Altars of Fab' Death

Arcturus : Constellation

Arcturus : Constellation1990. Sur les cendres du groupe deathmetal Mortem, le jeune trio composé par Steinar Johnsen, Hellhammer et Marius Vold fonde l’entité blackmetal Arcturus (l’étoile la plus brillante de l’ensemble du Bouvier), la même année que la création d’Immortal et Satyricon, précédant de peu celle d’Emperor, Burzum et Enslaved. Le groupe ne tarde pas à mettre sur pied deux morceaux se retrouvant dès 1991 sur le EP My Angel, distribué par le petit label français Putrefaction Records (qui disparaitra dès l’année suivante et dont le stock servira de base à la création d’Adipocere !). Ces deux titres témoignent déjà de la démarcation d’Arcturus de ses autres collègues de la scène blackmetal du moment, puisque qu’avant tout pensés et articulés à partir du clavier de Sverd (Steinar Johnsen).

1994. Encore embryonnaire quelques petites années auparavant, la jeune scène blackmetal de Norvège attire désormais de nombreux regards, non seulement depuis les sorties d’A Blaze in the Northern Sky, du split-LP Emperor/Enslaved, ou encore de Dark Medieval Times, Pure Holocaust, Det Som Engang Var & De Mysteriis Dom Sathanas, mais aussi faute aux frasques extra-musicales de certains de ses jeunes acteurs.

Cette même année, Arcturus décide de graver en préversion quatre titres de son futur album, à partir d’une console 16 pistes dont aucune réservée à la basse. Baptisé Constellation et pressé à 500 exemplaires MCD sortis à la rentrée, dans les mêmes temps que l‘invincible In the Nightside Eclipse d’Emperor, cet enregistrement paraît sur Nocturnal Art Productions, écurie naissante de Samoth (Emperor) qui deviendra rapidement un label de prestige. Le line-up quelque peu modifié renferme toujours l’âme d’Arcturus, à savoir notre pianiste Sverd accompagné d’Hellhammer à la batterie (qui officie également au sein de Mayhem), à laquelle s’ajoutent Garm au chant et Samoth en tant que guitariste de session.

Si beaucoup de détails relient ainsi Emperor et Arcturus, il en va de même pour leur réalisation conjointe de cette année 1994. Tandis que la majorité des formations blackmetal norvégiennes du moment mettent avant tout l’accent sur les guitares, nos deux groupes accordent quant à eux une place importante aux claviers, le premier afin d’acquérir une dimension symphonique, le second pour un rendu plus atmosphérique, mais dans les deux cas dégageant cette même noirceur et cette même majesté. Plus loin que les deux titres incontournables de son EP My Angel, Arcturus n’hésite toutefois pas à juxtaposer désormais un chant éraillé à des envolée au chant clair de toute beauté. A ce titre, si le timbre vocal de Garm reste parfois maladroit, il n’en demeure paradoxalement que plus juste.

Il ne suffit ainsi que du fabuleux titre d’ouverture Rodt og Svart pour plonger de suite dans l’ambiance envoutante de Constellation. Les rythmes de batterie riches et puissants d’Hellhammer, le riffing entêtant de Samoth, la magnificence des claviers de Sverd, forment une osmose d’une grâce et d’une profondeur peu communes, support idéal au chant authentique et saisissant de Garm.

Impossible de résister ensuite une seule seconde aux imparables Icebound Streams and Vapours Grey et Naar Kulda Tar, guidés par les claviers impériaux de Sverd et les plaintes de Garm, renfermant cette même force d’attraction. Le titre final Du Nordavind clôt enfin Constellation sur une note plus théâtrale, annonçant déjà les prémices d’un ton baroque et grandiloquent qu’Arcturus maîtrisera à la perfection quelques trois petites années plus tard. Une fois encore, les lignes de piano de Sverd laissent béat, notamment au coeur de ce somptueux morceau.

A l’instar d’Emperor en cette année 1994, bien moins brutal que son confrère toutefois, Arcturus parvient ainsi à toucher la magie du bout des doigts, à partir d’un enregistrement n’ayant initialement et paradoxalement qu’une faible prétention. Bien que les quatre titres du mini-CD soient intégralement réenregistrés sur l’album Aspera Hiems Symfonia paru en 1996, le groupe n’y parvient qu’à recréer partiellement ces instants de magie pure, conférant à Constellation toute son immortalité.

Fabien.

