Slayer : Hell Awaits

Ayant délibérément orienté sa musique vers la brutalité totale dans l’EP Haunting the Chapel, rompant définitivement avec ses inspirations heavy metal encore suintantes dans Show No Mercy, Slayer peut passer la vitesse supérieure avec son second album.
Il ne faut pas longtemps pour saisir le chef d’œuvre : la lancinante et monumentale introduction d’Hell Awaits nous fait tout droit entrer dans l’univers apocalyptique de Slayer. L’attente est jouissive, jusqu’à ces premiers riffs massifs et tranchants comme des lames de rasoir. Dave Lombardo accélère progressivement le rythme, jusqu’au paroxysme. La machine se lance à 200 à l’heure, les guitares n’ont jamais été aussi rapides, la batterie implacable, le chant vociférant. C’est Hell Awaits, qui justifie à lui seul l’achat de l’album. Slayer n’a jamais été aussi impressionnant, monstrueux et intransigeant.
Les Américains poussent encore plus loin leur exploration : Kill Again n’est plus fondamentalement éloigné des bases du death metal, notamment par la présence du riff principal rompant avec le jeu traditionnel du thrash, sur fond de double pédale lourde et implacable. Si le chant reste clair, cette manière saccadée et virulente d’hurler les vocaux ajoute une dose de violence. Il est amusant de constater qu’à la même période, dans la vieille Europe, les Allemands de Kreator ont une approche musicale assez comparable.
At Dawn They Sleep confirme ce nouveau tournant : bien que mid-tempo, la puissance rythmique est incroyable. La batterie est précise et cinglante, et la production mettant très en avant la basse donne une ampleur magistrale à la musique de Slayer, même si le son des guitares est un peu sec. Il est également à noter la complexité des morceaux, alternant breaks et accélérations, regorgeant de riffs différents et de transitions parfaitement maîtrisées.
On peut encore ressortir les virulents Necrophiliac ou Hardening Of The Arteries, parfaits archétypes du style Slayer ayant trouvé sa vitesse de croisère. Les riffs se font alternement mélodiques, brutaux, bien complétés par les solis soignés et agressifs du duo Hanneman/King. Lombardo fait la démonstration que son jeu est désormais à maturité, avec ce coup de patte reconnaissable instantanément.
Hell Awaits, si il met Slayer sur les rails pour de bon pour la suite immédiate de sa carrière, possède une touche personnelle et typique que l’on ne retrouvera pas dans la suite de la discographie du groupe. Il est ainsi notable de trouver des morceaux relativement longs, au caractère progressif indéniable, le plus parfait exemple étant le complexe et superbe Crypts Of Eternity. Cette orientation, qui disparaîtra totalement sur le Reign In Blood à venir, rajoute encore un intérêt supplémentaire à cet album pas assez mis en avant dans la discographie de Slayer.
Bien plus qu’un album de transition, Hell Awaits est un véritable monument du thrash metal et une pièce maîtresse de la discographie de Slayer. Sa richesse et sa technicité sont un solide démenti à l’image réductrice de la musique du groupe qui est parfois véhiculée, et l’atmosphère sombre qui s’en dégage est remarquable.
Il incarne parfaitement l’avancée du thrash dans sa version la plus brutale, à l’instar du Endless Pain de Kreator et du Seven Churches de Possessed, ouvrant les portes du death metal. Tout est désormais possible.
Eulmatt (www.spirit-of-metal.com)

Les quatre premiers album de Slayer ont chacun une approche tellement unique, que je suis incapable de dire celui que je préfère vraiment. Hells Awaits contient les titres les plus longs et les plus alambiqués, à l’image du redoutable Crypts Of Eternity. Il possède également une coloration beaucoup plus thrash que Show No Mercy, et dégage parallèlement une atmosphère sombre et diabolique, plus que n’importe quel autre album de Slayer. Culte à mourir. Fabien.