Lifelover : Dekadens

Uncategorized - No Comments » - Posted on October, 19 at 12:00 am

Lifelover : DekadensImaginer un avenir où tout ne sera que bonheur illusoire et peine renfermée, où l’on vous promettra délicates effluves de rose et doux soleil radieux, sans daigner vous avertir que ces trompe-l’?il ne sont que l’arbre cachant la forêt ? Une forêt exhalant les pires relents de charogne, s’étendant à perte du vue sous de désolants et apathiques cieux grisâtres.

Imaginer un “avenir lugubre” ? ? Non ? Le voir au présent, le vivre au quotidien ? Le quotidien d’une civilisation moderne, accroc acharnée aux innombrables supports de cybersocialisation, s’écrivant des kikooloo sur “Mysperme”, se répondant des lol sur Fesseboule, perdue dans les méandres d’un monde virtuel aspirant sa sève émotionnelle, se rendant à la merci des innombrables instruments de propagande laveuse de cerveau sévissant comme des rapaces affamés, la rendant toujours plus prompte à bouffer de la bouillie aussi nauséabonde qu’on regretterait que ce ne fût pas de la merde.

Ces saloperies d’autorités, crapules bonimenteuses camouflant du racket financier sous couvert de bienfait social, ces putains de media people établissant les standards, les définitions de ce qui est bien et de ce qui est mal, de ce qui est in et de ce qui est out, ces “enculées de majors” violant allégrement l’art musical pour n’en laisser qu’un divertissement grotesque de supercherie ? Autant de putes racoleuses, pompes à oseille, aspirateurs à mentalité, réduisant notre société en un troupeau sans plus aucune once de personnalité, d’une “léthargie” veule, où chacun de ses clones réagit tel un “androïde” à leurs leçons moralisatrices dissimulées derrière le voile idyllique des bonnes paroles, des “paroles de sagesse”, bourrées d’une condescendance nauséeuse, conduisant l’inendiguable flot des moutons de Panurge vers sa seule et unique fatalité, sa seule et unique “destination : nulle part”, le royaume du néant, la ville du rien, celle du corps et de l’esprit de l’être déshumanisé dont les froides artères fourmillent de globules transitant comme des millions d’amas de ferraille sur un glacial revêtement bitumé, dont le c?ur bat comme un modem traversé d’impulsions préprogrammées, vide de toute émotion organique?

Le quotidien d’une humanité exsangue devenue depuis longtemps sa propre plaie ? et Lifelover est le parfait instrument de la mise en musique de sa “décadence”, balançant avec sa toute dernière ?uvre “Dekadens” un nouveau coup de scalpel rageur dans son masque d’excellence et de respectabilité, une nouvelle éjaculation monumentale sur sa face grimaçante de perversion et d’hypocrisie ? le vrai visage de l’humanité.

Comme à son habitude, le quintet suédois a été on ne peut plus ponctuel à son infaillible rendez-vous annuel, n’ayant posé aucun lapin depuis sa formation en 2005, malgré le passage par la case hôpital psychiatrique de son guitariste H il y a quelques mois de cela.

Voilà l’occasion rêvée de souhaiter avec force rails de coke, héroïne en piquouse et alcool frelaté, les seuls remèdes aux affres de l’existence, un joyeux anniversaire au brillant “Pulver“, au remarquable “Erotik” et au prodigieux “Konkurs“, ainsi que célébrer comme il se doit l’arrivée du petit “Dekadens“, livré sous format EP avec 7 nouvelles décharges de gnole et de schnouf pour 26 minutes de festivités démentielles.

Restait alors à savoir, comme à chaque coup, si le cynisme tranchant de Lifelover n’allait pas s’émousser avec un tel rythme ? Que nenni ! Il est au contraire plus aiguisé que jamais et les incurables aficionados des barges suédois vont encore pouvoir se taper leur ration de neurasthénie pré-hivernale comme un junkie sa dose de came, et leur content de dégoût envers ce résidu de sous-primate que l’on a coutume d’appeler être humain, bouillonnant en une profonde aversion et une haine d’écorché vif ne demandant qu’à être expulsées telle la pestilentielle diarrhée d’un cancéreux du colon en phase terminale.

Sans réellement surprendre mais sans faiblir non plus, Lifelover continue avec “Dekadens” à dévider son style si singulier, ?uvrant dans un rock aussi sévèrement vitriolé que profondément déprimé, traversé de convulsions black assassines et transcendé par les vocaux déchirants de l’hallucinant Kim Carlsson, alias (), qui excelle autant dans les hurlements inhumains propres à glacer le sang d’un méditerranéen de pure souche que dans les plaintes monocordes et désabusées (doublé pour l’occasion par son compère de psychopathie Nattdal, alias B), dignes d’un looser dépressif jusqu’à la moelle fin prêt à se faire sauter le caisson et à repeindre le plafond de sa chambre putride de morceaux de sa cervelle cramée aux acides.

Un caractère dual qui se retrouve dans les morceaux proposés sur “Dekadens“, glissant progressivement de compositions accrocheuses mettant en exergue les racines black metal du combo, avec les leads aiguisés de “Luguber Framtid” dansant comme la lame effilée d’un rasoir ou encore les spasmes mortels de “Major Fuck Off” opprimants au possible, jusqu’à des odes aigries faisant la part belle aux arpèges de guitare désenchantés et aux harmonies de piano mélancoliques (“Androider”, “Visdomsord”, “Destination: Ingenstans”).

Sept nouveaux titres dans la plus pure tradition de Lifelover, à une différence près, et de taille : le judicieux enrôlement d’un vrai batteur en la personne de Non, en remplacement de la boîte à rythmes en vigueur sur les précédentes réalisations du groupe, rend la musique de Lifelover incontestablement plus profonde et consistante que par le passé, les salves rythmées enregistrant un surplus d’impact meurtrier, tandis que les instants posés gagnent en intensité intimiste.

Le gaillard, tissant tout au long du disque un jeu de cymbales puissamment mordant (“Lethargy”) ou plus finement transportant (“Visdomsord”), s’est manifestement très bien intégré à la bande de disjonctés déjà en place, signant de sa plume acerbe et incisive plusieurs textes, dont l’excellent “Myspys”, qui peut être vu comme un jeu de mots entre le nom du célèbre site de cybersocialisation (Myspace pour ceux qui n’auraient pas suivi) et le terme “spys” signifiant “vomir” en suédois.

Se nourrissant de tout ce que la civilisation moderne offre de plus laid et de plus abject en ce bas-monde, Lifelover poursuit son ?uvre empreinte de marginalité et de folie ? Une folie paradoxalement lucide quant à l’inexorable décrépitude du monde qui nous entoure, y posant un regard aussi impudent que sans concession ? Une folie profondément ancrée dans le cerveau de ses géniteurs, dont l’inspiration semble couler d’une source inépuisable, délivrant un nouveau crachat hautement caustique du nom de “Dekadens“.

Bien plus qu’un simple EP, bien plus qu’une simple collection de titres composés à la va-vite et jetés en pâture aux fans invétérés, ce “Dekadens” leur est tout aussi indispensable que les précédents albums. Une réussite constituant en outre une excellente porte d’entrée aux curieux et autres inconscients qui souhaiteraient partir à la découverte du secteur acrimonieux de Lifelover, de son environnement délabré sur fond de déchéance urbaine, avec un format court qui incite à enclencher la touche repeat pour en profiter ? inlassablement ? s’en abreuver ? encore et encore ?

Juste encore une petite dose ?

Rien qu’une petite dose ?

Lifelover : Dekadens

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Lifelover : DekadensImaginer un avenir où tout ne sera que bonheur illusoire et peine renfermée, où l’on vous promettra délicates effluves de rose et doux soleil radieux, sans daigner vous avertir que ces trompe-l’?il ne sont que l’arbre cachant la forêt ? Une forêt exhalant les pires relents de charogne, s’étendant à perte du vue sous de désolants et apathiques cieux grisâtres.

Imaginer un “avenir lugubre” ? ? Non ? Le voir au présent, le vivre au quotidien ? Le quotidien d’une civilisation moderne, accroc acharnée aux innombrables supports de cybersocialisation, s’écrivant des kikooloo sur “Mysperme”, se répondant des lol sur Fesseboule, perdue dans les méandres d’un monde virtuel aspirant sa sève émotionnelle, se rendant à la merci des innombrables instruments de propagande laveuse de cerveau sévissant comme des rapaces affamés, la rendant toujours plus prompte à bouffer de la bouillie aussi nauséabonde qu’on regretterait que ce ne fût pas de la merde.

Ces saloperies d’autorités, crapules bonimenteuses camouflant du racket financier sous couvert de bienfait social, ces putains de media people établissant les standards, les définitions de ce qui est bien et de ce qui est mal, de ce qui est in et de ce qui est out, ces “enculées de majors” violant allégrement l’art musical pour n’en laisser qu’un divertissement grotesque de supercherie ? Autant de putes racoleuses, pompes à oseille, aspirateurs à mentalité, réduisant notre société en un troupeau sans plus aucune once de personnalité, d’une “léthargie” veule, où chacun de ses clones réagit tel un “androïde” à leurs leçons moralisatrices dissimulées derrière le voile idyllique des bonnes paroles, des “paroles de sagesse”, bourrées d’une condescendance nauséeuse, conduisant l’inendiguable flot des moutons de Panurge vers sa seule et unique fatalité, sa seule et unique “destination : nulle part”, le royaume du néant, la ville du rien, celle du corps et de l’esprit de l’être déshumanisé dont les froides artères fourmillent de globules transitant comme des millions d’amas de ferraille sur un glacial revêtement bitumé, dont le c?ur bat comme un modem traversé d’impulsions préprogrammées, vide de toute émotion organique?

Le quotidien d’une humanité exsangue devenue depuis longtemps sa propre plaie ? et Lifelover est le parfait instrument de la mise en musique de sa “décadence”, balançant avec sa toute dernière ?uvre “Dekadens” un nouveau coup de scalpel rageur dans son masque d’excellence et de respectabilité, une nouvelle éjaculation monumentale sur sa face grimaçante de perversion et d’hypocrisie ? le vrai visage de l’humanité.

