Altars of Fab’ Death

Carcass : Necroticism - Descanting The Insalubrious

Necroticism - Descanting The InsalubriousPeu après la sortie du terrible Symphonies of Sickness, bouleversant la scène death grind par son extrême brutalité, et parfaitement canalisée par la production de Colin Richardson, Bill Steer & Jeff Walker contactent de nouveau Michael Amott, pour son intégration dans les rang de Carcass. Cette fois, le jeune guitariste accepte la proposition de ses deux amis, jugeant l’affaire beaucoup plus sérieuse qu’à l’époque de Reek of Putrefaction. Il met alors fin à son groupe Carnage en janvier 1990, juste après les sessions d’enregistrement de Dark Recollections, quittant sa Suède natale pour l’Angleterre en avril de la même année, et laissant le soin à Fred Etsby, Matti Karki et David Blomqvist de ressusciter Dismember, leur premier projet.

Désormais fort de deux guitaristes talentueux et complémentaires, Carcass s’attaque alors aux compositions de son troisième effort, puis rejoint Colin Richardson aux mythiques Slaughterhouse Studios l’année suivante. Necroticism sort ainsi en fin d’année 1991 chez Earache, commercialisant dans les mêmes temps Clandestine d’Entombed, et Forest Of Equilibrium de Cathedral, le nouveau groupe doom de Lee Dorrian, l’ancien acolyte de Bill chez Napalm Death.

Conservant son langage nécrologique et médicinal, Carcass aère en revanche son grind-gore originel, délaissant ses passages brutaux & tapageurs au profit d’un death métal à la musicalité considérablement accrue, gagnant alors au passage de nouveaux adeptes, effrayés par ses deux premières réalisations. En effet, à l’exception du dernier titre Forensic Clinicism, aux relents Symphonies encore marqués, Necroticism se veut plus abordable, magnifié par les batailles de soli mélodieux de Bill & Michael, l’un des points forts de l’album. Le groupe conserve également la dualité des ses vocaux, bien que les éructations hémoglobineuses de Bill soient plus discrètes, laissant plus de marge aux chant éraillé de Jeff.

En outre, depuis les subtiles touches acoustiques de Pedigree Butchery, jusqu’aux soli délectables de Solvent Abuse & Lavaging Expectorate, en passant par les rythmes mémorables et entraînants de Ken Owen sur Jigsore Quandary, Necroticism regorge de finesse, exécuté par des musiciens débordant d’imagination pour varier au maximum leur stlyle brutal, et le rendre particulièrement exquis. Colin Richardson donne enfin le meilleur de lui-même, dotant l’ensemble d’une profondeur, d’une clarté et d’une puissance formidables.

D’une qualité équivalente à son incroyable prédécesseur, Necroticism s’écoute en revanche différemment, mais avec un plaisir brillamment renouvelé, montrant tout le talent et le savoir faire du quatuor britannique. Ainsi, tout en conservant son identité intacte, au soulagement des fans de la première heure, Carcass réussi royalement sa reconversion en cette année 1991, aux côté de Death, Pestilence ou Atheist, comprenant l’évolution nécessaire de son style death grind, pour maintenir son excellence et tout son intérêt. Ultime !

Fabien.

> - Les chroniques -, Carcass — admin @ 1:01 am

February 29, 2008

Obituary : The End Complete

The End CompleteRetour en 1991. Obituary perd malheureusement les services du compétent James Murphy, parti chez Cancer pour l’enregistrement de Death Shall Rise, mais récupère Allan West, guitariste sur le terrible Slowly We Rot. Puis, avant de s’embarquer pour une longue tournée européenne aux côtés de Napalm Death et Dismember, le groupe retourne aux Morrisound Studios pour les sessions de son troisième effort. L’album sortant en avril 1992 se nomme The End Complete, suscitant immédiatement les interrogations des fans et de la presse, qui interprètent son titre comme le testament du groupe. Rumeur heureusement vite démentie.

A l’image de son illustration d’Andreas Marshall dévoilant un paysage sombre et désertique, The End Complete délaisse le côté lourd et épais de Cause of Death, se basant sur une structure nettement plus dépouillée. Sur les rythmiques simples de Donald Tardy, Trevor Peres et Allan West balancent des riffs directs, soutenant la voix de John Tardy, moins effrayante que par le passé, mais plus compréhensible et toujours aussi agressive. Avec des titres comme Back To One ou Rotten Ways, Obituary remplit honnêtement son contrat, distillant un death metal certes sans surprise, mais néanmoins accrocheur.

