Altars of Fab' Death

Abhorrence : Evoking the Abomination

Formé par les frères Arroyo en 1999 à Sao Paulo, le groupe brésilien Abhorrence ne compte qu’un seul album à son actif, sorti en 2000 chez Evil Vengeance / Listenable, muni d’une terrible illustration de Petagno (Incantation, Ravager). D’une prod’ honnête, l’album se résume en 28 minutes de blasts apocalyptiques et de riffs ravageurs, d’une intensité considérable, qui ne faiblit pas un instant. Le trio manque en revanche d’identité restant une (bonne) copie conforme de Krisiun, jusque dans les vocaux de R.Arroyo, très proches de ceux d’Alex Camargo. Fabien.

> - Les commentaires -, Abhorrence — fabien @ 13:00

26 janvier 2000

Behemoth : Thelema 6

Behemoth  : Thelema 6

La fin des années 90 marque un tournant au sein du metal extrême. Sans aller jusqu’à parler de rupture, on peut employer le terme de rééquilibrage. La scène black metal, hypertrophiée par son succès et désorientée par la profusion des différents styles et écoles, semble paradoxalement avoir perdu le feu sacré alors qu’elle n’a jamais été aussi populaire. Le death metal, dans le même temps, semble sortir de son hibernation (en partie contrainte et forcée par son turbulent cousin). Et il n’est pas anodin de noter l’émergence de nouveaux groupes comme Angel Corpse ou Krisiun, qui marquent les esprits en associant un death metal très martial et direct et une aura haineuse et blasphématoire très profonde, jusque là raison d’être du black metal.

C’est à la lumière de cette mutation –insidieuse à l’époque- qu’il faut appréhender le parcours de Behemoth, né groupe de pur black metal. Depuis que les Polonais ont réussi à acquérir une technique digne de ce nom, et surtout à intégrer un frappeur de fûts de tout premier plan en la personne d’Inferno, ils semblent bien enclins à suivre cette voie qui s’ouvre vers le death metal. Le prometteur Satanica (1999), ne laisse plus vraiment place au doute, même si son caractère transitoire est indéniable. Nergal et ses acolytes joueront désormais du death metal. Et sans avoir la même résonance que les albums des deux groupes cités plus haut, Satanica fait assez parler de lui pour que le groupe ne passe plus inaperçu.

Behemoth passe la vitesse supérieure l’année suivante : son nouveau brûlot se nomme Thelema 6. Son artwork intrigue, puis devient bien vite connu de tous les metalheads amateurs de metal extrême, tant le bouche à oreille fonctionne. Car ce coup-ci, Behemoth laisse pantois les deathsters qui ne voyaient en Behemoth qu’un petit groupe de black opportuniste. C’est que Thelema 6 n’a pas à rougir de la comparaison avec un Conquerors Of Armageddon (Krisiun), pour ne citer qu’un seul disque référence de cette année là… Comment Behemoth s’y prend-il ? Il laisse de côté tous ses états d’âme artistiques qui rendaient parfois Satanica un peu disparate. Le fusil de guerre en bandoulière, Nergal écrit une dizaine de titres destructeurs, basés sur la vitesse d’exécution, l’agression, la haine et la noirceur.

La musique de Behemoth prend une tournure radicale qu’on ne lui connaissait pas. Semblant avoir complètement digéré sa mutation, le groupe épate par sa capacité à structurer sa créativité dans un cadre purement death metal. Non seulement les constructions sont soignées, révélant un équilibre remarquable entre l’agression directe et les enchaînements travaillés qui cassent toute linéarité. Et comme l’exécution est bluffante en terme de précision et de placement, le résultat est franchement décapant d’efficacité. Le soutien du mitraillage dévastateur d’Inferno donne l’ossature nécessaire à l’épanouissement des riffs de Nergal, qui confirme un talent rare. Sa capacité à retranscrire des ambiances très dures, guerrières, mais jamais dénuées d’une touche épique et de noirceur froide, donne une coloration typique au disque. La patte Behemoth prend indiscutablement forme, même avec une production un peu rêche qui manque un peu de profondeur.

