Altars of Fab' Death

Darkthrone : The Underground Resistance

Darkthrone : The Underground Resistance

Darkthrone figure aujourd’hui sans conteste parmi les gardiens du temple du metal à l’ancienne, s’étant désormais positionné quelques années avant sa création en 87 pour se fixer plus précisément entre 84 et 85, à l’heure où les frontières entre heavy, speed et thrashmetal étaient encore bien minces, où le blackmetal était avant tout un état d’esprit. Evoluant sous forme de duo depuis l’inénarrable Transilvanian Hunger en 94, Fenriz et Nocturno lâchent en ce début 2013 leur seizième album, en comptant Goatlord, simple enregistrement en répétition mais occupant une place importante entre le deathmetal de Soulside Journey et le blackmetal sans concession d’A Blaze in the Northern Sky.

Nos deux briscards ont pris cette fois leur temps en capturant eux-mêmes six nouveaux morceaux en trois moments compris entre mars 2010 et juillet ‘12. La méthode d’enregistrement reste inchangée au fil des années, notre duo norvégien refusant catégoriquement toute compression, intervention numérique ou capteurs sur la batterie, qui pourraient dénaturer le son metal des années 80’s, dont ils se réclament de fervents défenseurs.

Composé de six plages et ayant un titre particulièrement évocateur, The Underground Resistance compte équitablement trois morceaux composés et chantés par Fenriz, et trois autres par Nocturno. Les titres (impairs) de Nocturno ne dépayseront pas les amateurs de la trilogie illustrée par Dennis Dread, de F.O.A.D. à l’excellent Circle the Wagons en passant par Dark Thrones & Black Flags. On y retrouve en effet Darkthrone totalement décomplexé et possédant cette fibre à la fois punk & blackmetal, ces riffs de guitare percutants & immédiatement identifiables de Nocturno, ainsi que son chant rocailleux & charbonneux renforçant le côté plutôt destroy, trois titres de qualité à l’image du savoureux Dead Early en ouverture, à quelques pas de l’invincible Stylized Corpse du précédent album.

Côté Fenriz, si notre homme nous avait déjà largement transporté au coeur des eighties sur Circle the Wagons avec le morceau éponyme ou le mémorable I Am the Grave of the 80’s, le voyage se poursuit durant ses trois nouvelles compositions, où sa voix devient encore plus mélodique, parfois haut perchée, notre bonhomme chantant avec une sincérité vraiment touchante. On navigue ici-même au milieu des 80’s entre heavy, speed & thrashmetal, l’ombre d’Agent Steel voire des premiers efforts d’Helloween (avant l’arrivée de Kiske) n’étant jamais très loin. Si Valkyrie est un morceau réellement poignant, bénéficiant d’un très beau final, Leave No Cross Unturned est le vrai tour de force de The Underground Resistance, 13 minutes passant incroyablement vite, un sacré moment où Darkthrone dresse un panorama idéal des eighties.

Abordés d’une manière différente, les morceaux de Fenriz et Nocturno restent toutefois complémentaires et se rejoignent par ailleurs sur de nombreux points, d’une part grâce au riffing de Nocturno, mais aussi grâce à cette aura ‘celtic frostienne’ qui relie si habilement chaque oeuvre de Darkthrone, le final de Leave No Cross Unturned en étant le meilleur exemple. Le virage pris depuis The Cult Is Alive / F.O.A.D., et franchement serré sur Circle the Wagons, se confirme donc sur ce seizième effort, nos deux bonhommes parvenant à modeler leur son au fil des réalisations et à reculer d’un an à chaque nouvelle année, tout en conservant intacte l’identité de Darkthrone.

Fabien.

> - Les chroniques -, Darkthrone — admin @ 0:52

5 mars 2013

Darkthrone : Transilvanian Hunger

Darkthrone : Transilvanian HungerAlors que le blackmetal norvégien attire de nombreux regards extra-musicaux, faute à ses prises de positions extrêmes désormais suivies de passages à l’acte par quelques membres de l’Inner Circle, pour citer l’incendie total de l’église de Fantoft en 1992 jusqu’au meurtre d’Oystein Aarseth (Euronymous) en août de l’année suivante, Darkthrone enregistre quant à lui son quatrième album entre novembre et décembre 1993, évoluant désormais sous forme de duo depuis le départ de Zephyrous.