Mais au-delà de son côté catchy, The End Complete montre cruellement les limites techniques d’Obituary, désormais dépassé par la brutalité et la complexité du death metal d’Immolation ou de Suffocation, sur les redoutables Dawn Of Possession et Effigy Of The Forgotten. De plus, loin du talent et de la richesse musicale d’Atheist sur Unquestionable Presence, Obituary joue finalement peu de notes, ressassant 20 fois la même idée, à l’image du riff de fin du titre éponyme The End Complete, qui paraît interminable.

Grâce au soutien du label Roadrunner, mais sortant également à l’apogée du premier cycle du death metal, The End Complete connaît un succès retentissant, s’inscrivant comme la meilleure vente du genre à ce jour. La force d’Obituary réside sans conteste dans ses compositions agressives et percutantes, qui prennent ainsi toute leur ampleur en concert, dégageant une puissance imparable. Mais parallèlement, nombre de métalleux délaissent définitivement Obituary, lassés par son manque de technique et son incapacité à évoluer, à l’opposé de formations comme Death, Pestilence ou Carcass, qui réinventent dans cette période les codes même du death metal, avec les intemporels Human, Testimony et Necroticism.

Fabien.

> - Les chroniques -, Obituary — admin @ 12:01 am

Obituary : Cause of Death

Cause of DeathSans être sorti de Floride pour promouvoir l’incroyable Slowly We Rot, Obituary retourne aux Morrisound Studios en mars 1990, en compagnie du nouveau bassiste Franck Watkins, pour les sessions de Cause of Death, son second album. Le groupe n’évolue alors qu’en quatuor, suite au départ d’Allen West, privilégiant momentanément sa situation familiale. Ainsi, lorsque Scott Burns leur présente James Murphy, venant de quitter Death faute au caractère insupportable de Chuck Schuldiner durant la tournée nord américaine, sa proposition est une véritable aubaine pour la formation, récupérant un second guitariste et soliste de choix, en renfort de Trevor Peres qui, faut-il l’avouer, ne brille pas par la qualité de ses soli.

Cause of Death sort ainsi en septembre 1990, affrontant la concurrence sévère des missiles de Nocturnus, Deicide & Entombed (The Key, Deicide & Left Hand), ou encore de Napalm Death, ce dernier s’étant dangereusement rapproché de la scène death métal, avec son terrible Harmony Corruption. Heureusement, Obituary bénéficie du soutien inconditionnel de Roadrunner, qui lui dégote notamment une superbe pochette de Michael Whelan, parmi les illustrations les plus réussies du death métal.

Mais malgré les importants moyens mis à sa disposition, Cause of Death reçoit un accueil mitigé de la part de certains fans et de la presse spécialisée, condamnant le manque d’évolution d’Obituary. Les nouvelles compositions de Trevor Peres & Donald Tardy sont en effet plus abouties, délivrant un death métal plus structuré, sur une production de Scott Burns plus épaisse, mais manquent toutefois cruellement de technique, paraissant parfois même un brin poussives.

En revanche, le son caractéristique d’Obituary et le guttural incroyable de John Tardy apportent une coloration et une personnalité remarquables à l’album, qui dégage alors des atmosphères d’une lourdeur considérable, à l’image des imposants Infected & Body Bag, ou encore des redoutables Dying & Memories Remain. James Murphy signe parallèlement des soli brillamment exécutés, apportant un relief notoire aux morceaux, même si son jeu reste quelque peu surfait, en regard des rythmiques basiques de Donald, Franck et Trevor.

Bien que son manque de technique déçoive dès sa sortie les death métalleux les plus exigeants, blâmant déjà l’immobilisme du groupe, Cause of Death possède en revanche la patte d’Obituary directement identifiable, et colle parfaitement au death lourd & sombre de son époque. Ses rythmiques massives prennent également leur véritable dimension en concert, permettant au groupe floridien d’asseoir définitivement sa popularité lors de sa tournée européenne de 1990, ne défendant pas moins de deux albums sur scène.

Fabien.

