Altars of Fab’ Death

Pitiful Reign : Visual Violence

Pourtant synonyme de ringardise durant les années 90, la scène thrash metal retrouve désormais une seconde jeunesse depuis l’essor des nord américains de Municipal Waste ou Merciless Death. La Grande Bretagne emboite elle aussi le pas, à l’image de Gama Bomb, SSS, Evile ou Pitiful Reign. Ce dernier se forme en 2003 autour de Josh Callis-Smith, et nomme simplement son style du british thrash metal, désireux de s’inscrire dans la grande tradition des formations anglaises des eighties, comme Xentrix ou Re-Animator.

Un album auto-produit et deux EP plus tard, fort d’un contrat avec l’écurie italienne Punishment 18, et fin prêt pour les sessions de son nouvel album, le groupe décroche le jackpot, s’entourant non seulement de Juan Urteaga (ex-Vile) et du non moins célèbre Steve Digiorgio (Sadus) derrière les consoles d’enregistrement, mais obtenant parallèlement une superbe illustration du maître Ed Repka, symbolisant à lui seul une bonne partie des albums thrash cultes des eighties, d’Evildead à Megadeth.

Bénéficiant d’un enregistrement au poil, qui dote respectivement la batterie, la basse et les guitares d’un son claquant, rond et agressif, Visual Violence accroche dès son premier titre. Sur une rythmique carrée, Pitiful Reign possède en effet l’art du riffing percutant, renforcé par la voix dynamique de Callis-Smith, les breaks aux mosh parts entrainantes, les accélérations vicieuses, les batailles de soli fougueux, et les refrains accrocheurs, où le thrasher retrouve les fameux backing vocals, trop longtemps disparus. Human Coleslaw, Fatality ou l’excellent Push to Prime sont ainsi autant de titres montrant l’aisance et le plaisir à jouer des cinq acolytes, le tout dans un esprit particulièrement fun et une ambiance old school délicieuse.

En élève assidu, Pitiful Reign déroule ainsi brillamment les recettes à l’origine du succès de la scène thrash des années 80, britannique, new-yorkaise ou californienne. Cette force est aussi la faiblesse du combo, qui parfois trop appliqué, manque encore du brin de folie de Municipal Waste, ou encore de la force d’Hexen, maître californien actuel, pour véritablement s’imposer.

Malgré une personnalité restant à affirmer, le capital bonhomie de Pitiful Reign, ses titres percutants, mais aussi le grand soin apporté à son album, l’inscrivent parmi les formations revival thrash d’intérêt, aux côtés de Violator, Gama Bomb, Fueled By Fire ou Bonded By Blood. Visual Violence se recommande ainsi tous les jeunes thrashers, mais aussi à tous les amoureux des vieux loups comme Anthrax, Re-Animator, Exhorder & Evildead, ou plus simplement aux nostalgiques d’une époque emplie d’une insouciance certaine et d’un parfum particulièrement authentique.

Fabien.

> - Les chroniques -, Pitiful Reign — fabien @ 10:23 pm

October 9, 2008

Uncanny: Splenium for Nyktophobia

Formé en 1990 autour de Ken Englund & Fredrik Norrman, connus respectivement pour leur investissement ultérieur au sein de Centinex & Katatonia, Uncanny s’inscrit dans la seconde vague death metal scandinave, ayant directement emboité le pas de leurs prestigieux aînés, tels Carnage ou Nihilist. Trois démos plus tard, le groupe décroche un contrat avec l’écurie grecque Unisound Recordings, enregistrant dans la foulée son premier album durant quatre journées d’octobre 1993, avec l’ingénieur du son Dan Swanö (Edge of Sanity), dont le studio porte coïncidement le même nom que le label de la formation.

Possédant l’accroche et le côté mélodique propres aux groupes death suédois de ces années 93/94, Uncanny subit plus particulièrement l’influence d’Edge of Sanity, possédant de surcroît un growler (Jens Törnhoos) au timbre vocal très proche de Dan Swanö, mais bénéficiant en plus d’une production bateau du leader, calquée sur le modèle de son propre groupe.