Darkthrone change cette fois-ci de méthode durant les sessions d’enregistrement, Fenriz s’investissant plus particulièrement dans le processus, à l’image de sa présence en couverture de Transilvanian Hunger. Notre homme interprète ainsi toutes les parties de batterie, de basse et de guitares, son acolyte Nocturno Culto se chargeant uniquement du chant. La moitié des paroles est parallèlement confiée à la plume de Varg Vikernes (leader de Burzum), l’un des principaux incendiaires des stavkirke et le meurtrier avéré du leader de Mayhem. Bien que le concept de l’album n’aille certainement pas dans ce sens, la polémique surgit toutefois faute à l’inscription provocante et maladroite ‘Norsk Arisk Black Metal’ au dos du CD, que le label Peaceville autorise à son plus grand dam. Le tollé qui suit est immédiat, la presse accablant l’écurie anglaise, tandis que de nombreux distributeurs boycottent le disque, voire la discographie toute entière du groupe norvégien.

Musicalement, si Darkthrone clamait déjà haut et fort depuis ses deux précédents efforts combien le blackmetal doit rester sale et minimaliste pour la préservation de son essence, il pousse cette fois-ci le concept dans ses derniers retranchements, réduisant la musique et son enregistrement à un niveau quasiment atavique, à l’image de la pièce I En Hall Med Flesk Og Mjød où le riff principal se répète inlassablement, soutenu par une batterie foncièrement tapageuse et un chant si possédé. Pour souligner l’absence totale de concession et mettre naturellement en avant ses racines, le groupe opte parallèlement pour une expression majoritaire dans sa langue natale, à l’exception du morceau éponyme en ouverture et du tout aussi redoutable As Flittermice As Satans Spys.

Mais, si de nombreuses formations se seraient certainement cassé les dents devant un tel exercice, Darkthrone parvient quant à lui à créer une magie noire dès les premiers instants de Transilvanian Hunger. Il lui suffit ainsi que de quelques idées par morceau et d’une ligne directrice pour bâtir l’une des œuvres parmi les plus crues et prenantes du blackmetal scandinave, bénéficiant cette fois d’une capture tout aussi glaciale, mais avec l’épaisseur qui manquait sur le maléfique Under a Funeral Moon. Bien que le rythme des morceaux reste majoritairement effréné et leur riffing si primaire (mais tellement entêtant), notre duo trouve aussi les riffs qui percutent, et place idéalement refrains entrainants et breaks mémorables au bon moment. La force de cet album diabolique réside par ailleurs dans la nuance apportée par ses guitares pourtant si primaires, grâce à la superposition d’une rythmique répétitive, déchirante & obsédante, et d’une lead plus fine & si poignante, à l’image des pistes Graven Tåkeheimens Saler et En Ås I Dype Skogen, comptant à mon sens parmi les pièces les plus intenses de la carrière de Darkthrone, aptes comme peu de morceaux à me mettre sur les genoux à chaque écoute.

D’un minimalisme saisissant et présenté par ses auteurs comme le ‘True Norvegian Black Metal’, Transilvanian Hunger est considéré à juste titre comme une essence parfaite du genre, dans ce qu’il recèle de plus noir, de plus haineux et de plus pur, comptant indéniablement parmi les représentations majeures du black scandinave. Darkthrone parvient non seulement à rassembler tous les ingrédients pour façonner sans concession un condensé brut d’une froideur et d’une intensité sans limite, mais aussi à synthétiser définitivement une facette primordiale du blackmetal, ayant été si loin dans l’extrême en cette année 1994 qu’il lui faudra désormais trouver d’autres ressorts pour franchir de nouvelles étapes. Le divorce est en tout cas consommé avec son label, le directeur Hammy, fervent défenseur de l’underground et des libertés, ayant été profondément affecté par les polémiques qu’il n’a pas su anticiper. Notre duo norvégien trouvera quant à lui les ressources nécessaires grâce à son rapprochement avec Satyr, leader de Satyricon et fondateur de l’écurie Moonfog, lui permettant de poursuivre une carrière ô combien fructueuse, sans toutefois retrouver pleinement cette rage incontrôlable et cette noirceur ayant marqué son passé d’une encre anthracite indélébile.

