Altars of Fab’ Death

Lawnmower Deth : Ooh Crikey !

Peu présente sur la scène thrash métal des eighties, la Grande Bretagne compte en revanche nombre de formations délirantes dans le style, à l’image d’Acid Reign, Re-Animator ou Lawnmower Deth. Des trois cités, le dernier reste certainement le plus décalé, poussant son thrash dans de multiples directions, tant que l’esprit fun y règne. Ses membres forment le groupe en 1987, adoptant des noms de scènes aussi sérieux que Qualcast Mutilator ou Mightymo Destructimo, puis enregistrent deux ans plus tard le split LP Mower Liberation Front avec les gars de Metal Duck. L’artwork du split est confié au jeune Dan Seagrave, qui livre ici son premier dessin pour un groupe de métal, sans savoir qu’il deviendra rapidement la coqueluche du death, grâce à l’intérêt immédiat porté par Earache Records.

Parallèlement à ses récentes signatures d’Entombed, Godflesh ou Nocturnus, le label anglais propose ainsi un contrat au quinquet britannique, puis l’envoie aussitôt aux Slaughterhouse Studios (Carcass, Napalm Death, Bolt Thrower), pour les sessions de son premier album. Ooh Crikey sort en septembre 1990, muni d’une illustration inévitable de Seagrave, mettant en scène une moissonneuse batteuse (lawnmower) interstellaire, histoire de bien fixer l’ambiance.

A partir d’une dominante thrash crossover, Lawnmower Deth balaye et parodie de nombreux styles, passant d’un thrash incisif (Spook Perv, Sheep Dip) à des titres hardcore (Icky Ficky, Judgement Day), en passant par du gros death métal (Sharp Fucka) ou des sections ska avec cuivres (Seventh Church), sans oublier ses multiples interludes délirants, à l’image du sympathique Duck Off. En outre, Pete Lee (Qualcast) module brillamment son chant, alternant voix hardcore & guttural profond, jusqu’à des pointes déjantées qui confèrent une bonhomie certaine, à l’image des bons Lancer With Your Zancer & Flying Killer Cobs, aux paroles tout aussi décalées.

Mais, au delà de leurs airs désinvoltes et de leur manque de sérieux apparent, les gars de Lawnmower Deth sont en plus loin d’être des manches, maîtrisant parfaitement leur sujet, et livrant quelques missiles comme Sumo Rabbit, Cobwoman Of Deth ou Satans Trampoline, habillement ficelés & particulièrement réjouissants. Ooh Crikey bénéficie en outre de l’expérience de l’ingénieur Steve Harris et des studios Slaughterhouse, doté d’un son clair & puissant, qui met impeccablement en valeur la profondeur de son couple basse batterie et la lourdeur de ses guitares.

Simple partie de franche rigolade, Ooh Crikey ne reste pas moins un album cohérent et inspiré, comblant les désirs du thrasher appréciant ces groupes sans prise de tête. A l’époque où le death métal domine insolemment le catalogue d’Earache Records, quelques formations comme Lawnmower Deth permettent ainsi d’apporter une bouffée d’air frais fort appréciable, et de détendre parfaitement l’atmosphère.

Fabien.

> - Les chroniques -, Lawnmower Deth — fabien @ 11:53 pm

May 29, 2008

Pestilence : Spheres

SpheresGroupe phare et figure incontournable du death métal européen, Pestilence ne cesse de surprendre au fil de ses albums, évoluant incroyablement entre chaque réalisation, étonnant encore avec Spheres, son quatrième album, sorti chez Roadrunner à l’automne 1993. Le trio s’épaule pour le coup du bassiste JP Thesseling, et s’embarque dans un studio d’enregistrement relativement méconnu dans le circuit, sous la houlette de Steve Fontano, pour ressortir avec 33 minutes de métal inclassable, surfant entre death, thrash, jazz & fusion, à mille lieux de la brutalité pure de Consuming Impulse et du death somptueux de Testimony of the Ancients.