Comme à son habitude, le quintet suédois a été on ne peut plus ponctuel à son infaillible rendez-vous annuel, n’ayant posé aucun lapin depuis sa formation en 2005, malgré le passage par la case hôpital psychiatrique de son guitariste H il y a quelques mois de cela.

Voilà l’occasion rêvée de souhaiter avec force rails de coke, héroïne en piquouse et alcool frelaté, les seuls remèdes aux affres de l’existence, un joyeux anniversaire au brillant “Pulver“, au remarquable “Erotik” et au prodigieux “Konkurs“, ainsi que célébrer comme il se doit l’arrivée du petit “Dekadens“, livré sous format EP avec 7 nouvelles décharges de gnole et de schnouf pour 26 minutes de festivités démentielles.

Restait alors à savoir, comme à chaque coup, si le cynisme tranchant de Lifelover n’allait pas s’émousser avec un tel rythme ? Que nenni ! Il est au contraire plus aiguisé que jamais et les incurables aficionados des barges suédois vont encore pouvoir se taper leur ration de neurasthénie pré-hivernale comme un junkie sa dose de came, et leur content de dégoût envers ce résidu de sous-primate que l’on a coutume d’appeler être humain, bouillonnant en une profonde aversion et une haine d’écorché vif ne demandant qu’à être expulsées telle la pestilentielle diarrhée d’un cancéreux du colon en phase terminale.

Sans réellement surprendre mais sans faiblir non plus, Lifelover continue avec “Dekadens” à dévider son style si singulier, ?uvrant dans un rock aussi sévèrement vitriolé que profondément déprimé, traversé de convulsions black assassines et transcendé par les vocaux déchirants de l’hallucinant Kim Carlsson, alias (), qui excelle autant dans les hurlements inhumains propres à glacer le sang d’un méditerranéen de pure souche que dans les plaintes monocordes et désabusées (doublé pour l’occasion par son compère de psychopathie Nattdal, alias B), dignes d’un looser dépressif jusqu’à la moelle fin prêt à se faire sauter le caisson et à repeindre le plafond de sa chambre putride de morceaux de sa cervelle cramée aux acides.

Un caractère dual qui se retrouve dans les morceaux proposés sur “Dekadens“, glissant progressivement de compositions accrocheuses mettant en exergue les racines black metal du combo, avec les leads aiguisés de “Luguber Framtid” dansant comme la lame effilée d’un rasoir ou encore les spasmes mortels de “Major Fuck Off” opprimants au possible, jusqu’à des odes aigries faisant la part belle aux arpèges de guitare désenchantés et aux harmonies de piano mélancoliques (“Androider”, “Visdomsord”, “Destination: Ingenstans”).

Sept nouveaux titres dans la plus pure tradition de Lifelover, à une différence près, et de taille : le judicieux enrôlement d’un vrai batteur en la personne de Non, en remplacement de la boîte à rythmes en vigueur sur les précédentes réalisations du groupe, rend la musique de Lifelover incontestablement plus profonde et consistante que par le passé, les salves rythmées enregistrant un surplus d’impact meurtrier, tandis que les instants posés gagnent en intensité intimiste.

Le gaillard, tissant tout au long du disque un jeu de cymbales puissamment mordant (“Lethargy”) ou plus finement transportant (“Visdomsord”), s’est manifestement très bien intégré à la bande de disjonctés déjà en place, signant de sa plume acerbe et incisive plusieurs textes, dont l’excellent “Myspys”, jeu de mots entre le nom du célèbre site de cybersocialisation (Myspace pour ceux qui n’auraient pas suivi) et le terme “spys” signifiant “vomir” en suédois.

Se nourrissant de tout ce que la civilisation moderne offre de plus laid et de plus abject en ce bas-monde, Lifelover poursuit son ?uvre empreinte de marginalité et de folie ? Une folie paradoxalement lucide quant à l’inexorable décrépitude du monde qui nous entoure, y posant un regard aussi impudent que sans concession ? Une folie profondément ancrée dans le cerveau de ses géniteurs, dont l’inspiration semble couler d’une source inépuisable, délivrant un nouveau crachat hautement caustique du nom de “Dekadens“.

Bien plus qu’un simple EP, bien plus qu’une simple collection de titres composés à la va-vite et jetés en pâture aux fans invétérés, ce “Dekadens” leur est tout aussi indispensable que les précédents albums. Une réussite constituant en outre une excellente porte d’entrée aux curieux et autres inconscients qui souhaiteraient partir à la découverte du secteur acrimonieux de Lifelover, de son environnement délabré sur fond de déchéance urbaine, avec un format court qui incite à enclencher la touche repeat pour en profiter ? inlassablement ? s’en abreuver ? encore et encore ?

Juste encore une petite dose ?

Rien qu’une petite dose ?

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Lifelover : DekadensImaginer un avenir où tout ne sera que bonheur illusoire et peine renfermée, où l’on vous promettra délicates effluves de rose et doux soleil radieux, sans daigner vous avertir que ces trompe-l’?il ne sont que l’arbre cachant la forêt ? Une forêt exhalant les pires relents de charogne, s’étendant à perte du vue sous de désolants et apathiques cieux grisâtres.

Imaginer un “avenir lugubre” ? ? Non ? Le voir au présent, le vivre au quotidien ? Le quotidien d’une civilisation moderne, accroc acharnée aux innombrables supports de cybersocialisation, s’écrivant des kikooloo sur “Mysperme”, se répondant des lol sur Fesseboule, perdue dans les méandres d’un monde virtuel aspirant sa sève émotionnelle, se rendant à la merci des innombrables instruments de propagande laveuse de cerveau sévissant comme des rapaces affamés, la rendant toujours plus prompte à bouffer de la bouillie aussi nauséabonde qu’on regretterait que ce ne fût pas de la merde.

Ces saloperies d’autorités, crapules bonimenteuses camouflant du racket financier sous couvert de bienfait social, ces putains de media people établissant les standards, les définitions de ce qui est bien et de ce qui est mal, de ce qui est in et de ce qui est out, ces “enculées de majors” violant allégrement l’art musical pour n’en laisser qu’un divertissement grotesque de supercherie ? Autant de putes racoleuses, pompes à oseille, aspirateurs à mentalité, réduisant notre société en un troupeau sans plus aucune once de personnalité, d’une “léthargie” veule, où chacun de ses clones réagit tel un “androïde” à leurs leçons moralisatrices dissimulées derrière le voile idyllique des bonnes paroles, des “paroles de sagesse”, bourrées d’une condescendance nauséeuse, conduisant l’inendiguable flot des moutons de Panurge vers sa seule et unique fatalité, sa seule et unique “destination : nulle part”, le royaume du néant, la ville du rien, celle du corps et de l’esprit de l’être déshumanisé dont les froides artères fourmillent de globules transitant comme des millions d’amas de ferraille sur un glacial revêtement bitumé, dont le c?ur bat comme un modem traversé d’impulsions préprogrammées, vide de toute émotion organique?

Le quotidien d’une humanité exsangue devenue depuis longtemps sa propre plaie ? et Lifelover est le parfait instrument de la mise en musique de sa “décadence”, balançant avec sa toute dernière ?uvre “Dekadens” un nouveau coup de scalpel rageur dans son masque d’excellence et de respectabilité, une nouvelle éjaculation monumentale sur sa face grimaçante de perversion et d’hypocrisie ? le vrai visage de l’humanité.

Comme à son habitude, le quintet suédois a été on ne peut plus ponctuel à son infaillible rendez-vous annuel, n’ayant posé aucun lapin depuis sa formation en 2005, malgré le passage par la case hôpital psychiatrique de son guitariste H il y a quelques mois de cela.

Voilà l’occasion rêvée de souhaiter avec force rails de coke, héroïne en piquouse et alcool frelaté, les seuls remèdes aux affres de l’existence, un joyeux anniversaire au brillant “Pulver“, au remarquable “Erotik” et au prodigieux “Konkurs“, ainsi que célébrer comme il se doit l’arrivée du petit “Dekadens“, livré sous format EP avec 7 nouvelles décharges de gnole et de schnouf pour 26 minutes de festivités démentielles.

Restait alors à savoir, comme à chaque coup, si le cynisme tranchant de Lifelover n’allait pas s’émousser avec un tel rythme ? Que nenni ! Il est au contraire plus aiguisé que jamais et les incurables aficionados des barges suédois vont encore pouvoir se taper leur ration de neurasthénie pré-hivernale comme un junkie sa dose de came, et leur content de dégoût envers ce résidu de sous-primate que l’on a coutume d’appeler être humain, bouillonnant en une profonde aversion et une haine d’écorché vif ne demandant qu’à être expulsées telle la pestilentielle diarrhée d’un cancéreux du colon en phase terminale.

Sans réellement surprendre mais sans faiblir non plus, Lifelover continue avec “Dekadens” à dévider son style si singulier, ?uvrant dans un rock aussi sévèrement vitriolé que profondément déprimé, traversé de convulsions black assassines et transcendé par les vocaux déchirants de l’hallucinant Kim Karlsson, alias (), qui excelle autant dans les hurlements inhumains propres à glacer le sang d’un méditerranéen de pure souche que dans les plaintes monocordes et désabusées (doublé pour l’occasion par son compère de psychopathie Nattdal, alias B), dignes d’un looser dépressif jusqu’à la moelle fin prêt à se faire sauter le caisson et à repeindre le plafond de sa chambre putride de morceaux de sa cervelle cramée aux acides.

Un caractère dual qui se retrouve dans les morceaux proposés sur “Dekadens“, glissant progressivement de compositions accrocheuses mettant en exergue les racines black metal du combo, avec les leads aiguisés de “Luguber Framtid” dansant comme la lame effilée d’un rasoir ou encore les spasmes mortels de “Major Fuck Off” opprimants au possible, jusqu’à des odes aigries faisant la part belle aux arpèges de guitare désenchantés et aux harmonies de piano mélancoliques (“Androider”, “Visdomsord”, “Destination: Ingenstans”).

