Altars of Fab' Death

Dark Funeral : Attera Totus Sanctus

Dark Funeral : Attera Totus SanctusSi Vobiscum Satanas avait été quelque peu décevant, la puissance et la noirceur sans limite de Diabolis Interium avaient largement permis à Dark Funeral de réaffirmer sa position sur le trône du brutalblack suédois aux côtés de Marduk et Setherial. Attendu pour son quatrième album, le groupe emmené par Ahriman revient ainsi quatre longues années plus tard, fraichement signé chez l’écurie montante Regain Records, son ancien label No Fashion ayant mis un terme à son activité après 10 ans de loyaux services, peu de temps après la sortie du troisième disque des scandinaves.

L’illustration démoniaque et la réitération de la langue latine pour le titre d’Attera Totus Sanctus montrent déjà combien ce nouvel effort sinscrit dans la veine de son prédécesseur. L’impression se confirme dès l’ouverture de l’album sur les très bons King Antichrist et 666 Voices Inside, dominés par le martèlement d’une rapidité et d’une précision impitoyables de Matte Modin, parfait soutien aux riffs intraitables de Lord Ahriman et Chaq Mol, la toute dernière recrue à la seconde guitare. Magus Caligula (Masse Broberg, le premier growler d’Hypocrisy pour les incultes) déverse quant à lui ses vociférations haineuses avec un minimum syndical, sur un flot stéréotypé de paroles sataniques et anticléricales habituel.

Passé ces premiers titres au riffing renversant mais aussi saisissant, en comptant également le précieux morceau éponyme, Attera Totus Sanctus prend ensuite des allures assez routinières, que le lent Atrum Regina parvient difficilement à casser. Dark Funeral soigne en revanche l’ambiance et l’introduction de chaque morceau, offrant de belles montées en puissance et gommant partiellement une linéarité indéniable.

Désirant parallèlement apporter plus de corps à ses guitares, Dark Funeral délaisse cette fois les Abyss Studios du célèbre Peter Tägtgren pour se diriger aux Doug Out Studios sous la coupe de Daniel Bergstrand, réputé pour ses productions massives et sa collaboration avec Meshuggah. C’est d’ailleurs Gustaf Hielm de cette formation scandinave de renom qui se charge des lignes de basse, bien que son travail remarquable soit en retrait dans le mixage. A ce titre, si l’ingénieur du son apporte un soin particulier aux guitares, il livre au final un enregistrement desservant en partie Attera Totus Sanctus, qui perd en noirceur et en intensité plus qu’autre chose.

Ayant la lourde de tâche de succéder à un Diabolis Interium rapidement devenu invincible, le nouvel album des serviteurs du Malin ne réserve ainsi pas de surprise notoire, reprenant scolairement à l’endroit où le groupe s’était arrêté quatre années auparavant, l’incision du riff et l’inspiration même en dessous, sans compter son enregistrement convenant moyennement à Dark Funeral. En cette année 2005, si la chaleur insoutenable des enfers paraît cette fois plus éloignée et moins dangereuse, Attera Totus Sanctus reste toutefois un album d’une incandescence largement suffisante pour brûler son entourage, tout en renfermant cette brutalité toujours aussi excessive.

Fabien.

> - Les chroniques -, Dark Funeral — admin @ 2:00

15 octobre 2010

Dark Funeral : Dark Funeral

Dark Funeral : Dark Funeral

Digne héritière de Bathory, la Suède ne suit pourtant pas immédiatement le chemin blackmetal tout tracé par son glorieux ainé, impitoyablement entrainée dans la spirale deathmetal depuis l’essor d’Entombed et Carnage en cette période 89-90. Tandis que plusieurs foyers black resurgissent aux quatre coins du globe, à l’image des finlandais d’Impaled Nazarene ou Beherit, des suisses de Samael, des canadiens de Blasphemy ou des nombreux acteurs norvégiens tels Darkthrone ou Immortal, la Suède reste quant à elle en retrait, ne comptant dans ces années 92-93 que les deux premiers disques du jeune Marduk et celui de Dissection, ou encore les groupes Throne Of Ahaz et The Black tout fraichement entrés en studios au printemps 1993 pour les sessions de leur premier album complet.

C’est en cette même année 1993 que Dark Funeral se forme, sous l’impulsion de Micke Svanberg (Lord Ahriman) et de David Parland (Blackmoon), qui se désintéresse quant à lui de la scène deathmetal omniprésente et de son groupe Necrophobic, auteur de l’intemporel The Nocturnal Silence. Les deux guitaristes complètent rapidement le line-up avec un batteur et un chanteur possédé répondant aux doux pseudonymes de Draugen et Themgoroth.

Il ne suffit que de quelques mois à la paire de guitaristes pour composer ses premiers morceaux et partir dès janvier 1994 à la rencontre de Dan Swanö, leader d’Edge Of Sanity et désormais ingénieur du son, ayant déjà ses propres locaux d’enregistrement, les Unisound -Hellspawn- Studios. Dark Funeral précède ainsi dans ces mêmes lieux les anciens deathsters de Dawn, fraichement convertis à une scène blackmetal en pleine expansion, et ressort alors avec quatre titres formant son premier mini-album éponyme, disponible dès la fin de l’été 1994 chez Hellspawn Records, label monté pour l’occasion par nos jeunes protagonistes.

Tandis que la scène blackmetal norvégienne occupe largement le devant à cette époque, grâce à la multiplicité et la variété de ses formations, mais aussi grâce aux frasques extra-musicales de certains de ses acteurs, Dark Funeral, ce nouveau froid venu de Suède, secoue quant à lui en cette rentrée 1994 avec son black sans pitié, non sans rappeler la brutalité noire du fantastique Pure Holocaust d’Immortal, paru une petite année auparavant.

Le mini-album s’ouvre en effet sur l’intraitable Open the Gates, dominé par son martèlement de fûts, ses guitares intraitables et ses vociférations d’outre-tombe. Si David Parland excellait alors au sein de Necrophobic dans l’art de composer un riffing meurtrier, il parvient également à conserver cette même intensité au sein de Dark Funeral, formant avec son compère Micke Svanberg une paire particulièrement dangereuse, une machine à riffs plus que redoutable, aux relents deathmetal encore assez marqués. Cascades de riffs sans grand équivalent, Shadows Over Transylvania et My Dark Desire, puis l’imparable In the Signs of the Horns -aux touches classiques judicieuses- dégagent cette même force, alternant rythmes soutenus et breaks impitoyables, sur les guitares acérées des deux leaders et la production profonde & puissante de Dan Swanö.

Placé sous le signe du Malin, aux propos anticléricaux sans équivoque (par simple imagerie ou réelle conviction ?), le mini-album éponyme de Dark Funeral s’impose directement comme une oeuvre culte allant droit à l’essentiel, installant une atmosphère diabolique par la seule force de son riffing et l’excellence de sa production, constituant la première pierre de la scène brutalblack suédoise, quelques mois avant même la sortie du mémorable Opus Nocturne de son compatriote et rival musical Marduk. Lâchant un pavé dans la mare en cette rentrée 1994, le groupe s’oppose ainsi aux nombreuses formations blackmetal du moment, qui hissaient avant tout le style comme un art de vivre, une musique crue et viscérale, et reléguaient le conformisme au second plan. Cette approche basée sur la puissance et la brutalité à tout prix lui vaudra dès lors, à l’instar de son collègue Marduk, autant de fidèles que de détracteurs.

Fabien.

> - Les chroniques -, Dark Funeral — admin @ 2:15

19 mai 2010