Malgré un certain manque de personnalité, Splenium For Nyktophobia s’affirme toutefois rapidement au fil de son écoute, possédant un mélange d’agressivité et d’harmonies judicieusement dosé. Si Elohim s’annonce comme un titre phare de l’album, grâce à son équilibre étonnant, d’autres morceaux comme Tales from the Tomb & Brain Access, ou encore le bon instrumental Timeless lui succèdent brillamment, mêlant une puissance rythmique à des riffs & soli aériens mémorables. En revanche, au lieu de livrer un ensemble homogène, Uncanny place quelques titres maladroits, à l’image de la reprise Enkelbiljetten de G-Anx, de l’interlude Lepra, ou de l’outro éponyme, sans grand intérêt, nuisant plus la qualité générale qu’autre chose.

Cumulant de nombreux stéréotypes death scandinaves de l’époque, Uncanny passe dès lors assez inaperçu à la sortie de son album, affrontant en plus le recul progressif du death metal au profit des scènes black & dark grandissantes, qui auront rapidement & fatalement raison de lui. Toutefois, malgré deux ou trois morceaux dispensables, Splenium For Nyktophobia reste un album fluide et très plaisant à l’écoute, demeurant encore aujourd’hui un témoignage authentique de la scène death suédoise des nineties, à recommander à tous les nostalgiques de l’invincible Edge of Sanity.

Fabien.

> - Les chroniques -, Uncanny — fabien @ 9:59 pm

October 7, 2008

Illogicist : Subjected

Peu exposée, en dehors de quelques groupes comme Natron ou le redoutable Hour of Penance, l’Italie a toujours été en retrait des autres scènes death metal européennes. Elle compte pourtant depuis 1997 une autre formation de renom, baptisée Illogicist, formée à Aoste autour du guitariste chanteur & compositeur Luca Minieri. Fort d’un contrat discographique avec le label US Crash Music, le groupe enregistre son premier album Subjected en décembre 2003, comptant sur la présence de son leader derrière les consoles, puis bénéficiant d’un mixage et d’un mastering aux célèbres Finnvox Studios finlandais.

A l’image de son logo labyrinthique, Illogicist développe un death technique & alambiqué, privilégiant des structures riches & posées à toute forme de brutalité. De l’architecture même des compositions polyrythmiques & feutrées, jusqu’aux vocaux éraillés de Luca, en passant par une thématique traitant de sujets philosophiques & spirituels, la couleur de Subjected reste ainsi comparable à l’excellent Individual Thought Patterns de Death, trahissant l’influence considérable de Chuck Schuldiner sur le compositeur italien.

Illogicist possède toutefois une empreinte personnelle qui lui confère une véritable identité, s’appuyant sur des individualités au talent indéniable. En effet, les lignes de basse habiles & complexes d’Emilio se mêlent parfaitement aux rythmiques fouillées de Remy, offrant un terrain idéal aux duels guitaristiques de Luca & Diego, qui entremêlent leurs riffs et soli avec beaucoup de virtuosité, à l’image des subtils Price of Confidence & Soul Feeder, ou encore de l’instrumental Introspection, où la formation démontre toute l’étendue de son savoir faire.

Possédant à la fois un ton agressif et un côté intimiste, Subjected impressionne ainsi par sa richesse et sa mise en place minutieuse. Illogicist ne peut toutefois s’empêcher de trop en faire, délivrant des compositions manquant hélas de repères mélodiques et de moments paisibles, rendant l’écoute de son album parfois éprouvante, sans véritable refuge durant 38 minutes. L’incroyable talent de la formation italienne permettra toutefois de rectifier le tir dès le second album, toujours très technique mais décidément plus accrocheur.

Fabien.