Si le style de Pestilence reste toutefois reconnaissable sur les bons Mind Reflections & Multiplie Beings, rappelant indéniablement les plans de son précédent album, le quatuor hollandais laisse en revanche très vite cours à une imagination débordante, multipliant les pointes jazz & fusion au coeur de ses morceaux, sur les plans de basse fouillés & atypiques de Tesseling. Uterwijk & Mameli s’essayent de surcroît aux guitares synthés qui, loin d’adoucir la musique et de laisser des repères, compliquent au contraire les structures et rendent l’écoute particulièrement ardue.

Malheureusement, à trop en faire, hormis quelques bons titres à l’image des trois premiers morceaux, du titre éponyme ou de Personnal Energy, Spheres se perd rapidement dans des élucubrations techniques & expérimentales, s’égarant dans de multiples plans manquant de cohérence et parfois même dissonants. En outre, les trois interludes aux guitares synthés, qui auraient pourtant pu apporter plus de grâce, à l’instar des instrumentaux somptueux du précédent Testimony, demeurent froid & aseptisés. La production de Steve Fontano reste également un point faible de l’album, manquant non seulement de profondeur, mais aussi de clarté dans son mixage.

Malgré sa technique et son côté visionnaire, irréprochables & renversants, inspirant des formations talentueuses tel que les québécois de Martyr, Pestilence rate ainsi partiellement le tournant avec son quatrième album, tandis que dans les mêmes temps et sur un style relativement proche, Cynic réussit remarquablement son entrée avec son album Focus, d’une force et d’un équilibre exemplaires. En outre, Pestilence se sépare dès l’année suivante, quittant ainsi la scène sur une réalisation certes impressionnante et d’avant garde, mais malheureusement en demi-teinte, qui laisse de surcroît ce goût amer d’inachevé, après l’écoute attentive de ses 33 petites minutes.

Fabien.

> - Les chroniques -, Pestilence — admin @ 12:00 am

May 27, 2008

Kataklysm : Temple Of Knowledge

Kataklysm s’était déjà lancé dans un concept pour leur premier album Sorcery (1995), les canadiens récidivent un an plus tard sur Temple Of Knowledge contenant comme son prédécesseur 9 titres divisés en trilogies nous comptant une histoire d’envahissement de la terre par les démons plutôt compliqué à suivre si on n’a pas fait délire astral seconde langue.

La pochette évocatrice de leur concept est assez éloignée de ce qui se pratiquait et se pratique encore à l’heure actuelle et il en va de même pour la musique. Kataklysm intègre en effet de nombreux éléments mélodiques dans leur Death Metal pourtant brutal. Pour démontrer mes dires The Unholy Signature part sur un riff mélodique soutenu par des blast-beats et le chant complètement arraché de l’inimitable Sylvain Houde, le chant de celui-ci est d’ailleurs omniprésent sur Temple Of Knowledge et les paroles sont parfois déblatérées à une vitesse dépassant l’entendement. Cependant à force de recouvrir les titres d’un flot ininterrompu de paroles, Kataklysm provoque une légitime indigestion dans ce domaine : trop de chant tue le chant en somme…

Les chansons ont par contre gagnées en clarté par rapport à Sorcery : moins éparpillées, plus compactes et disciplinées dans la construction. Le son s’est aussi singulièrement amélioré et ce n’est pas du luxe en regard de la relative complexité des morceaux qui sont d’ailleurs parfois un peu trop longs. Malgré tout ce n’est pas encore parfait et la batterie (dont le son est d’ailleurs un peu trop sec) à parfois tendance à empiéter sur les autres instruments lorsque Nick Miller balance ses parties Grind.

Sur Point Of Evanescence on peut avoir un aperçu de ce que deviendra le combo québécois dans le futur : des rythmes carrés et puissants mais qui restent mélodiques, The Awakener joue sur le même registre avec un riff très ressemblant à l’instrumental The Renaissance, pour ceux qui possèdent The Prophecy (2000). Mais les meilleurs morceaux sont encore les plus directs tel Malstrom 2010 et Enhanced By The Lore dégageant une puissance hors du commun. L’album part quand même un peu dans tous les sens et il manque un petit quelque chose pour rendre le tout bien homogène, Kataklysm était alors en pleine recherche d’identité musicale et l’auditeur sera certainement un peu perdu après une première écoute complète.