> - Les chroniques -, Obituary — admin @ 1:01 am

February 28, 2008

Death : Spiritual Healing

Spiritual HealingL’association entre Rick Rozz et Chuck Schuldiner n’a été que de courte durée, faute au caractère entier des deux personnages. Viré de Death, Rozz rejoint ainsi Kam Lee, pour redonner vie à Massacre, tandis que James Murphy le remplace au pied levé, participant alors à l’écriture de quelques morceaux avec Terry Butler, bien que l’immense majorité des compositions revienne encore à Chuck, le leader incontesté. Fin prêt, le quatuor retourne aux Morrisound Studios fin 1989, pour les sessions de Spiritual Healing, en compagnie de Scott Burns, devenu désormais incontournable depuis ses enregistrements d’Obituary, Sepultura et Terrorizer.

Alors que les ténors du death métal au début des nineties comme Deicide ou Entombed n’ont pas encore sorti leur premier album, Death aligne déjà son troisième effort, commercialisé en mars 1990 pour le compte de la célèbre écurie Combat. Mais, l’avance continuelle du groupe floridien ne s’arrête pas là, puisqu’à l’inverse des groupes nageant encore dans une imagerie morbide, gore ou sataniste, Death aborde déjà divers sujets de société, comme la drogue, l’avortement ou le télé évangélisme états-unien, commandant dès lors une pochette plus sobre au grand Edouard Repka, qui conserve impeccablement une douce cruauté dans sa nouvelle illustration.

Côté musique, Death marque également le pas, adoucissant nettement son style, subissant alors la critique de quelques confrères intolérants, taxant le groupe d’un certain opportunisme. Spiritual Healing garde en effet une approche death métal caractérisque, mais élimine en contrepartie les passages tapageurs, délivrant des morceaux plus aérés, sur un rythme résolument middle tempo, permettant la mise en place de duel de guitares mémorables entre Schuldiner et Murphy, l’une des grande réussite de l’album. En outre, maintenant un chant guttural, Chuck module incroyablement sa voix, désormais beaucoup plus compréhensible et abordable.

Les huit titres de Spiritual Healing dégagent ainsi un équilibre et une atmosphère magnifique, transcendés par l’excellence de ses interprètes. Le couple basse batterie de Butler & Andrews est parfaitement calé, supportant les jeux de guitares fluides de Schuldiner et Murphy, qui rivalisent alors d’ingéniosité pour apporter une couleur, un relief et une épaisseur exceptionnelles à l’ensemble. Ainsi, les classiques s’enchainent, à l’image de Living Monstrosity et ses riffs entrainants, Killing Spree et ses soli hallucinants, Spiritual Healing et son break somptueux, ou encore Within The Mind et son final époustouflant.

Conservant l’agressivité et le son caractéristiques de Death, Spiritual Healing offre en revanche un death limpide et plus posé, d’une musicalité et d’une sobriété remarquables, divinement mis en valeur par la production soignée du grand Scott Burns. En ce début d’année 1990, le groupe floridien survole une fois encore la scène death métal, grâce à son inspiration et sa technique lui permettant de se renouveler sans aucun problème, maintenant immuablement cette longueur d’avance sur ses concurrents, et confirmant dès lors sa suprématie parmi les leaders incontestés du style. Du grand art !

Fabien.

> - Les chroniques -, Death — admin @ 1:01 am

February 27, 2008

Death : Leprosy

LeprosyPeu après l’enregistrement de Scream Bloody Gore en Californie, Chuck Schuldiner prend de mal du pays, désireux de regagner sa Floride natale. Avant de partir, il propose le voyage à Chris Reifert qui, préférant rester sur ses terres, fonde dans la foulée Autopsy aux côtés d’Eric Cutler. De retour à Tampa, Chuck débauche la quasi intégralité des membres de Massacre, Rick Rozz, Bill Andrews & Terry Butler, laissant alors Kam Lee et son groupe sur la touche, pendant près de trois années.

Rompant avec son habitude de composer seul, le jeune leader signe alors cinq nouveaux titres avec Rick, ainsi que deux en solitaire, tandis que son acolyte apporte un tout dernier morceau. Fin prêt, le quatuor rejoint les Morrisound Studios en été 1988, sous la houlette de Dan Johnson, assisté du jeune Scott Burns, pour les sessions de son second album. Leprosy sort ainsi en novembre de la même année (en même temps que Blood Fire Death de Bathory), brillamment illustré par le maître Ed Repka, qui signe l’un de ses travaux les plus remarquables. En outre, le disque est impeccablement couvert par Combat Records, dont le passage sous la coupe de Relativity permet une distribution mondiale, notamment en Europe grâce au renouvellement précieux de l’association avec Under One Flag.