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6 novembre 2010

Arcturus : La Masquerade Infernale

Arcturus : La Masquerade InfernalePionnier du revival blackmetal issu de Norvège aux côtés de Mayhem, Arcturus définit très tôt ses propres codes. Envoutant sur son EP My Angel en 1991, impérial sur son MCD promotionnel Constellation en 1994, le groupe emmené par le pianiste et compositeur Steinar S. Johnsen impose un black sortant déjà des carcans du style, notamment dans ses thèmes astraux et littéraires, souvent bien plus subtils que les propos anticléricaux & nihilistes avancés par ses homonymes de l’époque.

Pour les blackers ayant découvert Arcturus avec ses toutes premières réalisations, bien que somptueux, Aspera Hiems Symfonia constituait une semi-déception d’une certaine façon, tant l’avant-garde du groupe et la profondeur de son EP culte Constellation montraient une formation capable de montrer encore bien plus de grandeur. Il suffit alors moins de deux années au quintette norvégien pour mettre sur pied sa nouvelle offrande et prendre toute la scène à contre-pied, lors de la parution de La Masquerade Infernale. En effet, depuis la sortie de Written in Waters, HEart of the Ages, Bergtatt et Min Tid Skal Komme (Ved Buens Ende, In The Woods, Ulver, Fleurety) en 1995, si l’on sentait déjà une frange de la scène blackmetal norvégienne en train de s’emanciper, jamais on aurait imaginer combien Arcturus allait exploser toutes les frontières en cette année 1997.

Surprenant déjà par sa couverture montrant Garm costumé pour le carnaval de Venise, La Masquerade Infernale s’ouvre sur un Master of Disguise déconcertant, tel un véritable bal où s’imbriquent le couple basse batterie technique & subtil de Hellhammer et Skoll (Hugh Mingay), les guitares fines et aérées de Knut M. Valle, les claviers astraux de Steinar, ou encore son piano tantôt grave ou débordant de majesté. Désormais à mille lieux de ses intonations black passées, Garm ajoute enfin son timbre rauque, chantant parfois merveilleusement faux, et croisant régulièrement la voix si gracieuse de Simon Hestnaes, créant un contraste de chaque instant.

Loin de leur rôle rythmique habituel, les guitares sont éléments de ce décor fantasmagorique, laissant l’articulation et le fil conducteur de chaque morceau aux soins de Steinar, qui livre des lignes de piano trahissant sa formation classique et sa passion pour Jean S. Bach. Cette inspiration est d’autant plus évidente sur le prodigieux Ad Astra, le titre le plus orchestral de cette mascarade infernale, véritable osmose entre parties de piano, guitares, samplers, flûtes et véritable quatuor à cordes. Doux, parfois grave, le morceau désarme ainsi par sa richesse et sa qualité de mise en place.

Troisième titre et nouvelle surprise, l’incroyable The Chaos Path, dominé par le chant théatral & tout en majesté de Simen et les lignes de guitares si riches & surprenantes de Knut. Si bien sûr claviers et violons sont de la partie, apportant une profondeur accrue, le titre n’en finit pas d’étonner, se concluant en tout en intensité sur des rythmes aux samples pourtant impensables.

Laissant pantois sur la première partie de son oeuvre, tant ses structures peuvent paraitre déconcertantes, Arcturus parvient encore à gagner en dimension sur ses ultimes morceaux. Le somptueux Alone, l’hypnotique The Throne of Tragedy, l’impérial Painting My Horror, le tragique Of Nails and Sinners, sont autant de moments magiques où les émotions se bousculent, où l’osmose entre musiciens n’a jamais été aussi forte.

Difficile d’accès aux premières écoutes, incohérent pour celui n’ayant pas la volonté de pénétrer son univers, La Masquerade Infernale emporte définitivement l’auditeur avec le temps. Grand, tragique & envoutant, ce théâtre baroque reste parallèlement toujours aussi indomptable au fil des représentations, afin de préserver avec pérennité toute sa magie et ses mystères. En véritable visionnaire, Arcturus impose ainsi en cette année 1997 un album d’une avant-garde et d’une richesse exceptionnelles, semblant tout comme Faust avoir définitivement vendu son âme au diable pour accoucher d’une telle oeuvre, qui présente comme seul défaut son impardonnable faute de français en son titre. Ultime !

Fabien.

> - Les chroniques -, Arcturus — admin @ 2:00

1 mai 2010