Temple Of Knowledge est un album se singularisant par rapport à la scène Death de l’époque avec de belles parties furieuses mais qui ne possède pas encore l’accroche, le groove et l’homogénéité de Epic ou Shadows And Dust. Ceux qui apprécient les choses qui sortent un peu de l’ordinaire se délecteront de ce CD, les puristes du Death Metal auront plus de mal à rentrer dedans. Comme dirait un duo de comique bien connu : « C’est vous qui voyez ! ».

BG (www.spirit-of-metal.com)

Tout en conservant l’approche de ses précédents efforts (pluralité des vocaux et des rythmiques, batterie en avant), Kataklysm pousse la folie et l’originalité qui le caractérisent encore plus en avant, sortant un album à part sur le circuit death de l’époque. Toutefois, son mixage contestable, mais aussi ses vocaux et ses rythmiques qui partent dans tous les sens, dressent au final un ensemble manquant de cohérence et de fluidité, donc difficilement accrocheur. Le déclin de la scène death de l’époque combiné avec ce Temple en demi-teinte, explique le flop rencontré par Kataklysm en 1996, et son divorce momentané avec Nuclear Blast. Fabien.

> - Les guests -, Kataklysm — fabien @ 11:08 pm

May 23, 2008

Merciless : Merciless

Pionnier du death métal suédois aux côtés de Nihilist, Carnage ou Grave, Merciless reste sans doute l’un des groupes les plus mésestimés, faute aux budgets insuffisants de ses labels respectifs, pour assurer une distribution correcte de ses albums et lui permettre de partir en tournée. Cette malchance qui le poursuit au long des années, malgré la qualité de ses réalisations, précipite ainsi son retrait peu après la sortie d’Unbound, son troisième album paru au printemps 1994.

Sans s’être véritablement séparé, le quatuor revient alors en mai 2002 avec le même line up, rejoignant Nico Elgstrand au Dog Pound Studio. L’album baptisé simplement Merciless sort seulement l’année suivante chez la petite écurie Black Lodge, une fois encore dans le plus parfait anonymat, flanqué en plus d’une illustration de Micke Svanberg (Dark Funeral) guère aguicheuse.

Délaissant les touches épiques de son précédent album, Merciless retourne au death thrash direct et sans fioriture qui le caractérisait à ses débuts. Les rythmiques de Karlen & Peter sont agressives, soutenant les riffs speed d’Erik et ses quelques pointes mélodiques sur les soli. Depuis les riffs intraitables de Violent Obsession jusqu’à aux atmosphères plus épaisses d’In Your Blood, en passant par Mind Possession (reprise du culte The Treasures Within), ou encore par l’entrainant Cleansed By Fire (composé spécialement par Jorgen Sandström (Ex-Grave)), l’album conserve délibérément cette coloration death thrash rugueuse et agressive, renforcée par les vocaux éraillés de Rogga.

Renvoyant une image figée vers la fin des années 80, entre le thrash allemand et les débuts de la scène death métal suédoise, Merciless (l’album) s’adresse avant tout aux nostalgiques de l’époque, risquant ainsi de décevoir les néophytes ne maîtrisant pas les premiers disques de la formation. Sans percuter à la hauteur de ses brillants successeurs, l’album balance néanmoins un death thrash racé, basé sur le feeling et l’authenticité des riffs, à l’opposé des nombreuses productions aseptisées du moment.

Fabien.

> - Les chroniques -, Merciless — fabien @ 3:10 pm

Unleashed : Hammer Batallion

Haaaa, enfin ! Le voici le nouvel album d’Unleashed, et c’est peu dire que je l’attendais de pied ferme celui là, vue la claque que j’ai pris avec leur précédente réalisation, Midvinterblot. Je n’avais qu’une peur, c’est que le groupe perde de sa fougue et nous serve un album en demi teinte, comme ça lui est déjà arrivé par le passé.