> - Les chroniques -, Illogicist — fabien @ 9:32 pm

October 6, 2008

Miasma : Changes

L’Autriche a toujours compté dans ses rangs des formations death sauvages ou barrées, depuis Pungent Stench, Disastrous Murmur ou Disharmonic Orchestra, jusqu’à la bande d’Helmut et ses boeufs, le célèbre Belphegor. Trois années avant la formation de ce dernier, la barbarie death métallique autrichienne possède pourtant déjà un nom, en l’entité destructrice Miasma. Le groupe se forme en effet à Vienne en 1990, et balance un death metal cru & bestial, à l’imagerie macabre & satanique. Une démo plus tard, le groupe enregistre son premier album Changes au ULLI Studio, en octobre 1991, décrochant dans la foulée un contrat avec le label Lethal Records, qui sort son tout premier disque.

Les rythmes tapageurs de Baphomet & d’Ancien Rhymes fixent d’entrée le ton brutal de l’album, dominé par les guitares massives & les soli torturés du duo Ares Cancer / Peter Prochazka, supportant le guttural effrayant de Gerhard Gorehead. Même lorsque le groupe relâche la pression, il écrase tantôt par la lourdeur de ses rythmiques, à grands renforts de double pédale et de growls terrifiants (Imaginating Existence), ou met alors directement au tapis à coups d’accélérations reversantes (Morbid Knocking).

Miasma soigne tout de même ses ambiances, lâchant quelques nappes de claviers qui assombrissent l’atmosphère (Schizophrenia), ou quelques guitares acoustiques (Drowning In Blood), afin de mieux massacrer sur les rafales de riffs suivants. En outre, à l’instar des vocaux bestiaux de Gorehead, Changes bénéficie d’un son rugueux, mettant davantage l’accent sur le côté brut & primaire des compositions.

Sans technique et précision notoires, parfois même approximatif, Miasma lâche un death metal caverneux et sans fioriture, guidé avant tout par une brutalité excessive. L’unique full lenght de la formation viennoise, mais aussi son attitude purement barbare, constituent une influence certaine pour Belphegor, qui dominera l’Autriche quelques années plus tard, avec son mélange death black particulièrement malsain.

Fabien.

> - Les chroniques -, Miasma — fabien @ 11:32 pm

October 5, 2008

Pavor : A Pale Debilitating Autumn

Si l’histoire retient particulièrement Morgoth, Atrocity & Protector parmi les précurseurs de la scène death metal germanique, elle oublie pourtant Pavor, groupe formé en 1987 à Bonn, autour du bassiste Rainer Landfermann. Mais, à l’inverse de ses compatriotes, la bande (au line up d’une stabilité exceptionnelle) n’a jamais recherché de contrat discographique, préférant prendre son temps pour l’enregistrement de ses démos, et s’occupant en totalité du financement et de la distribution de son premier album. A Pale Debilitating Autumn est ainsi mis en boite entre mai et juillet 1994 au Bernd Gast Music Tonstudio, sept longues années après la formation du quinquet allemand.

Pavor balance un death metal technique, quasiment high-tech à l’époque, emmené par le couple rythmique M.Pelkowsky / R.Landfermann d’une complexité désarmante. Reiner Landfermann n’a en effet rien à envier à ses homonymes outre-atlantique Steve Digiorgio & Alex Webster, détachant brillamment sa basse des guitares pour se caler au millimètre sur la batterie, livrant alors des envolées formidables, aux influences jazz non dissimulées. Sur une telle excellence rythmique, les riffs de H.Seebens & A.Rave sont précis et incisifs, soutenant le guttural très pur (sans aucun effet) de Claudius Schwartz.