Les moyens mis en oeuvre valent largement la chandelle, Leprosy surpasse en effet son aîné en terme de puissance et de maturité, affichant des titres désormais plus longs et plus travaillés. L’album subjugue dès son premier titre, l’intemporel Leprosy, servi par les rythmiques de Bill, d’une lourdeur encore inédite, et par les lignes de basse fouillées de Chuck (en lieu et place de Terry), servant de véritable moteur à des rafales de riffs imparables. Le guttural effroyable de Chuck, encore plus imposant qu’auparavant, ainsi que les duels de soli entre Chuck et Rizz, aux jeux très différents, épaississent alors considérablement les compositions, décuplant littéralement leur puissance.

Ainsi, depuis les riffs redoutables de Pull the Plug & Choke On It, jusqu’aux tempos percutants de Born Dead & Forgotten Past, en passant par les soli somptueux de Left to Die et les rythmiques écrasantes d’Open Casket, Leprosy impressionne autant par sa brutalité pure et son côté gore, que par sa finesse et son étonnante variété. La production de Dan Johnson enfonce alors le clou, offrant une profondeur et une clarté incroyables pour l’époque. Rien ne vient décidément tenir ce joyau, exception faite de Primitive Ways, la seule composition 100% Rozz, certes quelques peu en retrait.

Plus mature et plus massif que son prédécesseur, culte à en mourir, Leprosy rencontre un succès retentissant, apportant au death métal toutes ses lettres de noblesse. Il confirme ainsi la force et l’avenir de ce style désormais incontournable, offrant une véritable alternative au thrash Bay Area maintes fois rabâché à cette époque. Grâce aux étonnants moyens déployés par son label, bénéficiant alors d’interview et de chroniques sur les grands magazines métal du moment, ainsi que d’une insertion remarquée sur la terrible compilation Speed Kills Vol.IV d’Under One Flag, aux côtés d’Exodus, Nuclear Assault, Possessed, Forbidden, Dark Angel ou Bathory, Death connaît dès lors une consécration planétaire, parfaitement justifiée.

Fabien.

> - Les chroniques -, Death — admin @ 1:01 am

February 26, 2008

Death : Scream Bloody Gore

Scream Bloody GoreMantas démarre en Floride en 1983, autour de Kam Lee et Rick Rozz, rapidement rejoints par Chuck Schuldiner. Subissant l’influence de Mötörhead et Venom dans ses premières années, le groupe change véritablement son approche fin 1984, lorsque Chuck débarque avec la démo de Possessed sobrement intitulée Death Metal. Séduit par la lourdeur et la brutalité inédite du combo californien, le trio change son patronyme en Death, bien décidé à jouer ce style à l’appellation sans équivoque.

Mais, faute au leadership de Chuck sans cesse croissant, Kam & Rick quittent le groupe, se consacrant peu de temps après à Massacre, le rival de Death. Chuck voyage alors entre la Floride, la Californie et le Canada, à la recherche des bons musiciens, s’associant tour à tour avec Eric Brecht (ex-DRI), Matt Olivo et Scott Carlson (Repulsion), ou encore avec les membres de Slaughter, impressionnant le jeune leader avec le thrash rapide et intraitable de leur démo Surrender Or Die.

Chuck trouve enfin son âme soeur en 1986, s’associant en Californie avec le batteur Chris Reifert. Le duo enregistre en mars la redoutable démo Mutilation, qui lui vaut enfin la signature du contrat tant recherché, avec le jeune label Combat, à l’origine de la sortie du culte Seven Churches de Possessed. Rapidement, Le duo s’embarque en Floride pour les sessions de son premier album, mais devant le désastre accompli, retourne finalement en Californie en novembre 1986, pour de nouvelles sessions aux Music Grinder Studios, sous la houlette du fameux Randy Burns (Possessed). Scream Bloody Gore est enfin né, prêt à répandre son death métal en mai de l’année suivante.

Impeccablement mis en valeur par la pochette d’Edouard Repka (Megadeth), Death délivre un death gore sans compromis, marquant cette fois une césure nette avec le thrash métal, scène avec laquelle Possessed ne s’est jamais pleinement affranchi. Sur les rythmiques lourdes et tapageuses de Reifert, les riffs de Chuck sont simples, mais suffisamment techniques pour rendre la galette parfaitement crédible. Ses vocaux sont en outre d’un guttural effrayant, lâchant des paroles ouvertement gores, en opposition totale avec les propos sataniques de Venom, Slayer ou Possessed.

