Altars of Fab’ Death

Darkthrone : A Blaze in the Northern Sky

A Blaze in the Northern SkyAlors que le death métal bat son plein en cette année 1991, Oystein Aarseth entend bien raviver la flamme du black métal, véritablement éteinte depuis Under The Sign Of The Black Mark de Bathory en 1987. Avec son groupe Mayhem, et son magasin Helvete situé à Oslo, il influence alors considérablement son entourage, depuis Olve Eikemo et Kristian Vikernes, qui délaissent le death de Old Funeral, pour fonder respectivement les entités Immortal et Burzum, jusqu’à Gylve Nagell, Ivar Enger et Ted Skjellum, qui depuis l’enregistrement de Goatlord en répétition, ne ressentent plus aucun feeling death métal. Ces derniers décident alors d’adopter respectivement les pseudonymes de Fenriz, Zephyrous et Nocturno Culto et de faire évoluer Darkthrone dans un univers black sans compromis.

Enterrant alors les structures complexes et les riffs techniques de Soulside Journey, Darkthrone reprend les plans simples et directs de Morbid Tales et d’Under The Sign (Celtic Frost, Bathory), mais en accroît considérablement la vitesse, apportant en plus le son froid typique de ses guitares, qui permet la très forte identité de son style, malgré ses influences évidentes.

Contrairement à ses compatriotes de Mayhem, Immortal ou Burzum, ou de ses homologues de Beherit ou Samael, Darkthrone bénéficie déjà d’un label et d’un premier album solides, lui ayant assuré sa place au sein de la scène extrême. Ainsi, dès la fin des sessions d’A Blaze in the Northern Sky avec Erik Avnskog en août 1991, le groupe travaille de suite avec son écurie Peaceville, pour la commercialisation du disque en tout début d’année suivante.

A Blaze in the Northern Sky répand alors son black métal comme une traînée de poudre, imposant sa pochette noire et lugubre, en contraction totale avec les clichés gores et les illustrations riches & stéréotypées de l’époque. De plus, dès son introduction dans la platine, l’album surprend par la noirceur de son premier titre, Kaatharian Life Code, débutant par une intro dominée par les bêlements de boucs, puis s’enchaînant sur un black brutal et dévastateur, servi par les blasts infernaux de Fenriz, les guitares lacérantes de Zephyrous et Nocturno, et les vociférations haineuses de Nocturno, semblant surgir d’outre tombe.

Puis, In The Shadow & Paragon Belial, aux influences Celtic Frost non dissimulées, calment le rythme, mais conservent brillamment ces riffs tranchants, cette intensité formidable et ce climat diabolique, précédant alors la furie de Cold Wind & A Blaze, et les atmosphères sombres de Pagan Winter, renforcées par les courtes incantations de Fenriz, particulièrement bien senties.

Grâce à son black terriblement cru & malsain, A Blaze in the Northern Sky renverse d’un coup tous les à priori, suscitant l’engouement immédiat des âmes sombres de la communauté métallique, qui se demandent alors pourquoi le black initié par Venom, Celtic Frost & Bathory, a pu resté injustement dans l’ombre du death métal pendant toutes ces années. Darkthrone trouve ainsi son public, en clamant haut et fort à cette époque, que le black est avant tout un style de vie, sa musique devant rester sale et minimaliste, s’opposant ainsi fièrement aux formations sans âme, qui s’empêtrent selon lui dans des déballages techniques et des productions lisses, perdant la véritable essence du métal underground.

Album référence dès sa sortie et convertissant des hordes de métalleux, A Blaze in the Northern Sky impose ainsi le son black norvégien, se hissant directement parmi les oeuvres incontournables du revival black métal. Les années passent, mais sa haine, son intensité et sa pureté restent encore indétrônables, le maintenant invinciblement au panthéon du black métal.

Fabien.

> - Les chroniques -, Darkthrone — admin @ 2:15 pm

January 1, 1991

Darkthrone : Soulside Journey

Soulside JourneyDarkthrone se forme en 1987 sur les cendres de Black Death, autour du batteur Gylve Nagell et du guitariste Ivar Enger, rapidement rejoints par le bassiste Dag Nielsen et le guitariste chanteur Ted Skjellum. Sans faire exception à la règle, le quatuor norvégien subit de plein fouet l’influence du death métal, qui subjugue littéralement la scène extrême de la fin des eighties.

Après plusieurs démos, Darkthrone conclut un deal avec Peaceville, alors réputé pour ses récentes signatures d’Autopsy et Paradise Lost. Le groupe rejoint ainsi l’inévitable Tomas Skogskerg, pour les sessions de Soulside Journey fin 1990, commercialisé en tout début d’année suivante. A l’époque, hormis le LP Hallucinating Anxiety de Cadaver, la Norvège ne s’est encore guère illustrée au sein de la scène death scandinave, encore largement dominée par la Suède, à l’instar d’Entombed & Carnage, ses deux leaders du moment.

Avec ses guitares co-enregistrées par Uffe Cederlung (Entombed), Soulside Journey ne surprend pas au premier abord, bénéficiant du même son glacial à l’origine du succès de Left Hand Path & Dark Recollections (Entombed, Carnage). Sur les rythmiques complexes de Gylve (alias Hank Amarillo) et de Dag, les riffs de Ted & Ivar sont lourds et tranchants, délivrant un death technique et profond, à l’image des excellents Cromlech et Grave With A View, ou encore des formidables instrumentaux Accumulation et Eon, sur lesquels Darkthrone démontre toute l’étendue de son talent.

Pourtant, au-delà d’un death métal en apparence conventionnel, Soulside Journey dégage une atmosphère incroyablement sombre, encore inédite à l’époque. Son climat est terriblement pesant, renforcé par le guttural profond de Ted Skjellum, et par quelques touches de claviers parcimonieuses, comme sur le fabuleux Neptune Towers, renforçant cette ambiance sombre & envoûtante, et apportant également une grande mélancolie.

Considéré par beaucoup comme l’oeuvre pionnière du dark death, Soulside Journey impose effectivement l’alliance entre la lourdeur et la brutalité du death métal, avec ses ambiances sombres et mélancoliques. Darkthrone marque dès lors tous les esprits en cette année 1991, hissant l’album parmi les pièces essentielles des débuts du death métal scandinave, mais laissant parallèlement pressentir le changement rapide d’orientation de Gylve, Ivar et Ted, vers des sphères black pures et sans compromis, sous les nouveaux pseudonymes de Fenriz, Zephyrous et Nocturno Culto.

Fabien.

> - Les chroniques -, Darkthrone — admin @ 10:30 am

January 1, 1990