Altars of Fab' Death

Divine Eve : Purgatory’s Reign

Divine Eve : Purgatory's ReignL’année 1993 reste certainement le cru deathmetal le plus prolifique de l’écurie allemande Nuclearblast de Markus Staiger. C’est également en ce début d’année que le label commercialise le premier mini-album des texans de Divine Eve, le fameux As the Angels Weep muni d’une illustration du peintre allemand Hieronymous Bosch, connu au moyen-âge pour sa vision toute particulière des enfers. Mélange imparable entre doom et deathmetal, le disque ne rencontre toutefois qu’un succès d’estime, ce qui n’empêche toutefois pas son leader Xan Hammack de s’atteler à la composition d’un album complet.

Entre temps, le guitariste, bassiste et chanteur migre en Californie, et dissout dans la foulée l’entité Divine Eve pour poursuivre l’aventure sous le nom de Crimson Relic avec son nouvel acolyte Rhett Davis derrière les fûts. C’est sous ce nouveau patronyme que le groupe décroche un contrat avec le label Radiation Records, qui n’est autre qu’une division éphémère de Nuclearblast, active durant cette courte période. Le duo investit alors un studio local durant l’été 1995, débouchant sur la parution de Purgatory’s Reign en tout début d’année suivante, dans une confidentialité proche du précédent mini-album.

Composé aussi bien durant la période texane que californienne de Xan Hammack, le premier et unique album de Crimson Relic s’inscrit dans la plus parfaite continuité de Divine Eve. La coloration doom de As the Angels Weep encore largement présente se fait toutefois moins sentir, au profit d’un penchant deathrash qui prend un peu plus d’ascendant. Inutile de chercher longtemps les influences du duo, celles-ci s’ancrant définitivement dans le metal extrême des eighties et émanant plus particulièrement de l’incontournable Celtic Frost, avec une note rappelant le mélange thrash-doom de Dream Death, groupe nord américain souvent méconnu mais pourtant précurseur.

Sans s’en cacher le moins du monde, Crimson Relic déborde en effet d’admiration pour la première partie de carrière du géant suisse, et multiplie d’ailleurs les riffs et clins d’œil pointant sans détour en direction des albums cultes Morbid Tales et To Mega Therion, pour citer en exemple le riffing d’Innoncence Lost rappelant un certain Dethroned Emperor, ou encore les coups de tambour de The Solemn And The Wicked renvoyant vers l’invincible morceau Dawn of Meggido. Ce respect avoué de Xan pour l’œuvre de Tom Warrior ne réduit pas pour autant son groupe à un simple clone, renfermant suffisamment de talent pour dégager une vraie personnalité.

Basé sur des rythmiques et un riffing priorisant efficacité & feeling à toute forme de technique démonstrative, Purgatory’s Reign est un album diablement percutant. Impossible de résister ainsi un seul instant au titre éponyme ou encore au génial In Dismal Bliss, emmenés par une batterie explosive lors des rythmes rapides en deux temps et par des guitares rondes tout aussi renversantes, sans compter le chant guttural nerveux de Xan Hammack. Parallèlement, Crimson Relic retrouve au détour de nombreux passages cette saveur doom toujours latente, qui s’exprime parfois avec mélancolie à l’image du final de Thane of Torchless Night mêlant guitares acoustiques et saturées.

Version plus deathmetal des premières oeuvres cultes de Celtic Frost, tout en restant suffisamment singulière, Purgatory’s Reign est une réalisation mordante et racée, se hissant parmi les albums les plus intéressants de cette année 1996, grâce la force de son riffing aussi incisif qu’entêtant et par son mélange de saveurs death & doom si enivrant. Sous sa nouvelle appellation Crimson Relic, le groupe de Xan Hammack ne rencontre toutefois guère plus de succès, fondant d’ailleurs rapidement après la sortie de son unique album pour réapparaitre de nombreuses années plus tard avec son patronyme d’origine.

Fabien.

> - Les chroniques -, Crimson Relic — admin @ 19:13

25 février 2011