Si certains titres de Scream Bloody Gore restent basiques, à l’image d’Infernal Death, d’autres sont en revanche plus recherchés, à l’instar de l’intemporel Zombie Ritual ou des incisifs Sacrificial et Baptized In Blood, montrant déjà tout le potentiel de son jeune compositeur, et sa capacité à effectuer des soli aussi tranchants que personnels. Enfin, la production de Randy Burns complète brillamment le tableau, apportant une puissance toute particulière aux guitares, et mixant l’ensemble avec beaucoup de clarté.

Alors que Seven Churches impressionne en octobre 1985, posant les bases du death métal, Scream Bloody Gore enfonce littéralement le clou un an et demi plus tard, alourdissement considérablement le style, et le transformant en une machine gore effroyable, servie par le guttural terrifiant de Schuldiner. Grâce au contrat de Combat Records, l’album s’impose en véritable détonateur de cette scène extrême, répandant son death gore aux quatre coins de la planète, et suscitant dès lors un nombre de vocations désormais incalculable.

Fabien.

> - Les chroniques -, Death — admin @ 1:01 am

February 25, 2008

Morgoth : Odium

Odium n’est pas forcément l’album emblématique de la carrière des Allemands de Morgoth. En fait, il constitue plutôt le point final de sa courte présence dans le gotha du Death Metal européen au début des années 90. La faute sans doute à un style trop en décalage avec l’évolution que connaissait le Death Metal, à cette époque où la recherche de vitesse et de brutalité était de mise.

A l’image de ce que nous a offert Morgoth pendant sa courte carrière, Odium est carré, consistant, empreint d’une personnalité marquée et d’une atmosphère singulière. Le tout non denué d’une certaine prise de risque artistique, qui n’a pas toujours fait l’unanimité d’ailleurs.

Ce fameux death metal old school, façon germanique, voilà la marque de fabrique dont on affuble souvent Morgoth. Odium en a certaines caractéristiques, dont celle de ne jamais s’envoler dans des blastbeats supersoniques. En fait, en bon disciple d’Obituary, Morgoth est l’antithèse du Death brutal et technique, auquel on peut parfois reprocher l’absence d’émotion. Glauque, sulfureuse, infernale…une certaine évocation de fin du monde, voilà l’essence même d’Odium, dont la musique privilégie des rythmiques puissantes, mid-tempo, aux mélodies angoissantes. Les vocaux sont plutôt écorchés, évoquent la colère et le désespoir. Le son des guitares est plutôt agréable bien qu’assez atypique, offrant un grain consistant et adapté à l’ambiance générale de la musique, à la fois chaud et rêche. Quant à la batterie, elle assène ses coups avec régularité et virulence, donnant un corps très martial à l’ensemble.

Cependant, Odium n’est pas que cela, les Allemands ayant toujours prouvé dans leur discographie qu’ils n’hésitaient pas à prendre des risques et explorer des voies musicales très personnelles. C’est donc avec surprise qu’on découvre l’utilisation de samples, au demeurant très discrets, qui teintent le death de Morgoth d’une touche industrielle qui d’une manière générale se dégage assez régulièrement des compos, ce qui sied parfaitement à la forte atmosphère du disque.

Il est finalement difficile de ressortir quelques morceaux de l’album, car il est avant tout très homogène et compact dans l’enchaînement des titres, entre tempos lents sur fonds de riffs épurés et morbides et accélérations mid-tempo avec des structures plus hachées et agressives, sur fond d’atmosphère très, très lourde. De là à y trouver un aspect monolithique, le pas est vite franchi. Ce serait minimiser l’impact et la personnalité forte qui se dégage de titres comme War Inside, Under The Surface? ou ?The Art Of Sinking…  en fait, aucun morceau ne révèle de faiblesse… ce qui explique qu’au-delà de cette (fausse) première impression compacte et monotone, je ne me suis jamais ennuyé à l’écoute d’Odium, que je trouve très immersif. Et ce long voyage dans cet univers apocalyptique, s’achève sur un morceau instrumental au doux nom d’Odium, lente descente aux enfers assez jubilatoire.