De Total Warrior jusqu’à Symbols of Depravity, en passant par les très bons Corpses & Careworn, Pavor maîtrise ainsi son death brutal & technique à la perfection, bénéficiant de surcroît d’un enregistrement massif et d’un mixage à l’équilibre irréprochable. En revanche, le style du groupe allemand, mélange de Brutality, Gorguts & Cynic, reste bien trop visité à l’époque, pour vraiment sortir du lot. De plus, à l’instar de sa pochette sans illustration précise, A Pale Debilitating Autumn possède certes un calibrage exemplaire, mais manque de coloration, pourtant nécessaire à la forge d’une véritable identité.

Diablement technique, mais paradoxalement très conventionnel dans son exécution, A Pale Debilitating Autumn reste un album marquant dans l’histoire du death metal allemand, se recommandant en premier lieu à tous les mordus de technique et à tous les bassistes en herbe. Sans contrat discographique (l’album a été sorti chez Imperator Music, simple label de Landfermann créé pour l’occasion), Pavor ne rencontre dès lors qu’un succès limité, même si aujourd’hui, 14 années après l’enregistrement de son premier album, le groupe n’est certainement pas oublié, et reste même, avec la percée de la scène brutal death technique de ces dernières années, parfaitement d’actualité.

Fabien.

> - Les chroniques -, Pavor — fabien @ 9:32 pm

Suffering : Sowing the Seeds of Suffering

Alors que le black metal domine la Norvège en cette année 1994, de Darkthrone à Mayhem, en passant par Emperor, Immortal, Burzum, Enslaved ou Satyricon, le death metal semble quant à lui en léthargie dans le pays nordique, depuis les Soulside Journey & In Pains de Darkthrone & Cadaver, sortis quelques années auparavant. Quelques formations obscures persistent toutefois dans le style, à l’instar de Molested, Fester ou Suffering. Ce dernier se forme autour des guitaristes compositeurs Ivar Gundersen & Ole Morten Persen, et rentre rapidement en studio, durant deux journées d’août 1994, pour la mise en boite de Sowing the Seeds of Suffering, commercialisé par le petit label d’Oslo Artic Serenades, qui sort ici son tout premier disque.

Difficilement classable, Suffering évolue sur une base death metal à dominante middle tempo, aux riffs lourds & guitares massives, comme le titre Dream of Darkness en témoigne, mais développe parallèlement une ambiance sombre, voire mélancolique, sur le chant guttural noir d’Ole Persen, froid et pratiquement narré, conférant des accents dark fortement marqués.

Lorsque Suffering lance son balayage rythmique en accords mineurs, à l’image des bons Visions & Suffering Soul, il dégage alors une noirceur peu commune, instaurant un climat d’une intensité toute particulière. Le groupe développe parallèlement de nombreux passages doom (Eternal Suffering), des soli aériens (Endless Journey), ou encore quelques riffs acérés (Dream of Darkness), qui apportent un contraste judicieux à l’ensemble.

Au-delà, Sowing the Seeds of Suffering contient plusieurs imperfections. Ses titres possèdent tout d’abord des structures et des riffs trop similaires, donnant souvent cette fâcheuse impression d’entendre les mêmes phrases musicales. Ensuite, le groupe parvient difficilement à conserver une intensité constante au fil de ses morceaux, lâchant des passages en accord majeurs bancals, jurant avec son atmosphère prenante.

D’une mise en place manquant parfois d’équilibre, et servi par un mixage un brin confus, Sowing the Seeds of Suffering montre ainsi plusieurs faiblesses. Il reste néanmoins un album au climat unique, mêlant habillement une couleur dark death avec des éléments black & doom, rappelant les ambiances froides & mélancoliques de l’invincible Soulside Journey (Darkthrone). La noirceur de ses atmosphères et son mélange de plusieurs courants extrêmes en font une réalisation poignante et originale.

Fabien.

