Altars of Fab' Death

Condemned : Realms of the Ungodly

Condemned

Dans un genre qui peine à trouver ses nouvelles lettres de noblesse, étant donné le peu de marge de créativité permis, Condemned hausse de plusieurs échelons sa force de frappe dès son 2ème full-length, et peut sérieusement prétendre à s’emparer du trône négligé par Disgorge et Devourment.

En effet, après un premier album plaisant, “Descrate the vile” sorti en 2006 chez Lacerated Enemy, modeste Label tchèque, et dont les 2 intérêts furent la superbe illustration de Par Olofsson et la courtoisie de ne pas pondre une merde parmi tant d’autres, Condemned nous assène ici un véritable coup d’éclat.

Surement la signature chez Unique Leader y est pour quelque chose, le Label des compères de Deeds of Flesh étant synonyme de solidité. De fait la production est quasi-parfaite pour ce style, massive sans trop en faire, claire en respectant la lourdeur et l’étouffement, et suffisamment aérée pour emmener l’auditeur dans les limbes de la brutalité comme dans un tour de train-fantôme.

L’ambiance du disque, renforcée par 2-3 samples assez discrets mais bien placés, est ténébreuse et apocalyptique, nos amis californiens nous épargnant les effets gore, porngore et les clichés du TXDM, ce dont on ne peut que les remercier. Du coup, une plus grande profondeur, voire noirceur, se dégage, un peu dans la veine du dernier Defeated Sanity, bien que musicalement, Condemned soit peut-être plus accessible et plus enlevé.

La voix d’Angel Ochoa (également affecté au “chant” dans le groupe Cephalotripsy) est l’un des atouts majeurs du groupe: elle reste incroyablement limpide et distincte malgré les gargouillis et les glaires qui se débattent au fond du gosier de ce pauvre diable! Le tout combiné à une reverb de cuvette de chiottes, le résultat surprend de justesse et d’ampleur.

Le reste du line-up n’a quasiment pas bougé depuis le premier album hormis un des deux gratteux, ce qui est plutôt bon signe pour un groupe qui veut progresser et gagner en maturité. Et là, c’est fait.

A l’image du jeu de batterie, dont Forrest Stedt ne cache pas son inspiration du jeu de Lille Gruber, Condemned casse, concasse, et fracasse les rythmes et les riffs pour nous offrir une descente sinistre et chaotique, à l’instar du titre-étalon Realms of the Ungodly et son magistral riff d’entrée, immédiatement écrasé par une succession de courtes parties slams ( qui sont les meilleures ) et d’accélérations paranoïaques.

L’album est ainsi composé de titres plus ou moins longs, de 2:30 à 5mn, plus ou moins brutaux, et chaque titre est lui-même formé d’enchainements de riffs, de brefs slams, et de mid-tempos très réussis, finement distillés comme à 0:50 sur Embodical in Elms of Eternal Misery, à 1:26 sur Ere of the Dark Savereign, ou à 3:57 sur Submerged unto Phlegethon, la pièce maîtresse de l’ouvrage, qui clôt cette fresque horrifique avec autorité.

Bien que ne pouvant être qualifié de Technique, car restons lucides on a affaire du gros Death Brutal US qui colle, Condemned fait néanmoins preuve d’une grande précision dans l’exécution et les liaisons, notamment à l’écoute des deux brûlots Manipulated for Servitude et Baptismal Incineration Upon Simonists, aux séquences frénétiques constamment troublées par des breaks et des slams intempestifs. De même, s’ils ne sont certes que des brutes engendrées par leurs proches voisins de San Diego, Disgorge, ne nions pas les touches crépusculaires voire ” progressives” qu’ils ont insufflé dans les morceaux Forged within Lecherous Offerings ou The Divine Order of Babylon, confirmant le bouillonnement jubilatoire de ce Realms of the Ungodly.

Enfin, parfaitement en accord avec l’album, l’artwork de Jon Zig au sommet de son art + quatre dessins originaux supplémentaires de Zig et de Tony Koehl illustrant des chansons à l’intérieur du booklet, valent déjà à eux-seuls la moitié de l’achat du cd.