Fabien.

> - Les chroniques -, Darkthrone — admin @ 15:23

15 mai 2012

Darkthrone : Goatlord

Darkthrone : GoatlordAyant rapidement perdu la fibre du deathmetal peu après l’enregistrement de Soulside Journey en 1990, sous l’influence d’Euronymous (Mayhem), Darkthrone figure parmi les premiers groupes norvégiens ayant rallumé la flamme du blackmetal initiée quelques années auparavant par Hellhammer ou Bathory, surprenant ainsi la scène extrême avec un A Blaze in the Northern Sky bien plus noir, rapide et cru, mais tout aussi culte que son indétrônable prédécesseur.

Durant cette période 90/91 de transition comprise entre les deux albums, le quatuor qui inclut encore le bassiste Dag Nilsen enregistre durant une répétition dix morceaux instrumentaux, destinés à former son second album. L’ensemble des titres finit toutefois rapidement au panier, faute à une architecture deathmetal ne correspondant plus aux attentes de nos protagonistes norvégiens, désormais tournés vers une essence bien plus noire et radicale.

Il faut alors attendre l’année 1994, certainement durant l’arrangement de Nordavind (le fabuleux album folk/black de Fenriz, Satyr et Kari Rueslatten), pour que cet enregistrement en répétition ressurgisse dans l’esprit du batteur de Darkthrone, qui décide alors d’ajouter ses lignes vocales en lieu et place de Nocturno Culto, chanteur habituel de la formation mais visiblement en dehors de cette démarche de résurrection. Déjà annoncé dans le livret de Panzerfaust en 1995, l’atypique Goatlord sort ainsi en fin d’année 1996 chez Moonfog Productions, quelques mois après la sortie de Total Death.

Loin du blackmetal cru adopté depuis A Blaze in the Northern Sky, l’assise instrumentale de Goatlord se rapproche ainsi davantage du deathmetal du premier album de Darkthrone, dans une version toutefois plus noire et absolument brute de décoffrage, sans la puissance et la profondeur du son de guitare des studios Sunlight. Sur un rythme majoritairement middle tempo, les riffs manquent ainsi globalement d’incision en regard du précédent effort, parfois approximativement mis en place faute à leur enregistrement sans recul livré à la volée. On peut à ce titre largement entendre le souffle du micro sur les introductions de Sadomasochistic Rites et Black Daimon, bien que l’ensemble de ces défauts fassent aussi le charme de l’enregistrement, sans artifice ni tricherie.

La différence la plus notable entre Goatlord et Soulside Journey se situe plus exactement dans la voix sale et crue de Fenriz, en opposition avec le chant guttural de Nocturno Culto (Ted Skjellum) sur le premier album. Sa voix pestilentielle et ses quelques invocations narrées apportent ainsi une noirceur toute particulière aux compositions, les rapprochant davantage des sphères charbonneuses du blackmetal. A plusieurs reprises, pour citer les morceaux Rex ou Sadomasochistic Rites, on peut également entendre des voix féminines que Fenriz aurait lui-même mis en place, bien que j’associerais pour ma part plus volontiers ces rares interventions à la gorge de Kari Rueslatten. Ces voix claires n’apportent toutefois aucune douceur, mais entretiennent au contraire ce climat si glauque, à la manière du début du titre Shepherds Mourn non sans rappeler l’invincible Necromantical Screams de Celtic Frost, l’ombre du trio helvète ayant toujours plus ou moins plané sur les oeuvres de Darkthrone.

Vaste fumisterie pour certains ou témoignage authentique pour d’autre, Goatlord est ainsi un album controversé dans la discographie de Darkthrone, paru comme un cheveu dans la soupe en cette année 1996. Il reste en tous cas un pan essentiel dans la longue histoire du groupe norvégien, dont chaque enregistrement marque une étape importante dans son parcours. Trainant parfois en longueur faute à des peaufinages et arrangements n’ayant jamais vu le jour, Goatlord doit ainsi être considéré comme un simple enregistrement en répétition, contenant toutefois suffisamment de force, de noirceur et de possession pour ne pas avoir à rougir, mais également plusieurs morceaux comme l’occulte Black Daimon méritant indéniablement le détour.