Il faut dire qu’Unleashed, tout comme Grave, a de la bouteille, alors les musiciens ont ils choppé de l’arthrite dans les articulations ? Ont-ils eu envie de ralentir la cadence et de nous parler d’autre chose que de glorieuses épopées viking ? Que dalle ! Unleashed reste Unleashed, et cet album est une merveille qui se place encore un cran au dessus de Midvinterblot, car plus compact et plus homogène. Le groupe n’a jamais été si teigneux, si agressif, et ne lésine d’ailleurs pas sur les blasts. Mais il ne mise pas tout sur la vitesse car les ambiances sont glaciales, parfois même proche du black métal, et les compos, assez courtes, sont gorgées de riffs assassins et de rythmiques massives parfois lentes et vicieuses (This Day Belongs To Me, Carved In Stone).

D’après moi, Unleashed n’a jamais réussi a être aussi percutant qu’aujourd’hui, pas mal pour un groupe qui traîne ses clous depuis environ 25 ans ! Que se soit à travers le style de riffs ou les vocaux uniques de Jonnhy Hedlund, Unleashed est reconnaissable entre mille et s’offre tout simplement une seconde jeunesse tellement les compos d’Hammer Battalion sont bonnes. Vous pensez peut-être que je m’emballe un peu vite, mais attendez un peu de poser une oreille sur ce disque, on en recausera après…

Oubliées les rythmiques parfois simplistes du passé, oublié le passage à vide de la fin des années 90, les compos sont tranchantes, entraînantes, les arrangements fouillés, et la production massive achève de donner à cet album une personnalité écrasante. Comme d’habitude avec la bande à Jonnhy, les rythmes sont variés, alternant entre parties très speed ou lourdes, et mid tempo foudroyants.

Mais surtout, Unleashed construit ses morceaux de façon à les rendre les plus percutants possible, c’est à dire qu’il ne fait pas étalage de sa technique mais concentre ses efforts sur des constructions assez basiques (bien que plus fouillées que par le passé), ce qui rend chaque compo immédiatement accrocheuse. Impossible par ailleurs de ne pas placer un mot sur les très brillants soli qui ponctuent chaque morceau ! Inspirés, fortement heavy et créatifs, chacun d’eux est un pur moment de délice pour les tympans.

Vraiment, je ne suis pas déçu par ce nouvel album, et je vous invite fortement à en faire l’acquisition. Treize titres, treize torpilles, « Hammer Battailon » est une œuvre majeure de la discographie de Unleashed, qui, loin de renier son style, s’impose comme un chef de file du death métal. Rien que ça ? Ben ouais… 

Tonio (www.metal-blogs/tonio) .

Fini les titres niaiseux à la “Death Metal Victory”, Hammer Battalion attaque sévèrement, c’est un fait. Les compositions de Fredrik & Johnny sont plus recherchées et plus sombres que par le passé (le culte Where no Life Dwells étant hors catégorie), ce surcroît de technique & d’intensité rendant de nouveau le groupe intéressant, à mon humble avis. Les soli de Fredrik sont également d’une fluidité étonnante, sans être démonstratifs, et les riffs sacrément renversants, particulièrement sur les refrains où l’intensité monte judicieusement d’un cran. Personnellement, sans monter jusqu’à un dithyrambique 18/20, je n’espérais plus un album de cette qualité et de cette ambiance de la part d’Unleashed. Fabien.

> - Les guests -, Unleashed — fabien @ 8:05 am

May 19, 2008

Suicidal Tendencies : Controlled By Hatred

Très prolifique en cette fin des eighties, Suicidal Tendencies revient dès 1989 chez Epic Records, en sortant simultanément deux EP (issus des mêmes sessions d’enregistrement) qui, respectivement juxtaposés en face A & B à la fin de la même année, constituent le quatrième full lenght de la formation, communément appelé Controlled By Hatred. Les californiens changent cette fois d’ingénieur du son, en optant pour Paul Winger, qui livre une production aussi massive que celle de Mark Dodson, mais résolument plus agressive. L’album marque enfin l’arrivée du bassiste Stymee, qui n’est autre que le redoutable Robert Trujillo.

Controlled By Hatred présente six nouveaux titres, ainsi que deux nouvelles versions de la superbe ballade How Will I Laugh du précédent album. Si la première n’offre que peu de changements par rapport à l’originale, la seconde est en revanche entièrement acoustique, dégageant une sensibilité et une intensité formidables, justifiant quasiment à elle seule l’achat du nouvel opus. De surcroît, les morceaux inédits, bien que peu nombreux, s’avèrent d’une qualité plus que satisfaisante, parvenant à eux six, à former non seulement un ensemble très homogène, mais aussi à créer une atmosphère lourde et envoutante, magnifiée par l’excellence des soli de Rocky George.

