Altars of Fab' Death

Behemoth : Evangelion

Primordial Domination

Depuis Satanica (10 ans déjà !) qui marquait un tournant décisif dans sa musique en abandonnant le Black Metal au profit d’un Death puissant et racé, Behemoth n’a cessé de gagner le respect des metalheads grâce à une impressionnante série d’albums toujours de qualité irréprochable et avec des prestations scéniques redoutables.
Les deux dernières offrandes Demigod et The Apostasy avaient largement convaincu, il manquait peut-être simplement un grain de folie et quelques hymnes éternels que l’on trouvait sur le terrible Thelema 6.
Avec Evangelion (2009), Nergal, Orion et Inferno (ayant déjà officié sur le bon Praise the Beast de Azarath sorti au printemps de cette année) ne se sont pas contentés de répéter les gammes mais sont bel et bien allés plus loin, proposant un disque qui devrait faire l’unanimité chez les Deathsters de bonne foi…

Tout comme les légendaires Suffocation, les musiciens de Behemoth ont émigré chez le « superlabel » teuton Nuclear Blast qui devrait assurer un service après vente conséquent. En tout cas du côté du contenant c’est du solide avec une pochette magnifique de Thomasz Danilowicz à la texture rappelant le Tales of Creation de Candlemass. Le livret est également soigné avec non seulement les paroles mais aussi quelques notes intéressantes qui nous permettent de mieux comprendre d’où leur vient l’inspiration au niveau des lyrics, ainsi qu’une kyrielle de photos très réussies du trio.

En revanche on ne s’attardera pas sur les producteurs et autres ingé son tellement c’est compliqué à expliquer : enregistré ici, mixé là, masterisé encore ailleurs, produit par untel, co produit par machin, assisté de truc… Sachez simplement que le célèbre Colin Richardson a effectué le mixage, ce qui pourrait être préoccupant vu les antécédents plutôt néo Metal de ce dernier, mais dès les premières notes de Daimonos nos inquiétudes s’estompent immédiatement devant la puissance et la clarté de la production. Enfin le redoutable batteur Inferno dispose d’une place dans le mixe à la hauteur de son immense talent. Si The Apostasy lorgnait en beaucoup de points vers un Death parfois expérimental avec notamment quelques chants lyriques, Daimonos se concentre sur la puissance et la brutalité. Mais ce n’est encore rien à côté de Shemhamforash, certainement le titre le plus brutal jamais composé par les polonais, Adam Darski (Nergal) y hurle avec une conviction évidente et Inferno balance des blast-beat interminables et hyper rapides avec une facilité déconcertante. Cependant la très fine couche de clavier, un break saisissant et le solo à la fois destructeur et déstructuré de Nergal contribuent à faire de ce titre bien plus qu’une composition lambda de brutal Death : mortel !

Bien sûr on n’échappera pas au hit Ov Fire and the Void dont le clip tourne largement sur Youtube et compagnie et sur lequel Inferno fait une fois de plus apprécier son double pédalage supersonique avec des rafales intermittentes du meilleur effet, un léger côté mélodique, presque atmosphérique sur ce titre n’oubliant pourtant pas de lâcher l’accélération qu’il faut au moment opportun.
Le côté lisse reproché à Behemoth depuis quelques disques par les grincheux (peut-être un peu justifié par moment) est largement resté au vestiaire, l’agressivité a gagné un cran sur Evangelion : Transmigration Beyond Realm Ov Amenti propose une kyrielle de riffs Death Metal (j’ai remarqué qu’il était bon de le préciser pour certains) plus dévastateurs les uns que les autres : un titre qui aurait pu figurer sur le bon Praise the Beast, l’autre groupe de Inferno évoluant dans un Death Metal brutal, noir et surpuissant.