Sept nouveaux titres dans la plus pure tradition de Lifelover, à une différence près, et de taille : le judicieux enrôlement d’un vrai batteur en la personne de Non, en remplacement de la boîte à rythmes en vigueur sur les précédentes réalisations du groupe, rend la musique de Lifelover incontestablement plus profonde et consistante que par le passé, les salves rythmées enregistrant un surplus d’impact meurtrier, tandis que les instants posés gagnent en intensité intimiste.

Le gaillard, tissant tout au long du disque un jeu de cymbales puissamment mordant (“Lethargy”) ou plus finement transportant (“Visdomsord”), s’est manifestement très bien intégré à la bande de disjonctés déjà en place, signant de sa plume acerbe et incisive plusieurs textes, dont l’excellent “Myspys”, jeu de mots entre le nom du célèbre site de cybersocialisation (Myspace pour ceux qui n’auraient pas suivi) et le terme “spys” signifiant “vomir” en suédois.

Se nourrissant de tout ce que la civilisation moderne offre de plus laid et de plus abject en ce bas-monde, Lifelover poursuit son ?uvre empreinte de marginalité et de folie ? Une folie paradoxalement lucide quant à l’inexorable décrépitude du monde qui nous entoure, y posant un regard aussi impudent que sans concession ? Une folie profondément ancrée dans le cerveau de ses géniteurs, dont l’inspiration semble couler d’une source inépuisable, délivrant un nouveau crachat hautement caustique du nom de “Dekadens“.

Bien plus qu’un simple EP, bien plus qu’une simple collection de titres composés à la va-vite et jetés en pâture aux fans invétérés, ce “Dekadens” leur est tout aussi indispensable que les précédents albums. Une réussite constituant en outre une excellente porte d’entrée aux curieux et autres inconscients qui souhaiteraient partir à la découverte du secteur acrimonieux de Lifelover, de son environnement délabré sur fond de déchéance urbaine, avec un format court qui incite à enclencher la touche repeat pour en profiter ? inlassablement ? s’en abreuver ? encore et encore ?

Juste encore une petite dose ?

Rien qu’une petite dose ?

Lifelover : Dekadens

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Lifelover : DekadensImaginer un avenir où tout ne sera que bonheur illusoire et peine renfermée, où l’on vous promettra délicates effluves de rose et doux soleil radieux, sans daigner vous avertir que ces trompe-l’?il ne sont que l’arbre cachant la forêt ? Une forêt exhalant les pires relents de charogne, s’étendant à perte du vue sous de désolants et apathiques cieux grisâtres.

Imaginer un “avenir lugubre” ? ? Non ? Le voir au présent, le vivre au quotidien ? Le quotidien d’une civilisation moderne, accroc acharnée aux innombrables supports de cybersocialisation, s’écrivant des kikooloo sur “Mysperme”, se répondant des lol sur Fesseboule, perdue dans les méandres d’un monde virtuel aspirant sa sève émotionnelle, se rendant à la merci des innombrables instruments de propagande laveuse de cerveau sévissant comme des rapaces affamés, la rendant toujours plus prompte à bouffer de la bouillie aussi nauséabonde qu’on regretterait que ce ne fût pas de la merde.

Ces saloperies d’autorités, crapules bonimenteuses camouflant du racket financier sous couvert de bienfait social, ces putains de media people établissant les standards, les définitions de ce qui est bien et de ce qui est mal, de ce qui est in et de ce qui est out, ces “enculées de majors” violant allégrement l’art musical pour n’en laisser qu’un divertissement grotesque de supercherie ? Autant de putes racoleuses, pompes à oseille, aspirateurs à mentalité, réduisant notre société en un troupeau sans plus aucune once de personnalité, d’une “léthargie” veule, où chacun de ses clones réagit tel un “androïde” à leurs leçons moralisatrices dissimulées derrière le voile idyllique des bonnes paroles, des “paroles de sagesse”, bourrées d’une condescendance nauséeuse, conduisant l’inendiguable flot des moutons de Panurge vers sa seule et unique fatalité, sa seule et unique “destination : nulle part”, le royaume du néant, la ville du rien, celle du corps et de l’esprit de l’être déshumanisé dont les froides artères fourmillent de globules transitant comme des millions d’amas de ferraille sur un glacial revêtement bitumé, dont le c?ur bat comme un modem traversé d’impulsions préprogrammées, vide de toute émotion organique?

Le quotidien d’une humanité exsangue devenue depuis longtemps sa propre plaie ? et Lifelover est le parfait instrument de la mise en musique de sa “décadence”, balançant avec sa toute dernière ?uvre “Dekadens” un nouveau coup de scalpel rageur dans son masque d’excellence et de respectabilité, une nouvelle éjaculation monumentale sur sa face grimaçante de perversion et d’hypocrisie ? le vrai visage de l’humanité.

Comme à son habitude, le quintet suédois a été on ne peut plus ponctuel à son infaillible rendez-vous annuel, n’ayant posé aucun lapin depuis sa formation en 2005, malgré le passage par la case hôpital psychiatrique de son guitariste H il y a quelques mois de cela.

Voilà l’occasion rêvée de souhaiter avec force rails de coke, héroïne en piquouse et alcool frelaté, les seuls remèdes aux affres de l’existence, un joyeux anniversaire au brillant “Pulver“, au remarquable “Erotik” et au prodigieux “Konkurs“, ainsi que célébrer comme il se doit l’arrivée du petit “Dekadens“, livré sous format EP avec 7 nouvelles décharges de gnole et de schnouf pour 26 minutes de festivités démentielles.

Restait alors à savoir, comme à chaque coup, si le cynisme tranchant de Lifelover n’allait pas s’émousser avec un tel rythme ? Que nenni ! Il est au contraire plus aiguisé que jamais et les incurables aficionados des barges suédois vont encore pouvoir se taper leur ration de neurasthénie pré-hivernale comme un junkie sa dose de came, et leur content de dégoût envers ce résidu de sous-primate que l’on a coutume d’appeler être humain, bouillonnant en une profonde aversion et une haine d’écorché vif ne demandant qu’à être expulsées telle la pestilentielle diarrhée d’un cancéreux du colon en phase terminale.

Sans réellement surprendre mais sans faiblir non plus, Lifelover continue avec “Dekadens” à dévider son style si singulier, ?uvrant dans un rock aussi sévèrement vitriolé que profondément déprimé, traversé de convulsions black assassines et transcendé par les vocaux déchirants de l’hallucinant Kim Karlsson, alias (), qui excelle autant dans les hurlements inhumains propres à glacer le sang d’un méditerranéen de pure souche que dans les plaintes monocordes et désabusées (doublé pour l’occasion par son compère de psychopathie Nattdal, alias B), dignes d’un looser dépressif jusqu’à la moelle fin prêt à se faire sauter le caisson et à repeindre le plafond de sa chambre putride de morceaux de sa cervelle cramée aux acides.

Un caractère dual qui se retrouve dans les morceaux proposés sur “Dekadens“, glissant progressivement de compositions accrocheuses mettant en exergue les racines black metal du combo, avec les leads aiguisés de “Luguber Framtid” dansant comme la lame effilée d’un rasoir ou encore les spasmes mortels de “Major Fuck Off” opprimants au possible, jusqu’à des odes aigries faisant la part belle aux arpèges de guitare désenchantés et aux harmonies de piano mélancoliques (“Androider”, “Visdomsord”, “Destination: Ingenstans”).

Sept nouveaux titres dans la plus pure tradition de Lifelover, à une différence près, et de taille : le judicieux enrôlement d’un vrai batteur en la personne de Non, en remplacement de la boîte à rythmes en vigueur sur les précédentes réalisations du groupe, rend la musique de Lifelover incontestablement plus profonde et consistante que par le passé, les salves rythmées enregistrant un surplus d’impact meurtrier, tandis que les instants posés gagnent en intensité intimiste.

Le gaillard, tissant tout au long du disque un jeu de cymbales puissamment mordant (“Lethargy”) ou plus finement transportant (“Visdomsord”), s’est manifestement très bien intégré à la bande de disjonctés déjà en place, signant de sa plume acerbe et incisive plusieurs textes, dont l’excellent “Myspys”, jeu de mots entre le nom du célèbre site de cybersocialisation (Myspace pour ceux qui n’auraient pas suivi) et le terme “spys” signifiant “vomir” en suédois.

Se nourrissant de tout ce que la civilisation moderne offre de plus laid et de plus abject en ce bas-monde, Lifelover poursuit son ?uvre empreinte de marginalité et de folie ? Une folie paradoxalement lucide quant à l’inexorable décrépitude du monde qui nous entoure, y posant un regard aussi impudent que sans concession ? Une folie profondément ancrée dans le cerveau de ses géniteurs, dont l’inspiration semble couler d’une source inépuisable, délivrant un nouveau crachat hautement caustique du nom de “Dekadens“.

Bien plus qu’un simple EP, bien plus qu’une simple collection de titres composés à la va-vite et jetés en pâture aux fans invétérés, ce “Dekadens” leur est tout aussi indispensable que les précédents albums et constitue une excellente porte d’entrée pour les curieux et les inconscients qui souhaiteraient partir à la découverte de secteur acrimonieux de Lifelover et son environnement délabré sur fond de déchéance urbaine, avec un format court qui incite à enclencher la touche repeat pour en profiter ? inlassablement ? s’en abreuver ? encore et encore ?

Juste encore une petite dose ?

Rien qu’une petite dose ?

Porcupine Tree : The Incident

Uncategorized - 1 Comment » - Posted on September, 24 at 12:00 am

Porcupine Tree : The IncidentL’incident ? et ses stochastiques conséquences, des plus anecdotiques aux plus tragiques.

L’incident : cette fraction de seconde où tout se joue comme dans une partie de dés, où tout peut basculer, du bonheur absolu au drame funeste, cet instant critique qui peut en un éclair aiguiller le cours de notre vie lancée à fond de cale dans le carrefour de la destinée vers une direction aléatoire, sans possibilité de retour en arrière, sans que l’on en soit forcément maître ni conscient à l’instant-même?