Fabien.

> - Les chroniques -, Darkthrone — admin @ 17:48

14 janvier 2011

Darkthrone : Total Death

Darkthrone : Total DeathAu titre annoncé dès la parution de Panzerfaust sur son livret, Total Death, le sixième effort de Darkthrone, ne tarde pas à sortir dès le début d’année 1996 chez le label Moonfog de Satyr, après son enregistrement aux Ancient Spectre Ruins entre août et octobre 1995. Comme en témoignent les paysages lunaires différents entre les éditions LP et CD, Darkthrone rompt avec l’imagerie de ses précédentes réalisations, quittant ses sombres forêts pour un décor désertique, annonciateur d’une nouvelle ère succédant à sa période qu’il nommait lui-même « True Norvegian Black Metal » depuis l’inénarrable Transilvanian Hunger.

Darkthrone délaisse en effet quelque peu ses structures minimalistes et son côté cru, pour tendre vers un blackmetal pour rond et plus cossu. Le binôme articulé autour de Fenriz et Nocturno Culto prend d’ailleurs quelques allures deathmetal au passage, à l’image du riffing entêtant et tout en puissance du fabuleux titre d’ouverture Earth’s Last Picture ou encore du redoutable Blackwinged dégageant une brutalité auquel le groupe ne nous avait guère habitué jusqu’à lors. Les vociférations De Nocturno Culto gagnent parallèlement en profondeur gutturale, contribuant à la densité toute particulière de ce début d’album. Si Gather for Attack s’inscrit dans cette même lignée, l’entrainant Black Victory of Death renoue quant à lui avec ces two-beats binaires si renversants et si typiques de Darkthrone.

Passé ces quatre premiers titres, Total Death prend alors une autre tournure, en grande partie dû à sa production plus légère, scindant finalement l’oeuvre en deux parties assez distinctes. La caisse claire plus creuse de Fenriz et les guitares moins massives de Nocturno Culto font alors perdre les touches deathmetal que l’on remarquait au début. Cette différence se fait plus nettement ressentir dès l’arrivée du morceau Blasphemer, sonnant davantage comme un blackthrash tout droit sorti des eighties. Puis l’ambiance devient plus sombre et s’intensifie sur le superbe Ravnajuv et le plus lent The Serpent Harvest, tels deux hymnes dédiés à la période la plus noire de Darkthrone.

Sensiblement différent de ses prédécesseurs, Total Death créé ainsi la surprise de prime abord, montrant Darkthrone capable de gagner en puissance pure au détriment de son black sale, minimaliste et intégriste, qui avait fait basculer tant d’âmes du côté sombre. Souvent mal aimé par la frange la plus radicale de son public blackmetal, pêchant il est vrai par un certain manque d’homogénéité, ce sixième disque reste pourtant une oeuvre notable du duo norvégien, qui garde immuablement cette identité inébranlable reliant chacun de ses albums. Enfin, pour les plus poètes d’entre vous, sachez que les quatre morceaux composés par Fenriz comportent des paroles respectivement signées par Garm, Ihsahn, Satyr et Carl Michael Eide, rien que ça !

Fabien.

> - Les chroniques -, Darkthrone — admin @ 2:00

18 octobre 2010

Darkthrone : Panzerfaust

Darkthrone : PanzerfaustSortant trois pierres angulaires du black scandinave au traitement bien différent mais reliés par la même noirceur, bien que le rang d’Under a Funeral Moon puisse être plus contestable, Darkthrone enchaine en cette année 1995 avec Panzerfaust, le quatrième album de son ère blackmetal. Suite à ses démêlées avec son écurie Peaceville, faute à sa position politique nébuleuse conduisant au fâcheux malentendu, l’entité bicéphale articulée autour de Fenriz et Nocturno Culto signe sur le petit label Moonfog de Satyr, qui compte à ce moment les réalisations de Satyricon, Storm, Neptune Towers et le futur Wongraven, tout un petit monde gravitant autour de Satyr et Fenriz.

