Altars of Fab' Death

Dark Tranquillity : The Gallery

Dark Transuillity : The Gallery

Alors que le Black Metal pète littéralement la baraque, la scène Death suédoise autrefois si brillante est en pleine déconfiture : Hypocrisy et Entombed délaissent leur style d’origine, Grave et Dismember n’arrivent pas à confirmer leurs deux superbes premiers albums, bref c’est la crise… Mais en cette période de disette des bons vieux classiques, le Death mélodique va prendre la relève. Dark Tranquillity déjà auteur d’un premier album remarquable, laisse partir le chanteur Anders Friden chez In Flames, ce qui permet à Michael Stanne de se consacrer entièrement au chant et de lâcher la guitare au profit du nouvel arrivant Fredrik Johansson. Après le mini Of Chaos And Eternal Night avec un nouveau line-up ayant redoutablement pris ses marques, les suédois obtiennent une signature chez Osmose Productions, label français pourtant spécialisé Black Metal.

C’est au Fredman studio chez Fredrik Nordström que le quintette va enregistrer ce légendaire second full-lenght, judicieusement nommé The Gallery (1995). Doté d’une somptueuse pochette de Kristian Wåhlin (aka Necrolord), le disque dégage avant même l’écoute une aura particulière et étrange, tranchant avec l’imagerie habituelle du Death Metal. Punish My Heaven délivre pourtant un Death Metal hargneux à l’image du chant de Michael bien plus agressif et puissant que celui de son prédécesseur, mais malgré la vélocité et le tranchant, les guitares de la paire Johansson / Sundin sont empruntes d’une virtuosité peu commune avec un côté mélodique omniprésent.

La production a gagné une profondeur impressionnante depuis Skydancer, donnant un impact supplémentaire à l’ensemble. C’est d’ailleurs l’une des principales différences entre ces deux disques : les compositions épiques, véritables tiroirs à émotions de Skydancer ont été affinées ici et le son puissant et cristallin permet d’apprécier au mieux tous les détails, notamment le moindre coup de baguette ou les nuances à la basse. A noter le jeu sobre mais efficace et équilibré du batteur Anders Jivarp.

Que les morceaux soient calmes et proches d’une balade (Silence, and the Firmament Withdrew) ou plus furieux (The One Brooding Warning), les guitares délivrent des notes entêtantes, et ce en rythmique comme en solo. Le plus de The Gallery est aussi d’inclure dans sa musique des éléments qui pourraient paraître incongrus tels des passages de piano, qui non seulement font partie intégrante de la chanson mais lui donnent de surcroît une autre dimension (Denspring).

L’immense force du combo de Göteborg est de pouvoir enchaîner allégrement une complainte lente et mélodique (Lethe) et un mid tempo avec chant féminin (The Gallery) en passant par une furie proche du Black Metal (Midway Through Infinity) sans que l’homogénéité et la qualité n’en pâtissent bien au contraire : The Gallery se veut un panorama complet de toutes les possibilités du Death mélodique. Mieux encore Niklas Sundin et ses hommes réinventent littéralement le style avec une insolente facilité.

Plus généralement, The Gallery contient tout simplement quelques titres parmi les meilleurs de tous les temps, notamment The Dividing Line sur lequel Michael Stanne donne sa pleine mesure. Ce morceau dominé par une paire de gratteux touchée par la grâce et faisant pleurer leurs instruments aussi sûrement qu’ils délivrent des riffs tranchants et agressifs (notamment le solo à 2:23 suivi d’un break et d’une accélération soudaine bienvenue) donne la chair de poule. Le final en deux parties Mine is the Grandeur…/…Of Melancholy Burning avec ses passages acoustiques dantesques, l’intervention vocale de Eve-Marie Larson comme sortie d’un rêve ainsi que le crescendo final, est également gravé dans la légende.

Plus fort que The Jester Race, plus ultime que Purgatory Afterglow, moins expérimental que Crimson, plus complet que Slaughter of the Soul, The Gallery s’impose comme la référence absolue en matière de Death mélodique dépassant le cadre rigide du Death pour toucher les fans de tous styles de métaux… Près de 15 années plus tard on a encore jamais fait mieux.

BG (www.spirit-of-metal.com).

