Altars of Fab’ Death

Bonded by Blood : Feed The Beast

Feed The BeastFormé en 2005 dans l’état de Californie, le berceau du thrash états-uniens avec New-York, Bonded By Blood se forme avec un patronyme sans équivoque (le premier album culte d’Exodus pour les ignorants), s’inscrivant parmi tant d’autres jeunes formations dans la résurgence du thrash rugueux des eighties, à l’époque où les guitares s’exprimaient avant tout à coups de riffs incisifs. Un EP plus tard, le groupe décroche un précieux contrat avec l’écurie légendaire Earache, qui s’intéresse désormais de près au mouvement, à l’image de ses protégés Municipal Waste, SSS, Evile & Gama Bomb.

Comme son nom l’indique, Bonded By Blood tire ses influences d’Exodus, mais s’inspire également de la furie californienne de Slayer et de Testament, ou crossover de DRI, ou encore du thrash new yorkais d’Anthrax et Nuclear Assault. Son premier album Feed The Beast voit ainsi le jour aux Love Juice Labs en 2008, débouchant sur sa sortie en juin de la même année.

Dès son premier titre, l’étonnant Immortal Life, Feed The Beast démarre sur les chapeaux de roue, lâchant ses rythmiques balancées et ses rafales de riffs fougueux, servis par une production à la fois agressive, moderne et très percutante. Les vocaux de Jose Barrales ne sont ni râpeux, ni haut perchés, mais possèdent en revanche une hargne renforçant parfaitement le thrash vitaminé de la formation. Bonded By Blood prend parallèlement un malin plaisir à casser le tempo, pour rebondir alors sur des mosh parts très entrainantes, tel les excellents Psychotic Pluse & Tortenting Voices, et leurs cascades de rythmes si énergiques.

Dans la veine du revival thrash de Merciless Death & Fueled By Fire, Bonded By Blood lâche ainsi un premier album parfaitement huilé, rugueux et incisif, supporté par une myriade de soli déchainés, se destinant bien sûr aux thrashers nostalgiques d’une époque authentique, remplie d’imperfections, qui lui conféraient parallèlement tout son charme. Reste à savoir combien d’albums du même moule pourront être digérés, avant de friser la saturation, devant une multitude de jeunes formations thrash véritablement fraîches & sincères, mais ne possédant encore ni le génie, ni la personnalité de leurs aînés.

Fabien.

> - Les chroniques -, Bonded by Blood — admin @ 12:00 am

July 31, 2008

Nile : In Their Darkened Shrines

L’Apogée Triomphante.

A l’heure de dévoiler son troisième opus, Nile est déjà impressionnant. Irrémédiablement associé à l’obsession égyptologique de sa tête pensante Karl Sanders, le groupe américain s’est également taillé une place de choix parmi les nouveaux acteurs de la scène death metal, alors en plein renouveau en ce début de millénaire. Là où Black Seeds of Vengeance avait brillamment bouleversé cette hiérarchie, In Their Darkened Shrines a tout pour devenir le disque de l’avènement de Nile, et il s’avère être celui attendu. Les superlatifs ne manquent pas son écoute, tant la démonstration du talent de Nile est éblouissante.

Un talent multiple, à l’évidence, tant les premières débauches de brutalité lèvent toute équivoque. Dès les envolées furieuses de The Blessed Dead, Nile affiche sa puissance empreinte de technicité, ses blasts cataclysmiques, ses riffs débridés aux circonvolutions ensorcelantes, et sa rage non contenue. Quelques touches monumentales de claviers disséminées avec justesse viennent achever un tableau diablement impressionnant. Nile frappe très fort, tout en conservant son identité profonde, et les deux morceaux suivants, Execration Text et le prodigieux Sarcophagus sont sans équivoque. Autant dans l’intransigeance brutale du premier nommé que dans la lourdeur mystique du second, l’univers de prédilection de Nile apparaît sublimé. Que dire d’autre à l’écoute du final improbable de Sarcophagus, sinon que l’intensité de son atmosphère ne peut que transporter l’auditeur dans ce long voyage dans le temps et l’espace vers l’Egypte antique… imparable.

Du reste, le voyage chez les Pharaons n’est pas que suggéré, l’immersion est totale et inévitable. Entre un artwork une nouvelle fois sans équivoque et l’incroyable richesse encyclopédique du livret, où ce vieux fou de Sanders détaille avec une rigueur toute scientifique les thèmes abordés sous l’angle de l’archéologue érudit, et bien entendu l’univers ambiant qui transpire des pores musicaux du disque, il faut se rendre à l’évidence : Nile mène parfaitement sa barque (c’est le cas de le dire), et c’est bien le domaine des Dieux de cette Egypte pharaonique qui s’offre à nous.