Le thrasher retrouve ainsi le côté très balancé de Suicidal Tendencies sur les entrainants et non moins excellents Master Of No Mercy & Feel Like Shit, dominés par les rythmiques percutantes de RJ Herrera & Robert Trujillo, ou encore sur le terrible Just Another Love, sans pitié sur son refrain, grâce aux riffs tranchants de Mike Clark. L’ambiance devient alors plus épaisse, voire même plus oppressante, sur Waking The Dead & Not Easy, pour atteindre son paroxysme sur l’incontournable Controlled. Le titre éponyme débute sur un ton lourd en opposition à la voix suave de Mike Muir, montant ensuite parfaitement en puissance, pour exploser littéralement sur sa seconde partie, grâce aux soli furieux de Rocky et aux vocaux de Mike, devenus déchainés.

Plus thrash dans l’esprit que son prédécesseur, Controlled By Hatred diffuse parallèlement des atmosphères fines et maîtrisées, offrant un équilibre saisissant entre sa puissance émotionnelle et ses débordements hargneux. Album à part entière pour certains, double EP pour d’autres, ce nouvel effort de Suicidal Tendencies manque ainsi seulement de quelques inédits pour compléter le tableau, mais confirme cependant l’excellence et la forte identité de la formation, lui permettant notamment de décrocher une tournée monumentale dès l’année suivante, aux côtés de Slayer, Megadeth et Testament, modestement baptisée The Clash Of The Titans.

Fabien.

> - Les chroniques -, Suicidal Tendencies — fabien @ 10:47 pm

May 16, 2008

Suicidal Tendencies : How Will I Laugh Tomorrow

Suicidal Tendencies revient en septembre 1988 avec son troisième album, How Will I Laugh Tomorrow, succédant d’une grosse année à un Join The Army très remarqué, lui ayant notamment permis une signature avec la puissante major Virgin Records. Recrutant un second guitariste en la personne de Mike Clark, et s’adjoignant parallèlement des services du fameux Mark Dodson derrières les consoles d’enregistrement (Anthrax, Metal Church), le groupe californien poursuit son évolution vers une approche de plus en plus thrash, tout en conservant parfaitement son identité.

Sur le couple basse batterie carré de Bob Heathcote & RJ Herrera, les riffs de Mike Clark sont puissants & massifs, mis en valeur par un enregistrement parfaitement calibré, s’opposant ainsi aux guitares légères et aux soli aériens de l’incroyable Rocky George, pièce essentielle de la formation de l’époque. La voix de Mike Muir est désormais très travaillée, offrant un contraste saisissant entre cette lourdeur instrumentale et la douceur de son chant, chuchoté par moment, mais débordant judicieusement dans des parties beaucoup plus hargneuses, renforcées par les voix en backing de ses acolytes.

Osmose entre puissance et émotion, How Will I Laugh Tomorrow frappe juste, délivrant des Trip At The Brain ou Hearing Voices plus que mémorables, pour atteindre son apogée avec la superbe ballade éponyme, parfaitement accélérée en son milieu, se hissant parmi les titres les plus intenses de Suicidal Tendencies, égalant sur ce terrain Metallica et son atemporel Welcome Home.

En outre, loin de renier ses racines hardcore, et conservant son grain de folie particulier, la bande de Mike Muir délivre en parallèle des titres très balancés, à l’image de Suicyco Mania ou Dont’Wake Up, où le ton devient alors plus léger et plus entrainant, tout en gardant cette excellence rythmique, soutenant le jeu complètement débridé de Rocky, aux accents funk exquis (Surf and Slam) et aux soli de pure folie (Sorry).

Tour à tour furieux, intense, doux & mélancolique, How Will I Laugh Tomorrow impressionne par la richesse & la variété de ses émotions, ainsi que par la virtuosité de ses interprètes, Rocky George en tête. L’album s’inscrit non seulement parmi les albums décisifs de l’histoire de Suicidal Tendencies, mais hisse également le quinquet californien aux portes des Big Four de l’époque (Anthrax, Metallica, Slayer, Megadeth), ainsi qu’au rang des formations incontournables de la scène thrash hardcore des eighties, plus simplement baptisée crossover, depuis le troisième album de DRI, ayant donné tout simplement le nom au mouvement.