Dans l’impossibilité d’aller plus loin dans sa recherche du minimalisme et de la noirceur, ayant transcender ses limites sur l’impensable et indomptable Transilvanian Hunger, Darkthrone revient sur Panzerfaust à un blackmetal plus traditionnel, laissant ressurgir ouvertement sa vieille passion pour le dieu Celtic Frost. Celle-ci est particulièrement palpable sur Triumphant Gleam ou Beholding the Throne of Might, deux hymnes visiblement dédiés à la formation de Thomas G.Warrior, bâtis sur des rythmiques majoritairement middle tempo et un riffing rond, sans oublier les vocaux crus de Nocturno Culto et une bonne dose de larsen qui conférent une authenticité et une spontanéité indéniables. Sur le même schéma, The Horde of Nebulah peine quant à lui à décoller, conservant un rythme monolithique un brin longuet.

On retrouve d’ailleurs cette même longueur sur le titre Quintessence, ainsi que sur l’outro planante au clavier accompagnant le monologue de Fenriz. Quintessence est en outre une demi-surprise puisqu’il s’agit d’une version blackmetal du titre Noregsgard figurant sur l’album Nordavind de Storm paru à quelques semaines d’intervalle, pour le coup moins réussie à mon humble avis que la première mouture folk médiévale initialement arrangée par Fenriz et Satyr.

Quant aux deux morceaux hurlés en norvégien, les rapides En Vid av Sorg et Hans Siste Vinter, ils donnent à mon sens le meilleur de Panzerfaust, renouant avec la saveur d’un Transilvanian Hunger, sur un riffing simple & redondant, mais particulièrement entêtant. Le titre d’ouverture contient justement ces lignes de guitares absolument poignantes, l’une des plus belles pièces de la longue carrière de Darkthrone.

Si Panzerfaust possède une coloration particulière et sa propre singularité, Darkthrone n’ayant encore jamais sorti deux fois le même album à cette époque, ce nouvel effort reprend tout de même les principaux éléments exploités jusqu’à lors. Il ne représente à ce titre pas le meilleur de la discographie du duo norvégien, contenant parallèlement plusieurs longueurs, mais s’affiche plutôt comme un rattachement à des valeurs plus traditionnelles donnant ce sentiment de plénitude sur sa fin, tel un retour aux sources salvateur après tant d’excès.

Fabien.

> - Les chroniques -, Darkthrone — admin @ 2:00

15 octobre 2010

Darkthrone : Under a Funeral Moon

Darkthrone : Under a Funeral Moon

Il n’aura fallu qu’un seul détonateur, l’impitoyable A Blaze in the Northern Sky de Darkthrone, pour remettre définitivement sur rail un blackmetal que l’on croyait confiné dans l’ombre de son cousin deathmetal, depuis l’insolente suprématie du style ennemi lors de ces années 89-91. Grâce à ses trois compositeurs, travaillant à plein régime en répétition tant celles-ci restent frappées par une magie toute particulière à cette époque, le groupe norvégien met ainsi seulement dix mois à construire la seconde oeuvre de son ère blackmetal, rejoignant dès juin 1992 les Creative Studios pour les sessions du bien nommé Under a Funeral Moon. Paru en cours d’année suivante chez le fidèle label Peaceville Records, l’album installe cette fois-ci Nocturno Culto en couverture, dans une pose aussi noire que son collègue Zephyrous sur le précédent album.

Si Darkthrone n’a pas foncièrement changé de style entre ses deux efforts, conservant sa façon d’aborder ses morceaux et son imagerie purement black, le groupe rompt en revanche définitivement avec les relents deathmetal de son passé, dont des traces subsistaient encore dans le riffing d’A Blaze in the Northern Sky. Profondément occulte, possédé par le Malin, Under a Funeral Moon se veut plus primaire, tant au niveau de l’épuration de ses compositions que du minimalisme de sa production.

