Altars of Fab' Death

Brujeria : Matando Gueros

Brujeria : Matando GuerosLorsque le label Roadrunner introduit Brujeria sur sa compilation At Death Door Volume II en 1992, il présente le groupe comme un redoutable gang mexicain activement recherché par les autorités de son pays, commercialisant alors son premier album Matando Gueros dès l’année suivante en entretenant savamment le mystère. Les guérilléros sont toutefois rapidement démasqués par les métalleux les plus sagaces, cachant en fait plusieurs personnalités des sphères metal du moment, tels Dino Cazares & Raymond Herrera de Fear Factory, Shane Embury de Napalm Death, ou encore Billy Gould de Faith No More.

Brujeria pratique un grind death sans fioriture, autour de sujet aussi festifs que le trafic de drogue, l’immigration ou la révolution. La pochette de Matando Gueros est à ce titre l’une des plus brutale que le métal ait connu, affichant une tête non seulement décapitée mais aussi partiellement déchiquetée. L’une des étonnantes particularités du groupe réside également dans son expression en langue espagnole, sur les vocaux gras et brutaux de John Lepe, compréhensibles et mixés en avant.

Le grind death de Brujeria renferme un ton radical avant tout, privilégiant la lourdeur et l’incision des guitares à toute forme de sophistication. Les titres de Matando Gueros sont courts, dominés par les blast-beats de Raymond, la violence des riffs de Dino & Billy et la brutalité vocale de John, à l’image de Sacrificio, Santa Lucio ou de son mémorable titre éponyme, véritables odes à la révolution. L’album reste toutefois gras et sans finesse, mettant surtout l’accent sur une brutalité rythmique au détriment de toute variété et de subtilité, instaurant ainsi une monotonie inévitable durant ses dix neuf morceaux (EP Machetazos inclus).

Vaste fumisterie commerciale pour certains, grind death sans concession pour d’autres, Matando Gueros ne laisse ainsi personne indifférent lors de sa sortie. Malgré une forte similitude dans la construction de ses morceaux, l’album frappe à la fois par sa désinvolture et sa violence gratuite, conférant ce fort sentiment de “revoluçion” mexicaine renforcé ses paroles en espagnol, s’opposant fièrement à la suprématie de la langue anglo-saxonne.

Fabien.

> - Les chroniques -, Brujeria — admin @ 2:00

10 mai 2008