Fabien.

> - Les chroniques -, Suicidal Tendencies — fabien @ 7:49 pm

May 15, 2008

Beneath The Massacre : Mechanics Of Dysfunction

Réputé pour ses groupes d’une complexité à toute épreuve, tel Voivod, Gorguts ou Martyr, le Québec compte depuis 2004 le redoutable Beneath The Massacre, formé autour de Dennis & Christopher Bradley, influencés par la nouvelle mouvance du brutal death technique, initiée par Necrophagist ou Origin quelques années auparavant. Le groupe enregistre dès l’année suivante le EP Evidence of Inequity, lui permettant de décrocher une signature avec le label Prosthetic Records, et de rejoindre l’ingénieur Yannick St Amand pour les sessions de Mechanics Of Dysfunction, commercialisé en début d’année 2007.

Dès les premières notes de The Surface, Beneath The Massacre frappe avec son death incroyablement carré, dominé par le couple basse batterie millimétré de Justin Rousselle & Christopher, les riffs syncopés de Dennis, et le guttural très grave d’Elliot. Loin de rythmes middle tempo et de structures monolithiques, Mechanics Of Dysfunction présente en outre nombre de plans particulièrement techniques, lâchant des accords de folie qui partent très souvent dans les aigus, tout en conservant un côté résolument brutal et sans concession.

Beneath The Massacre reste ainsi pied au plancher durant ses trente minutes, bombardant à coups de double pédalage meurtrier, multipliant salves de riffs incisifs & plans impossibles, à l’image des écrasants Stench Of Misery & Invisible Hand. Toutefois, Mechanics Of Dysfunction manque de variété, comme quelques breaks bien sentis ou soli vertueux, qui lui permettraient pourtant de colorer ses morceaux. Dès lors, ses titres restent hélas interchangeables, possédant parallèlement un côté plastique et trop surfait.

D’une démonstration technique désarmante, mais aussi parfaitement calibré par le mixage limpide de Pierre Rémillard (Cryptopsy, Krisiun, Kataklysm), Mechanics Of Dysfunction impressionne par son pilonnage rythmique, sa puissance et la dextérité de ses musiciens, larguant un brutal death aux sonorités particulièrement novatrices. En revanche, coincé entre des influences Necrophagist ou Origin encore trop évidentes, Beneath The Massacre manque d’identité, lâchant de surcroît un death trop mécanique, pour véritablement s’imposer. En tout cas, les jeunes québécois font déjà forte impression dès leur premier album, possédant un potentiel et une maîtrise paraissant illimités.

Fabien.

> - Les chroniques -, Beneath The Massacre — fabien @ 12:27 am

May 14, 2008

Katatonia : Brave Murder Day

Formé par Anders Nyström & Jonas Renske dès 1987, Katatonia surprend le monde du métal en 1993, avec son premier album Dance of december souls, mélange inclassable entre dark, doom et death métal. Le groupe ne revient toutefois que trois années plus tard pour son second full lenght, laissant au passage le temps à ses deux leaders de se consacrer à leurs projets respectifs Diabolical Masquerade et October Tide.

Désormais secondé par Fredrik Normann (October Tide), Katatonia retourne ainsi aux Unisound Studios en juillet 1996, sous la coupe de Dan Swanö, succédant ainsi à Edge Of Sanity & Opeth, qui viennent respectivement de clore les sessions de Crimson & Morningrise quelques mois auparavant, dans ce même studio. Brave Murder Day sort à la fin de l’année, couvert par le remarquable label Avantgarde Music.

En trois ans, le doom death de Katatonia a évolué vers une forme beaucoup plus épurée, construite sur les rythmes simples de Jonas et les riffs répétitifs de Fredrik, supportant la guitare lancinante d’Anders, au toucher toujours aussi fin, unique et torturé. Le trio s’épaule cette fois de Mikael Akerfeldt et de son chant guttural pur, dominant la majorité de Brave Murder Day, en opposition à la voix claire et suave de Jonas, n’apparaissant que sur le titre Day et le break de Rainroom.

