Altars of Fab' Death

Beherit : Drawing Down the Moon

Beherit : Drawing Down the MoonFormé en 1989 en Finlande, à l’heure où le deathmetal impose son insolente suprématie, grâce à l’avènement de Death ou de Morbid Angel, Beherit compte durant ses jeunes années parmi les quelques formations extrêmes évoluant dans un registre plus foncièrement black, sous influence des premières oeuvres blackthrash de Bathory ou Sarcofago. Il faut attendre quelques détonateurs comme Samael, Blasphemy ou Darkthrone pour que la scène blackmetal fasse de nouveau parler d’elle, se hissant comme un bastion de résistance dédié à la mort et aux ténèbres, face à une scène death qui semble devenir plus conformiste, davantage concentrée sur la technique que sur le message.

Beherit connait toutefois des débuts mitigés, mis directement sous les feux de la rampe par le label crapuleux Turbo Music, qui n’hésite pas dès 1991 à vendre comme premier album (le fameux The Oath of Black Blood) ses démos approximatives Demonomancy et Dawn of Satan’s Millennium, remixées au passage. Immédiatement, le disque fait son petit effet dans l’underground, entre les adorateurs de ce chaos et les détracteurs n’hésitant pas à qualifier la bande de Marko Laiho comme l’une des plus mauvaises formations extrêmes de l’époque.

Au même titre que Darkthrone, Emperor, Mayhem ou Impaled Nazarene qui commencent sérieusement à attirer les regards, Beherit bénéficie ainsi de l’attention de la presse spécialisée, lui permettant de conclure un contrat discographique avec l’écurie finlandaise Spinefarm Records, détentrice à cette époque des deathsters de Sentenced & Funebre. Durant plusieurs passages aux Sound Studios finnois entre avril et septembre 1992, le trio formé par Nuclear Holocauto (Marko Laiho), Black Jesus et Necroperversor met ainsi sur pied Drawing Down the Moon, son premier véritable album. Celui-ci sort toutefois tardivement, en novembre 1993, durant une période où la scène blackmetal est alors en pleine explosion.

Toutefois, alors que le concept musical et spirituel des groupes blackmetal se focalise sur les codes dictés par Mayhem, Emperor ou Darkthrone, Beherit sort déjà des carcans, à l’instar de quelques rares formations de l’époque comme les black-punkers d’Impaled Nazarene ou les ambient-darkers d’Abruptum. Le titre et la pochette de Drawing Down the Moon, aux dimensions spatiales, donnent déjà le signe fort d’une volonté de démarcation.

L’album débute pourtant conventionnellement, sur une intro dominée par la présence du Malin, s’enchainant sur les rythmiques tapageuses, le riffing délibérément primitif et le langage bestial de Salomon’s Gate. Mais très vite, au coeur du premier morceau, Beherit ralentit la cadence et insère voix chuchotées & nappes de claviers cosmiques, apportant une tout autre dimension, tout en entretenant le côté malsain et cru de son oeuvre.

Tour à tour bestial et chaotique -mais diablement maîtrisé- (Nocturnal Evil), lent et poignant (Sadomatic Rites), lunaire et planant (The Gate of Nanna), mystique (Lord of Shadows), ou carrément ambiant (Nuclear Girl), Beherit aime surprendre l’auditeur au fil de l’avancée de son album, jonglant ainsi sur plusieurs tableaux. Drawing Down the Moon reste toutefois une réalisation très homogène, chaque morceau étant relié par cette même noirceur, formant un tout d’une dimension à la fois astrale et satanique.

Loin de l’approximation de ses débuts, Beherit surprend en cette année 1993 avec un album d’avant-garde aux atmosphères uniques, imposant aux côtés de son compatriote Impaled Nazarene sa vision personnelle de la noirceur, et n’hésitant ainsi pas à bousculer l’ordre établi par les ténors norvégiens de l’époque. Plus discret, rebutant et minimaliste en apparence, Drawing Down the Moon dévoile pourtant originalité et finesse d’écriture au fil de ses écoutes, oeuvre d’autant plus unique dans la carrière de Beherit (du moins jusqu’en 2009), qui se tournera très vite vers des sonorités ambiantes et électro, loin des sentiers mêmes du blackmetal.

Fabien.

> - Les chroniques -, Beherit — admin @ 2:00

30 avril 2010