Les rythmes tapageurs du premier titre Natassja In Eternal Sleep, son riffing souvent répétitif et parfois réduit à sa plus simple expression, la froideur de sa capture, les vocaux très crus de Nocturno Culto, sont ainsi autant de facteurs montrant combien Darkthrone revendique avant tout une culture, en opposition à toute forme de technique instrumentale superflue. Lâchant parallèlement son premier morceau en norvégien, Inn I De Dype Skogers Favn, le groupe dessine ainsi déjà les contours d’un style qu’il nommera dès l’année suivante le True Norvegian Blackmetal.

Tout aussi noir, Summer of the Diabolical Holocaust hante rapidement l’auditeur, à coups de guitares d’une noirceur peu commune, de passages en two-beats si cher à Fenriz, ou encore par la force de son riff central entêtant. Le middle tempo To Walk the Infernal Fields relance quant à lui idéalement la seconde partie d’Under a Funeral Moon, qui trouve alors son apogée sur le final particulièrement lent et saisissant de Crossing the Triangle of Flame.

Servant idéalement le concept si noir et si froid de Darkthrone pour les uns, pêchant au contraire par son manque de technique et la relative faiblesse de sa production pour les autres, Under a Funeral Moon divise à sa sortie, et reste encore aujourd’hui sujet de sempiternels débats. Dans l’ombre de son aîné rapidement devenu culte, ayant secoué toute la scène extrême une année auparavant, le dernier album du groupe norvégien aux côtés de Zephyrous donne en revanche une nouvelle et pleine définition de la noirceur, encore plus crue, plus sale et minimaliste.

Fabien.

> - Les chroniques -, Darkthrone — admin @ 0:54

17 mai 2010

Darkthrone : A Blaze in the Northern Sky

Darkthrone : A Blaze in the Northern SkyAlors que le deathmetal bat son plein en cette année 1991, Oystein Aarseth entend bien raviver la flamme du blackmetal scandinave, quasiment éteinte depuis Under The Sign Of The Black Mark de Bathory en 1987. Avec son groupe Mayhem et son magasin Helvete situé à Oslo, il influence alors considérablement son entourage, depuis Olve Eikemo et Kristian Vikernes, qui délaissent le death de Old Funeral, pour fonder respectivement les entités Immortal et Burzum, jusqu’à Gylve Nagell, Ivar Enger et Ted Skjellum qui, depuis l’enregistrement de Goatlord en répétition, ne ressentent plus aucun feeling death. Ces derniers décident alors d’adopter respectivement les pseudonymes de Fenriz, Zephyrous et Nocturno Culto et de faire évoluer Darkthrone dans un univers black sans compromis.

Enterrant alors les structures complexes et les riffs techniques de Soulside Journey, Darkthrone reprend les plans simples et directs de Morbid Tales et d’Under The Sign (Celtic Frost, Bathory), mais en accroît considérablement la vitesse, apportant en plus le son froid typique de ses guitares, qui permet la très forte identité de son style, malgré ses influences évidentes.

Contrairement à ses compatriotes de Mayhem, Immortal ou Burzum, ou de ses homologues de Beherit ou Samael, Darkthrone bénéficie déjà d’un label et d’un premier album solides, lui ayant assuré sa place au sein de la scène extrême. Ainsi, dès la fin des sessions d’A Blaze in the Northern Sky avec Erik Avnskog en août 1991, le groupe travaille de suite avec son écurie Peaceville, pour la commercialisation du disque en tout début d’année suivante.

A Blaze in the Northern Sky répand alors son blackmetal comme une traînée de poudre, imposant sa pochette noire et lugubre, en contraction totale avec les clichés gores et les illustrations riches & stéréotypées de l’époque. De plus, dès son introduction dans la platine, l’album surprend par la noirceur de son premier titre, Kaatharian Life Code, débutant par une intro dominée par les bêlements de boucs, puis s’enchaînant sur un black brutal et dévastateur, servi par les blasts infernaux de Fenriz, les guitares lacérantes de Zephyrous et Nocturno, et les vociférations haineuses de Nocturno, semblant surgir d’outre tombe.

Puis, In The Shadow & Paragon Belial, aux influences Celtic Frost non dissimulées, calment le rythme, mais conservent brillamment ces riffs tranchants, cette intensité formidable et ce climat diabolique, précédant alors la furie de Cold Wind & A Blaze, et les atmosphères sombres de Pagan Winter, renforcées par les courtes incantations de Fenriz, particulièrement bien senties.