Côté purement musical, même en faisant volontairement fi de l’exubérance émotionnelle des atmosphères antiques somptueuses, le death metal technique et diablement maîtrisé du combo est bluffant, et semble avoir encore progressé par rapport aux opus précédents. Excellant dans les envolées les plus brutales, la rythmique basse/batterie (avec Tony Laureano derrière les fûts) donne un corps respectable à l’ensemble sublimé par les riffs aussi agressifs que pertinents des gratteux. Nile délivre en fait la « totale », à l’image d’un incroyable Unas Slayer Of The Gods de presque douze minutes qui résume presque à lui seul l’album : des passages de furie métallique avec un déchaînement rythmique des plus intransigeants, des breaks d’une lourdeur écrasante parfaitement amenés, et surgissant de manière imparable, ces longs passages atmosphériques à la richesse émotionnelle et évocatrice sans commune mesure. D’une beauté à toute épreuve, l’ivresse de bonheur assurée…

In Their Darkened Shrines affiche un équilibre proche de la perfection dans l’alternance de titres lourds et chargés (ah le riff en marbre de I Whisper In The Ear Of The Dead et ses enchaînements aériens), et de morceaux plus brutaux et spontanés, deux visages complémentaires largement maîtrisés dans un ensemble de haut calibre, d’une grande fluidité. Pourtant, inexorablement, la teneur mystique du disque prend le pas sur la débauche de brutalité technique pure, pourtant diablement impressionnante.

Et le long cheminement quasi ésotérique prend toute sa signification à l’attaque du dernier quart du disque. In Their Darkened Shrines, part I à IV, franchit encore un pas dans le mysticisme par rapport aux neuf premiers morceaux, que l’on quitte sur l’exceptionnel Wind Of Horus, ses riffs virulents et déhanchés si orientaux, superbement appuyés par la véhémence des growls d’outretombe. Après une première partie instrumentale où l’on se laisse enivré par le mirage sonore d’un cortège funéraire, la part II revient mettre une couche aussi brève que brutale, déchaînement de riffs acérés et de blasts effrénés qui vient se relâcher d’un coup pour finir dans un souffle d’une belle mélancolie. L’atmosphère s’élève encore un peu plus dans des strates oniriques. Nouveau retour d’une colère surnaturelle dans un déferlement terrible (part III), riff mystique à la puissance divine et destructrice…la lourdeur écrasante d’un break opportun, pour s’achever finalement par la dernière partie, (Part IV : Ruins), mélodie lancinante et épique qui laisse entrevoir un crépuscule rougeoyant d’une fin de règne. N’en jetez plus…

Si on doit mettre en avant la grandeur de l’album avec un argument imparable, c’est avant tout pour la faculté improbable de Nile à produire un death metal brutal, technique et pointu, avec pour but ultime est de recréer un univers antique empreint d’un mysticisme et d’une richesse évocatrice des plus rares. A mille lieux de faire dans la démonstration gratuite, Nile réussit son audacieux pari en bâtissant un édifice prodigieux, univers antique d’une puissance évocatrice sans limite. Cette aura atteint sans doute là un sommet qui rend cette œuvre définitivement unique. Un monument pharaonique…

Eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt).

Mon album préféré de Nile avec le monumental Annihilation. Nile écrase tout sur son passage, en combinant une personnalité, une pureté, une précision, une puissance et une finesse inégalées, qui le propulsent définitivement au panthéon des dieux du Death Metal, aux côté de Morbid Angel & Immolation. Personnelement, j’ai toujours eu un faible pour les compositions peu nombreuses et incroyablement techniques de Dallas Toler Wade. Sur le triomphal Darkened Shrines, c’est ainsi Winds Of Horus qui décroche le pompon : l’un de mes morceaux de Death Metal favoris, tous groupes confondus. J’en pleure encore… Fabien.

> - Les guests -, Nile — fabien @ 2:04 pm

July 4, 2008

Dark Angel : Leave Scars

Suite au terrible Darkness Descends, Dark Angel rentre aux Space Station Studios pour enregistrer Leave Scars. Non moins brutal, ce disque souffre cependant d’une production approximative. Batterie trop marquée, basse à peine audible, l’ensemble est très opaque et manque de relief. Un magma sonore dans lequel on peine à distinguer réellement les instruments.

Petit changement de line-up. Ron Rinehart désormais remplace Don Doty. Les aigus déjantés ont quasiment disparus, faisant place à un timbre tout aussi hargneux, mais plus contrôlé, trop contrôlé même. Bien que son chant soit plus puissant et se pose impeccablement, on ne peut que regretter l’hystérie contagieuse de Don Doty. Le débit lui n’a pas changé, on a toujours l’impression de se prendre une rafale de mitrailleuse dans les gencives.

Musicalement, Dark Angel applique toujours les mêmes recettes, une rapidité d’exécution impressionnante,des accélérations fulgurantes, marquées par des mid tempos aux ambiances extrêmement lourdes, ceci surtout dû à ce jeu de double toujours aussi écrasant de la part de Hoglan, véritable artilleur. Comme sur Darkness Descends, le combo ne fait guère dans le détail et envoie cash le jus avec The Death Of Innocence. L’auditeur est immédiatement déchiquetés par une ribambelle de riffs et concassé sous l’arsenal de Hoglan. Les textes torturés s’inscrivent parfaitement dans cette quête de violence absolue.