En conclusion Odium est pour moi un disque qui n’a pas eu la reconnaissance qu’il mérite. Evolution moderne d’un style alors en désuétude, il n’est pas de son temps. Pourtant, à la lumière d’aujourd’hui, il ressort étonnement moderne, sortant des sentiers battus et des schémas éculés. A découvrir ou redécouvrir donc.

Eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt).

Je compte parmi les métalleux n’ayant pas apprécié Odium à sa juste valeur en 1993. Ses accents modernes pour l’époque, son rythme middle tempo et sa structure monolithique me lassaient le goût amer d’une galette linéaire et ennuyeuse. Pourtant, au-delà de mes ressentis d’adolescent, purement subjectifs, j’ai toujours été inconsciemment convaincu de la qualité intrinsèque d’Odium. Fabien.

> - Les guests -, Morgoth — fabien @ 2:30 pm

February 24, 2008

Behexen : My Soul For His Glory

La scène Black Metal Finlandaise est pour moi la meilleure actuelle, ne serait ce que par cette trilogie ultime: Horna, Sargeist, Behexen, chaque membre, notamment le remarquable Shatraug, copulant sans distinction dans ces trois entités. Behexen, à travers ses deux premiers albums, et particulièrement Rituale Satanum sorti en 2000, a fait preuve de sa capacité à nous vomir un Black haineux, brutal, pas toujours fin mais non dénué d’identité, en tout cas bien accrocheur.

Après un mémorable split avec Horna en 2005, on n’entend plus parler de Behexen, les membres s’éparpillant dans des projets annexes comme il est de coutume. Mais comme les meilleurs reviennent toujours, Behexen fait son come back en 2008 avec ce My Soul For His Glory, notablement transformé. Behexen a affiné sa musique, l’a diversifiée, élargissant sa palette Black Metal, sans en perdre sa sève destructrice, ce côté authentique.

On a affaire sur cet opus à des morceaux aux structures et influences indéniablement plus variées. J’en veux pour preuve ce vieux riff Thrash au groove plaisant sur le titre d’ouverture. Ou bien ces superbes trémolos sur Demonic Fleshtemple, avec cette intensité, cette conviction que bien peu de groupes sont à même de reproduire. On note aussi ces variations bien amenées accompagnés de sonorités guitaristiques bien trouvées sur Cathedral Of The Ultimate Void.

Behexen ne rechigne même pas à quelques petites parties atmosphériques, à la fin de Born In The Serpent In The Abyss, après un début de titre quasi Death, ou bien sur O.O.O., titre lent et monolithique sans batterie accompagné d’une voix lointaine. La voix d’ailleurs est une force de ce nouvel album, comprenant des variations allant du quasi grunt au criard strident classique au BM, et même au chant mystique, martial et clair sur le titre éponyme, un peu comme sur certains morceaux de Kampfar.

On a aussi droit à quelques parties de Black mélodique à la suédoise sur le très direct “And The Believers Shall Be Damned”. On finit avec le mid tempo gorgé de feeling “And The Stigmas Bleed Black” en belle conclusion d’un album bien trop court. Et même avec toutes ces influences, My Soul For His Glory est d’une redoutable cohérence. Ca passe d’une traite et ca fait énormément de bien. Le tout est servie par une prod’ audible à défaut d’être puissante, n’en déplaise aux “puristes purs” amateurs d’approximations, bien loin du son baveux de By The Blessing Of Satan déservant quelque peu le travail guitaristique.

Eclectisme, talent, conviction, et à défaut d’une originalité de toute facon caduque dans ce style si étroit, une patte évidente. Voilà les maîtres mots de ce cru 2008 de Behexen. Déjà, un très gros album de vrai et bon Black Metal pour 2008. La concurrence va devoir se bouger, la barre est haute.

Sargeist (www.spirit-of-metal.com).

A l’heure ou la scène black semble saturée et stéréotypée, quelques albums survolent inexorablement la masse, tel My Soul For His Glory, à la fois intense, prenant, sombre et profond. Behexen varie admirablement ses titres et maîtrise impeccablement ses atmosphères, pour restituer au final un album d’une richesse et d’une fluidité exemplaires, avec une authenticité & une sobriété plus que remarquables, loin du caricatural environnant. Une très bonne surprise me concernant. Fabien.

> - Les guests -, Behexen — fabien @ 10:52 pm

February 23, 2008

Morgoth : Cursed

Après deux EP remarqués, Morgoth, groupe allemand de Death Metal, sort en 1991 chez Century Media, son premier véritable album, Cursed, en plein boom du style. La localisation du groupe pour le style pratiqué ainsi que celle de la maison de disques a dû jouer en faveur de cette collaboration, bien que Morgoth, par ses capacités évidentes, n’avait pas besoin de ce genre de détails.