> - Les chroniques -, Suffering — fabien @ 4:20 pm

October 2, 2008

Carnophage : Deformed Future // Genetic Nightmare

Formé en 2006 à Ankara, autour des guitaristes compositeurs Mert Kaya & Berkan Basoglu, Carnophage confirme l’émergence du brutal death turque, aux côtés de ses compatriotes Decaying Purity d’Istanbul. Officiant dans des sphères plus techniques, le groupe enregistre rapidement son premier album, en décembre 2007 dans un studio local, décrochant d’entrée un précieux contrat avec Unique Leader, spécialiste reconnu dans le milieu, grâce à ses nombreux protégés, tels Vile, Gorgasm ou Pyrexia. Soignant particulièrement ses dernières réalisations, le label californien ne faillit pas à la règle, gratifiant l’album d’un artwork très complet, ainsi que d’une superbe illustration de l’incontournable Par Olofsson.

Dès ses premières notes, Carnophage annonce la couleur d’un brutal death sous influence directe des New Yorkais de Suffocation ou des californiens de Deeds of Flesh. Sur une assise rythmique carrée & complexe d’Onur & Bengi, Mert & Berkan balancent une cascade de riffs serrés, nuançant leurs compositions en superposant adroitement leurs guitares. Enfin, sans être toutefois d’une profondeur exceptionnelle, les vocaux gutturaux d’Oral s’intègrent bien à l’ensemble, laissant parallèlement une part importante aux guitares, tout en apportant une dynamique appréciable.

En outre, depuis les soli soignés des bons No One Forgotten & Corpsefield, la finesse des riffs de Bone Nails, jusqu’aux ambiances travaillées d’Anomalistic Resurrection, Carnophage s’attache à proposer un album varié, évitant le piège d’une linéarité rapidement ennuyeuse. Enfin la production, manquant certes d’un brin de puissance, possède en revanche un mixage équilibré, apportant la précision et la clarté exigées par le death technique de la formation.

Tout aussi brutal, mais plus subtil que le Phases of Dimensional Torture des voisins de Decaying Purity, Deformed Future Genetic Nightmare se hisse ainsi parmi les albums de qualité, confirmant l’essor de la Turquie sur la scène brutal death internationale. Bon élève, Carnophage manque en revanche d’identité pour véritablement s’imposer, se plaçant dès lors dans l’ombre de ses homonymes européens, tels que Beheaded, Kataplexia ou Inveracity.

Fabien.

> - Les chroniques -, Carnophage — fabien @ 10:29 pm

October 1, 2008

M.O.D. : USA for M.O.D.

Surfant sur la vague du succès inattendu de S.O.D. avec son Speak English Or Die sorti en 1985, Milano décide de prolonger l’aventure crossover deux ans plus tard avec trois nouveaux gais lurons. Exit la dream team Lilker-Benante-Ian, bien que ce dernier assure encore la guitare acoustique sur un titre et une partie des backing vocals en plus d’être co-producteur. Billy “Mosh” Milano s’entoure de Keith Davis à la batterie, de Tim McMurtrie pour la guitare, de Ken Ballone au poste de bassiste et forme Method Of Destruction.

Milano ne change pas la recette qui a fait la renommée de S.O.D., à savoir un mélange bouillonnant de thrash et de hardcore, de mosh parts furieux, de délires et de paroles déjantés bien que souvent engagées et politiquement incorrectes. A l’instar de S.O.D et sa mascotte Sargent D, M.O.D. a son Corporal Punishment, redresseur de torts et nettoyeur des vices en tout genres qui rongent l’Amérique. Mais là où Sargent D lutte pour la justice, Corporal Punishment débite ses lyrics assassins en guise de procès, exécute à tout va et envoie ses mini-blast beats en représailles.

M.O.D. ne s’embarrasse pas de complications structurelles ou de technique démonstrative, les morceaux durent en moyenne deux minutes oscillant entre quatorze secondes pour la plus courte et trois minutes pour les plus longues, hormis Spandex Enormity, titre de cinq minutes esseulé parmi tout ces scuds. C’est bien là ce qui renforce le côté hyper percutant de cet album, les trax aussi courtes soit elles, agissent comme des détonateurs qui déchainent immédiatement les masses capillaires et poussent l’assistance abasourdie aux pogos les plus violents. M.O.D. parsème aussi son album de titres humoristiques, tel que Ode To Harry, court morceau sur lequel Scott Ian vient prêter main forte pour la guitare acoustique, ou encore That Noise clin d’œil au What’s That Noise de S.O.D., titre Ô combien inutile mais qui rajoute une touche supplémentaire de bonhomie sur un opus décidément fendard.