Tel est le thème sur la base duquel Steven Wilson, inspiré par son ressenti en tant que témoin d’un grave accident de la route, a composé la matière de “The Incident“, nouvel album de son projet progressif Porcupine Tree qui, depuis sa formation en 1987, est passé maître dans l’art de faire muer son style à quasiment chaque album : des aériennes dérives floydiennes (“The Sky Moves Sideways“) au virage metal entamé à partir de “In Absentia“, en passant par le pop/rock classieux et ambiancé de la paire “Stupid Dream” / “Lightbulb Sun“, le hautement versatile “Signify“, jusqu’à la consécration suprême “Fear Of A Blank Planet“, leur album que je considère comme le plus abouti ainsi que le plus luxuriant en harmonies et arrangements instrumentaux ? le prédécesseur direct du “The Incident” qui nous intéresse ici.

Pour ce cap de la dixième galette, le multi-instrumentiste britannique et ses trois fidèles sbires (Richard Barbieri aux claviers, Colin Edwin à la basse et Gavin Harrison à la batterie) se sont apparemment donnés les moyens de réaliser une ?uvre hors-norme, proposant un concept hautement ambitieux, développé selon une seule et unique pièce musicale de 55 minutes, subdivisée en 14 morceaux.

La question se pose alors de savoir si ce nouvel album, à l’instar de son thème, sera capable de bouleverser notre vision de la musique ? D’orienter Porcupine Tree vers de nouvelles sphères stylistiques ? ?

? La réponse à toutes ces interrogations tombe comme un couperet : c’est non ! ? Un non aussi franc que froid. Je dirais même que cet “incident” constitue un accident dans la carrière de la bande à Wilson. Pas qu’il soit intrinsèquement mauvais, mais pour qui connaît le parcours exemplaire de créativité et de constante remise en question de l’arbre à porc-épic, la déception est forcément au rendez-vous quand on se retrouve face à un assemblage de compositions sentant fortement le réchauffé.

Assemblage, car force est de constater que la nature conceptuelle du disque, sa trame fondée sur l’unicité et la fluidité qui devrait lui être inhérente sont loin de sauter aux oreilles. L’absence de temps morts entre les morceaux n’est qu’accessoire, la grande majorité se suffisant à eux-mêmes, tandis que les transitions, sautant systématiquement du coq à l’âne, coupent tout semblant de flot continu. Je m’attendais à une gigantesque fresque rayonnante de raffinement et d’inventivité, je n’ai qu’un pauvre puzzle MB aux pièces élémentaires s’emboîtant avec le plus grand mal. Dommage ? Trop d’incidents dans la progression tue “The Incident“, soit l’?uvre qui devait sonner la revanche de Steven Wilson sur un passé qui a vu avorter sa première tentative de composition d’une pièce unique (“The Sky Moves Sideways“, 14 ans auparavant). Le triomphe sera pour un autre jour ? peut-être ?

Réchauffé, car “The Incident” ne révèle aucun élément nouveau dans la musique de Porcupine Tree, ce qui est chose inhabituelle, d’autant que de nombreux titres, qui plus est parmi les plus longs, ne sont que des resucées d’un passé décidément omniprésent.

L’alternance électrique musclée / acoustique posée de “The Blind House” est clairement calquée selon le bâti de “Blackest Eyes” sur “In Absentia“.

La mécanique trip-hop sur fond de nappes glauques du morceau-titre, ses guitares déshumanisés et son chant doublé et haut perché sont ostensiblement repompés de “Strip the Soul” sur “In Absentia“.

La gratte sèche vigoureuse constituant le fil rouge de “Time Flies” n’est qu’une redite de celle du “Trains” sur ? devinez qui ? ? devinez quoi ? ? je vous le donne en mille ? “In Absentia“, bien sûr.

Une référence qui me revient très souvent, trop souvent à l’esprit à l’écoute de “The Incident” qui montre un Porcupine Tree en total pilotage automatique, n’ayant pu éviter les nids de poule du remplissage (l’inutile reprise du morceau d’ouverture “Occam’s Razor” sur “Degree Zero of Liberty”, ou encore les décoratifs “Great Expectations”, “Kneel and Disconnect” et “The Séance”) ni le tête à queue de la faute de goût (le refrain de “Drawing the Line” où Wilson bêle comme une pop-star pour ados attardés), pas plus que l’aquaplaning de l’insipide, comme sur l’ennuyeuse ballade “I Drive the Hearse“, aussi barbante que le continuel va-et-vient d’une porte de supermarché.

Par bonheur, le quatuor anglais dispose d’assez de métier et de solides automatismes sur lesquels se reposer pour éviter la sortie de route et l’accident fatal, “The Incident” offrant, malgré les carences susdites, son lot de bons moments : la mélancolie des notes de claviers sur le couplet de “Drawing the Line”, la solennité des ch?urs de “The Yellow Windows of the Evening Train”, la stratosphérique partie centrale de “Time Flies” où le groupe se délivre de toute attache, libre de faire décoller ses envolées de synthés planants, de dessiner des arabesques de soli ensorcelants ? bref, où il se lâche enfin pour donner un pur instant de bravoure, ce qui est très rare, trop rare sur “The Incident“, à grand peine relevé par les saccades énergiques des riffs type “yamamoto kaderate” de “Octane Twisted” et “Circle of Manias“, bien que les auditeurs avertis remarqueront aisément que le groupe nous rejoue là le coup du break meshuggahément syncopé de “Anesthesize” (le morceau dantesque apparaissant sur “Fear Of A Blank Planet“). Et oui, la redite pointe son museau à tout bout de champ, et revient agripper “The Incident” pour le coller au sol.

Je peux compter sur cet album pour m’offrir de jolies mélodies, de jolies atmosphères et de jolies compositions progressives plutôt bien construites ? tout plein de jolies choses, mais qui, telles les banales croûtes picturales revendues chez le brocanteur du coin, ne parviennent pas à aiguillonner ma sensibilité, ou si peu ?

J’apprécie le fait de retrouver une mise en forme sonore absolument impeccable et peu avare en arrangements de toutes sortes (une constante chez tout ce qui est estampillé Wilson), mais je ne peux me débarrasser de la sensation, aussi tenace que paradoxale, que cet album manque de consistance, comme si la musique s’était accidentellement crashée sur le CD, comme si son âme s’en était alors envolée, ne laissant sur les sillons qu’un pauvre cadavre défraîchi.

Tout est réalisé de manière très professionnelle, trop professionnelle ? ma déception est immense et le second CD constitué de 4 titres inédits que le groupe a dissocié du concept n’est pas à même de me consoler. Quatre morceaux essentiellement empreints d’une quiétude qui rime avec platitude (à l’exception du vrombissant pont de “Bonnie The Cat” et de quelques passages électriques poussifs dans “Remember Me Lover”), sans intensité émotionnelle, s’écoutant sans réelle passion ? très anecdotiques, très transparents, à l’image de l’?uvre principale.

Il est tout de même important de noter la classe du geste ayant consisté à vendre ce double-CD au prix d’un simple, ce qui évitera d’avoir à délier sa bourse une nouvelle fois, comme ce fût auparavant le cas dans l’affaire “Nil Recurring” (la séquelle de “Fear Of A Blank Planet” commercialisée indépendamment).

Sans sortir un disque profondément raté, Porcupine Tree ne joue désormais plus que sur ses acquis, ce qui est suffisant pour limiter la casse, mais pas pour graver dans le marbre de l’histoire de la musique un chef d’?uvre intemporel, loin s’en faut.

The Incident” a un mauvais arrière-goût de trop peu : trop peu aventureux, trop peu imaginatif, trop peu composé avec le c?ur.

Je le répète, cet album n’est pas désagréable, mais de la part d’un quatuor de musiciens aussi talentueux et d’un compositeur de la trempe de Steven Wilson (qui avait démontré avec son récent album solo “Insurgentes” sa capacité à s’imbiber d’influences nouvelles, malgré le fait qu’il roule sa bosse depuis plus de 20 ans), j’en attends plus, beaucoup plus ?

Limp Bizkit : Three Dollars Bill, Yall$

Uncategorized - No Comments » - Posted on September, 22 at 12:00 am

Limp Bizkit : Three Dollars Bill, Yall$Que reste-t-il aujourd’hui de la scène neo-metal (ou nu-metal), maintenant que les retombées de la déflagration du milieu des années 90 se sont depuis longtemps atténuées ?

Pas grand-chose ? si ce n’est une toute petite poignée de franches réussites restant gravées dans les mémoires (et accessoirement le polycarbonate) : l’éponyme de Korn (1994) ou encore “Adrenaline” des Deftones (1995), ?uvres d’anciennes gloires qui ont fini par paumer leur bon gros baluchon de créativité musicale et d’inspiration compositionnelle sur les dangereux chemins du succès, tout occupés qu’ils étaient à boire les aguichantes paroles de la Déesse Mercantile émergeant d’un horizon resplendissant de pépites dorées. Une satanée gueuse qui aura très tôt fait tomber en son piège moult formations, absorbant le genre nu-metal tout entier pour en recracher un jus nauséabond, aussi consistant et savoureux que de la pisse d’âne.

Un constat désolant pour une scène encore en activité, uniquement bonne à produire de la guimauve aseptisée qui attire néanmoins suffisamment de public pour que les majors, toutes dévouées au culte de la susdite Déesse Mercantile, puissent en tirer suffisamment de profit, la palme de la plus énorme bouffonnerie revenant au simulacre de pseudo-violence stérile organisé par les neuf cagoulés de Slipknot, déféquant leurs bouses diarrhéiques alliant l’impact d’un Minipouce aux émanations sulfureuses d’une chevrette empaillée.

Les ricains de Limp Bizkit n’ont quant à eux, pas plus que leurs congénères, échappé au massacre.