Grâce à son black terriblement cru & malsain, A Blaze in the Northern Sky renverse d’un coup tous les à priori, suscitant l’engouement immédiat des âmes sombres de la communauté métallique, qui se demandent alors pourquoi le black initié par Venom, Celtic Frost ou Bathory, a pu resté injustement dans l’ombre du deathmetal pendant toutes ces années. Darkthrone trouve ainsi son public, en clamant haut et fort à cette époque, que le black est avant tout un style de vie, sa musique devant rester sale et minimaliste, s’opposant ainsi fièrement aux formations sans âme, qui s’empêtrent selon lui dans des déballages techniques et des productions lisses, perdant la véritable essence du metal underground.

Album référence dès sa sortie et convertissant des hordes de métalleux, A Blaze in the Northern Sky impose ainsi le son black norvégien, se hissant directement parmi les oeuvres incontournables du revival blackmetal. Les années passent, mais sa haine, son intensité et sa pureté restent encore indétrônables, le maintenant invinciblement au panthéon du blackmetal.

Fabien.

> - Les chroniques -, Darkthrone — admin @ 2:00

25 janvier 2008

Darkthrone : Soulside Journey

Darkthrone : Soulside JourneyDarkthrone se forme en 1987 sur les cendres de Black Death, autour du batteur Gylve Nagell et du guitariste Ivar Enger, rapidement rejoints par le bassiste Dag Nielsen et le guitariste chanteur Ted Skjellum. Sans faire exception à la règle, le quatuor norvégien subit de plein fouet l’influence du deathmetal, qui subjugue littéralement la scène extrême de la fin des eighties.

Après plusieurs démos, Darkthrone conclut un deal avec Peaceville, alors réputé pour ses récentes signatures d’Autopsy et Paradise Lost. Le groupe rejoint ainsi l’inévitable Tomas Skogskerg, pour les sessions de Soulside Journey fin 1990, commercialisé en tout début d’année suivante. A l’époque, hormis le LP Hallucinating Anxiety de Cadaver, la Norvège ne s’est encore guère illustrée au sein de la scène death scandinave, encore largement dominée par la Suède, à l’instar d’Entombed & Carnage, ses deux leaders du moment.

Avec ses guitares co-enregistrées par Tomas Skogsberg et Uffe Cederlung (Entombed), Soulside Journey ne surprend pas au premier abord, bénéficiant du même son glacial à l’origine du succès de Left Hand Path & Dark Recollections (Entombed, Carnage). Sur les rythmiques complexes de Gylve (alias Hank Amarillo) et de Dag, les riffs de Ted & Ivar sont lourds et tranchants, délivrant un deathmetal technique et profond, à l’image des excellents Cromlech et Grave With A View, ou encore des formidables instrumentaux Accumulation et Eon, sur lesquels Darkthrone démontre toute l’étendue de son talent.

Pourtant, au-delà d’un deathmetal en apparence conventionnel, Soulside Journey dégage une atmosphère incroyablement sombre, encore inédite à l’époque. Son climat est terriblement pesant, renforcé par le guttural profond de Ted Skjellum, et par quelques touches de claviers parcimonieuses, comme sur le fabuleux Neptune Towers, renforçant cette ambiance funèbre & envoûtante, et apportant également une grande mélancolie.

Considéré par certains comme l’oeuvre pionnière du darkdeath, Soulside Journey impose effectivement l’alliance entre la lourdeur & la brutalité du deathmetal, avec des ambiances sombres et mélancoliques. Darkthrone marque dès lors les esprits en cette année 1991, hissant l’album parmi les pièces essentielles des débuts du deathmetal scandinave, mais laissant parallèlement pressentir le changement rapide d’orientation de Gylve, Ivar et Ted, vers des sphères black pures et sans compromis, sous les nouveaux pseudonymes de Fenriz, Zephyrous et Nocturno Culto.

Fabien.

> - Les chroniques -, Darkthrone — admin @ 2:00

23 janvier 2008