Cependant, même avec des constructions simples, le thrash hardcore de M.O.D. est incroyablement efficace, avec une basse dodue très présente et surtout cruciale. En témoignent les intro de Let Me Out et du délirant Jim Gordon ou encore les plans grosse caisse/basse isolés qui laissent l’auditeur souffler un bref instant avant que la guitare furax de McMurtrie ne le replonge dans la mêlée féroce. Les accélérations sont aussi nombreuses qu’elles sont impromptues. A peine le temps de se remettre d’un mosh part que immédiatement ça enchaine derrière dans la folie totale, à l’image des brutales I Executioner et Aren’t You Hungry, ce dernier titre étant au départ prévu pour S.O.D, tout comme Hate Tank. Big Milano hurle à en perdre la voix quand il ne bégaie pas frénétiquement, alternant phrasé roulant et écorchades rauques, bien aidé de backing vocals puissants.

L’autre point important ce cet opus réside dans les paroles, on ne peut plus corrosives. Fascisantes, haineuses et homophobes elles dressent un tableau cynique des maux du pays de l’oncle Sam. Là où nous comprenons “Acquired Immune Deficiency Syndrome” (A.I.D.S.), c’est à dire S.I.D.A. dans la langue de Molière, M.O.D. voit “Analy Inflicted Death Sentence”, j’vous laisse traduire…Milano nasille et s’égosille à insulter tout les rebuts qui corrompent L’Amérique. Personne n’est épargné ; homosexuels, chômeurs, moches, gros, tout y passe. Milano dû d’ailleurs se justifier de ses paroles alors que l’album fut interdit dans certains pays, en expliquant qu’il ne s’agissait que d’un gimmick destiné à dénoncer un système gangréné. L’amalgame était simple, chacun y verra midi à sa porte…

Sur une assise rythmique redoutable et des riffs catchy au possible, les américains nous balancent à la face quarante cinq minutes furibardes en vingt trois titres explosifs. Le tout enregistré et produit dans la joie et la bonne humeur en 4 jours pour le compte de Megaforce par Scott Ian et Alex Perialas qui avait déjà sévit sur Speak English Or Die .

Un an plus tard, le groupe partira sur la route avec Exodus et subira encore de multiples remaniements de line-up.

Un groupe culte, un album culte, des titres plus cultes les uns que les autres. Décidément cette année 1987 se révèle être un cru d’exception pour le Thrash Hardcore.

“…Short but… sweeeeet!…”

Barback (www.spirit-of-metal.com).

USA for MOD est en effet une suite réjouissante d’un Speak English or Die, qui avait définitivement laissé son empreinte grâce à son mélange de thrash et de hardcore explosif, en cette année 1985. Billy Milano reprend ici brillamment les codes et les fameuses mosh parts propres à SOD, du percutant Hate Tank à l’entrainant Spandex Enormity, tout en laissant libre cours à ses idéaux parfois très corrosifs, donnant une personnalité incontestable à son album, pièce incontournable du thrash des eighties, avec son cadet Gross Misconduct. Merci d’avoir mis l’accent sur les paroles de Milano, brûlots indissociables de la musique de MOD, permettant de comprendre à quel point ce groupe était parfois detesté. Fabien.