Mais il est vrai qu’en 1991, entre l’assaut de toute la scène Death américaine et l’explosion de la scène scandinave, on pouvait se demander ou se placait un groupe allemand. La réponse est simple: entre les deux. Il est évident que les mecs de Morgoth sont des fans de Death, le groupe. Ca transpire dans leur musique. On appela même Morgoth le Death Européen. On remarque aussi une inspiration venu de la scène nordiste, par certaines sonorités guitaristiques et un côté moins produit.

Justement, la production. Enregistré à Los Angeles par le célèbre Randy Burns, Cursed est doté d’un son assez clair, mais manquant un peu de puissance, typique des productions d’époque. On ne pourra pas reprocher au groupe une profusion de pistes et d’effets en tout cas. C’est sobre et il n’y a rien besoin de plus.

Venons en aux membres du groupe. Le chanteur Marc Grewe est une sorte de croisement entre John Tardy (Obituary) et bien sûr Chuck Schuldiner (Death). Il éructe en tout cas avec un conviction notable. Côté guitares, rien à signaler de marquant, ils font leur office, distillant parfois même quelques soli peu techniques, mais attrayants et propres. Le côté rythmique est mis en valeur par une batterie omniprésente, avec une double caisse bien sonore. Bon point.

En ce qui concerne les compositions, le rythme n’est jamais vraiment super rapide. Morgoth affectionne les bons gros mid tempi roulants, alternés avec des passages lourds évoquant parfois le Doom. Le morceau Bodycount se détache nettement du lot, avec un rythme entrainant et un refrain simple et mémorisable. Hormis cette belle mise en bouche, le reste des titres forment un tout compact, cohérent, difficile d’y extraire quoi que ce soit. Ca s’écoute d’une traite. Mention tout de même à l’excellent Sold Baptism. Je trouve malgré tout l’introduction instrumentale et ambiante un peu longuette, ainsi que le titre de conclusion assez faible. On a tout de même là un savoir faire indéniable. Bien dans la tradition en tout cas, mais comment pouvait il en être autrement à cette époque.

Un bien bon album, quoi que pas forcément indispensable par rapport aux maîtres du style. Une oeuvre assez conventionnelle en somme, fidéle aux codes du style. Mais Morgoth nous prouvera par la suite qu’ils en ont sous le pied au niveau créatif, pour le plus grand dépit des “True Deatheux”…

Sargeist (www.spirit-of-metal.com)

Cursed reste moins marquant qu’Eternal Fall, et un brin trop propre et trop sage et à mon goût. Il demeure néanmoins un bon album du quinquet (Bodycount = culte), le montrant avec l’envie de progresser pour conserver sa flamme et assurer sa pérennité. Morgoth a néanmoins évolué un peu trop vite à mon sens. J’ai toujours trouvé qu’il manquait un chainon entre les deux MLP et ce Cursed aux accents bien différents, malgré la forte identité du groupe brillamment conservée. Fabien.

> - Les guests -, Morgoth — fabien @ 6:39 pm

Hate Eternal : Fury And Flames

Le voici, donc, ce nouveau rejeton d’une des terreurs de la scène brutal death moderne. La seule attente fiévreuse qu’a généré Fury & Flames prouve à elle seule la belle santé de cette scène. Et le line-up respectable qu’a réuni ce vieux loup d’Erik Rutan permettait en tout état de cause d’entrevoir de bien belles prouesses. Le verdict au bout d’une poignée d’écoutes est sans appel. C’est bel et bien la grosse baffe attendue…et même plus que cela.

Fidèle à ses habitudes, Hate Eternal prend le soin d’imposer un feu ininterrompu, dont les salves de batterie de l’épatant Jade Simonetto constituent le plus gros de l’artillerie. On connaissait bien sûr Alex Webster et sa capacité à nourrir la rythmique de sa basse avec une dextérité et une vigueur peu communes. On obtient ainsi un matraquage parfaitement maîtrisé, très équilibré entre blasts dévastateurs, changements de rythme pertinents et breaks bien sentis, ô combien salvateurs. Sur cette seule base, Fury & Flames pourrait déjà prétendre damner le pion à une bonne partie de la concurrence.

