Le départ de David Vincent après le live Entangled In Chaos fut un véritable drame pour les fans de Morbid Angel (dont je suis évidemment), beaucoup doutaient même que le combo puisse se relever. Pour remplacer celui qui les a vus, parti s’occuper de sa femme chez les Genitorturers, Trey Azagthoth a jeté son dévolu sur Steve Tucker, qui évoluait jusque là dans Ceremony avec Pat O’Brien (futur Cannibal Corpse), une bien lourde tache mais parfaitement assumée par le garçon, même si son chant est moins caractéristique que celui de Vincent.
Morbid Angel se retrouve donc sous la forme d’un trio pour enregistrer ce cinquième album au célèbre Mossisound Studio. Débarrassé de l’encombrante présence de David Vincent et de ses dérapages idéologiques, Trey Azagthoth compose l’intégralité de l’album et laisse libre cours à sa pensée mystique, traitant sur Formulas Fatal To The Flesh de mythologie sumérienne et d’opposition entre valeurs charnelles et spirituelles, allant jusqu’à écrire des paroles en sumérien.
Paradoxalement FFTTF est très rentre dedans, dès le premier titre Heaving Earth, Pete Sandoval sort l’artillerie lourde et dézingue à tout va, on est plus proche de Covenant que de Domination. Le chant de Steve Tucker est irréprochable, mais hélas un peu trop commun par rapport à la voix caractéristique du sieur Vincent.
Une fois le deuil fait en ce qui concerne le légendaire bassiste / chanteur, on peut se régaler des titres percutants et dévastateurs qui parsèment ce disque tel Prayer Of Hatred, accrocheur à souhait avec un Pete en mode double pédale infini, et une partie centrale aux ambiances mystiques avec l’un de ses fameux solo inimitable, Umulamahri et ses accélérations à coller au siège, Hellspawn, son fameux crescendo du début débouchant sur une apocalypse sonore d’un Death Metal très agressif ou encore le terrible Covenant Of Death, rapide, inspiré et montrant l’inépuisable réserve de riffs qui tuent de Trey, un titre ayant presque des accents Altars Of Madness.
Seulement Morbid Angel n’est pas un simple groupe de death et tous les albums de Morbid Angel ont un petit truc en plus, ici le côté ésotérique est mis en avant sur certains titres, pour illustrer ce propos les riffs lourds et dissonants de Nothing Is Not (un peu dans la veine de Where The Slime Live) apporte une touche spéciale à ce disque. Mais la meilleure preuve de la singularité de Morbid Angel est sans conteste Invocation of The Continual One, long titre aux influences Heavy / Thrash et chanté par Trey Himself, un moment fort de l’album qui nous ramène aux racines musicales du groupe avec ce fameux riff central absolument imparable. On peut en revanche se poser quelques questions sur le fin disque et la présence d’instrumentales tel Hymnos Rituales de Guerra, sorte de danse tribale guerrière avec percussions. On sent bien que Trey a voulu se faire plaisir et ainsi pousser son concept philosophique à fond, toujours est-il qu’une répartition de ces titres ambiant tout au long du CD aurait sans doute été plus judicieuse que de tous les enchaîner à la fin.
Mais, car il y a toujours un mais, le son manque un peu de profondeur et de relief, le côté percutant et dévastateur de Covenant manque cruellement à Formulas Fatal To The Flesh, un album aussi rapide et puissant aurait mérité une production plus précise à mon goût. Ce 15/20 pourra ainsi paraître sévère aux inconditionnels de Morbid Angel mais reflète bien mon ressenti lors de la sortie de l’album et ma relative déception sur le coup de l’absence de David Vincent, et surtout ce disque malgré une qualité manifeste, souffre incontestablement de la comparaison avec son formidable successeur Gateways To Annihilation.
BG (www.spirit-of-metal.com).
A mon sens, Formulas reste l’un des albums les plus décisifs de Morbid Angel. Le groupe a traversé, comme tous ses homonymes, les années noires du death metal, baissant en popularité à partir Covenant. Aussi, après une année 1997 très fade, ne comptant que quelques bons Loathing, Black to the Blind ou High on Blood, personne ne donnait cher, ni de l’avenir du style, ni de Morbid Angel, qui perdait coup sur coup Rutan & Vincent. C’était sans compter sur le génie de Trey Azagthoth, qui lâcha à mon humble avis un album d’une technique et d’une rage incroyables, et quelques titres parmi les meilleurs de Morbid Angel, à l’image des impitoyables Heaving Earth & Prayer of Hatred. Fabien.