> - Les guests -, M.O.D. — fabien @ 10:20 pm

September 30, 2008

Kataplexia : Supreme Authority

Formé en 2003, Kataplexia est basé en Finlande, bien que le trio composant la formation soit originaire d’Amérique du sud. Enregistré en ces terres scandinaves en début d’année 2008, Supreme Authority représente déjà la troisième réalisation du groupe, qui évolue toujours au sein de l’écurie espagnole Xtreem Music (Kronos, Hour of Penance) dirigée par le célèbre Dave Rotten. Le label gratifie cette fois l’album d’une superbe illustration de Georges Prasinis, déjà remarqué pour ses pochettes de Spawn of Possession ou d’Inveracity.

Plus long, plus consistant, et bien mieux enregistré que son prédécesseur Catastrophic Scenes, Supreme Authority envoie un brutal death très proche du dieu Suffocation. Les compositions du duo Artiga / Moreira sont en effet structurées autour de rythmiques complexes & assommantes, exécutées par le batteur de session Timo Häkinnen & le bassiste Mikael Da Costa, à grands renforts de double pédale et des blast-beats, sur lesquelles viennent se greffer les plans enchevêtrés à deux guitares de Davi Moreira, à l’image des bons Unpredictable Spiritualism & Endless Suffering.

Supreme Authority renvoie ainsi une image proche de l’eternel Effigy of the Forgotten des dieux new-yorkais, ou encore du récent & inspiré Extermination of Millions des grecques d’Inveracity. Kataplexia balance en revanche quelques accélérations renversantes, sur un accordage très bas, durant lesquelles le guttural de Rodrigo se mue en des « grouinements » qui conférent quelques touches slam death fort appréciables. En outre, le groupe ponctue judicieusement ses morceaux de breaks écrasants (Anonymous Identities), de riffs dissonants & de soli accrocheurs (Circle of Sickness), permettant d’apporter une dynamique accrue à l’ensemble.

Parfaitement ficelé et bénéficiant d’une production compacte, Supreme Authority surprend ainsi par ses subtilités et la qualité de sa mise en place, présageant de nombreuses écoutes méticuleuses pour l’inconditionnel de death brutal & alambiqué. En revanche, Kataplexia ne possède pas d’identité particulière, s’ajoutant dès lors aux nombreuses formations évoluant dans le style, sans possibilité d’émergence et d’accès parmi les ténors de la scène brutal death actuelle.

Fabien.

> - Les chroniques -, Kataplexia — fabien @ 6:03 pm

September 26, 2008

Hexen : State of Insurgency

Bon, après les Fueled By Fire, Bonded By Blood, Merciless Death et les autres que j’oublie, sans parler de la très prolifique scène brésilienne actuelle, quel groupe allait encore arriver sur une scène revival thrash sentant de plus en plus la saturation à pleine narine? On se croirait revenu dans les eighties alors que la première armada émergeait un peu partout dans le monde. A peine le temps d’écouter une galette que dix nouveaux combos sortent de terre vous scrutant avec leurs p’tits yeux rouges et vous soufflent sournoisement des “chronique moi, chronique moi, chronique moi”. Ce nouveau groupe s’appelle Hexen et nous vient tout droit de la mère patrie thrash, les USA.

Hexen se forme en 2003 à Glendale dans la sainte Californie et fait dans le thrash old school à l’instar de ses jeunes et nombreux frères d’armes. Après avoir été légèrement déçu par les précités Fueled By Fire et Bonded By Blood qui personnellement, ne m’avaient pas emballé plus que ça en se hissant difficilement au genou d’un Municipal Waste ou d’un Warbringer avec un thrash des plus conventionnel, que pouvait-je attendre d’Hexen? Encore un de ceux qui prétendent faire revivre une époque en or, fanfaronnant avec vestes à patch, T-shirt d’Exodus et jean’s moule burnes. Ne jugeons pas hâtivement…