Dévalorisé par des productions de plus en plus formatées et gavées de tubes proprets conçus pour cartonner sur les ondes, discrédité par les frasques extra-musicales de Fred Durst, son grand garnement de frontman, entre multiples prises de becs avec différentes personnalités en vue (Trent Reznor, Robb Flynn, ?) et tapage d’incruste dans la presse people à grands coups d’idylle avec Christina Aguilera et de rumeurs de fricotage avec Britney Spears (à l’époque où la blondasse se la jouait sainte-nitouche), le quintet de Jacksonville s’est magistralement crashé et n’est plus aujourd’hui qu’une vaste pantalonnade.

Et pourtant, ce serait oublier de bien injuste manière que le “Biscuit Mou” fut jadis capable de sortir un disque remarquable : “Three Dollars Bill, Y’all$”. C’était en 1997, à l’aube de l’explosion du nu-metal, autant dire une éternité sur l’échelle temporelle de la musique.

Limp Bizkit propose sur ce premier album une fusion neo-metal / hip-hop qui, si elle n’a rien de novatrice (l’épatante fusion metal / hip-hop créée par Rage Against The Machine existait déjà depuis quelques années, de même que Korn et Deftones s’étaient signalés par de très subtiles incursions de flow dans leur nu-metal), n’a que rarement, pour ainsi dire jamais, atteint un tel degré de véhémence et d’accroche, grâce à un gigantesque mur de riffs cartons grassement sous-accordés érigé par le fantasque guitariste Wes Borland, monstre de technique et d’habileté, posé sur le soubassement bétonné d’une impeccable rythmique assurée par les cousins Sam Rivers à la basse slappée et John Otto au beat caféiné, plantant un imposant décor discrètement enrichi des samples et scratches de DJ Lethal, devant lequel Fred Durst crache un flow digne d’un Zach De Le Rocha surboosté aux amphètes, hurle à s’en décoller la plèvre et vomit à s’en vider le fin fond des boyaux.

C’est du moins ce que l’on retient suite à la monumentale torgnole assénée par la quadruple combo “Pollution” / “Counterfeit” / “Stuck” / “Nobody Loves Me”, survenant après une courte intro où des notes de synthé s’élèvent vers les cieux auxquels Durst adresse une très fervente prière. Quatre morceaux construits, tels quatre frères jumeaux, de manière similaire, selon un schéma couplet/refrain classique, s’achevant systématiquement sur un final ravageur, où l’intenable Borland ne cesse de balancer des couches de riffs de mastodonte comme Jésus multiplie les pains (dans ta gueule), tandis que ce sauvageon de Durst enchaîne les rafales de “fuck”, “bitch” et autres “shit” comme Ryu les coups de tatane dans sa technique du Hurricane Kick. Une escalade de débauche aussi excessive que jouissive et qui laisse immanquablement sur le carreau.

Pourtant, au détour des ponts et outros judicieusement placés autour des instants les plus brutaux et jouant l’indispensable rôle d’espace respiration évitant de finir noyé sous une déferlante de coups, le groupe ne rechigne pas à offrir un jeu plus fin et nuancé, prenant une place plus prépondérante dans la seconde partie du disque où les toiles guitaristiques deviennent plus mélodiques (les notes étranges et éthérées de “Stink Finger”) et expérimentales (les sautillantes dissonances de “Stalemate”), la rythmique basse/batterie plus subtile, tandis que Durst s’accorde quelques instants de répit (notamment sur les interludes à dominante hip-hop “Sour” et “Indigo Flow”, où le chanteur adopte un flow posé mais très captivant) et DJ Lethal instaure un environnement ambiant parfois inquiétant (“Everything”).

Quelques déflagrations surgissent encore soudainement, avec le rouleau-compresseur “Clunk”, la décharge de chevrotine “Leech” ou les bouquets finaux de “Stalemate” et “Stink Finger”, deux morceaux se développant suivant une montée en puissance progressive, mais Limp Bizkit varie son expression, ses structures, abordant même les rivages du progressif sur la longue dérive atmosphérique “Everything” clôturant l’album : un “pavé” éminemment éthéré, fleurant bon l’improvisation et où le quintet, en totale roue libre, nous fait voyager en apesanteur entre nappes vaporeuses, effets psychédéliques et rythmes hypnotiques, dans un microcosme abstrait chargé en effluves comateuses.

A l’inverse, le groupe s’est ménagé son tube en puissance avec “Faith“, une reprise du hit interplanétaire de George Michael qui a le mérite de conserver intact le groove tonique de l’original tout en apportant un sérieux surplus d’énergie et s’achevant sur un concentré de riffs énormes et de scratches frénétiques. Un morceau qui s’intègre dans l’album sans paraître grumeleux ni verruqueux, depuis devenu un incontournable de la set-list live du combo.

Diversité, puissance et maîtrise sont les maîtres-mots de ce brillant “Three Dollars Bill, Yall$” qui démontre qu’il n’est pas nécessaire de monter une armée pour faire du tapage quand on a le savoir-faire pour le réaliser de manière réfléchie (n’est-ce-pas, ces messieurs du ‘Knot ?), sachant se modérer aux moments opportuns, et qu’on dispose d’un atout-maître en la personne de Wes Borland, capable de varier son jeu et ses sonorités à volonté : plus subtil ou plus bourrin, plus lourd ou plus véloce, plus cristallin ou plus charbonneux, de la caresse aux vives mandales en passant par l’écrasement à coups de pompes? on tient là un pur prodige de la six-cordes, assurément.

A l’image de son guitariste, “Three Dollars Bill, Yall$” reste constamment accrocheur, ne souffrant d’aucun remplissage ni d’aucun coup de mou, mais cet album demeure la seule et unique réussite de Limp Bizkit à ce jour, d’un point de vue artistique. Une réussite qui n’aurait certainement pas atteint un tel niveau d’excellence et d’authenticité sans le son rugueux et charnu made in Indigo Ranch qui a fait, depuis l’éponyme de Korn, la réputation du producteur Ross Robinson, fermement attaché à l’usage exclusif de l’analogique, résultant, pour peu que l’on sache bien se démerder avec des amplis, des micros et une table de mixage, en un son stupéfiant de densité avec un nombre relativement limité de pistes. Hermétique à la fièvre du numérique poussant à démultiplier les prises pour un résultat très souvent plat, le bonhomme a tout compris et leur a concocté le son qu’il leur fallait : épais, compact et percutant, tout en restant d’une clarté hyaline.

Le groupe, désireux de lui témoigner son estime, lui offre en retour un joli hommage avec la chanson “Indigo Flow”, également écrite en l’honneur de l’esprit d’entraide qui régnait à l’époque dans la scène neo-metal. Pour l’anecdote, Reginald Arvizu alias “Fieldy”, bassiste de Korn, s’était personnellement occupé de filer la démo de Limp Bizkit (“Mental Aquaducts“) à Ross “The Boss”, donnant un petit coup de main qui s’est ni plus ni moins transformé en puissant catalyseur de lancement de carrière.

Un esprit “de famille” représenté par le Family Values Tour, célébration à la cause originelle louable, mais qui est malheureusement et depuis longtemps tombée dans un grand bain de soupe aux biftons? à l’image de Limp Bizkit, à l’image du nu-metal ? un groupe et un genre qui semblent bel et bien s’y être noyés à tout jamais.

Cradle Of Filth : The Principle of Evil Made Flesh

Uncategorized - No Comments » - Posted on September, 14 at 12:00 am

Cradle Of Filth : The Principle of Evil Made FleshToute culture se doit d’évoluer et se diversifier afin d’éviter une sclérose prématurée et ainsi perdurer à travers les âges. Ainsi est la règle, implacable, universelle, et le metal n’y échappe pas.

Les années 80 virent alors, parallèlement à la continuation des styles dits traditionnels tels que le heavy, l’émergence des scènes extrêmes doom, death et black, certaines formations musicales aventureuses cherchant un renouveau salvateur vers davantage de lenteur et de lourdeur, ou au contraire dans une course effrénée vers toujours plus de vitesse, toujours plus de brutalité, tout en restant fermement enracinées dans un terreau metal “traditionnel”.

Dans les années 90, ces mêmes genres extrêmes furent le théâtre d’une révolution interne leur conférant un habillage esthétique, les éloignant ainsi plus ou moins de leur rudesse originelle, résultant en des orientations plus mélodiques, atmosphériques ou symphoniques (d’ici à ce qu’on puisse également les qualifier de plus accessibles, il n’y a qu’un pas qui est très souvent franchi), héritées de la muse de certains avant-gardistes n’hésitant pas à remplir leur puits d’inspiration artistique à la source de divers styles situés hors du microcosme metallique.

Ainsi, la base doom de Thergothon s’acoquina à l’ambiant pour créer la pierre angulaire du funeral doom (“Stream from the Heavens”), le doom/death de Paradise Lost se colora de manière très subliminale d’éléments darkwave pour jeter les bases du metal gothique (“Gothic”), et Emperor insuffla au black une dimension symphonique héritée du goût immodéré de Ihsahn pour la musique classique (“In the Nightside Eclipse“), pour citer non-exhaustivement quelques exemples historiques.

Dans ce constant renouveau qui permit au metal de bénéficier de toujours plus de richesse et de variété, les britanniques de Cradle Of Filth vont quant à eux proposer avec leur premier album “The Principle of Evil Made Flesh” une approche très personnelle, basée sur un mélange inédit de black metal et d’atmosphères gothiques (qui inspirera par la suite moult formations telles que Ancient Ceremony, Hecate Enthroned, Enslavement Of Beauty ou encore Agathodaimon), le terme “gothique” (revenant souvent au sujet de Cradle) ne provenant aucunement d’une quelconque affiliation directe avec la musique gothique (bien que certaines formations de darkwave telles que Untoten jouent ostensiblement sur les mêmes thèmes que Cradle), mais plutôt en référence aux ambiances de roman gothique que Cradle a la volonté d’insuffler dans sa musique, sous l’impulsion de son incontestable et incontesté leader et directeur conceptuel Daniel Lloyd Davey (alias Dani), un invétéré mordu de ce genre littéraire, de même que de tout ce qui est en rapport avec le mythe des vampires, le “Dracula” de Bram Stoker en tête.