The Gallery est effectivement une des plus belles perles du deathmetal mélodique suédois, parue à une période où le deathmetal traditionnel semblait en manque de définition. Je ne citerai pas de titres qui m’ont particulièrement envouté, d’une part pour ne pas paraphraser ta critique, mais également car il est impossible de mettre quelconque morceau en retrait. En revanche, dans mon pois-chiche, Skydancer l’emportera toujours sur son remarquable successeur. Sa sobriété et ses ambiances feutrées m’avaient tellement marqué, que je l’avais déjà hissé tout en haut de ma pile… Deux albums d’exception en tout cas, effaçant à mon humble avis le fade Minds’ I et les albums lissés qui suivront. Fabien.

Comment : Je suis fier que tu aies repris ma bafouille pour ton blog, ce disque de Dark Tranquillity m’avait beaucoup secou? sa sortie et c’est une des chroniques dans laquelle j’ai mis le plus de c?ur. BG.

> - Les guests -, Dark Tranquillity — fabien @ 15:24

23 août 2009

Dark Tranquillity : Skydancer

Dark Tranquillity : Skydancer

Formé en 1989 sous le nom de Septic Broiler, le quintette de Göteborg change rapidement son patronyme en Dark Tranquillity, pour délaisser progressivement le deathmetal de ses débuts au profit d’une orientation death bien plus mélodique, se comptant ainsi parmi les précurseurs scandinaves du style aux côtés d’At The Gates, Edge Of Sanity ou Amorphis. A l’époque, le groupe présente notamment la particularité d’inclure Anders Friden au chant (futur vocaliste d’In Flames) et Mickael Stanne à la guitare (futur chanteur de la formation), ainsi que le bassiste Martin Henriksson, qui glissera quant à lui à la guitare bien des années plus tard.

Remarqué suite à sa démo Trail of life decayed puis son EP A Moonclad Reflection de 1992, Dark Tranquillity signe un contrat avec le jeune label finlandais Spinefarm Records, qui compte notamment à son actif l’album Children of the Scorn des deathsters de Funebre et s’apprête à sortir les incontournables North from Here et Drawing Dawn the Moon de Sentenced et Beherit. Le groupe se dirige ainsi Soundscape Studios au printemps 1993 pour les sessions de son premier album Skydancer, paraissant dès le mois d’août.

Skydancer dévoile un deathmetal progressif quasiment inédit en Scandinavie à cette époque, au son plus léger tout en renfermant une grande force émotionnelle, poussant ainsi plus en avant le concept d’Edge of Sanity sur l’atemporel Unorthodox, quant à lui bien plus massif et tourné vers plus de brutalité. Bénéficiant d’un son moins compressé, les guitaristes Niklas Sundin et Mikael Stanne multiplient les riffs et harmonies s’imbriquant les uns aux autres, pour former parfois des plages complexes mais guidées par une trame mélodique idéale, à l’image du superbe morceau Crimson Winds. A ce titre, malgré son apparente légèreté, Skydancer comporte des morceaux alambiqués qui nécessitent plusieurs écoutes avant d’être pleinement appréciés.

La richesse de l’oeuvre se compte parallèlement à travers les nombreux trésors qu’elle renferme, à l’image de ses nombreux soli et passages acoustiques, de ses moments plus furieux, ou encore de l’alternance entre vocaux gutturaux, chants clairs masculins et féminins parcimonieux le tout composé dans une grande cohérence et interprété avec une grande sensibilité. Skydancer contraste ainsi entre ses bases metal rapides et ses nombreux moments d’accalmie, pour atteindre une intensité et une profondeur remarquables. Et que dire de la force d’A Bolt Of Blazing Gold, ce superbe titre progressif de 7 minutes d’un équilibre exemplaire, aux chants clairs renversants en son cœur et aux guitares acoustiques sensibles pour un final enivrant.

Différent de l’orientation plus directe et plus commerciale abordé par le groupe vers la fin des années 90, Skydancer est une réalisation à l’atmosphère plus feutrée, d’une richesse et d’une puissance émotionnelle renversantes, ne délivrant ses secrets qu’au fil d’écoutes attentives et passionnées. Ses envolées lyriques et musicales de toute beauté et ce respect avoué pour le metal en font l’une des réalisations death mélodique les plus marquantes à ce jour, un chef d’oeuvre intemporel.

Fabien.

17 août 2007