Bathory : Blood Fire Death
1988. Une seule année et demie après l’incontournable Under the Sign of the Black Mark, manifeste de noirceur ayant servi de véritable étalon à une scène Black Metal encore en manque de définition, Bathory réinvestit les studios Heavenshore de Stockholm pour les sessions de son quatrième effort, Blood Fire Death. Rompant avec l’image du Malin symbolisée par la tête de bouc de ses précédents albums, son leader opte pour une peinture magistrale de Peter Nicolai Arbo, La Chasse Sauvage d’Odin. Quorthon délaisse en effet le satanisme puéril de ses premières oeuvres, pour se rapprocher désormais des thèmes propres à la mythologie nordique. Parallèlement, il se dévoile pour la première fois aux côtés de deux musiciens, un batteur et un bassiste répondant aux pseudonymes respectifs de Wornth et Kothaar, chacun en tenue guerrière, le torse nu, épée à la main.
Musicalement, si le titre Enter the Eternal Fire (Under the Sign) laissait entrevoir la future évolution de Bathory, celle-ci se confirme dès les premiers instants de Blood Fire Death. Débutant sur une longue introduction où se mêlent chants religieux, hennissements de chevaux et guitares acoustiques, l’album explose avec le superbe A Fine Day to Die, sur le couple rythmique lourd du duo Wornth / Kothaar, les guitares furieuses, épaisses et nuancées de Quorthon, et son chant d’un déchirement incroyable. Puis, l’ambiance s’adoucit le temps d’un break aux guitares acoustiques et claviers tout en retenue, pour éclater de plus belle sur un soli furieux et mélodique à la fois.
Blood Fire Death rompt ainsi avec les plans noirs et minimalistes de ses prédécesseurs, imposant un metal plus progressif, aux ambiances définitivement épiques. Le ton se radicalise toutefois sur Golden Walls of Heaven, Pace Till Death et Holocaust, dominés par une rythmique tapageuse et des riffs incisifs, quasiment thrash. L’album monte alors progressivement en puissance, pour atteindre un sommet d’intensité sur l’atemporel For All Those Who Died, terrassant par son middle tempo assassin, ses riffs obsédants, soutenant la voix décharnée de Quorthon. Sans faiblir, Bathory enchaine sur l’intraitable Dies Irae, d’une furie dévastatrice en son début, aux soli infernaux, calmant ensuite le jeu pour mieux exploser, grâce à la force d’un seul riff, particulièrement redoutable.
Puis, le climat se radoucit sur le fantastique titre final éponyme, où l’atmosphère devient de nouveau épique et les structures plus progressives. Les guitares deviennent plus mélodiques, acoustiques durant le break, les claviers réapparaissent pour jouer le rôle de véritables chœurs, en opposition au chant toujours aussi arraché de Quorthon. Tout en maintenant une charge émotionnelle peu commune, le titre impose des ambiances tantôt belliqueuses, tantôt reposantes, évoquant ainsi les longues conquêtes viking et le retour sur les terres scandinaves, laissant déjà filtrer le goût du futur album de Bathory.
Détonateur du viking metal pour certains, monument du black épique pour d’autres, Blood Fire Death se moque de toutes les étiquettes, surfant allègrement entre une incision thrash et un côté black encore affirmés. Exploitant parfaitement la fibre de la mythologie nordique, en visionnaire incontestable, Quorthon réussit ainsi brillamment à propulser Bathory vers de nouveaux sommets, délaissant les ambiances noires et caverneuses d’un Under the Sign of the Black Mark rapidement devenu culte, pour imposer un nouveau standard, alliant rage, intensité, douceur & charme épique à la perfection.
Fabien.

Moins brouillon et plus maîtrisé que The Return, Under The Sign est effectivement une oeuvre incontournable, distillant avant l’heure un black d’une pureté incroyable (A Call From The Grave), standardisant définitivement les codes du blackmetal. A ce titre, alors que Death & Bathory bénéficiaient d’une notoriété et d’une distribution équivalentes, je n’ai jamais vraiment compris pourquoi la quasi totalité des formations extrêmes et des labels de l’époque s’engouffraient dans le mouvement death metal, et que paradoxallement, il ait fallu attendre plusieurs années pour assister au même engouement du côté black. Fabien.