Cette première ?uvre sortie en 1994 et ornée d’une remarquable pochette esthétiquement crue représentant deux femmes dénudées s’enlaçant en une étreinte mortuaire, s’oriente donc sur une sorte de “black vampirique”, qui, au sein de la seconde vague du black metal essentiellement localisée en terres scandinaves, se distingue nettement de l’expression symphonique et grandiloquente d’un Emperor ou de la stylisation atmosphérique et nostalgique d’un Dimmu Borgir (considérant leurs premiers albums respectifs, “In the Nightside Eclipse” et “For All Tid”, publiés la même année), grâce à des harmonies et nappes de claviers vespérales, vecteurs de l’expression d’un romantisme sombre et de l’invocation des créatures de la nuit, délivrant leur plein pouvoir envoûtant lors des magnifiques instrumentaux que sont la cérémonie d’ouverture “Darkness Our Bride (Jugular Wedding)”, le mystérieux et inquiétant “Iscariot”, faisant naître l’image d’une antique bâtisse perdue aux confins d’une sinistre forêt labyrinthique, battue par la pluie, le vent et le tonnerre, et le poignant “One Final Graven Kiss” dépeignant l’incommensurable mélancolie d’une solitude éternelle.

Une atmosphère ténébreuse, aussi belle que menaçante, décuplée par l’usage appuyé d’un orgue tout en solennité et virtuosité (“To Eve the Art of Witchcraft“, “Summer Dying Fast” ou encore “Of Mist and Midnight Skies” débutant sur le thème d’ouverture de la Toccata et fugue en ré mineur – ?uvre attribuée à Jean-Sébastien Bach – en y superposant quelques discrets ch?urs vespéraux du meilleur effet), et par les interventions d’attirants succubes personnifiés par de séduisantes voix féminines parlées (“The Principle of Evil Made Flesh“, “The Black Goddess Rises“, “To Eve the Art of Witchcraft“).

Les “gothic vampyric overtures” (dixit le livret pour signaler les claviers, en une approche substitutive de la fonction des instruments qui deviendra un gimmick chez Cradle) de Benjamin Ryan, dont le magnétisme des arrangements n’a d’égal que leur raffinement, jouent un rôle prépondérant dans la création d’un univers surnaturel où se mêlent sans vergogne charme et épouvante, sexe et mort, mais leurs incursions dans les morceaux à base metal demeure bien timide (même si le break au piano adjoint d’un violoncelle sur “The Black Goddess Rises” demeure un exemple de jolie réussite), si bien que le concept vampirique reste encore sous-jacent au niveau musical, de même qu’inexistant au niveau visuel, les musiciens arborant vestes et pantalons en cuir, warpaints et autres cartouchières, bien loin des apparats de suceurs de sang qu’ils revêtiront dès leur second méfait “Vempire”.

Fermement positionnés sur une assise metal, les morceaux non instrumentaux sont dominés par les “dark immortal screams” de Dani, au timbre grave et éraillé, ne réalisant que très parcimonieusement les cris suraigus qui feront sa réputation par la suite, le duo des Paul (Allender aux “despondent night chords” et Ryan au “satanic war noise”) qui savent très bien souffler le chaud et le froid en délivrant tour à tour charges soudaines et apaisements mélodiques, soli endiablés ou plus éthérés, le solide “nocturnal pulse” de la basse de Robin “Graves” Eaglestone et les dévastateurs “winter evening storms” de Nick Barker qui apparaît déjà comme un batteur de haut niveau, capable d’enchaîner blasts énergiques, cavalcades accrocheuses, breaks vigoureux et jeu plus calme et posé, sans jamais perdre en impact ni en fluidité.

Encore teintés d’influences death (ultimes réminiscences du style pratiqué sur les premières démos de la formation du Suffolk), tout en s’ouvrant à des velléités heavy et ambiancées, “The Principle of Evil Made Flesh“, “The Forest Whispers My Name” ou encore “A Crescendo of Passion Bleeding” sont autant de morceaux à double facette capables, au détour du moindre break, d’apparaître en voluptueuse créature ou se métamorphoser en monstre sanguinaire.

Le vampire Cradle cherche à charmer sa proie pour mieux l’attirer entre ses pognes griffues, mais les nombreuses maladresses et approximations de “Principle?” l’empêchent d’user de la technique de servitude à son plein potentiel, d’autant qu’il s’en retrouve avec les canines limées.

Premier défaut et pas des moindres : la production, avec un son aussi bas en volume que ce que les guitares manquent d’épaisseur. Pourtant assurée par l’expérimenté Mags (qui avait déjà enregistré un bon paquet de disques avec My Dying Bride et Anathema) dans son antre des suréquipés studios Academy, elle montre une fâcheuse tendance à l’hésitation, craignant de mettre en exergue la brutalité intrinsèque de la facette metal des compositions par rapport à leur bien timide habillage esthétique, si bien que la violence en ressort émasculée autant que les atmosphères diluées.

“Principle ?” tombe également dans le piège du remplissage. Le très paisible instrumental “In Secret Love We Drown”, où coule l’eau d’un ruisseau faisant miroiter la lueur cristalline de lucioles scintillantes sur fond d’un rythme hypnotique égrené à la cadence d’un métronome, aurait plutôt sa place sur une compilation du type “Musique & Nature”. Pas que le morceau en lui-même soit mauvais ni que je critique la musique de relaxation (au contraire, j’en suis même un adepte), mais dans l’album qui nous intéresse, cet interlude est totalement hors-sujet.

De même que le dispensable “A Dream of Wolves in the Snow” que le suit directement et où la voix de Darren White (ex-batteur du groupe qui s’en ira pour un temps chanter chez Anathema), mi-rêveuse mi-pleurnicharde, ne convainc pas et se vautre complètement à côté de la plaque. Un morceau qui n’aura d’intérêt que par sa version remaniée servant d’ouverture à l’homérique et invincible “Queen of Winter, Throned” sur “Vempire”.

Enfin, la louable volonté d’écrire des longues pièces musicales est présente (“The Black Goddess Rises“, “Of Mist and Midnight Skies”), mais leur construction bancale coupe tout semblant de souffle épique, la première citée traînant en longueur tandis que la seconde souffre d’un ventre mou. Elles font pâle figure en comparaison des monuments que seront plus tard les “Queen of Winter, Throned”, “The Rape and Ruin of Angels (Hosannas in Extremis)” et autres “A Gothic Romance”. Le chemin jusqu’à l’excellence semble long, tortueux, et pourtant il sera franchi ?

Bref, Cradle a les idées mais ne dispose pas encore, pour son premier essai, des moyens techniques et des aptitudes compositionnelles nécessaires à leur pleine expression.

Au-delà de l’aspect purement musical et conceptuel, “Principle?” est aussi le premier album sorti chez Cacophonous Records, dont le boss Frater Nihil reste dans les mémoires comme le plus fin limier des années 90 en termes de formations de metal extrême à la pointe de l’avant-gardisme et de l’excentricité (Sigh, Bal Sagoth, Ebonylake, ?), de même que l’un des plus gros arnaqueurs de l’industrie underground : tous les groupes qui s’y sont frottés s’y sont piqués et ce n’est certainement pas Dani qui viendra dire le contraire.

Car question business, entre vols crapuleux des recettes des concerts et royalties sur les ventes de l’album non reversées, rien ne va plus pour Dani et sa bande qui entrent en conflit avec Cacophonous.

Coincé par un contrat qui va l’obliger à sortir un second disque au format full-length en urgence (d’autant que des écuries plus friquées voudraient bien avoir les vampires dans leur catalogue) et déjà en proie à d’importants changements de line-up (la moitié du sextet s’étant barrée), Cradle baigne dans une atmosphère délétère qui résultera pourtant en son ?uvre la plus énorme à ce jour : j’ai nommé l’immense “Vempire” où l’association Cradle / Mags / Academy Studios fera, bien plus que des étincelles, une gigantesque fournaise explosant littéralement “Principle ?” à tous les niveaux. Pour s’en rendre compte, il suffit d’écouter la reprise de “The Forest Whispers My Name” : dotée d’orchestrations et de ch?urs opulents, ainsi que de riffs plus incisifs que jamais, cette version totalement transfigurée fait passer l’originale apparaissant sur “Principle?” pour une pauvre démo à trois sous cinquante.

Voilà bien le problème de “The Principle of Evil Made Flesh“, manifeste d’un groupe qui se cherche encore : avec le recul, cet album souffre énormément de la comparaison avec ses successeurs directs. Un premier essai demeurant une ébauche du “black vampirique” qui atteindra son apogée sur l’excellent “Vempire” (où Cradle n’aura jamais été aussi mordant) et le très bon “Dusk ? And Her Embrace” (un ton en-dessous à cause d’une production émoussée), une esquisse naviguant entre promesses hésitantes et maladresses de jeunesse, mais constituant néanmoins un morceau d’histoire que tout passionné de musique s’intéressant de près ou de loin au black metal se doit de connaître.

Todesbonden : Sleep Now, Quiet Forest

Uncategorized - No Comments » - Posted on September, 5 at 12:00 am

Todesbonden : Sleep Now, Quiet ForestEn ce nouveau millénaire, le metal gothique à chanteuse a la vie dure, c’est le moins que l’on puisse dire : surexploité, usé jusqu’à la corde lors du grand boom des années 90 qui a vu quantité de formations fleurir aux quatre coins de l’Europe, pratiquant un style encore intègre à l’époque. Aujourd’hui, la solide base doom s’est délitée en une fondue prémâchée, les ambiances au charme si authentique sont désormais tapissées pleins fards dignes d’une devanture de night-club, mettant en avant des chanteuses de plus en plus estampillées FM, n’ayant plus que leur joli minois pour briller sur les photos promos et les encarts publicitaires.
Un constat bien désolant, la faute à quantité de produits mièvres, sortes de Céline Dion Metal aux structures et mélodies faciles, où les envoûtantes orchestrations baroques ont muté en une bouillie sirupeuse affreusement dégoulinante de bons sentiments, dans un effet de morphing où l’expression sérieuse de Haendel s’est transformée en sourire niais d’André Rieu. Une formule “soupe Liebig” dont certains labels ont profité pour se remplir les poches, mais qui a par-dessus tout dénaturé et discrédité le style artistiquement parlant.
Certes, on peut arguer qu’un genre musical doit évoluer pour éviter la sclérose, d’un côté c’est pas faux, mais si c’est pour en arriver à ça, pas sûr que ce soit une bonne chose. Quelques rares formations telles que Draconian parviennent miraculeusement à réchapper à cette course au profit et au modernisme, en jouant à fond la carte de la tradition. Cependant, rien de bien neuf à l’horizon.