Le groupe a eu pour commencer le privilège de voir sa pochette dessinée par le maître Ed Repka, où l’on voit un quidam détonateur à la main, en train de faire un beau feu de joie en plein centre ville. Pour la p’tite histoire, John, sexagénaire harassé par tant d’années de travail à la centrale électrique du coin, gavé de débilités télévisuelles et partageant sa morne existence avec sa Margaret chérie, laquelle, poids des années obligent, ressemble désormais plus à un shar pei qu’autre chose, a coulé une bielle et décide de se refaire un épisode de Speed. Manque de chance, Keanu Reeves était à ce moment là occupé à lire son Star Mag préféré, ça sent le grisou…

“IT’S A BOMB!” Grosse déflagration, vitres qui volent en éclats, membres roussis, cris de panique, parfum de nitroglycérine et odeur de mort. Ambiance Gaza garantie. Le décor est posé sur une intro détonante. La bien nommée Blast Radius ouvre l’album sur un mid tempo léger et riff thrashy efficace, accompagné de la voix puissante et très légèrement écorchée de André Hartoonian, pas démonstrative, simple mais accrocheuse, pile poil dans le ton. Hexen mise avant tout sur l’harmonie de ses compos avec des mélodies recherchées et pratique autant la grande vitesse que le middle tempo, laissant ainsi libre cours aux guitaristes de s’exprimer pleinement en lâchant de nombreux solis de toute beauté et une basse terriblement cinglante qui flagelle l’auditeur de ses lignes acérées. On passe d’une violente Gas Chamber dans la grande tradition thrash à une sublime et calme Desolate Horizons en passant par Chaos Agressor et son intro de guitare acoustique virant assez vite dans un heavy thrash massif avec envolées de six cordes éblouissantes d’une maitrise impressionnante.

C’est bien là ce qui frappe immédiatement sur cet album, la maitrise technique dont font preuve les californiens, jouant sur des structures à plusieurs tiroirs, sur des rythmiques d’une infinie précision, alternant les plans avec une facilité déconcertante, le tout parsemé de solis finement ciselés et avec un sens de la mélodie incroyable, qui n’est pas sans rappeler par moments le Megadeth des grandes heures, époque RIP. Le groupe distille un thrash à la fois énervé, mélodieux, fin et élégant. Le titre State of Insurgency est un bijou en soi, réunissant tout les ingrédients d’un thrash diablement redoutable ; rythme enfiévré, breaks déboulonnants, riffs aiguisés et solis joués incroyablement vite. Un florilège musical. L’album se clôt finalement sur une outro de toute beauté, une perle acoustique de mélancolie et une fois de plus, on ne peux s’empêcher de penser au roux le plus mal aimé du thrash. Les paroles d’ailleurs se rapprochent du discours de Mustaine sur un Peace Sells… Le groupe délivre au travers de ses textes une vision contre utopiste et morose du futur à venir. La paix fait vendre… L’ensemble sur une production sonnant juste, pas crade ni trop synthétique, s’accordant ainsi parfaitement avec le ton général de l’album.

Hexen s’impose avec State of Insurgency comme une valeur sûre dans une scène en pleine effervescence et frôlant l’overdose, avec un thrash empreint d’une nostalgie évidente, mais très personnel et d’une virtuosité appréciable, varié et loin du simple copier-coller de pas mal de groupes thrash actuels. En espérant que la suite soit toute aussi excellente.

Barback (www.spirit-of-metal.com).

Parmi les formations issues du revival thrash de ces dernières années, à défaut de la personnalité de Municipal Waste ou Merciless Death, Hexen lâche des compostions d’un équilibre et d’une intensité exemplaires. Sur une production à la fois rugeuse et limpide, State of Insurgency subjugue ainsi par son thrash rageur, l’efficacité de son riffing, l’excellence de ses soli, et la justesse de son propos, durant 55 minutes n’ayant jamais parues aussi courtes. L’intrumental Desolate Horizons et l’outro finale sont alors cerises sur le gâteau, acoustiques poignants, offrant un contraste incomparable avec le thrash nerveux & mélodique d’Hexen. Excellent ! Fabien.

> - Les guests -, Hexen — fabien @ 9:55 pm

September 25, 2008