D’autre part, le groupe a gardé quelques touches de son savoir-faire passé : il sait ainsi délivrer quelques touches discrètes qui ça et là donnent une forme d’esthétisme à la musique : le lyrisme d’un soli, ou un break élégant qui viennent « finir » un travail de sape dévastateur (la fin superbe de The Act Of Rebellion par exemple).

Mais on doit remarquer une autre singularité qui distingue Behemoth de beaucoup de concurrents : sa capacité à pondre des hymnes imparables. Le riff qui tue, l’accélération qui foudroie, la mélodie surpuissante qui s’inscrit immédiatement et pour toujours dans les tronches. Et Thelema 6 en est empli, de ces « hits » amenés à devenir cultes : le volcanique Christians to The Lions et son riff démoniaque à la Krisiun qui rend fou, le formidable Inflamed With Rage, et ses breaks/accélérations absolument grisants, sans parler du monstre qui fait figure d’introduction au disque : le légendaire Antichristian Phenomemon, son thème entêtant repris et martelé avec une maestria qui file la chair de poule. La recette est vieille comme le heavy metal, mais là encore elle fait mouche. En accouchant de ses titres intemporels, puis en les resservant avec une puissance de feu incommensurable en concert lors de ses tournées intensives, le groupe commence également à construire sa légende en marquant les esprits de son public.

Thelema 6 est sans doute considéré comme le vrai départ de la carrière death metal de Behemoth, du moins celui d’une reconnaissance indéniable de la scène death. C’est à grands coups de blasts supersoniques, de riffs inspirés et classieux, de soli discrets mais opportuns, de growls froids et implacables, de constructions soignées et percutantes, que Behemoth construit son mythe. L’univers musical, qui en impose par son côté froid et monumental, en est un des éléments, mais Nergal ne néglige rien, de l’artwork à l’imagerie, des paroles provocantes mais travaillées, jusqu’à la mise en place scénique…rien n’est laissé au hasard. La machine de guerre Behemothienne est lancée, et Thelema 6 reste encore à ce jour l’une de ses ogives les plus meurtières.

Eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt).

Thelema 6 est un album marquant dans la carrière de Behemoth. Le virage deathmetal déjà amorcé sur le bon Satanica se confirme pleinement, mais surtout, le groupe maîtrise désormais ce côté puissant, monumental & épique, qui lui confère sa pleine identité, et enterre définitivement sa première époque blackmetal puérile et approximative. La puissance métronomique de son batteur Inferno est effectivement remarquable, offrant une assise rythmique en béton armé et un surcroît de puissance. Le concept esotérique & intelligent de Behemoth contribue parallèlement à sa force, lui permettant de se forger une véritable personnalité et de gagner ainsi en respect et crédibilité. Fabien.

> - Les guests -, Behemoth — fabien @ 17:14

25 janvier 2000

Dying Fetus : Destroy The Opposition

Deux ans se sont écoulés depuis l’excellent Killing On Adrenaline qui en disait long sur le potentiel destructeur du death / grind des brutes du Maryland et Dying Fetus a changé se statut. En effet les efforts métalliques déployés sur les précédentes productions ont tapé dans l’œil des responsables de Relapse Records et après l’intermède Grotesque Impalment (mini CD) c’est sous ce label spécialisé dans les combos brutaux (Nasum, Cephalic Carnage,…) que Dying Fetus sort en 2000 Destroy The Opposition.

On remarquera rien qu’à la pochette que le quartette a toujours une dent contre le système et leur gouvernement, l’intérieur du CD est encore plus parlant avec un oncle Sam des dollars à la place des yeux qui dit « I WANT YOU to stop thinking and start killing. », on peut difficilement faire plus explicite.