Faisant preuve d’une brutalité aveugle tout au long de ce disque, l’ange ténébreux ralentit cependant la cadence à 2 reprises. La première avec Immigrant Song, une reprise de Led Zep’ ne présentant que peu d’intérêt, si ce n’est les aigües dont nous gratifie Rinehart (beaucoup trop rares à mon goût) mais qui réussit tout de même à nous faire joyeusement remuer. La deuxième avec Worms, interlude malsaine faite de guitares tordues en arrière fond et de bruits plus lugubres les uns que les autres. Toutefois on se demande un peu ce que cette intermède vient foutre ici. Je retiendrai par contre The Promise of Agony et son riff principal de très bonne facture, joué successivement sur différents tempo avant de se finir par des solos apocalyptiques, elle nous donne une furieuse envie d’headbanguer. Et la voix rageuse de Rinehart sur ce “Agonyyyyyyy” est carrément jubilatoire. Ce sera un de mes rares moments d’enthousiasme…

Les morceaux sont d’une manière générale plus complexes dans leur constructions et le style épuré qui caractérisait Darkness Descends s’est estompé aux profits de morceaux plus élaborés, à l’image par exemple de Cauterization, morceau instrumental de plus de 7 mn, articulé sur plusieurs tiroirs. Mais à vouloir être trop en faire, Dark Angel nous submerge sous une un tonne de riffs décoratifs et de transitions plus qu’hasardeuses, donnant à l’ensemble un résultat décousu, saccadé et trop inégal où on peine à prendre ses marques.

N’ayant pas le percutant de Darkness Descends, la faute à une production défaillante, à des compos trop alambiquées et des riffs parfois brouillons, Leave Scars reste un album moyen, à conseiller pour les amateurs de Thrash burné et les inconditionnels du groupe uniquement. A vouloir en mettre plein la vue,Dark Angel rate le coche et nous noie sous un maelström de décibels superflues. On est malheureusement loin d’un Darkness Descends

Barback (www.spirit-of-metal.com).

Abstraction faite de la succession difficile après le culte Darkness Descends, Leave Scars reste un album en demi-teinte, à commencer par la confusion de son mixage. En outre, hormis quelques sursauts, comme le déboulonnant Birth Of Innocence, l’album perd son efficacité dans des constructions à tiroirs. De plus, bien que j’apprécie R.Rinehart, l’absence de D.Dotty avec de ses cris de hyène est cruelle, privant le groupe de la hargne qui animait divinement le culte Darkness Descends. En revanche, l’excellence rythmique de G.Hoglan et l’incision des guitares d’E.Meyer restent toujours aussi impressionnantes, tirant la qualité de l’album vers le haut. Fabien.

> - Les guests -, Dark Angel — fabien @ 11:19 am

July 3, 2008

Acheron (USA) : Rites Of The Black Mass

Acheron (USA) : Rites Of The Black MassFormé en 1988 en Floride autour de Vincent Crowley, rapidement rejoint par Peter Slate, Acheron est comparable à Deicide et Vital Remains durant ses premières années, tant au niveau musical que conceptuel. Adepte de l’église de Satan d’Anton LaVey, le leader éructe des paroles tournant chacune autour du satanisme, de ses codes, ses rites et ses pratiques.

Rites Of The Black Mass, premier album d’Acheron, débarque en 1992 chez le petit label Turbo Records, à qui l’on doit notamment la sortie de The Oath Of Black Blood de Beherit sorti peu de temps auparavant. A l’image de To Thee We Confess & Prayer Of Hell, ses compositions se rapprochent singulièrement des structures du premier album de Deicide, même si ses vocaux restent moins effrayants, ses rythmes plus simples, et ses guitares souvent poussives & sans grande technique. En outre, produit par Scott Burns aux Morrisound, l’album possède un son made in Tampa déjà très stéréotypé à cette époque.

L’ambiance satanique de Rites Of The Black Mass est par contre fortement palpable, notamment lors des interludes sombres aux claviers reliant chaque morceaux, prononcés par Pete Gilmore en personne, prêtre & leader de l’église de Satan, qui répand ses discours & incantations semblant surgir tout droit de la bouche du Malin.

Album parfait pour les amateurs des premiers efforts de Deicide & Vital Remains, et de death metal satanique à la sauce Tampa d’une manière générale, Rites Of The Black Mass propose des titres aux structures simplistes et middle tempo, mais d’une qualité suffisante pour une écoute sans histoire. Ses atmosphères lucifériennes restent en outre fort bien retranscrites, notamment lors des interludes incantatoires, qui peuvent toutefois être écartées sans problème par le métalleux désirant une écoute du CD purement musicale.

Fabien.

> - Les chroniques -, Acheron — admin @ 12:00 am

July 2, 2008