Altars of Fab' Death

Cannibal Corpse : Torture

Cannibal Corpse : TortureTrois années après des tournées incessantes pour la promotion d’Evisceration Plague, l’horloge du deathmetal nommée Cannibal Corpse est de retour en ce mois de mars MMXII pour le largage de son douzième album, déjà 22 années après ses débuts sur Eaten Back to Life. Réitérant le choix d’Erik Rutan (Hate Eternal), ingénieur du son idéal du quintet depuis Kill, la bande d’Alex Webster revient toutefois aux Sonic Ranch Studios délaissés sur ses deux précédents efforts, pour la mise en boite de l’assise batterie – basse – guitares, avant de finaliser le reste dans les Mana Studios d’Erik en Floride. Baptisé simplement et froidement Torture, le nouveau méfait des floridiens est bien sûr confié aux mains de l’illustrateur attitré Vince Locke, qui livre un dessin partiellement visible depuis l’extérieur, la plus affreuse facette à l’intérieur bien entendu, tandis que le label Metal Blade promeut de nouveau son meilleur poulain comme il se doit.

Stakhanoviste, n’ayons pas peur des mots, Alex Webster cède cette fois-ci un peu plus le terrain des compositions à ses brillants collègues Rob Barrett et Pat O’Brien, respectivement auteurs de trois et quatre nouveaux morceaux, les cinq autres brûlots incombant à notre infatigable bassiste. Cette diversité rapproche ainsi Torture de l’époque du bon The Wretched Spawn, où chacun avait plus précisément mis la main à la pâte, notamment notre bon Jack Owen sévissant désormais dans les rangs du tout aussi redoutable Deicide, particulièrement en forme ces dernières années.

Au-delà d’une variété indéniable, le rapprochement entre Torture et The Wretched Spawn ne s’arrête pas là, puisque non seulement les albums partagent les mêmes studios pour la capture de leur section rythmique, mais aussi sont-ils délibérément tournés vers une même efficacité, à l’image du très entrainant morceau Demented Aggression de Pat O’Brien en ouverture ou encore du terrible Sarcophabic Frenzy de Rob Barrett, au riff central imparable. Cette volonté de Cannibal Corpse de personnaliser plus précisément chacun de ses titres donne au final un disque très accrocheur, tout en gardant une grande homogénéité.

Tantôt rapide, tantôt plus lent ou rentre-dedans, empli de contretemps, et supporté par le jeu fluide de Paul Mazurkiewicz et le chant guttural de George Fischer au dynamisme (et au coffre !) toujours aussi incroyable, Torture forme ainsi un ensemble ne tombant jamais dans la linéarité, sans aucun temps mort exception faite du morceau Scourge of Iron d’Alex Webster qui peine peut-être un peu plus à décoller. Et c’est bien ici le tour de force de Cannibal Corpse, qui parvient à mettre son haut niveau technique au service d’une efficacité irréprochable, loin de toute démonstration froide et mécanique.

Si Cannibal Corpse ne réinvente ni son deathmetal, ni son concept sur ses douze nouveaux films d’horreur mis en musique en ce début d’année MMXII, il se maintient au fil des ans toujours dans le peloton de tête, fort d’un Torture à la fois technique, organique, varié et percutant. A l’instar de son vieux confrère Immolation au rythme de sorties d’albums tout aussi métronomique et sans faux pas dans sa longue carrière, le quintet nord-américain compte parmi ces rares groupes d’influence et de qualité incontestables, sans lesquels le deathmetal ne serait pas exactement ce qu’il est aujourd’hui.

Fabien.

> - Les chroniques -, Cannibal Corpse — admin @ 17:25

19 mars 2012