Bonne surprise donc dans un style très restreint que ce Condemned qui ne s’enlise pas dans le slam et offre un album abouti et maitrisé. Surement un futur classique du genre, même si ce n’est qu’un sous-genre dont il faut d’abord savoir prendre à la légère les clichés et les parodies pour en apprécier les qualités.

 Sijj.

Leprosy

Pour ma part, je n’inscris pas spécialement Realms of the Ungodly en slam, et je le place en tout cas parmi les crus brutaldeath 2011 fortement recommandes, au sein d’un style qui peine globalement à maintenir son excellence ces deux / trois dernières années. Sans égaler la profondeur abyssale d’un Parallels of Infinite Torture ni la technique démentielle d’un Psalms of the Moribound, ce second album de Condemned est sacrément sombre, dense, et abouti, et représente un pas de géant en regard de son prédécesseur d’une facture bien plus légère. Pour l’instant, je place sans problème Realms of the Ungodly dans l’esprit et au niveau de Consume the Forsaken et Chapter of Repugnance, renfermant cette atmosphère lourde & indescriptible, et possédant au final une sacrée une force d’attraction. Fabien.

> - Les guests -, Condemned — fabien @ 18:13

1 décembre 2011

Condemned (USA-2) : Desecrate the Vile

Condemned (USA-2) : Desecrate the VileFormé en Californie en 2004, Condemned rejoint la flopée de formations brutal death sévissant dans cette région, choisissant parallèlement un patronyme maintes fois utilisé. Sa démo Mass Burial lui permet de rejoindre les rangs du label tchèque Lacerated Enemy, et d’enregistrer son premier album en été 2006, doucement nommé Desecrate the Vile, et muni d’une pochette absolument fabuleuse du maître Pär Olofsson.

Avec deux membres de Cephalotripsy dans ses rangs, Condemned présente des similitudes avec son voisin, à commencer par les vocaux immondes d’Angel Ochoa, d’un vomitif particulièrement caricatural. Le groupe ne verse pas en revanche dans le groove propre aux formations slam death, mais délivre une musique proche du brutal death de Disgorge (US) ou d’Inherit Disease, riche en brutalité et en atmosphères soignées.

Techniquement, Condemned assure honnêtement ses rythmiques, sans toutefois posséder un jeu d’une richesse exceptionnelle, à l’image d’un Brain Drill ou d’un Decrepit Birth bigrement plus impressionnants. En revanche, le groupe décline habillement ses riffs et multiplie adroitement les tempi, accroissant l’efficacité de ses morceaux, à l’image des bons Fixation Of Suffering & Habitual Depravity, bien que ses compositions restent tout de même relativement interchangeables.

Malgré l’originalité de son timbre vocal, Angel Ochoa ajoute de surcroît une certaine linéarité, faute à l’omniprésence de ses éructations glaireuses & incompréhensibles, sur un ton hélas trop similaire. En revanche, lorsque le groupe invite Shawn Whitaker, Levi Fuselier & Sam Townsley (Insidious Decrepancy, Disgorge (US), Parasitic) sur le titre Chapter Of Defilement, il devient d’un coup autrement plus percutant, grâce à l’alternance des vocalises, qui permet de gagner une dynamique très appréciable.

Toutefois, Desecrate the Vile défile en seulement vingt trois petites minutes, se concluant par des bruitages caverneux bien pensés, mais s’étalant sur neuf longues minutes, laissant une fâcheuse impression d’une extention artificielle de la durée totale, afin de dépasser le cap psychologique de la demi-heure.

Servi par une production correcte, dotant tout de même les guitares d’un son légèrement plat ou encore la caisse claire d’une résonnance un peu creuse, Desecrate the Vile demeure un bon album de brutal death, alignant rafales de riffs et harmoniques aiguës, comblant les inconditionnels de la scène brutal death US. En tout cas, le talent et les idées sont là, permettant sans aucun doute à Condemned de passer d’un premier missile convaincant à des ogives beaucoup plus meurtrières.

Fabien.

> - Les chroniques -, Condemned — admin @ 2:00

6 août 2008