Loin de toute démonstration technique, ou d’une multitude d’effets et de contre temps, Brave Murder Day privilégie ainsi les atmosphères mélancoliques et éthérées, opposant parfaitement ses rythmiques lourdes à ses guitares lancinantes (Brave, Murder, Endtime), ses riffs obsédants à ses acoustiques mélancoliques (Twelve), et son guttural profond à son chant plaintif (Rainroom). Au final, seul Day tranche véritablement avec l’ensemble, distillant durant ses quatre minutes guitares classiques & voix claire particulièrement dépressives.

Dernier album de Katatonia usant d’un chant guttural, Brave Murder Day rappelle indéniablement la couleur du superbe Morningrise d’Opeth, avec les growls d’Akerfeldt commun aux deux enregistrements. L’album reste en revanche beaucoup plus simple dans ses structures et encore plus mélancolique dans son approche, dépressif par moment, lui conférant un caractère fort et une puissance émotionnelle toute particulière, qui l’inscrit parmi les oeuvres marquantes de Katatonia, et l’impose aux côtés de Crimson & Morningrise en cette année 1996.

Fabien.

> - Les chroniques -, Katatonia — fabien @ 3:12 pm

May 13, 2008

Lock Up : Pleasures Pave Sewers

Tandis que Napalm Death perd progressivement sa fougue death grind, livrant un Words From The Exit Wound poussif et guère convaincant, Shane Embury & Jesse Pintado, visiblement en manque d’inspiration au sein de la bande de Birmingham, s’associent en 1998 avec le redoutable batteur Nick Barker. Le trio forme ainsi le projet parallèle Lock Up, dans l’intention manifeste de balancer un cocktail old school sans fioriture, à base de death, de grind et de crust, dans l’esprit de Repulsion, Brujeria & Disfear.

Les deux compères composent facilement 13 morceaux, puis rentrent dès l’année suivante aux Backstage Studios, sous la coupe de l’impitoyable Andy Sneap, enregistrant les pistes en deux petites journées, afin de conserver un côté cru et spontané. Peter Tägtgren, leader d’Hypocrisy, se charge quant à lui des growls gutturaux et de leur mise en boite, expédiés eux aussi en une seule journée. Remis dans les mains de la puissante écurie Nuclear Blast, Pleasures Pave Sewers répand ainsi son death grind en cette année 1999.

Débutant sur le bon After Life In Purgatory, l’album fixe d’entrée la couleur, sur le couple basse batterie infaillible de Nick & Shane, supportant les riffs nerveux de Jesse et les vocaux hargneux de Peter. Privilégiant une violence rythmique à toute forme de concession, Lock up déboite à coups de blast beats précis (Pretenters Of The Throne), de salves de riffs teigneux (Tripple Six) et de middle tempi écrasants (Slow Bleed Gorgon). Pleasures Pave Sewers ne contient toutefois pas de morceau véritablement marquant, n’échappant pas à une certaine linéarité, malgré ses 29 petites minutes.

Avec deux compositeurs issus de Napalm Death, Lock Up dégage en outre des relents Napalmiens trop marqués, multipliant plans & riffs similaires au groupe anglais, perdant ainsi beaucoup de personnalité. Par ailleurs, la spontanéité recherchée lors de l’écriture de Pleasures Pave Sewers s’efface au profit d’une production certes puissante, manquant en revanche de rugosité, mais aussi devant le côté clean & purement marketing de Nuclear Blast, en décalage avec la désinvolture affichée.

Album parfaitement emboité, mais sans titre particulièrement meurtrier, Pleasures Pave Sewers reste également un brin trop propre & trop calculé, ne dégageant pas l’essence grind réellement recherchée. Version turbo d’un Napalm Death fatigué en cette fin des années 90, proche de Nasum dans l’esprit, Lock Up dévaste ainsi sans problème, même si la technique de son homonyme suédois, bombardant avec une puissance grindcore impressionnante, demeure résolument plus efficace.

Fabien.

> - Les chroniques -, Lock Up — fabien @ 5:24 pm

May 12, 2008