Behemoth tutoie enfin la perfection avec Evangelion, comblant à mon sens les petites lacunes des disques précédents, brutalisant encore son répertoire mais sans abandonner le côté innovateur qui au contraire, est intégré au mieux dans la musique, contrairement aux voix claires qui arrivaient parfois comme un cheveu sur la soupe sur The Apostasy. He Who Breeds Pestilence combine d’ailleurs parfaitement les touches modernes du combo avec une violence rappelant le meilleur de Morbid Angel, ce morceau fait l’effet d’un véritable cataclysme s’abattant sur la planète : les trompettes (il y en a d’ailleurs ici) de la mort accompagnant la légion de démons descendant vers la terre dans un fracas abominable et grinçant sur nous autres mortels…

Là où de nombreux albums balancent 3-4 titres redoutables avant d’enchaîner par des pistes au mieux potables, au pire quelconques, Evangelion est homogène dans l’excellence, The Seed Ov I enchaîne d’ailleurs sans coup férir sur un Death lourd et dévastateur avec double pédalage permanent rappelant les excellents Panzerchrist, un titre où la basse d’Orion est bien mise en valeur. Pour couronner le tout le chant de Nergal est au top tout au long de l’album, parfois doublé avec du chant « semi clair » à la Zyklon (Alas, Lord is Upon Me).
Reflet de l’intensité incroyable de cette galette, lorsque l’on pense avoir un peu de répit après la fin dévastatrice de Alas…, Defiling Ov Black God déboule sans prévenir sous les coups de boutoirs surpuissants de l’infatigable Zbigniew Robert Prominski avant d’enchaîner un instant avec un solo sur fond d’Ambiant et de finir comme il avait commencé : en mode supersonique.
En guise de dessert, Lucifer propose un morceau Death Ambiant assez étrange duquel émane une atmosphère glauque, mise en exergue par les montées et descentes de Orion sur sa 4 cordes ainsi que les vociférations en polonais de Nergal et ses courts soli torturés. Un régal du début jusqu’à la fin je vous dis.

Non, Behemoth n’évolue pas dans les sphères du Death ultra technique, non Nergal et les siens ne donnent pas non plus dans le crasseux et le régressif et ils ne jouent pas la carte du gore ou du satanisme à outrance non plus, Behemoth propose juste un Death Metal suprême, violent, aux racines anciennes mais allant résolument de l’avant, bref un Death contemporain et simultanément authentique.
Les polonais viennent tout simplement de lâcher une ogive nucléaire qui renvoie à leurs études l’intégralité des albums sortis en 2009. Si Origin domine incontestablement la scène outre Atlantique, Behemoth règne désormais en maître sur l’Europe. Les Dead Congregation, Abysmal Torment, The Monolith Deathcult, Anata, Visceral Bleeding et autres Hour Of Penance qui ambitionnaient de s’installer sur le trône du Metal de la mort devront patienter.

Evangelion sera dur à déloger du sommet de la hiérarchie, mais ne vendons pas la peau de l’ours  et attendons de savoir ce que donne l’album de Nile à moins que…, à moins que Morbid Angel ne retrouve enfin une troisième jeunesse et coiffe tout le monde au poteau. En attendant Jackpot pour Behemoth qui pourrait bien devenir le premier « ex groupe de Black Metal » à sortir un disque Death de l’année…

BG (www.spirit-of-metal.com).

Behemoth franchit un nouveau palier dans sa carrière, gagnant en maîtrise, en puissance et en noirceur. Nergal et ses lieutenants jouent ainsi divinement sur les ambiances, tantôt noires, furieuses ou dantesques (avec instruments à cuivre à l’appui, quand même !), alternant des titres d’une puissance sans nom (Shemhamforash) à d’autres d’une lourdeur écrasante (Lucifer). Sans savoir si Evangelion délogera à terme mon précieux album Demigod (ce disque m’avait tant renversé à sa sortie en automne 2004), je m’incline en revanche déjà devant ce tel manifeste de noirceur et cette toute puissance. Impressionnant ! Fabien.

> - Les guests -, Behemoth — fabien @ 18:12

25 janvier 2009