Bref, tout espoir semblait perdu ? et pourtant, le Salut a fini par arriver, en l’an 2008, au moment où l’on s’y attendait le moins, et surtout de là où l’on s’y attendait le moins : les Etats-Unis d’Amérique, territoire très peu enclin à pratiquer ce genre musical : il y a bien entendu Type O Negative, mais pas grand-chose si ce n’est rien à se mettre sous la dent question metal gothique “à chanteuse”. Le Messie est donc arrivé et arbore en l’occurrence le visage d’une femme, celui de la jolie rouquine Laurie Ann Haus, essentiellement connue pour sa participation aux deux derniers albums de Autumn Tears (“Eclipse” et “The Hallowing”), l’un des fleurons de la scène darkwave néoclassique, concrétisant enfin par un full-length le projet qui lui tenait tant à c?ur depuis si longtemps : Todesbonden, dont elle posa les fondations quatre ans plus tôt avec un EP “Strombringer” sorti dans la confidentialité la plus totale, et la volonté de pouvoir enfin exprimer l’ensemble de ses goûts artistiques, après des années de frustration liée à son rôle de simple exécutante dans les divers projets auxquels elle a pris part : Autumn Tears, Rain Fell Within, Ol Sonuf et Ephemeral Sun, tous actuellement splittés ou en hibernation. Sa personnalité, jusque-là bridée, peut enfin éclater au grand jour et sa carrière trouver son aboutissement avec un excellent “Sleep Now, Quiet Forest” réalisé à l’aide d’un quatuor de musiciens totalement rallié à sa cause, et enregistré aux prestigieux Fascination Street Studios sous la houlette de Jens Bogren (chez qui sont notamment passés Opeth, Katatonia et Symphony X), garantie infaillible d’une production de haut vol.
Au vu du background de la Dame, on s’attendait à une musique très orientée atmosphérique et darkwave. Et c’est donc sans surprise qu’on retrouve de nombreux passages de musique de chambre très intimistes caractéristiques du style Autumn Tears post-”Love Poems?”, joués principalement au piano (“Trianon”, “Fading Empire“) et à la guitare acoustique (“Aengus Og Fiddle”, “Ghost of the Crescent Moon”). Mais Todesbonden, habité par le zéphyr d’absolue liberté que souffle son égérie, offre un panel musical bien plus étendu et à forte coloration folklorique de par l’omniprésence du violon, alternant instants de profonde sérénité et vivaces envolées, assorti d’une multitude d’instruments : flûte (“Trianon”, “Sailing Alone”, “Sleep Now, Quiet Forest“), harpe (“Fading Empire“, “Flow my Tears”) ou encore kantele qui illumine de ses sonorités cristallines les trois derniers morceaux de l’album, rapprochant parfois la musique de Todesbonden de celles de Hagalaz Runedance ou Loreena McKennitt, quand ce n’est pas Dead Can Dance lorsque des répercussions rituelles font leur apparition (“Surya Namaskara”).
Dans cette forêt d’instruments typiques de la darkwave et du folk, la section metal parvient néanmoins à se frayer un chemin à coups de riffs à la consistance doom bien massive voire même martiale, plaçant ci et là quelques soli bien heavy, conférant un supplément de relief au paysage musical, rompant la quiétude ambiante pour y insuffler un élan épique et des velléités combatives (notamment sur “Surya Namaskara” et “Battle of Kadesh”).
Une section instrumentale d’une richesse exceptionnelle transcendée par une Laurie Ann Haus épanouie, libérée de tout carcan et qui, capable de naviguer sans difficulté sur plusieurs octaves, nous démontre toute l’étendue de ses facultés, délivrant une prestation remarquable d’assurance et de sincérité, entre chant d’opéra, harmonies orientales, instants intimistes ou tout en puissance lyrique, chacune de ses interventions est empreinte d’une intense plénitude.

Sleep Now, Quiet Forest” se pose en véritable invitation à un voyage au c?ur de diverses civilisations (celtique, nordique, orientale) et époques (Renaissance, médiéval) dans un pur concentré d’émotions vives, respirant l’authenticité jusque dans son livret à la texture granuleuse, façon vieux parchemin, avec une illustration frontale représentant la grande prêtresse Haus, son regard tourné vers un paysage aux chaleureuses tonalités ocre et s’étendant à perte de vue, son regard tourné vers un avenir que l’on imagine radieux.
Respect éternel lui soit dû pour avoir eu le courage de composer un tel album, aussi pur et enchanteur, sans compromis commercial, allant totalement à l’encontre de l’actuelle évolution du metal gothique et de ses canons modernes conçus pour squatter les samplers et cartonner sur les ondes.
Alléluia ! Enfin du neuf sur la scène metal goth et diantre, après tant d’années de disette, ça fait vraiment du bien !

Ajattara : Apäre

Uncategorized - No Comments » - Posted on August, 25 at 12:00 am

Ajattara : ApäreFormé en 1996 à Helsinki, Ajattara n’a sérieusement démarré ses activités musicales qu’à partir du début du nouveau millénaire.
Une période qui correspondait à la volonté de son leader Ruoja (Pasi Koskinen) de revenir à une musique plus extrême par rapport l’orientation mélodique et rock progressivement prise par Amorphis, son groupe d’origine, rejoignant Shape Of Despair (funeral doom), fondant To Separate The Flesh From The Bones (death/grind) et lançant donc Ajattara sérieusement sur les rails avec un premier album “Itse” (2001) ?uvrant dans un black/doom ravageur, combinant riffs et tempos écrasants, basse rampante et subtiles incursions de synthés inquiétants et sournois.
Bien loin des velléités dépressives de bon nombre de groupes qualifiés de black/doom, servant des compositions indigentes sur une production qui bande mou, Ajattara, bien que restant essentiellement calé sur du low/mid-tempo, fait primer la vigueur et développe un son bien charnu.
Pour situer un peu plus précisément, le groupe finlandais reprend les affaires là où ses compatriotes de Thy Serpent les ont laissées avec “Christcrusher” (1998), dans une veine plus lourde et percutante cependant. Plus roots aussi, avec l’usage exclusif de la langue finnoise qui, proférée par un chant d’une âpreté rare, rehausse l’aspect primitif du style que Ajattara s’est immédiatement trouvé.
Un groupe parfaitement intègre (même les informations du livret ne sont mises à disposition qu’en finnois), qui sait où il va, qui sait ce qu’il veut et qui peut être vu comme une sorte de AC/DC du metal extrême, alignant brûlot sur brûlot, avec des compositions qui ne font pas dans la tergiversation ni dans les circonvolutions stériles. Concises, directes et basées sur trois-quatre riffs au grand maximum, elles naissent le plus simplement du monde via une formule efficace et resservie à chaque nouvel album dans un rythme de réalisation soutenu (pas moins de six albums en huit ans, ce qui est très rare de nos jours).

Conceptuellement parlant, la formation tire son nom de la mythologie finlandaise où l’Ajattara (plus communément Ajattar) représente un esprit féminin diabolique se manifestant sous la forme d’un serpent ou d’un dragon, répandant la maladie et la peste. Sauf que sur “Apäre“, quatrième album de la formation sorti en 2006, la vision toute personnelle de l’Ajattar que projette le sextet finlandais se drape d’un apparat éminemment charnel et la maladie relève bien plus de la fièvre libidineuse que de la lèpre déliquescente.
Une vision retranscrite dans un artwork orné d’une meute de diablesses en proie à un appétit sexuel insatiable, armées de chaînes et autres boules de geisha, leurs sécrétions buccales et vaginales dessinant moult volutes vaporeuses et toiles d’arachnides vénéneuses autour de leurs corps dénudés et entrelacés. Une fièvre dévorante exsudant de chacune des compositions de “Apäre” qui sont comme chacune de ces créatures tentatrices, voraces, vous sautant tour à tour goulument à la gorge, vampirisant votre être, annihilant le moindre résidu de résistance, ne faisant subsister que la seule et ultime volonté d’atteindre le graal de la satisfaction sexuelle et de la jouissance pure.

Les percussions de plomb, les riffs de granit sont comme autant de coups de reins frénétiques, imprimant le rythme d’une croupe robuste, conçue pour chevaucher les étalons les plus puissants, les étreignant jusqu’à l’étouffement, débordant sur un black aussi affûté et meurtrier que des griffes de tigresses enragées, guidées par d’irrépressibles pulsions sanguinaires, déchirant, fouillant la chair.
Un magma de plaisir et de douleur mêlés, retranscrit à merveille par “Hurmasta” et “Hirsipuulintu”, les morceaux les plus furieux de “Apäre“. Un instinct animal se manifestant par d’incessantes éructations de voix éraillées, ne révélant qu’une très infime parcelle d’humanité au travers de discrètes interventions en chant clair (“Tahtomattaan Syntynyt”).
Ces créatures diaboliques sont certes dangereuses, mais ne sont pas que des machines avides de sexe sans préliminaire, elles savent aussi jouer de leur langue et de leurs doigts de manière un tant soit peu sensuelle. Une aura de séduction apportée par des leads mélodiques disséminées tout au long de l’album, des lignes de synthés aux arabesques ensorcelantes et virevoltantes (“Säälin Koira”, “Lautuma”, “Eksyneet”) et des notes de piano intrigantes (“Itse“).
Amis de la poésie, rassurez-vous, elles n’en font pas pour autant dans la dentelle, car ces quelques échappées de finesse restent fermement enchâssées dans un canevas de brutalité rugueuse. De même, les intros atmosphériques (“Hurmasta”, “Eksyneet”, “Hirsipuulintu”, “Itse“), réduites à l’extrême, n’offrent que très peu de répit. A peine le temps de revêtir la protection phallusienne avant un nouvel assaut, pour peu que l’on n’ait pas les mains tremblotantes ? de frayeur devant tant de fougue bestiale ? ou de désir devant tant de pouvoir érotique ?? Certainement un peu des deux.
On croit terminer sur une bienvenue touche de sérénité avec l’instrumental ambiant “Syntyni” clôturant “Apäre“, mais il n’en est rien, le morceau prenant très vite une tournure très confuse et torturée. Un salmigondis de nombreux thèmes apparus au cours de l’album, comme une orgie fantasmagorique, l’ultime assaut de la horde, puis vous délaissant soudainement sur un final totalement inattendu ? un réveil brusque ? tout ceci n’était donc qu’un (mauvais ?) rêve ?! … Sacrebleu ! ? Et même s’il n’a duré qu’à peine 30 petites minutes, c’était amplement suffisant pour en ressortir autant secoué que les palmiers de Louisiane lors du passage du chaud et humide ouragan Katrina.