Côté musique, là non plus la tendance n’est pas vraiment à l’apaisement et quand déboule Praise The Lord (Opium for the masses) la similitude avec leur album précédent est évidente. On retrouve ici tout ce qui a fait la réussite de Killing On Adrenaline, c’est à dire riffs incisifs, blasts à gogos, légères influences hardcore et toujours quelques notes dissonantes qui sont désormais la marque de fabrique de Dying Fetus. D’ailleurs une fois de plus John Gallagher (Non il n’a jamais joué dans Oasis.) se taille une fois de plus la part du lion avec les 5 premières chansons à son crédit (sur 8 au total). Heureusement les trois derniers titres sont également au niveau et Justifiable Homicide, composée par Jason Netherton clôt l’album de façon assez magistrale.

Il est important de préciser que cette galette est loin d’être une redite de Killing On Adrenaline, les américains ont ici canalisé au mieux leur furie sans en abandonner l’énergie mais en structurant les compos d’une façon un poil moins rentre-dedans mais plus carré et aussi efficace, la chanson titre Destroy The Opposition étant le meilleur exemple pour illustrer mes propos. Une autre différence est la production. Dying Fetus a pourtant choisi le confort d’un enregistrement près de chez eux au Studio Rockville (Maryland) ce qui peut parfois s’avérer une erreur, mais force est de constater qu’ils ont eu raison sur ce coup là : le son est plus clair, plus précis et met en valeur la rapidité d’exécution des riffs et le jeu bien technique du batteur technique du batteur Kevin Talley.

Une réussite sur toute la ligne pour Dying Fetus et du coup il n’est pas évident de conseiller des titres plutôt que d’autres, malgré tout ne passez pas à côté de Destroy The Opposition, Pissing In The Mainstream (explicite là aussi !), ou Praise The Lord.

Sachez aussi que Dying Fetus est un redoutable groupes de scène et pour les avoir vu en 2004 (avec d’ailleurs une set-list orientée au maximum sur cet album) au Fury-Fest, peu de groupes arrivent à dégager autant d’énergie sur scène. Vous savez ce qui vous reste à faire si ils passent près de chez vous.

BG (www.spirit-of-metal.com)

Destroy The Opposition constitue une entrée réussie au sein du label Relapse, et confirme sans problème la qualité du death grind de Killing On Adrenaline, saupoudré de ces pointes hardcores délicieuses. Sans sortir véritablement d’albums cultes, le groupe de Gallagher devient pourtant une référence inévitable du style au fil de ses réalisations. Fabien.

> - Les guests -, Dying Fetus — fabien @ 1:15

23 janvier 2000

Nile : Black Seeds of Vengeance

Nile marque au fer rouge l?excellence death métallique de ce cru 2000 avec Black Seeds of  Vengeance. Si la place importante des interludes orientaux m’avait rebuté aux premières écoutes, ils m’ont largement emporté par la suite, complétant, singularisant et enrichissant impeccablement le brutaldeath de la formation.

Que dire également du jeu de Pete Hammoura, impressionnant par sa rapidité d’exception et sa complexité, offrant un terrain idéal aux croisements riffesques de Sanders & Tolder Wade. Enfin, l’entremêlement des vocaux des différents membres du groupe est une nouvelle fois renversant.

Black Seeds of Vengeance est une grande réalisation, hissant Nile parmi les plus grands, et laissant d’ores et déjà présager l’imparable In Their Darkened Shrines qui lui succédera deux années plus tard. Essentiel !

Fabien.

> - Les commentaires -, Nile — fabien @ 11:50

13 janvier 2000

Old Man’s Child : Revelation 666

Enfin ! C’est un peu ce que l’ont a envie de dire de ce quatrième album de Old Man’s Child, enfin un album abouti et sans défaut. En effet après un Born Of The Flickering original et de qualité, la bande à Galder avait pondu deux réalisations honnêtes mais pas transcendantes. Il en va différemment de ce Revelation 666, où les norvégiens touchent du doigt la quintessence de leur style.

