenu de ce disque à la pochette dorée.

“Suomi Finland Perkele !†hurlent en choeur une horde de Finnois en colère. Martèlement de tambours, hymne ultra guerrier joué au clavier, l’introduction est explicite: l’ambiance sera martiale. Le clavier se tait, la grosse caisse résonne quelques temps, et la machine est lancée: premier riff acéré, au son sec et tranchant comme une épée, pas plus de trois notes mais une mélopée qui se grave instantanément dans la tête. La batterie déboule aussitôt, la basse en soutien avec une virulence incroyable. Le tempo baisse, les hurlements rauques et vociférants de ce frapadingue de Mika Luttinen se mettent enfin à déverser une rage sortie des tripes, avec lenteur et application. Au bout de ce premier couplet de quelques secondes, la vitesse supérieure s’enclenche à nouveau. C’est primaire, bestial, linéaire. Enervé comme du punk, jouissif et entraînant comme du thrash, glauque et malsain comme du black. C’est Impaled Nazarene dans ses oeuvres, reconnaissable entre mille.

Que ce soit Steelvagina, Genocide, ou Ghettoblaster, la recette est la même, et à défaut d’être sophistiquée, elle est diablement efficace, en partie grâce à des riffs sacrément accrocheurs. Le summum de la violence est atteint sur Total War, au slogan répétitif et rageur qui appelle à la guerre, en guise d’introduction pour un morceau d’anthologie au souffle épique. Les 50 secondes de Kuolema Kaillile sont quant à eux un court défouloir au trop plein d’énergie des Finlandais…

Là où Impaled Nazarene nous surprend agréablement, c’est qu’il sait sortir de ses sentiers battus sur plusieurs titres de grande qualité.

Cela commence avec Blood Is Thicker Than Water, ballade black metal superbe d’émotion. Bluffant. Une seconde surprise porte le nom de Quasb / The Burning, au départ dépressif et très lent, où les claviers font un passage discret mais pertinent. Le titre prend de l’ampleur au fil des minutes, la guitare fait souffler un vent glacial très lyrique, la double pédale achève le tout dans une ambiance qui donne les frissons.

Autre facette assez prenante, c’est la teinte plus punk d’un entraînant Let’s Fucking Die, avec son solo rock n’roll sorti de nulle part. La grande classe.

Et comme pour confirmer que Suomi Finland Perkele n’est pas un album comme les autres, on a le droit en guise de conclusion au très sombre The Oat Of The Goat, tout en maîtrise et en colère contenue, chaloupé et percutant, à la croisée des styles et inclassable.

Pour les amateurs de cet ovni qu’est Impaled Nazarene, Suomi Finland Perkele est plus qu’indispensable. Pour tous les autres il mérite une oreille attentive, et il est fort à parier que ses mélodies vont s’inscruter pour longtemps dans votre crâne…

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Anaal Nathrakh : Eschaton

admin
13 Aug 2007  
>> Black Metal, Chroniques

Anaal Nathrakh : EschatonEst-il réellement possible de mettre d’accord les fans les plus intransigeants de la scène black avec ceux du grindcore ? Vous revoyez déjà le tableau de la guerre fratricide qui opposait il n’y a pas si longtemps death metal et black metal. Hormis quelques exceptions comme Dissection, ou plus récemment Behemoth, les deux mouvements se sont toujours regardés en chien de faïence. Alors avec les grinders, qui se contrefoutent de leur look comme de Satan, et qui en plus revendiquent le statut de champion du style le plus violent, il n’y a pas moyen de s’entendre, vont me dire les blackmétaleux. La réciproque étant sans doute vraie.

Oui mais voilà (revenons à nos moutons), Anaal Nathrakh, lui, a réussi le tour de force de se faire aimer des deux camps, à tel point qu’il serait bien délicat d’apposer une étiquette stylistique en fer forgé aux anglais.

L’usage commun veut qu’on les rattache à la scène black, ce qu’eux-mêmes revendiquent. Certes. Pour autant, avec leur look de gendre idéal, leur habitude d’appeler Shane Embury ou Danny Herrera pour faire des piges sur scène ou lors des enregistrements, et leur nationalité anglaise (ouh le vilain cliché réducteur), la culture death/grind n’est pas négligée. Cessons donc cette digression qui n’a finalement que peu d’importance, dont le seul but est simplement de prouver qu’avec du talent on peut allègrement casser les barrières stylistiques souvent trop rigides qui régissent notre petit monde du métal…

Rentrons donc dans le vif du sujet, à savoir la musique. Et avec Anaal Nathrakh, l’entrée en matière est vive, Bellum Omnium Contra Omnes, comme vos vieux souvenirs de latin l’indiquent, n’est pas un hymne à l’amour. Riff ultra rapide, ambiance black très guerrière, et ça blaste sans franchement souffler. Nous voilà déjà gonflés à bloc, la hache au poing, prêts à taillader tout ce qui bouge. L’enchaînement avec Between Shit And Piss We Are Born est redoutable. Outre son titre encore une fois très suggestif, ce morceau qui a servi à faire les previews et la promo du disque est presque caricatural d’Eschaton : une entrée en matière plutôt grind, avec un chant criard, un riff très basique, puis une accélération déhanchée typique, qui nous conduit brutalement au refrain qui bascule dans le black symphonique à grande vitesse, façon Emperor, avec une mélodie épique et SVP un chant clair du plus bel effet. La mise à profit conjointe des deux écoles est prodigieuse, tant elle paraît naturelle et évidente.

Timewave Zero et The Destroying Angel laissent moins transpirer l’aspect symphonique, pourtant, vitesse impressionnante, puissance et intransigeance sont les maîtres mots. Ce qui est remarquable, c’est que malgré une brutalité et une vitesse qui confinent au black le plus brutal, on sent vraiment une maîtrise artistique incroyable qui s’appuie aussi sur une technique exemplaire. Des onces mélodiques parsèment les morceaux, et la cohérence harmonique n’est jamais effacée devant la violence musicale. Tout ce que je viens de décrire, d’une manière ou d’une autre, signifie bien qu’on est en face d’un grand disque de black metal. Et l’apport de touches grind est utilisé avec pertinence, car il permet à la fois de casser la linéarité des compos, et de réinjecter un soupçon de puissance dans une musique qui ne demande que cela. Ainsi, Waiting For The Barbarians nous emmène dans une ambiance épique, très guerrière, où tous ces différents ingrédients stylistiques sont assemblés avec talent. N’allez pas pour autant croire que l’album est trop linéaire et répétitif : avec par exemple When The Lion Devours Both Dragon And Child, Anaal Nathrakh prouve qu’il sait aussi jouer du death technique et lancinant, en s’appuyant sur des riffs qui restent gravés dans la tête, élégants et monumentaux. La personnalité du disque en est encore rehaussée, l’atmosphère devient sur ce morceau délicieusement suffocante, sans perdre de sa prestance et son côté dramatique.

C’est d’ailleurs ce qu’il faut retenir d’Eschaton. Dans sa capacité à pousser très loin la brutalité, Anaal Nathrakh parvient à conserver une maîtrise artistique remarquable ; les touches mélodiques, tantôt portées par les guitares, ça et là renforcées par du chant clair du plus bel effet, permettent d’apporter une finition soignée à ce déferlement de haine et de violence. L’ombre d’Emperor n’est pas très loin en fait… ce qui vous situe le phénomène.

Eschaton, de mon point de vue, est l’un des deux ou trois disques de l’année 2006, dans la catégorie du métal…extrême (histoire de ne froisser personne…).

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