Mais la seule approche technique est profondément réductrice pour appréhender la richesse de ce disque. Malgré son déploiement intempestif d’artillerie lourde et d’agression sonore, la musique d’Hate Eternal atteint là une richesse émotionnelle étonnante, que pour ma part je discerne moins dans ses opus précédents. Pas d’angoisse à la lecture de cette phrase : il ne s’agit pas de mélancolie ou de je ne sais quel autre sentiment existentiel, mais de colère furieuse, de haine enragée, de noirceur oppressante.

Ce cataclysme de violence débute par un incroyable Hell Envenom, mitraillage de blasts, riffs monstrueux de puissance, avec le soupçon de lyrisme et de dissonance pour d’ores et déjà donner une magnifique esthétique à la déferlante métallique de Hate Eternal. Le feu sacré est désormais allumé, rien ne peut éteindre l’incendie. Il se propage un peu plus avec Whom Gods May Destroy, un poil plus complexe et technique, suivi de Para Bellum, remarquable de par ses breaks d’une lourdeur écrasante, venant temporiser avec subtilité le déchaînement furieux et continu des compères de Rutan. A noter également le magnifique solo, sublime d’émotion et de finesse, sur fond de double pédale déchaînée. Baissant un poil de rythme – entre des séries incroyables de blasts – Bringer Of Storms s’affiche également comme un titre plus fin qu’il n’y paraît, et le travail de composition est remarquable, mettant diablement en relief les qualités artistiques des différents musiciens (Webster, quel bassiste…).

Grandiloquente et monstrueusement malsaine, la marche funéraire qui suit est délicieusement éprouvante, voire jouissive à l’écoute des quelques soli qui s’invitent à la fin d’un morceau d’une noirceur incroyable. Plus chaloupé et groovy, Thus Salvation permet d’entrevoir un peu plus la remarquable production dont bénéficie Hate Eternal. Les tympans les plus fragiles pourront souffrir du parti pris de mettre très en avant la rythmique batterie/basse, qui tel un tir de barrage continu laboure le terrain très avant la cavalerie « légère »…

Des deux titres suivants, toujours dans la même veine musicale qui fait la raison d’être de l’album, on notera quelques riffs particulièrement judicieux, qui une fois encore donne un caractère très organique au death metal brutal de Hate Eternal, qui ne paraît jamais déshumanisé. Plutôt surhumain en fait, tant la démonstration de rage vomie ici semble sortir du fond des entrailles.

Et comment ne pas apprécier un petit morceau au titre français, qui certes ne dépareille pas avec le thème enjoué du disque, surtout quand ses deux dernières minutes sont aussi sublimes d’émotions, les guitaristes jouant à leur tour le premier rôle sur ce disque colossal. Un petit Outro quelconque laissant les ouïes se reposer quelques instants, il ne fait cependant aucun doute que vous allez repartir pour un tour…

Bilan des courses ? Hate Eternal a accouché d’un monstre, et déjà là, à chaud, je ne crois pas me tromper en considérant ce disque comme l’un des plus essentiels de ces derniers années dans le petit monde du death metal. Ne soyons pas frileux, il s’agit même d’un bon pavé dans la mare des monstres sacrés qui avaient marqué de leur grosse patte l’année 2007, je pense principalement à Nile et Immolation. Décidemment, le death metal vit une nouvelle époque dorée, après celle du début des années 90. Et ce death metal moderne, à la fois ultra technique, brutal, et cependant remarquable de par ses atmosphères noires et quasi-mystiques, nous laisse présager encore de bien belles heures. Ah, quel pied !

Eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt)

Fury And Flames est une nouvelle fois un très bon cru de la part d’un des groupes qui survole la scène death métal actuelle, à l’instar de Nile, Krisiun, Immolation, Morbid Angel, Origin ou Necrophagist. Les rythmiques sont étonnantes, et le mixage est vraiment impeccable, montrant notamment toute la complexité du jeu de basse d’Alex Webster, le meilleur bassiste death métal actuel, aux côtés d’Erlend Caspersen. A l’heure où je n’ai jamais vu autant d’alliances désespérantes entre le death métal et les scènes mélodiques, je suis soulagé de voir encore des groupes de la trempe d’Hate Eternal, affichant immuablement cette pureté et cette sobriété exemplaires. Fabien.

> - Les guests -, Hate Eternal — fabien @ 11:48 pm

February 22, 2008