Altars of Fab' Death

Carcariass : E-xtinction

Carcariass - E-xtinction

Difficile de jauger ces sept années silencieuses du côté des Franc-Comtois… Sept ans, cela nous renverrait presque au siècle dernier. Ce n’est d’ailleurs pas totalement faux : Carcariass est bien un groupe des années 90. Son éclosion tardive et le progrès évident montré à chaque album en ont longtemps fait un des plus grands espoirs du death metal français, à une époque de vache maigre pour ce style. Son Killing Process, il y a donc sept ans, avait fait office de confirmation d’un talent incontestable, la personnalité atypique en prime.
Seulement, ces sept années ont passé à la vitesse de la lumière pour les death metalleux de tous poils, puisque depuis 2002, leur style favori a retrouvé une sève qu’il n’avait plus connue depuis ses origines. Et la scène hexagonale n’a pas été en reste, à tel point qu’un come-back comme celui de Carcariass, même si il va forcément émoustiller ceux qui les ont suivi dans le passé, se fait sur la pointe des pieds.

Toutefois, on constate avec un immense plaisir que les années n’ont pas vraiment de prise sur nos amis. Cultivant plus que jamais leur indépendance et leur côté décalé, ils semblent reprendre les affaires là où ils les avaient laissé avec Killing Process. L’artwork chiadé, puis les premières notes et enfin les écoutes successives confirment tout cela.
E-xtinction garde ce côté atypique, atemporel, créatif qui a fait la renommée du groupe. On peut même dire qu’il le cultive, voire qu’il le sublime.
Tenez, jetez donc un coup d’œil à la track-list : 8 morceaux, dont 1 sur 2 s’avèrent être une instrumentale. Et histoire d’assumer jusqu’au bout sa fantaisie, Carcariass sert en guise de bonus les 4 titres chantés en…instrumentale ! Et le pire, c’est que l’on ne s’en plaint pas vraiment.

Le style Carcariass, plus vivace que jamais, paraît à la fois anachronique et atemporel : étymologiquement, les deux adjectifs ne sont pas compatibles, c’est vrai. Mais que dire d’autre à l’écoute de ce metal technique fluide, spontané, jamais exubérant ni jusqu’au-boutiste (donc forcément en marge de la tendance actuelle). Son univers aérien, presque dématérialisé, peut être présenté comme futuriste. Et dans le même temps, il réveille de merveilleux souvenirs enfouis il y a bien longtemps, ces ambiances éthérées et ensorcelantes d’un Atheist ou d’un Coroner, ces monstres de techno-death (ou thrash) experts dans l’harmonie, l’équilibre de la pureté des rythmiques et de la virtuosité d’une lead guitar qui n’en finit pas d’étourdir et de griser.

Univers moderne donc, avec une approche qui prend le contre-pied de la plupart des démarches modernistes. Enregistré dans les propres studios du groupe, mixé avec beaucoup de justesse par Stéphane Buriez, le disque dispose d’une production qui délivre juste ce qu’il faut mais ne fait pas dans l’ultra-puissance. Dans le même ordre d’idée, amateurs de vitesse supersonique, passez votre chemin. Hormis quelques secondes de blast anecdotique, le disque se déroule sur un tempo moyen, qui s’amuse de temps à autre avec le contre-temps. Ce qui par ailleurs ne gêne pas des musiciens toujours aussi adroits et propres dans leur exécution.

On en vient au final à se refuser de mettre en exergue un morceau particulier (le très Coronerien Chaos And Decay serait bien mon chouchou, mais je ne devrais pas le dire…). La qualité générale de la composition, la fluidité des enchaînements et cet apparent détachement qui donne la fausse impression que la création du disque s’est faite au feeling, sans préméditation, tout cela concourt à bâtir un tableau onirique et envoûtant.
D’ailleurs, si on peut toujours définir la musique de Carcariass comme une forme de techno-death mélodique, elle semble tellement insensible aux étiquettes qu’on pourrait facilement aller jusqu’à la classer en heavy metal à tendance progressive, sans trouver à y redire. On sent bien que de toute façon, le groupe ne se soucie guère de ce genre de détail, seuls la musicalité et le feeling semblant avoir de l’importance à ses yeux. Comment ne pas leur donner raison…
Bref, sept ans d’attente qui ne comptent pas vraiment, E-xtinction se présentant d’ores et déjà comme un formidable successeur de Killing Process. Carcariass reste lui-même, tout en signant certainement son disque le plus abouti.

Et pour le côté chauvin, on se doit de signaler qu’avec le superbe Process Of A New Decline (l’archétype du death technique moderne plein de virtuosité) de Gorod, et ce nouvel album de Carcariass absolument atypique, la scène hexagonale dispose de deux disques certes diamétralement opposés dans l’approche, mais pas dans leur musicalité, et assurément parmi les meilleures sorties du genre en 2009.

Eulmatt (www.metal-blogs.com/eulmatt ).

A mon sens, il s’agit là du meilleur disque de Carcariass à ce jour, groupe qui comme le bon vin, se bonifie au fil de ses albums.  Comme tu l’as si bien écrit, Carcariass se moque aussi bien des tendances que des étiquettes, délivrant un mélange atemporel entre thrash, death technique et heavymetal, incroyablement fluide malgré sa complexité, grâce à ce sens imparable de la mélodie. Les nombreux soli de Pascal, emplis de générosité et jamais envahissants, contribuent à la richesse des harmonies et à la singularité de cette formation franc-comtoise. Personnellement, j’adore entendre l’album dans sa version purement instrumentale. Fabien.

> - Les guests -, Carcariass — fabien @ 16:57

24 janvier 2009