Visuellement la pochette est à fois très sophistiquée et provocatrice : une sorte de Christ féminin attaché à la croix donnant un aspect vraiment étrange au disque, tout aussi étrange d’ailleurs que le premier titre Phantoms Of Mortem Tales rappelant par moment le Horror Metal de Gloomy Grim (chose qui reviendra sur le dernier titre) sur des rythmes Heavy, mélodiques et très prenant avec aussi quelques plans Electro rajoutant encore à l’étrangeté du morceau. Une chose est sûre, le son est absolument énorme, alliant à merveille puissance, équilibre et clarté, Peter Tägtgren a fait un travail énorme dans son Abyss Studio, il faut dire qu’avec des albums aussi différents que Enthroned Darkness Triumphant (Dimmu Borgir) et Heaven Shall Burn… (Marduk) en référence, l’homme sait faire sonner les groupes de Black Metal.

Ce premier titre (excellent d’ailleurs) est un peu trompeur quand à la suite de l’album, qui donne dans un Black dynamique et empreint de mélodie, du Black symphonique quoi. Seulement là où Dimmu Borgir semble avoir tout donné et atteint ses limites sur Spiritual Black Dimensions, Old Man’s Child nous pond des plans transcendants et des riffs diaboliques d’efficacité comme s’il en pleuvait avec une facilité déconcertante, et si Hominis Nocturna fait la part belle aux atmosphères, ce n’est pas pour autant que la clavier arrive avec ses gros sabots couvrant le reste pour se faire une place, équilibré vous dis-je ! De plus le jeu de batterie pas fainéant de Tjodalv apporte une dynamique certaine. Une intro typée Bal Sagoth ouvre In Black Endless Void ou le travail des guitares de Galder est plus en valeur avec des riffs alambiqués et presque Thrash dont s’inspireront sans aucun doute Keep Of Kalessin dans Agnen et Armada.

Si Old Man’s Child à influencé d’autres formations norvégiennes par son travail, eux aussi ont leurs références et un titre comme Unholy Vivid Innocence ne laisse pas de place au doute : Jardar et les autres ont écouté Dimmu Borgir, mais avec Revelation 666 ils ont supplanté leurs compatriotes sur leur propre terrain : quelques détails qui changent, un chant féminin bienvenu de Marielle Anderson, un ou deux riffs plus percutants en fin de titre et abrakadavrah (marque déposée Defleshed), une simple chanson Dimmuborgèsque sonne comme une petite merveille. Galder se plait ainsi à manier atmosphères et efficacité avec une inspiration sans borne comme sur le magnifique World Expiration à la fois agressif et prenant de part ses ambiances. On trouvera même en Obscure Divine Manifestation un titre plus basique aux guitares presque Death par moment, une coupure intelligente au milieu de toutes ses notes.

Old Man’s Child sort ici une œuvre majeure du Black Metal dit symphonique, et des titres à la fois ravageurs et prenants ont laissé des traces, au point d’ailleurs que Galder rejoindra Dimmu Borgir pour enregistrer Puritanical Euphoric Misanthropia et relançera brillamment ce groupe qui semblait à bout de souffle grâce à son talent de compositeur. Vous aimez le Black sophistiqué et puissant ? Vous ne possédez pas encore Revelation 666 ? C’est une erreur de parcours, il faut remédier à ça.

BG (www.spirit-of-metal.com).

Le meilleur album d’Old Man’s Child pour ma part, incontestablement. Fort d’un line up enfin complet, Galder signe en effet un album black sympho parfaitement abouti, transcendant Pagan Prosperity & Ill-Natural, magnifié par la production de Tägtgren, qui sied à merveille dans ce style sombre & sophistiqué. Les touches electro discrètes de Mortem Tales sont absolument jouissives, préparant le terrain pour des Vivid Innocence ou Silence Embrace aussi poignants, sombres, qu’équilibrés. Revelation 666 est une véritable pièce du black sympho norvégien à mes yeux, aux côtés des invincibles Nexus Polaris, Enthrone Darkness, Anthems to the Welkin ou Moon in Scorpio. Fabien.

> - Les guests -, Old Man's Child — fabien @ 11:34

12 janvier 2000