Ebouriffant et troublant, “Apäre” reste fidèle au style Ajattara, pas forcément abordable de par la rugosité du propos malgré son apparente simplicité et son caractère immédiat. Toujours très dark, cet album se distingue néanmoins par son atmosphère charnelle, amplement due, il est vrai, à son artwork extrêmement suggestif, auquel le contenu musical se prête cependant à merveille, accompagnant l’offensive coup-de-poing d’une meute de dix furies prêtes à vous pomper le jus jusqu’à la dernière goutte, à vous laisser sur le carreau, vidé de toute substance, le c?ur palpitant, le souffle court et la cervelle imprégnée d’un tumulte d’images obsédantes.

Sans concession !

1349 : Revelations of the Black Flame

Uncategorized - No Comments » - Posted on July, 9 at 12:00 am

1349 : Revelations of the Black Flame1349 ou l’apologie du blast à outrance et des percussions propulsées  au rythme des balles d’un AK-47 tirées direct dans ta face de cul béni priant Dieu le Seigneur pour ton Salut.
1349 ou les effroyablement virevoltants tremolos, aiguisés au possible, hurlant comme la scie circulaire charcutant la tendre vulve de 666 vierges soumises au supplice d’une mort lente et jouissive.
1349 ou un son de basse aussi gras que les déjections pestilentielles d’une carcasse humaine empoisonnée à la methiocarbe.
1349 ou tout autant de terrifiantes visions d’un Enfer dantesque, où la violence et la folie transpirent de chacun des hurlements et des râles de possédé de Ravn, véritable goule pestiférée, dopée à la satanikdemoniakine.
C’était la période du triptyque “Liberation” / “Beyond the Apocalypse” / “Hellfire“, trois albums de pur black metal, brutaux à souhait et âpres à n’en plus pouvoir, sortis à une cadence effrénée (entre 2003 et 2005, soit à peine un an d’intervalle entre chaque déflagration) et qui se sont principalement distingués par l’abattage derrière les fûts d’une machine infernale nommée Frost, cogneur hors pair alliant la rapidité du pivert à l’endurance du lapin Duracell, la capacité de démultiplication de la pieuvre à l’impact d’un Demolition Man au top de sa forme.
Mais aujourd’hui, après quatre années passées à multiplier les prestations live comme autant d’orgies blasphématoires depuis la sortie de “Hellfire“, la vision de l’Enfer que le désormais quatuor norvégien (depuis le départ du guitariste Tjalve) entend proposer avec sa nouvelle offrande “Revelations of the Black Flame” a diamétralement changé.
C’en est fini des déluges de blasts quasi-ininterrompus, place à une forme prenant moins directement aux tripes, une essence plus sournoise et insidieuse, reléguant le black brutal que l’on croyait immuable au second plan pour se concentrer sur un black ambiant réalisé à grands renforts de samples industriels et noise. Le black ambiant ou l’enfant bâtard du black metal et de la musique dark ambiant, né des ?uvres impures de Abruptum et Beherit créées à l’aube des années 90.

Un constat surprenant qui voit les textures dark ambiant, quasi-omniprésentes, prendre le pouvoir, leur teneur malsaine faisant invariablement penser aux travaux des suédois de MZ.412, référence incontournable en matière de dark ambiant / indus sulfureux. Pas d’agression directe, mais une menace latente évoquée par des grondements sourds traversés de moult déchirements bruitistes, comme autant de manifestations venant de nulle part, quand ce ne sont pas des vibrations drone perturbantes (comme sur le morceau de clôture “At the Gate ?”), d’infâmes râles de mourrant ou d’effroyables respirations sifflantes.
La musique de 1349, dans cet assemblage dissonant, parvient à évoquer des paysages désolés et arides, loin de la surface terrestre, plus bas, toujours plus bas, encore plus bas ? mais n’égale à aucun moment l’intensité de celle proposée par ses illustres voisins suédois. L’odeur de souffre est loin d’être aussi suffocante, les ténèbres sont moins opaques, le décor cauchemardesque est davantage esquissé que réellement dessiné. C’est indéniable, 1349 ne maîtrise pas (encore ?) pleinement son sujet.
En contrepartie, les norvégiens font les efforts qu’il faut pour diversifier leur expression, abordant des rivages plus mélodiques et éthérés, voire mélancoliques (“Solitude” traversé d’arpèges cristallins et donnant la sensation de nager dans les limbes), sans se départir de ses atmosphères passablement inquiétantes (les notes de piano fantomatiques de “Misantrophy”), et sans avoir non
plus fait complète table rase du passé, que l’on retrouve au travers de quelques réminiscences de blasts et solis parcimonieusement saupoudrés (“Maggot Felus”, la seconde partie de “Serpentine Sibilance” et le final de “Uncreation” survenant après une longue montée en puissance), mais desquels la production rachitique (qui sied pourtant globalement bien à l’album) désamorce les velléités agressives. Ainsi, la voix de Ravn, bien moins présente et bien plus fondue dans la masse instrumentale que par le passé, qui plus est souvent trafiquée avec force filtres et effets, présente également un rendu peu agressif, bien qu’assez maladif.
Question metal, c’est un black low/mid-tempo qui prédomine, en adéquation avec l’orientation ambiante de l’album. On retrouve donc en ces contrées inhospitalières bon nombre de riffs lents et torturés soutenus par un section rythmique rampante ou plus martiale (Invocation, Serpentine Sibilance, Uncreation, At the Gate ?), ainsi qu’une surprise de taille avec une improbable reprise de Pink Floyd : l’excellent “Set the Controls for the Heart of the Sun” que 1349 s’est étonnamment bien réapproprié.
La ligne de basse constituant la base du morceau est immédiatement reconnaissable, mais le reste de l’habillage adopte un virage totalement inattendu. Les fluctuantes lignes drone, les samples morbides, les soupirs irréels, les percussions aussi binaires qu’elles sont écrasantes, les échos venus du lointain sont autant d’éléments transformant la douceur vaporeuse de l’original en un rituel morbide et crasseux, où les envoûtantes senteurs d’encens se trouvent métamorphosées en affreux relents de charnier. Un pari aussi osé qu’il est réussi.

La diversité est là, mais la propension de 1349 à partir dans tous les sens rend la progression du disque très heurtée, et ses compositions ont pour la plupart une tendance un peu trop prononcée à cuire à feu doux, alors que l’on serait en droit de s’attendre à un gigantesque brasier.
Sans avoir la force évocatrice d’un Spektr ni la teneur horrifique d’un Leviathan ni l’esprit aussi torturé qu’un Abruptum, moins densément occulte qu’un Beherit et moins viscéral qu’un Vrolok, 1349 peine à se hisser au niveau des ténors du genre, et ce malgré les louables efforts réalisés et la quantité de moyens déployée.
“Revelations of the Black Flame” n’en demeure pas moins une ?uvre black ambiant de facture correcte, qui peut très bien s’apprécier en tant que telle, en faisant fi du passé du combo norvégien. Un album de transition, un nouveau départ assez prometteur auquel il manque encore une indispensable dose de cohérence et de savoir-faire pour atteindre des sommets dans le morbide et le sinistre.
C’est désormais clair à l’écoute de cet album et du discours de Ravn : 1349 a choisi sa voie et semble bien parti pour l’approfondir. Tant pis pour les adeptes de la première heure, et il est fort à parier que les six frénétiques titres live enregistrés à Stockholm lors de la tournée promotionnelle de “Hellfire” et constituant le CD bonus “Works of Fire, Forces of Hell” accompagnant la version limitée de “Revelations of the Black Flame“, ne seront pas à même de leur faire passer la pilule. Car en ayant aussi profondément métamorphosé son style et en choisissant d’emprunter les sentiers méconnus et piégeux du black ambiant, 1349 va perdre plus de fans qu’il ne va en gagner, c’est certain, mais 1349 s’en fout.

Personnellement, j’ai le plus grand respect pour les artistes qui n’ont pas peur de prendre des risques ? à condition que lesdits
risques relèvent du courage et non de l’inconscience, car entre ces deux notions, il y a un pas que je ne saurais franchir, et je m’interroge sur le bien fondé de la publication de “Revelations of the Black Flame” sous le nom 1349. Bien sûr, l’évolution stylistique n’est pas un mal, cela doit même constituer la substantifique moelle de tout artiste digne de ce nom. Mais quand c’est pour changer de manière aussi radicale, utiliser la même franchise relève de bien plus que d’une courageuse prise de risque, plutôt de l’inconscience voire du non-sens. N’aurait-il pas été plus judicieux d’enterrer 1349 (provisoirement ou définitivement) et d’agir sous un autre nom ? ? Oui, assurément ? Mais de mon avis comme de celui de toutes les personnes qui ont écouté ou écouteront cet album, 1349 s’en fout ? le plus royalement du monde ?